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Les enfants de l’«Émile»?

L’effervescence éducative de la France au tournant des XVIIIe et XIXe siècles

de Marguerite Figeac-Monthus (Auteur)
Monographies XIV, 326 Pages
Série: Exploration, Volume 170

Résumé

Ce livre, en étudiant plus de 200 plans et traités d’éducation français des XVIIIe–XIXe siècles, montre toute l’importance de la pensée de Rousseau qui est utilisée ou rejetée afin de concevoir une société nouvelle et une réforme du système éducatif. Ces transformations ne pouvaient passer que par l’édification d’une éducation commune adaptée aux nouveaux enjeux issus de la Révolution et indispensables pour transformer et moderniser la société. En énonçant un certain nombre de principes et de valeurs, en se positionnant pour une réorganisation éducative, les auteurs de ces projets contribuent à édifier, dès le XVIIIe siècle, les premiers fondements de l’école républicaine. Un certain nombre de questions posées, sur l'enfance et la jeunesse, sur l'utilisation des sens, sur la formation des maîtres, sur l'université, sur le rôle de l'Eglise et la place de la laïcité, sont très contemporaines et se trouvent mises en valeur par de très belles citations à découvrir ou redécouvrir.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Liste Des Figures
  • Liste Des Tableaux
  • Liste Des Graphiques
  • Introduction
  • Première Partie: L’Émergence Du Plan D’Éducation
  • Chapitre 1: Le Plan D’Éducation Comme Objet D’Histoire Sociale
  • Le plan d’éducation, une source à définir
  • Entre Charles Rollin et Jean-Jacques Rousseau: l’importance des héritages
  • La place de la pensée de Louis-René de Caradeuc de La Chalotais
  • Éducation ou instruction: une question sensible
  • Pour une méthode d’exploitation des données
  • Chapitre 2: À La Recherche Des Concepteurs De Plans
  • Le plan d’éducation, le résultat d’une expérience
  • Le plan d’éducation: une question d’origine
  • Les plans d’éducation et l’ancrage idéologique
  • Une différenciation «genrée»
  • Chapitre 3: Pour Un Contour Des Plans
  • Les profils des destinataires
  • Le résultat d’une pensée construite et argumentée
  • Une éducation religieuse toujours présente
  • Les adhésions maçonniques
  • Le rayonnement des plans
  • Les rythmes de diffusion des plans
  • Deuxième Partie: De L’Utopie À La Réalité: Le Plan Sur Le Terrain
  • Chapitre 4: Vivre À L’École
  • Constat d’une situation initiale
  • Le cursus des études
  • Organisation de la classe
  • Les bâtiments
  • La place de l’hygiène
  • La question de l’émulation
  • Chapitre 5: Penser L’Instruction
  • Matières d’enseignement et disciplines scolaires
  • Les disciplines humanistes
  • Les disciplines scientifiques
  • Les disciplines artistiques
  • L’éducation par les sens
  • La formation du cœur, du corps et de l’esprit
  • Chapitre 6: Maîtres Et Élèves: Un Univers Partagé
  • Faut-il former le maître?
  • Construire une formation professionnelle
  • L’enfant, L’adolescent, le jeune
  • Le rôle du maître et son autorité
  • Les méthodes d’enseignement
  • L’univers matériel des maîtres et des élèves
  • Troisième Partie: De L’Importance Sociale Des Plans D’Éducation
  • Chapitre 7: Éducation Et Condition Sociale
  • Éducation des élites
  • Éducation du peuple
  • L’émergence de la laïcité
  • La place du Roi, de l’État et des hommes politiques
  • Chapitre 8: Des Idées Pour Reconstruire L’Éducation Et La Société
  • Les plans révélateurs du système éducatif d’une société
  • Les plans et la Révolution de 1789
  • Une nouvelle place pour les femmes?
  • Des plans qui sont le fruit d’influences diverses
  • Chapitre 9: Le Projet D’Éducation Confronté À La Réalité
  • Réalisation et adaptation du plan d’éducation
  • Le coût des projets
  • Le rayonnement des plans
  • Conclusion
  • Annexes
  • Méthode utilisée et construction de la base des données
  • Les idées de quelques auteurs de plans sur l’école, l’instruction, la formation, l’éducation et l’enseignement
  • Bibliographie

LISTE DES FIGURES

Fig. 1. Frontispice de l’édition de l’Émile ou de l’Éducation de 1782 gravé par Robert De Launay le jeune (1749–1814) d’après un dessin de Charles-Nicolas Cochin le jeune (1715–1790)

Fig. 2. Extrait de la fiche type de la base de données (Auteurs)

Fig. 3. Le cursus des études dans le plan d’éducation de Gilbert Romme

Fig. 4. Jean-Jacques de Boissieu, gravure en taille-douce, 1780. MNE, Le grand maître d’école

Fig. 5. L’organisation de l’espace de la classe

Fig. 6. Importance des influences étrangères dans les plans d’éducation

Fig. 7. Carte postale représentant le tombeau de Rousseau à Ermenonville

Fig. 8. Louis-Léopold Boilly, The Geography Lesson (Portrait of Monsieur Gaudry and His Daughter), 1812 ← IX | X →

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Occurrences trouvées pour qualifier un plan d’éducation

Tableau 2. L’âge au moment de la conception du plan d’éducation

Tableau 3. Les destinataires des plans d’éducation

Tableau 4. Les catégories concernées par les plans d’éducation

Tableau 5. Organisation des plans d’éducation

Tableau 6. Liste des thématiques figurant dans les titres des plans d’éducation de 1800 à 1870

Tableau 7. Quelques plans d’éducation présentant des cursus scolaires du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle

Tableau 8. Organisation du temps de classe

Tableau 9. Les types de matières enseignées que l’on retrouve dans les plans d’éducation

Tableau 10. Les études secondaires des 16–18 ans en 1860 d’après le projet du Baron Roger de Guimps

Tableau 11. Tableau des exercices journaliers des collèges

Tableau 12. Tableau des exercices journaliers des pensionnaires hors le temps de la tenue des classes

Tableau 13. Recettes et dépenses envisagées par Dom Devienne dans son plan d’éducation en 1769

Tableau 14. Évaluation des profits à l’occasion de l’établissement d’un collège dans le plan d’éducation de Dom Devienne ← X | XI →

LISTE DES GRAPHIQUES

Graph. 1. La date de publication du plan durant la vie de son auteur

Graph. 2. Les professions des auteurs de plans d’éducation

Graph. 3. Le rythme de parution des plans d’éducation de 1745 à 1799

Graph. 4. Le rythme de parution des plans d’éducation de 1800 à 1870

Graph. 5. Les dépenses envisagées par Dom Devienne dans son plan d’éducation de 1769

Graph. 6. Nombre d’enfants prévus dans le plan d’éducation de Dom Devienne (1769)

Graph. 7. Total des pensions estimées par Dom Devienne dans son plan d’éducation (1769) ← XII | XIII →

INTRODUCTION

Est-il possible de réformer l’éducation publique et de procurer à la France une éducation vraiment nationale? Question importante, s’il en fut jamais, bien digne de l’attention des philosophes, et que je me propose de résoudre dans ce mémoire. J’avoue que mon entreprise est hardie, que j’aurai bien des obstacles à surmonter, des préjugés chéris à détruire, des vieux abus à déraciner; mais le désir d’être utile et d’entrer dans les vues patriotiques de tous les bons citoyens, rassemblés pour régénérer la nation, me soutient et m’anime. Éclairé par une longue expérience, appuyé sur des faits et des essais multipliés pendant vingt années, je parlerai avec confiance, et j’exposerai le résultat de mes réflexions, avec ce courage et cette liberté que l’amour du bien public et de la vérité doit inspirer à toute âme honnête.
Je ne parlerai que de l’éducation publique, parce que, sagement combinée, elle est, sous tous les points de vue, préférable à l’éducation particulière, plus propre à former le caractère des enfants, à façonner aux habitudes sociales: elle est aussi plus capable de développer en eux le germe de toutes les vertus; mais celle de nos jours est si vicieuse, les inconvénients qui en sont inséparables, sont si multipliés, qu’elle est bien loin d’atteindre à ce but désirable, et je suis convaincu que, telle qu’elle est, elle n’est pas susceptible de perfection, ce n’est pas une simple réforme dont on a besoin, il faut toute une refonte générale, et pour avoir une éducation publique raisonnable, qui puisse faire honneur à la France, il faut couper la racine du mal et supprimer sans balancer tous nos collèges actuels; quelque violent que paraisse ce remède, j’en prouverai facilement la nécessité: mais comme la suppression de nos collèges ne serait qu’un mal de plus, si je ne trouvais pas de moyen d’y substituer des établissements plus conformes au but que l’on se propose, je rendrai compte de mes recherches à ce sujet, et je donnerai un plan d’éducation publique, qui me paraît plus judicieux et plus convenable à une grande nation aussi éclairée que la nôtre. (Villier, 1789, pp. 11–13)

C’est en ces termes que Joseph Villier dresse, dans son plan d’éducation qui date de 1789, le tableau de la situation scolaire du royaume de France. Dans cet extrait nous avons pratiquement tous les éléments qui caractérisent les projets éducatifs des XVIIIe et XIXe siècles. Quels sont les enjeux et les nouveautés, ou les transformations, demandés dans ce plan? L’édification d’une éducation nationale ou publique, c’est-à-dire ← 1 | 2 → d’une éducation contrôlée par l’État servant à mieux intégrer l’enfant, l’adolescent, le jeune dans la société afin d’en faire un homme accompli, mais surtout un citoyen respectueux de certaines valeurs communes à l’ensemble de la population, est très nettement mise en avant. Pour parvenir à cela, Joseph Villier est convaincu qu’il faut faire table rase du passé et construire un système éducatif nouveau, mieux adapté à la société qui est en train de naître. Il est intéressant de souligner ici, peutêtre pour mieux comprendre ses propos, qu’il était un père de l’Oratoire connaissant parfaitement tout ce qui relevait de la formation de la jeunesse. On avait donc affaire à un spécialiste. On remarquera par ailleurs, que, dans cet extrait, il n’est jamais question de l’Église; c’est pourtant son hégémonie éducative qui est visée à travers les vocables de «national» et de «publique». Cela montre qu’à la veille de la Révolution, les Lumières et l’esprit philosophique avaient pénétré le système éducatif français à tous ses niveaux, et la réforme, dont les projets constituaient le socle, apparaissait comme inéluctable à tous ceux qui, de près ou de loin, souhaitaient régénérer la France.

Dominique Julia fut l’un des premiers historiens français à s’être intéressé aux plans d’éducation révolutionnaires et à montrer tout l’intérêt de cette source qui conduit, au-delà de la formation, vers la compréhension d’une société tout entière. Dans Les trois couleurs du tableau noir. La Révolution, il a montré combien ceux-ci s’inscrivaient, depuis l’affaire des Jésuites de 1761–1764, dans un débat d’idées qui dura plus de 30 ans et qui visa essentiellement à régénérer un système éducatif dépassé (Julia, 1981, pp. 121–122). Il a souligné également à quel point les plans de la Révolution constituaient une source intéressante pour la compréhension des enjeux scolaires, mais aussi de l’organisation de la société. Ainsi, Émile paru en 1762, bien que pensé 20 ans plus tôt, s’inscrit dans cette mouvance. La sortie et la diffusion de l’ouvrage, qui entraîna la censure de l’archevêque de Paris, la condamnation du Parlement, et qui coûta une menace d’emprisonnement à Genève ainsi que le bannissement de la ville de Berne à son auteur, montre combien il a fait date et combien il atteste de débats très virulents1 que devaient susciter les questions d’éducation à l’époque (Cottret, 2005, pp. 456–470). Les écrits de Rousseau constituent dans le second XVIIIe siècle et au XIXe siècle, une sorte de matrice qui vient inspirer une grande partie des concepteurs de plans ← 2 | 3 → d’où le choix du titre de cet essai Les enfants de l’Émile avec un point d’interrogation. Il s’agit en effet d’examiner comment, celui que certains auteurs appelaient plus familièrement dans leurs écrits «Jean-Jacques», a exercé une influence. Par ailleurs, la période étudiée, allant du milieu du XVIIIe siècle aux débuts du Second Empire, est particulièrement propice à cette volonté de régénérer le système éducatif et social français. On voit en effet, à cette époque, plusieurs plans, comme pour montrer leur adhésion à la pensée de Rousseau, porter jusque dans leur titre le nom d’Émile. Ainsi, en 1762, au moment où Rousseau édite son ouvrage, Henri Griffet, éducateur au collège Louis Le Grand, publie sa Lettres AMD… sur le livre Émile ou de l’Éducation par Jean-Jacques Rousseau (1762); au début de la Révolution, Anne-François Fréville, maître de pension, édite le Lycée des Émiles ou plan d’éducation nationale propre à former les jeunes gens au talent de la parole, à l’étude de l’histoire, au goût des langues étrangères et surtout à la pratique des mœurs (1790); puis, en 1795, paraît l’Émile réalisé ou plan d’éducation générale de Fèvre de Grand Vaux suivi en août 1799 de la Nouvelle organisation des sociétés pour faire suite à l’Émile réalisé ou plan d’éducation (1795 et 1799). Il existe aussi de nombreux projets où la pensée de Rousseau est toujours sous-jacente. Tous ces penseurs de l’école et de la formation de l’enfant et de l’adolescent prescrivent une éducation par les sens où l’ouïe, le toucher, la vue, l’odorat, le goût ont toute leur place. Mais certains projets remettent en cause la pensée de Rousseau. L’abbé Auger par exemple, qui est acquis aux idées de la Révolution et qui compte parmi les admirateurs de Rousseau, n’hésite pas, dans son plan d’éducation, à prendre position en écrivant:

En applaudissant à l’éloquence du philosophe de Genève, en reconnaissant que son Émile offre une foule d’excellents principes dont peut profiter un sage instituteur, je dirai que son plan d’éducation est impraticable et ne saurait nous convenir, l’éducation de son élève est particulière et isolée; et nous voulons une éducation publique et générale: je prouverai par la suite combien cette dernière l’emporte sur l’autre. Ainsi nous laisserons qu’après l’avoir bien lu et bien étudié; après avoir admiré, non la beauté de son style toujours brillant et nerveux, mais la sagesse avec laquelle il rend l’enfance heureuse en la dégageant de tous les liens dont on l’avait jusqu’alors embarrassée, en lui laissant la liberté de tous ses mouvements, mais cette utile sévérité qui éloigne d’elle tout ce qui pourrait la corrompre et l’amollir, qui recule le plus qu’il est possible le moment des passions tumultueuses et empêche qu’elles ne viennent la troubler avant le temps marqué par la nature. (Auger, 1789, p. 28) ← 3 | 4 →

Impraticable, irréalisable, utopique, voilà les vocables qu’utilisent les adversaires de la pensée rousseauiste qui ont lu néanmoins le philosophe et qui sont, malgré eux, imprégnés par les préceptes qu’il développe. Autant de lecteurs de l’Émile, autant d’analyses, d’exégèses, de prises de position différentes. Comme le chapelet de projets d’éducation qu’il inspire, ne relève-t-il pas du mythe pédagogique? En partant d’une analyse de cette œuvre majeure de Rousseau et en l’étudiant dans sa dimension didactique, Michel Fabre a souligné que le livre n’avait ni les rigueurs d’un traité, ni les facilités du roman, mais se demandait s’il ne s’agissait pas, au fond, d’une fable, d’une fiction théorique ornée d’exemples à objectifs moralisateurs (2008, p. 89).

Parallèlement, s’il est peu aisé de dire à quel moment paraissent les premiers projets éducatifs, il est acquis de considérer le Ratio Studiorum2 (Pralon-Julia, Desmoustier, Julia, Compère & Andrieux, 1997), fondement du système éducatif jésuite, et le Gargantua de François Rabelais (1534/2007), célèbre plaidoyer pour la culture humaniste, comme des plans d’éducation visant à la fois à rénover les études et à transformer, par le biais de la connaissance et de la formation, une certaine vision de la société. Or, ce qui frappe de prime abord à la lecture de ces textes, c’est qu’ils sont de formes et de contenus très différents même si, comme ceux du XVIe siècle, ils offrent chacun une certaine manière de concevoir la formation de la jeunesse dans le contexte sociétal du moment. Parmi les auteurs de projets éducatifs antérieurs au XVIIIe siècle, ne faut-il pas citer Érasme (1467–1536) et son De ratione studii ainsi que les Colloquia, Luther (1483–1546) et les Directions aux inspecteurs, ou encore Montaigne dont les Essais offrent d’une certaine manière, un plan d’éducation. On y compte également le Ratio studiorum de la Compagnie de Jésus. À côté de ces ouvrages et de ces auteurs, ne faut-il pas citer La Conduite des écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de La Salle (1651–1719), le Traité d’éducation des filles de Fénelon (1751–1715) et le Traité des études de Rollin (Godefroy, 1882, pp. 1–24). Le plan n’émane donc pas de la réflexion et de la culture philosophique du XVIIIe siècle car sa forme est bien antérieure. Alors, pourquoi faire démarrer cette étude au milieu du XVIIIe siècle?

Marcel Grandière a montré à quel point la pensée de Condillac, exprimée en 1746 à travers son Essai sur l’origine des connaissances humaines, a ouvert la marche à tout un mouvement de réflexion sur l’éducation (Grandière, 1998, p. 114), mais s’agit-il vraiment d’une rup ← 4 | 5 → ture? Celle-ci n’arrive-t-elle pas plus tard, en 1762, date à laquelle Rousseau publie l’Émile et où La Chalotais s’oppose aux conceptions éducatives des Jésuites? C’est, en effet, le moment d’effervescence qui se trouve autour de la rédaction de l’Émile, qui marque le début de notre étude, tandis que la période du Second Empire et les prémices d’une réflexion sur l’école républicaine qui en constitue la fin. Ces deux moments, qui s’inscrivent grâce à trois révolutions dans une atmosphère de changement, apparaissent nécessaires pour essayer de comprendre les bouleversements et les transformations que la France a connus au XIXe siècle, l’éducation étant souvent le reflet du fonctionnement d’une société dont on trouve, à travers les plans, les fondements. Il est particulièrement intéressant de voir comment du XVIIe au XIXe siècle, le plan, destiné initialement aux grandes familles princières dotées d’un gouverneur, est devenu une force de proposition pour transformer l’éducation des élites et celle du peuple. Les travaux de Robert Granderoute et de Pascale Mormiche ont mis en évidence combien les rares plans d’éducation des princes qui paraissent au XVIIIe siècle ont pris en compte un certain nombre de changements. On trouve, par exemple, un souverain comme Louis XVI se considérer comme responsable de l’éducation du prince. Il souhaite d’ailleurs à cet effet que des cercles de réflexion favorisent une adaptation à un environnement politique et social. Les évènements révolutionnaires transformeront l’approche de cette question (Becquet, 2006; Granderoute, 2003; Mormiche, 2009). Dans cette étude, nous avons fait délibérément le choix de laisser de côté l’éducation du prince qui devrait faire en soi l’objet d’une réflexion spécifique et qui a d’ailleurs largement été étudiée3, pour nous intéresser à celle des élites et du peuple. Pour cela, je me suis penchée sur des auteurs très connus presque incontournables, comme Caradeuc de La Chalotais, Condorcet, Talleyrand, Le Peletier de Saint-Fargeau, et d’autres moins renommés, dont le plan n’a pas connu un très grand rayonnement parce qu’ils étaient moins célèbres. Tous ceux qui ont souhaité à un moment de leur vie, pour des raisons explicitées ou non, franchir le pas, et donner des conseils sur l’éducation à leur entourage, à la manière d’un Rousseau dont ils avaient été pétris par les idées, ont fait l’objet d’une étude. ← 5 | 6 →

Qu’ils soient en effet destinés aux mères ou aux filles, aux pères ou aux fils, aux élites ou au peuple, qu’ils concernent l’enseignement de certaines disciplines ou l’ancrage dans un milieu professionnel, ces projets d’éducation sont très variés et définissent les préoccupations d’un groupe, d’une époque, d’une nation. Le général, et l’individuel, le privé et le public, le familial et le collectif y sont constamment en opposition comme si on cherchait les traces d’un système idéal dans lequel l’éducation pourrait être gérée par l’État, un État actif qui en déterminerait les grands principes et qui ne laisserait pas la formation des enfants et des jeunes au bon vouloir de l’Église. L’un des changements essentiels entre la société d’Ancien Régime et l’organisation post-révolutionnaire n’est-il pas la sécularisation de l’enseignement, une sécularisation qui se fait lentement, progressivement, pour aboutir aux lois Ferry?

Résumé des informations

Pages
XIV, 326
ISBN (ePUB)
9783035193039
ISBN (PDF)
9783035203172
ISBN (MOBI)
9783035193022
ISBN (Broché)
9783034316934
Langue
Français
Date de parution
2015 (Avril)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2015. XIII, 326 p., 7 ill. n/b, 1 ill. en couleurs, 14 tabl., 7 graph.

Notes biographiques

Marguerite Figeac-Monthus (Auteur)

Professeur en histoire moderne à l’université de Bordeaux (ESPE d’Aquitaine), Marguerite Figeac-Monthus est membre du Centre d’Études des Mondes Moderne et Contemporain CEMMC (EA 2958) de l’université de Bordeaux-Montaigne. Elle travaille sur les plans et traités d’éducation, le patrimoine de l’éducation et la culture matérielle aux XVIIIe-XIXe siècles et dirige depuis 2010 le programme de recherche Patria. Ses travaux portent également sur les élites nobiliaires et sur le monde viticole en Aquitaine et en France aux XVIIIe-XIXe siècles.

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