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Combinatoires ludiques

littérature, contrainte et mathématique

Caroline Lebrec

Les textes combinatoires comme Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau (1961) et Le château des destins croisés d’Italo Calvino (1969) s’inscrivent dans une conception interactive de la littérature, bien avant que celle-ci soit théorisée par la cybernétique (Aarseth) ; le premier, par le potentiel reconfigurateur du sonnet sur les modes de l’interaction ergodique du lecteur avec le texte et du texte avec l’objet-livre, et le second par le potentiel interprétatif du lecteur sur les modes de l’embranchement et de la réécriture à partir des possibles narratifs des cartes de tarot. De plus, ces textes s’appuient doublement sur un programme d’écriture et sur une programmation lectorale, à partir d’un appareil paratextuel multiple qui forme un discours « mode d’emploi » de la contrainte autour des modalités d’interactivité du texte. Ainsi, alors que le champ des littératures à contraintes est constitué majoritairement de textes qui programment une modalité d’interaction implicite, cette étude montre que le discours explicite de la contrainte sert un projet plus vaste de lecturabilité (Baetens) de la potentialité des formes littéraires, en fonction des règles génériques qui sont spécifiques à la poésie, à la fiction et au genre combinatoire (Greber), plutôt qu’à une seule virtuosité de la contrainte.