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Inventer le pouvoir féminin : Cléopâtre I et Cléopâtre II, reines d’Egypte au IIe s. av. J.-C.

de Anne Bielman Sánchez (Auteur) Giuseppina Lenzo (Auteur)
Collections XX, 556 Pages
Série: ECHO, Volume 12

Résumé

Cet ouvrage traite de deux figures royales majeures dans l’histoire du pouvoir en Egypte ptolémaïque : Cléopâtre I qui inaugura le système du règne conjoint avec un partenaire masculin et Cléopâtre II qui participa à six règnes conjoints et fut la première femme à occuper seule le trône d’Egypte, à Alexandrie. L’ensemble des sources disponibles (inscriptions, ostraca et papyrus grecs ou égyptiens, reliefs de temples et statues, monnaies, sources littéraires grecques et romaines) est examiné en respectant la progression chronologique, de 194 à 115 av. J.-C. L’originalité de cette étude réside dans la confrontation systématique des documents d’origines culturelles et linguistiques différentes ; elle cherche ainsi à cerner au mieux la manière dont ces figures royales se présentaient à leurs sujets gréco-macédoniens et indigènes, comment ceux-ci les percevaient et quel fut leur impact sur la scène internationale. Ces reines marquent une étape dans la conception du pouvoir royal féminin, qui influencera celles qui leur succèderont, jusqu’à la célèbre Cléopâtre VII.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des Matières
  • Remerciements
  • Liste des tableaux et des illustrations
  • Introduction
  • Chapitre premier : Cléopâtre I entre 194 et 177 av. J.-C. : bilan d’une étude antérieure
  • 1. Quelques remarques de terminologie
  • 2. La biographie et l’action politique de Cléopâtre I revisitées
  • 3. Une nouvelle épithète cultuelle pour Cléopâtre I ?
  • 4. Conclusion
  • Chapitre II : Cléopâtre II entre ses frères (175–163 av. J.-C.)
  • 1. L’enfance de Cléopâtre II et son mariage avec Ptolémée VI
  • 2. Cléopâtre II entre 175 et 170
  • 3. La position de la reine pendant le règne conjoint avec ses frères (170–163)
  • 3.1. Pendant la Sixième Guerre de Syrie (170–168)
  • 3.2. Une relative stabilité (168–164)
  • 3.3. La rupture (164–163)
  • 4. Conclusion
  • Chapitre III : Cléopâtre II pendant son règne conjoint avec Ptolémée VI Philométor (163–145 av. J.-C.)
  • 1. Mention de la reine dans les requêtes et rapports
  • 2. Mention de la reine dans les ordres d’exécution et dans les ordonnances
  • 3. Mention de la reine dans les serments
  • 4. Les relations de la reine avec des membres de la cour, des fonctionnaires et des représentants de l’armée
  • 5. Les relations de la reine avec ses autres sujets
  • 6. Les voyages de la reine et du roi
  • 7. La participation de la reine à la gestion du royaume, à la justice et à la sécurité du territoire
  • 8. La reine, les gymnases et les concours : une autre manière de faire de la politique
  • 9. Conclusion
  • Chapitre IV : Titres, épithètes et prêtrise de la reine Cléopâtre II (175–145 av. J.-C.)
  • 1. Les titres de la reine (175–145)
  • 1.1. Les titres de la reine au début du règne de Ptolémée VI (175–170)
  • 1.2. Les titres de la reine pendant le règne conjoint de Ptolémée VI, Ptolémée VIII et Cléopâtre II (170–163)
  • a) Dans les documents épigraphiques grecs
  • b) Dans les papyrus et les ostraca grecs
  • c) Dans les documents égyptiens
  • d) Dans les sources classiques
  • 1.3. Les titres de la reine de 163 à 145
  • a) Dans les documents épigraphiques grecs
  • b) Dans les papyrus grecs
  • c) Dans les documents égyptiens
  • d) Dans les sources classiques
  • 2. L’épithète divine Philométor(s) (175–145)
  • 2.1. L’épithète Philométor(s) dans la liste des prêtrises éponymes sur papyrus
  • 2.2. L’épithète Philométors dans les temples
  • a) Le temple de Deir el-Médineh
  • b) Le temple d’Esna
  • c) Les autres temples
  • d) L’épithète Philométor(s) dans les temples : conclusion
  • 2.3. L’épithète Philométor(s) dans d’autres contextes
  • a) Dans les documents en grec
  • b) Dans les documents en langue égyptienne
  • 3. La prêtrise pour Cléopâtre II en Thébaïde (175–145)
  • 4. Conclusion
  • Chapitre V : Cléopâtre II et la religion sous Ptolémée VI Philométor (175–145 av. J.-C.)
  • 1. Cléopâtre II dans les temples égyptiens
  • 1.1. Le temple de Deir el-Médineh
  • 1.2. Le temple d’Esna
  • 1.3. Médinet Habou et Eléphantine
  • 1.4. Le temple de Philae
  • 1.5. Le temple d’Edfou
  • 1.6. Les autres temples
  • 1.7. Les catacombes d’Oxyrhynchos
  • 1.8. Observations sur Cléopâtre II dans les temples
  • 2. Les statues cultuelles
  • 3. La reine dans les stèles égyptiennes
  • 4. La reine et les rituels
  • 5. La reine, les divinités du royaume lagide et le culte dynastique
  • 6. Relations de la reine avec le clergé égyptien et gréco-égyptien
  • 7. La reine et le culte juif
  • 8. Conclusion
  • Chapitre VI : Les activités économiques de Cléopâtre II
  • 1. Les bateaux de la reine
  • 2. La syntaxis de la reine
  • 3. Les terres de la reine
  • 4. Conclusion
  • Chapitre VII : Les enfants de Cléopâtre II et Ptolémée VI Philométor
  • 1. Les quatre enfants attestés de Ptolémée VI et Cléopâtre II
  • 2. Une troisième fille est-elle née du couple royal ?
  • 3. Mention des enfants dans les documents
  • 4. Conclusion
  • Chapitre VIII : Cléopâtre II et la succession de Ptolémée VI Philométor (145 av. J.-C.)
  • 1. Cléopâtre II et ses enfants à la mort de Ptolémée VI
  • 2. Cléopâtre II, la naissance de Ptolémée Memphite et la disparition du fils cadet de Ptolémée VI
  • 3. Conclusion
  • Chapitre IX : Cléopâtre II au début du règne de Ptolémée VIII Evergète II (145–140/139 av. J.-C.)
  • 1. Les premières années : de l’an 25 (été 145) à l’an 29 (142/141)
  • 1.1. La reine dans les documents officiels
  • 1.2. Cléopâtre II dans les dédicaces des sujets et les « enfants » du couple royal
  • 1.3. Cléopâtre II dans les temples égyptiens
  • a) Le temple de Tôd
  • b) Le temple de Philae
  • c) Le temple d’Edfou
  • d) Les catacombes d’Oxyrhynchos
  • 1.4. Le voyage du roi et de la reine dans la chôra
  • 2. Les premiers signes de tensions ? De l’an 29 (142/141) à l’an 31 (140/139)
  • 2.1. Cléopâtre II a-t-elle été répudiée ?
  • 2.2. La date du mariage entre Ptolémée VIII et Cléopâtre III
  • 2.3. Le statut de Cléopâtre II immédiatement après le mariage de Ptolémée VIII et Cléopâtre III
  • 2.4. La décoration des parois extérieures du naos d’Edfou
  • a) L’inscription dédicatoire
  • b) Les scènes du soubassement
  • c) Les scènes de réception de la royauté par le couple royal accompagné d’un enfant
  • 2.5. Bilan d’une période confuse
  • 3. Conclusion
  • Chapitre X : Cléopâtre II avec Ptolémée VIII Evergète II et Cléopâtre III : une entente fragile (140–132 av. J.-C.)
  • 1. Cléopâtre II dans les papyrus grecs et démotiques (140–132)
  • 2. Les inscriptions en grec datant d’avant la guerre civile (140–132)
  • 2.1. Les inscriptions datées
  • 2.2. Inscriptions grecques de 140–132 ou de 124–116 ?
  • 3. Cléopâtre II dans les temples égyptiens : avant ou après la guerre civile ? (141/140–132 ou 124–116 ?)
  • 3.1. La chapelle D dans l’enceinte du temple de Mout à Karnak-Sud
  • 3.2. Le temple de Kôm Ombo
  • 3.3. Le temple de Philae
  • 3.4. Les catacombes d’Oxyrhynchos
  • 3.5. Observations sur Cléopâtre II dans les temples
  • 4. Cléopâtre II et le trio régnant entre 139 et 132 dans les sources littéraires
  • 5. Conclusion
  • Chapitre XI : Cléopâtre II et la guerre civile (132–124 av. J.-C.)
  • 1. Le calme qui précède la tempête (an 38 = 133/132)
  • 2. La rupture entre Cléopâtre II et Ptolémée VIII et la fuite à Chypre de Ptolémée VIII et Cléopâtre III (an 39 = 132/131)
  • 3. Les soutiens à Cléopâtre II et la situation à Alexandrie au début de la guerre
  • 4. Luttes entre Cléopâtre II et Ptolémée VIII en Egypte (an 40 = an 2 = 131/130)
  • 5. Les protocoles de datation avec Cléopâtre II en l’an 2 et l’an 3 (131–129)
  • 6. L’isolement de Cléopâtre II à Alexandrie (ans 41–43 = 130–127)
  • 7. La fuite de Cléopâtre II et le retour de Ptolémée VIII et Cléopâtre III à Alexandrie (ans 43 et 44 = 128–127)
  • 8. L’Egypte sans Cléopâtre II (ans 44–46 = 127–125)
  • 9. Cléopâtre II et les témoignages épigraphiques pendant la guerre civile (132–124)
  • 10. Les temples égyptiens pendant la guerre civile (132–124)
  • 11. Conclusion
  • Chapitre XII : La réconciliation entre Cléopâtre II et Ptolémée VIII/Cléopâtre III (124–116 av. J.-C.)
  • 1. Le retour de Cléopâtre II (an 46 = 125/124)
  • 2. Une certaine stabilité ? (ans 47–51 = 124–119)
  • 2.1. Les documents officiels
  • 2.2. Des tensions dans la chôra
  • 3. L’amnistie de 118 (an 52 = 119/118)
  • 3.1. Le grand décret d’amnistie de 118
  • 3.2. La stèle d’Héracléion
  • 3.3. Le dieu Néos Philopator
  • 4. Les dernières années de Ptolémée VIII et Cléopâtre II (ans 53–54 = 118–116)
  • 5. Les dédicaces en grec après la guerre civile (124–116)
  • 6. Cléopâtre II dans les temples égyptiens après la guerre civile (124–116)
  • 6.1. Le pronaos d’Edfou
  • a) Les inscriptions de la corniche de la paroi nord du pronaos
  • b) Les inscriptions de deux colonnes du pronaos
  • c) La décoration des soubassements du pronaos
  • d) La scène de réception de la royauté dans le pronaos
  • 6.2. Le mammisi d’Edfou
  • 6.3. Le temple d’Opet à Karnak
  • 6.4. Le temple de Qasr el-Agoûz
  • 6.5. Observations sur Cléopâtre II dans les temples
  • 7. Conclusion
  • Chapitre XIII : Cléopâtre II au début du règne de Ptolémée IX sôter II (116/115 av. J.-C.)
  • 1. Cléopâtre II et la mort de Ptolémée VIII
  • 2. Cléopâtre II dans les sources de 116/115
  • 3. Conclusion
  • Chapitre XIV : Cléopâtre II et les gouverneurs de Chypre pendant le règne de Ptolémée VIII Evergète II (145–116 av. J.-C.)
  • 1. Les gouverneurs de Chypre entre 145 et 118 : état des recherches
  • 2. Les gouverneurs de Chypre entre 145 et 118 : nouvelle proposition d’agencement
  • 3. Les relations entre Cléopâtre II et les gouverneurs de Chypre, à la lumière de la nouvelle proposition d’agencement
  • 3.1. Séleukos
  • 3.2. Théodoros, 1re stratégie
  • 3.3. Krokos
  • 3.4. Théodoros, 2ᵉ stratégie
  • Chapitre XV : Les frappes monétaires durant les règnes conjoints de Cléopâtre I-Ptolémée VI et Ptolémée VI-Cléopâtre II : un témoignage des nouvelles prérogatives des reines au IIᵉ siècle ? par Nicolas Consiglio
  • 1. Introduction
  • 2. Historique des recherches et des classifications
  • 3. Monnaies frappées durant le règne conjoint de Cléopâtre I et de Ptolémée VI et celui de Ptolémée VI et de Cléopâtre II
  • 3.1. Les frappes monétaires en or
  • 3.2. Les frappes monétaires de Cléopâtre I et Ptolémée VI
  • a) Le monnayage en argent
  • b) Le monnayage en bronze
  • 3.3. Les frappes monétaires de Ptolémée VI et Cléopâtre II
  • a) Le monnayage en bronze
  • b) Y a-t-il eu un monnayage en argent au nom des deux souverains ? Regard papyrologique
  • 4. Vers une nouvelle classification
  • 5. Le type « immobilisé », preuve de l’ancienneté et de la stabilité de la monnaie
  • 6. Des monogrammes et légendes témoins de l’émancipation des reines au cours du IIᵉ siècle
  • 7. Conclusion
  • Chapitre XVI : Synthèse
  • 1. Cléopâtre I et Cléopâtre II : entre histoire du royaume lagide et biographies individuelles
  • 2. 75 ans qui ont changé le visage de la royauté lagide : évolution des titres et de la position institutionnelle des reines entre 180 et 115
  • 2.1. Les titres des reines selon les documents officiels
  • a) Les titres de Cléopâtre I dans les protocoles de datation
  • b) Les titres de Cléopâtre I dans les temples indigènes et sur les stèles égyptiennes en hiéroglyphes
  • c) Les titres de Cléopâtre I sur les monnaies
  • d) Les titres de Cléopâtre II dans les protocoles de datation, les ordonnances et les serments
  • e) Les titres de Cléopâtre II dans les temples indigènes et sur les stèles égyptiennes en hiéroglyphes
  • f) Les titres de Cléopâtre II sur les monnaies
  • 2.2. Les titres des reines dans les documents émanant de particuliers
  • a) Les titres de Cléopâtre I
  • b) Les titres de Cléopâtre II
  • 2.3. La place des deux reines dans les énumérations de souverains
  • 2.4. Le titre royal féminin
  • 2.5. Les titres des reines selon les sources littéraires
  • 3. Les deux reines et la religion ou comment transformer un monde figé
  • 3.1. Les deux reines et les scènes de temples
  • 3.2. Les deux reines et le culte dynastique
  • a) Les épithètes des reines
  • b) Les prêtrises pour les reines
  • 4. Une seule figure de reine pour des sujets hétérogènes
  • 4.1. Des reines sœurs et épouses de rois
  • 4.2. Reines et cultures de l’Egypte
  • 5. Conclusion : Cléopâtre I et Cléopâtre II ont-elles affaibli ou régénéré la royauté lagide ?
  • Bibliographie
  • Abréviations des périodiques
  • Index des sources
  • Index des noms de personnes, collectivités et peuples
  • Index des matières
  • Stemma I — La famille royale lagide
  • Stemma II — La famille de Cléopâtre I et de Cléopâtre II
  • Stemma III — Les relations Lagides – Séleucides entre 194 et 115 av. J.-C.
  • Planches I–IX
  • Titres de la collection

LISTE DES TABLEAUX ET DES ILLUSTRATIONS


Liste des tableaux

TABLEAU I — Papyrus grecs avec un protocole, datés entre 163 et 145

TABLEAU II — Répartition des papyrus avec protocole de datation complet pendant le règne de Ptolémée VI Philométor (180–145)

TABLEAU III — Liste des consécrations et dédicaces en grec faites sous le règne de Ptolémée VI Philométor et Cléopâtre II

TABLEAU IV — Répartition des inscriptions grecques sous le règne de Ptolémée VI Philométor

TABLEAU V — Liste des documents utilisés pour la datation du mariage entre Ptolémée VIII Evergète II et Cléopâtre III

TABLEAU VI — Liste des sources concernant la guerre civile (132–124 av. J.­-C.)

TABLEAU VII — Liste des sources de la fin de la guerre civile à la grande amnistie (124–118 av. J.­-C.)

TABLEAU VIII — Liste des documents concernant des gouverneurs de Chypre sous le règne de Ptolémée VIII Evergète II et mentionnant les noms des souverains

TABLEAU IX — Séries monétaires frappées après la réforme monétaire introduite à Alexandrie au terme du règne de Ptolémée VI Philométor et sous Ptolémée VIII Evergète II

TABLEAU X — Les types monétaires lagides liés à Cléopâtre I et Cléopâtre II ← XVII | XVIII →

TABLEAU XI — Vue synoptique présentant les types monétaires en usage durant les règnes de Cléopâtre I et Ptolémée VI Philométor, puis de Ptolémée VI Philométor et Cléopâtre II

TABLEAU XII — Les marques spécifiques (date, monogramme, légende) présentes sur les monnayages étudiés

Liste des figures

FIGURE 1 — Ptolémée VI Philométor, Ptolémée VIII Evergète II et Cléopâtre II à Deir el-­Médineh. Scène du 3e registre, extrait de Deir al-Médîna, n° 103

FIGURE 2 — Relief du culte des ancêtres à Tôd, d’après Ch. THIERS, Tôd II, n° 318

FIGURE 3 — Edfou, extérieur du naos, paroi ouest. Détail du soubassement, extrait d’Edfou X, pl. XCIV

FIGURE 4 — Edfou, extérieur du naos, paroi est. Détail du soubassement, extrait d’Edfou X, pl. XCIX

FIGURE 5 — Edfou, extérieur du naos, paroi nord. Détail du soubassement côté est (à gauche, extrait d’Edfou X, pl. XCVIII) et côté ouest (à droite, extrait d’Edfou X, pl. XCVII)

FIGURE 6 — Ptolémée VIII Evergète II, Cléopâtre II et Ptolémée Memphite. Relief de la paroi extérieure est du naos du temple d’Edfou, 2e registre, d’après Edfou X, pl. XCIII

FIGURE 7 — Ptolémée VIII Evergète II, Cléopâtre II (ou Cléopâtre III ?) et Ptolémée Memphite (?). Relief de la paroi extérieure ouest du naos du temple d’Edfou, 2e registre, d’après Edfou X, pl. LXXXVII

FIGURE 8 — Edfou, pronaos, paroi est, d’après Edfou IX, pl. LXIII

FIGURE 9 — Edfou, pronaos, paroi ouest, d’après Edfou IX, pl. LXI

FIGURE 10 — Ptolémée VIII Evergète II, le futur Ptolémée IX Sôter II, Cléopâtre II et Cléopâtre III. Sanctuaire du mammisi d’Edfou, d’après Edfou Mammisi, pl. XIII ← XVIII | XIX →

Liste des plans

PLAN I — Temple de Deir el-Médineh. Extrait de Deir al-Médîna (feuillet interne)

PLAN II — Façade ptolémaïque de la salle hypostyle du temple d’Esna. Extrait d’Esna II, 2

PLAN III — Temple d’Edfou, d’après PM VI, 120. © Griffith Institute, University of Oxford. Topographical Bibliography VI (1939), fig. on 120

Liste des stemmata

STEMMA I — La famille royale lagide

STEMMA II — La famille de Cléopâtre I et de Cléopâtre II

STEMMA III — Les relations Lagides – Séleucides entre 194 et 115 av. J.-C.

Liste des planches

PLANCHE Ia — Edfou, extérieur du naos, paroi ouest. Extrait d’Edfou X, pl. LXXXIV, LXXXV, LXXXVI, LXXXVII (paroi) et pl. XCIV, XCV et XCVI (soubassement).

PLANCHE Ib — Edfou, extérieur du naos, paroi est. Extrait d’Edfou X, pl. XC, XCI, XCII, XCIII (paroi) et pl. XCIX, C et CI (soubassement).

PLANCHE Ic — Edfou, extérieur du naos, paroi nord. Extrait d’Edfou X, pl. LXXXVIII, LXXXIX (paroi) et pl. XCVII et XCVIII (soubassement).

PLANCHE IIa — Base de statue pour l’archisômatophylaque Ptolémaios, offerte par le koinon des Lyciens sous le règne de Ptolémée V Epiphane et Cléopâtre I. OGIS 99. Musée égyptien de Turin, inv. 7147. © Museo Egizio di Torino.

PLANCHE IIb — Base de statue pour Séleukos, gouverneur de Chypre, élevée durant le règne conjoint de Ptolémée VIII Evergète II, Cléopâtre II et Cléopâtre III. POUILLOUX et al. 1987, n° 76. Musée égyptien de Turin, inv. 7146. © Museo Egizio di Torino.

PLANCHE IIIa — Temple de Deir el­-Médineh, architrave à l’entrée du pronaos. Photo G. LENZO (= Deir al-Médîna, n° 113). ← XIX | XX →

PLANCHE IIIb — Scène de réception de la royauté. Ptolémée III Evergète et Bérénice II devant Khonsou. Porte d’Evergète, Karnak. Photo G. LENZO (= CLERE 1961, pl. 43).

PLANCHE IVa — Scène de réception de la royauté. Ptolémée VI Philométor et Cléopâtre II devant Khonsou, Haroéris et Sobek. Temple de Kôm Ombo, façade du sanctuaire. Photo G. LENZO (= Kôm Ombo I, n° 14).

PLANCHE IVb — Culte des ancêtres par Ptolémée VIII Evergète II et Cléopâtre II. Temple de Tôd, salle des offrandes. Photo G. LENZO (= THIERS, Tôd II, 275, n° 318).

PLANCHE Va — Scène de réception de la royauté. Ptolémée VIII Evergète II, Cléopâtre II et Cléopâtre III devant Haroéris. Temple de Kôm Ombo, salle d’apparition. Photo G. LENZO (= DE MORGAN, Kom Ombo, n° 462).

PLANCHE Vb — Ptolémée VIII Evergète II, Cléopâtre II et Cléopâtre III au début de la procession du soubassement. Temple de Kôm Ombo, salle d’apparition paroi nord. Photo G. LENZO (= DE MORGAN, Kom Ombo, n° 453).

PLANCHE VI — Cartouches de Cléopâtre II et Cléopâtre III. Montant de la chapelle D de l’enceinte du temple de Mout, Karnak-Sud. Photo G. LENZO.

PLANCHE VII — Octodrachme de Cléopâtre I et Ptolémée VI. 180–176 (?). British Museum, N° 1978.1021.1. © The Trustees of the British Museum.

PLANCHE VIIIa — Octodrachme au K. IIe s. av. J.­-C. BNF, Luynes 3583. © Bibliothèque nationale de France.

PLANCHE VIIIb — Bronze au K. 180–176 av. J.­-C. British Museum, N° 1862.0805.8. © The Trustees of the British Museum.

PLANCHE IXa — Frappe au monogramme EϒΛ. 176–171 av. J.-C. British Museum, N° 1847,1101.206. © The Trustees of the British Museum.

PLANCHE IXb — Monnaie à la légende ΚΛΕΟΠΑΤΡΣ ΒΑΣΙΛΙΣΣΗΣ. Dès 150 av. J.-C. British Museum, G.1118. © The Trustees of the British Museum. ← XX | 1 →

INTRODUCTION


Lorsqu’on prononce les mots « reines d’Egypte », ce sont généralement les noms de Hatshepsout, de Néfertiti, de Cléopâtre VII et peut-être d’Arsinoé II qui se présentent spontanément à l’esprit. Les autres reines, en particulier celles de l’époque lagide, sont considérées d’ordinaire comme des figures de second ordre en termes de rôle public et d’implication dans les affaires du royaume 1. Pourtant certaines d’entre elles ont contribué de façon décisive à maintenir et à faire évoluer le système royal égyptien.

Il en est ainsi des deux reines auxquelles est consacré cet ouvrage : Cléopâtre I et sa fille Cléopâtre II, qui ont occupé successivement le trône d’Egypte durant la plus grande partie du IIe s. av. J.-C.2. Certes, à l’exception d’un bref intervalle de 5 ans au maximum entre 132 et 1273, elles ont partagé ce trône avec un partenaire de sexe masculin, enfant ou adulte, mais elles ont néanmoins modifié de façon définitive la conception qu’avait l’Egypte des liens entre femmes et royauté.

Nous ne reviendrons pas dans cet ouvrage sur l’histoire des Lagides au IIe s. av. J.-C. et nous n’examinerons pas en détail les règnes de Ptolémée V Epiphane, Ptolémée VI Philométor et Ptolémée VIII Evergète II, nous contentant de ← 1 | 2 → renvoyer aux études approfondies de E. Will, G. Hölbl et W. Huss notamment 4. Toutefois, on note que, dans ces manuels irremplaçables, les reines Cléopâtre I et Cléopâtre II n’occupent qu’une place mineure, comme si leur rôle avait été négligeable ou qu’il était mal documenté. Nous voudrions ici donner un compte rendu complet des informations disponibles sur ces deux figures féminines. La reine Cléopâtre II est au centre de cet ouvrage, mais le premier chapitre, consacré à Cléopâtre I, rappelle les principales conclusions d’une étude que nous avons dévolue à son règne 5.

Analyser de façon chronologique – sur la base d’une étude exhaustive de la documentation – les règnes auxquels ont été associées Cléopâtre I et Cléopâtre II entre 194–190 et 115 nous a nécessairement conduites à revenir sur des débats relatifs à la datation de certains événements ou sur l’interprétation de certains faits. Souvent, nous avons dû entrer dans des discussions très pointues pour trancher entre différentes hypothèses, ce qui fait de ce livre une étude destinée d’abord à des spécialistes. Cependant, en fin de chaque chapitre, une conclusion résume les principaux éléments mis en évidence dans les pages qui précèdent et les apports de notre enquête pour l’histoire des règnes lagides concernés. Ces bilans intermédiaires, tout comme la large synthèse que nous proposons à la fin du volume, s’adressent également à un public plus large, désireux de mieux connaître cette période, par exemple pour la comparer à d’autres époques antiques durant lesquelles les femmes ont inventé des modes différents de participation au pouvoir ; nous songeons en particulier à l’Empire romain.

Le statut des reines hellénistiques fait l’objet d’une bibliographie en constant développement depuis plus d’une décennie 6. Quelques reines lagides ont bénéficié d’études spécifiques 7. Les réflexions que nous présentons ici ne s’inscrivent ← 2 | 3 → pas dans une approche d’histoire des femmes, considérées en tant que figures individuelles auxquelles on consacrerait une étude biographique spécifique 8. Elles ne suivent pas davantage la voie ouverte par S. Pomeroy qui proposait d’analyser ces figures royales en tant que représentantes du sexe féminin et les intégrait dans une histoire des femmes en Egypte ptolémaïque 9. Nous privilégions une approche d’histoire de genre qui se focalise sur les relations tissées entre ces deux reines, leur entourage et leurs sujets. Afin de caractériser les modalités respectives du pouvoir féminin et du pouvoir masculin chez les Lagides, au IIe s. av. J.-C., nous nous intéressons à la manière dont ces femmes ont partagé le pouvoir avec leur partenaire masculin et, le cas échéant, avec une autre partenaire féminine, dans le cadre d’un règne conjoint à deux ou à trois souverains. Nous cherchons à mesurer l’influence qu’ont exercée sur elles les reines pharaoniques ou Arsinoé II, et leur impact sur les rois et les reines suivants. Pour chacune des reines – mais surtout pour Cléopâtre II – nous procédons, en respectant l’évolution chronologique, à un examen attentif des titres qui lui ont été accordés et des cultes qui lui ont été consacrés, de son action politique et de son implication dans les stratégies dynastiques. La position de Cléopâtre II en tant que sœur de rois fait l’objet d’une attention particulière, en recherchant de quelle manière ce lien fraternel a été exploité dans la propagande dynastique et dans le jeu politique et diplomatique contemporain. Nous appuyons en premier lieu nos considérations sur l’analyse détaillée de la documentation de première main et dans un second temps seulement, sur les réflexions tirées des références bibliographiques récentes.

L’ampleur de la documentation disponible nous a surprises, autant que sa variété et la richesse des informations ainsi fournies. Les documents épigraphiques, papyrologiques et numismatiques, ainsi que les reliefs de temples nous renseignent sur le rôle officiel accordé à ces deux reines par le pouvoir et sur la manière dont les sujets du royaume percevaient le statut officiel de leurs souveraines, tandis que les sources littéraires s’attachent en majorité à des points anecdotiques relevant de la sphère familiale des souveraines. L’ensemble des sources disponibles en grec, latin, démotique et hiéroglyphes avoisine les 1500 témoignages. Nous avons systématiquement cherché à confronter ces témoignages les uns aux autres, règne par règne, de manière à mettre en lumière leurs correspondances ← 3 | 4 → et leurs discordances 10. La comparaison entre les informations fournies par ces différents groupes documentaires montrera si l’image de ces reines différait selon qu’elle était établie à l’usage d’un public hellénophone ou d’un public d’origine égyptienne indigène, et selon que le document émanait d’un particulier, d’un fonctionnaire ou du clergé.

La nature interdisciplinaire du corpus sur lequel se fonde l’étude impose un décloisonnement des approches disciplinaires relevant de l’histoire grecque et de l’égyptologie. Aussi, nous permettons-nous d’évoquer brièvement ici les caractéristiques de quelques catégories documentaires appartenant à l’une ou à l’autre des disciplines concernées.

Plusieurs types de papyrus égyptiens ont été exploités. Le protocole de datation placé en tête des documents administratifs lagides – et qui suit un même modèle en grec comme en démotique – fournit des indications précieuses puisqu’il indique le nom du roi en activité lors de la rédaction du document, sa filiation, son épithète divine (à partir du règne de Ptolémée VIII, dès 145) et les noms des prêtres du culte dynastique qui étaient en charge à cette date 11. Ces protocoles étaient probablement élaborés en grec à Alexandrie, puis étaient traduits en démotique et transmis dans les divers centres de la chôra12. Tous les changements institutionnels sont reportés dans les protocoles, qui offrent ainsi un reflet actualisé du pouvoir royal. Le degré de fiabilité de cette documentation est élevé même si l’on n’est pas totalement à l’abri d’erreurs introduites par un scribe peu scrupuleux et même si l’on doit parfois tenir compte de retards dans la transmission d’informations jusqu’en des lieux fort éloignés d’Alexandrie. Les serments royaux, qui renforcent le caractère légal de certains actes (ventes, achats, locations, etc.) livrent également le nom et les titres des souverains en activité, en respectant les indications données dans les protocoles. ← 4 | 5 → Parfois, le contenu même de certains papyrus concerne les reines et leurs partenaires royaux, qu’il s’agisse d’ordonnances royales, de requêtes formulées par des sujets ou de rapports rédigés par des fonctionnaires ; les uns comme les autres étaient adressés aux dirigeants du royaume, qui se devaient d’y répondre.

Contrairement aux papyrus, les ostraca administratifs en grec et en démotique ne contiennent pas de protocole de datation complet avec le nom des souverains, mais se contentent de donner une date. La plupart du temps, ils ne fournissent pas de données historiques utiles à notre propos, les noms des souverains étant passés sous silence. Nous avons cependant retenu les ostraca datant de la guerre civile déclenchée en 132/131 et opposant Cléopâtre II et Ptolémée VIII, car ils comptent au nombre des rares documents permettant de savoir dans quelle ville d’Egypte et à quelle date Cléopâtre II fut reconnue en tant que seule souveraine. Nous avons également pris en considération les ostraca du prêtre égyptien Hor, retrouvés à Saqqara, qui offrent des témoignages essentiels de la première moitié du règne de Ptolémée VI : le prêtre manifeste à plusieurs reprises sa dévotion aux souverains, roi et reine, et donne des informations capitales sur la Sixième Guerre de Syrie (170–168).

Une part importante de la documentation provenant d’Egypte et de Chypre est constituée par des inscriptions grecques. On trouve de nombreuses dédicaces offertes aux souverains par des particuliers, ou offertes aux dieux par des particuliers, mais au nom des souverains 13. Des décrets honorifiques et des bases de statues gravés par des communautés civiques en l’honneur de fonctionnaires ou de militaires lagides soulignent la loyauté de ces derniers envers les occupants du trône. Parfois, une lettre royale écrite originellement sur papyrus a été transcrite sur pierre par les destinataires du courrier afin d’en faire connaître publiquement la teneur.

En ce qui concerne le monnayage, nous avons uniquement sélectionné des séries monétaires que nous pouvions mettre en relation avec Cléopâtre I ou avec Cléopâtre II, en nous appuyant sur l’iconographie ou sur la légende monétaires et en nous fondant sur des indices de datation fiables (études de trésors, recoupements de coins, etc.). Notre attention s’est focalisée sur des frappes dont l’initiative pourrait être attribuée à l’une ou à l’autre des deux reines, seule ou conjointement avec son partenaire royal masculin. Cette étude a été menée par Nicolas Consiglio 14. ← 5 | 6 →

Nous avons inclus dans cette réflexion les scènes et inscriptions gravées sur les parois des temples au nom des souverains lagides. Parce qu’ils étaient considérés comme les successeurs légitimes des Pharaons, les Lagides ont choisi de mettre leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs, d’une part en complétant la décoration de temples existants sans en modifier la structure d’origine, d’autre part en agrandissant ou (re)construisant certaines parties de temples préexistants. Lorsqu’ils souhaitaient réaliser de nouveaux décors dans des temples d’époque pharaonique déjà très décorés, les souverains lagides étaient contraints d’utiliser les espaces demeurés vierges. Pour les règnes dont nous traitons ici, il s’agit souvent des linteaux de portes, de montants de portes ou de soubassements de murs. Les temples d’Edfou, Esna, Kom Ombo et Philae ont aussi fait l’objet d’ajouts importants sous Ptolémée VI et Ptolémée VIII. Les dédicaces, souvent en grec, nous apprennent que les ajouts dans certaines parties de temples ont été financés par des particuliers. Les travaux d’envergure dans les grands temples ont, en revanche, probablement été soutenus par les rois lagides 15.

L’Egypte ptolémaïque – tout comme l’Egypte pharaonique – a ceci de particulier que le roi était aussi le chef suprême de la religion, le garant des bonnes relations entre les hommes et les dieux et surtout le garant du maintien de l’ordre. Les liens entre le pouvoir temporel et le domaine religieux étaient étroits et très codifiés. Sur les parois des temples, les souverains étaient représentés tantôt en train de faire des offrandes aux dieux, tantôt en train de recevoir de la part des dieux des années de règne, dans ce que l’on appelle des « scènes de réception (ou de transmission) de la royauté ». Malgré leur caractère apparemment figé et même si nous sommes pleinement conscientes de l’ampleur du débat scientifique généré par cette question, nous avons considéré que ces scènes pouvaient constituer des témoignages historiques, à la suite des travaux de J. Quaegebeur, G. Hölbl et M. Minas-Nerpel 16. Quoiqu’obéissant à des schémas iconographiques rigides, ces scènes se devaient d’être, dans une certaine mesure, un reflet du pouvoir royal et de son évolution ; la représentation des reines dans ce contexte donne donc une indication sur leur statut officiel et sur la perception qu’avait le clergé de leur statut. Les scènes gravées sont accompagnées ← 6 | 7 → de légendes qui mentionnent les titres des souverains et qui renforcent ainsi la valeur historique des représentations.

Les stèles hiéroglyphiques sont également des documents témoignant du lien entre les souverains lagides et le clergé égyptien : elles ont souvent été érigées afin de mettre à l’honneur une décision royale en faveur du clergé local. L’affichage de décrets officiels en trois écritures (hiéroglyphes, démotique, grec) est attesté au IIe siècle, mais bien plus rarement qu’au début de l’histoire lagide 17. Tout comme les scènes dans les temples, leur caractère historique a parfois été mis en doute 18.

Ces sources évoquent toutes – mais de manière différente – le culte dynastique, auquel étaient intégrés chaque roi et chaque reine lagides, depuis Ptolémée II Philadelphe. Si les souverains de l’époque pharaonique ont bénéficié d’un culte posthume, tout comme certains particuliers ou des reines, à l’époque ptolémaïque, les ancêtres divinisés sont commémorés dans le cadre du culte dynastique et de la prêtrise éponyme d’Alexandrie qui lui est liée. Le culte dynastique est également célébré à Ptolémaïs de Thébaïde depuis le règne de Ptolémée IV Philopator par le biais de charges religieuses distinctes de celles d’Alexandrie 19. Le fonctionnement du culte royal ptolémaïque reflète une influence grecque, tout comme la mention des prêtres éponymes dans les protocoles de datation sur papyrus. Les reines lagides sont évoquées dans le cadre du culte dynastique à travers leurs épithètes divines et à travers les prêtrises éponymes qui leur sont dévolues, à titre individuel ou en association avec un souverain masculin. Cléopâtre I et Cléopâtre II n’échappent pas à la règle. Dans les temples, les scènes de culte des ancêtres – déjà présentes à l’époque pharaonique – ont été adaptées à la nouvelle dynastie lagide 20.

A l’inverse de tous les témoignages précédemment cités, les sources littéraires sont peu prolixes au sujet de Cléopâtre I et de Cléopâtre II. Dans les fragments de Poseidonios ou de Porphyre, dans les prologues de Trogue Pompée, dans les Livres des Maccabées, chez Appien, Athénée, Diodore de Sicile, Dion Cassius, ← 7 | 8 → Eusèbe, Jérôme, Justin, Orose, Pausanias, Plutarque, Polybe, Strabon, Tite-Live ou Valère Maxime, la présence de ces reines sur le trône d’Egypte est tantôt évoquée de façon très elliptique, tantôt mentionnée en lien avec des anecdotes dont l’historicité est douteuse et qui concernent la sphère familiale des Lagides et les débordements des rois. Flavius Josèphe constitue, pour sa part, une exception sur laquelle nous reviendrons.

Etayé par des centaines de témoignages documentaires, ce livre a pour ambition de renouveler la perception du statut et du rôle de Cléopâtre I et de Cléopâtre II, en espérant que les futurs manuels traitant de l’histoire lagide souligneront les apports novateurs de ces reines à l’institution royale.

NOTA BENE

Sauf indication spécifique, les traductions d’inscriptions et de papyrus grecs, voire de sources littéraires, sont de A. Bielman et celles de documents démotiques et hiéroglyphiques de G. Lenzo. Les lacunes des textes originaux sont reportées dans les traductions uniquement lorsqu’elles sont étendues ou significatives. En ce cas, les crochets droits [..] indiquent une lacune et les parenthèses (..) un mot abrégé ou omis dans le texte d’origine et qui est développé ou ajouté dans la traduction.

Dans les extraits de documents antiques, on trouvera, outre les crochets doits et les parenthèses, les crochets pointus <..> qui mettent en évidence une faute du scripteur antique ; les fins de ligne des documents antiques sont signalées par une barre verticale |.

Les guillemets signalent des citations de chercheurs ou des traductions de mots ou de phrases tirés de documents antiques dont le texte en langue originale est donné en vis-à-vis (de façon systématique pour les documents en grec, et dans une moindre mesure pour ceux en démotique et en hiéroglyphes). Les guillemets mettent également en évidence des épithètes divines et des titres, notamment des titres religieux conférés aux souverains dans les temples ou sur les stèles égyptiennes.

Les documents épigraphiques et papyrologiques sont en principe cités en abrégé. Les titres développés des corpus papyrologiques sont indiqués sur la base Trismegistos (http://www.trismegistos.org) ; ceux des corpus épigraphiques se trouvent dans la bibliographie générale. ← 8 | 9 →


1. Ce sont surtout Arsinoé II, Cléopâtre VII et, dans une moindre mesure, Bérénice II qui ont fait l’objet d’études détaillées, cf. infra n. 7. D’Arsinoé III à Bérénice IV, les membres féminines de la famille lagide n’ont que sporadiquement retenu l’attention des chercheurs.

2. Cet ouvrage est le fruit d’un projet financé de 2011 à 2014 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et dirigé par A. BIELMAN, avec la collaboration de G. LENZO.

3. Toutes les dates données dans l’ouvrage s’entendent comme « av. J.-C. », sauf mention contraire. En revanche, nous avons conservé l’indication « av. J.-C. » pour les dates données dans les titres de chapitres et lorsqu’il est question de siècles.

4. WILL 1982 ; HÖLBL 2001 ; HUSS 2001.

5. La fille de Cléopâtre II, Cléopâtre III, fait pour sa part l’objet d’une thèse de doctorat, en cours à l’Université de Lausanne, par A. CUENOD.

6. On peut mentionner notamment parmi les travaux concernant l’ensemble des reines hellénistiques : OGDEN 1999 ; SAVALLI-LESTRADE 1994 ; SAVALLI-LESTRADE 2003 ; BRINGMANN 1997 ; KUNST 2007. Toutefois, les études les plus récentes s’attachent à une ou plusieurs figures royales féminines dans une seule dynastie royale. Sur les reines pharaoniques, voir notamment les synthèses de FORGEAU 2008 ; GRZYBEK 2008, LENZO (à paraître). Sur les reines lagides, voir notamment HAZZARD 2000 et ASHTON 2003.

7. Par exemple sur Arsinoé II : QUAEGEBEUR 1998 ; COLLOMBERT 2008 ; MUELLER 2009 ; CARNEY 2013 ; MINAS-NERPEL 2015. Sur Bérénice II : HERKLOTZ 2000 ; CARREZ-MARATRAY 2008 ; CARREZ-MARATRAY 2014 ; CLAYMAN 2014 ; MINAS-NERPEL 2015. Sur Arsinoé III : LANCIERS 1988b. Sur Cléopâtre III : KOENEN 1970. Sur Cléopâtre Tryphaena : BENNETT 1997. Sur Cléopâtre VII, voir par exemple CHAUVEAU 1998a ; pour d’autres références, voir la bibliographie commentée établie par MUELLER 2009, 7, n. 33.

8. Ainsi que l’a fait WHITEHORNE (1994) pour les différentes Cléopâtre.

9. POMEROY 1984. Dans la même ligne, ROWLANDSON 1998.

10. Nous avons respecté dans toute la mesure du possible pour l’édition et la présentation des sources les règles qui sont en vigueur dans chacune des disciplines concernées par ce vaste corpus documentaire : papyrologie grecque et papyrologie démotique, épigraphie grecque et épigraphie hiéroglyphique, numismatique grecque, égyptologie. Il en résulte, par exemple, que le texte original d’un papyrus grec sera cité selon des modalités légèrement différentes à celui d’une inscription grecque.

11. Dans la translittération et la traduction des textes démotiques, nous avons omis l’abréviation img.w.s. « VPS » (« Vie, Prospérité, Santé ») écrit après le nom de chaque souverain ou après tout terme en relation avec la royauté, comme le mot « Pharaon ».

12. La structure du protocole qui inclut les prêtrises éponymes et les épithètes divines des souverains, tels que Sôter, Philadelphe, etc., montre que nous avons certainement affaire à un modèle grec traduit en égyptien (démotique ou hiéroglyphes) dans un second temps.

13. Voir à ce sujet les réflexions de IOSSIF 2005.

14. Voir infra p. 417–445. Cette étude est issue du mémoire de maîtrise présenté par N. CONSIGLIO en 2014, un mémoire intitulé « Des monnaies pour les reines. Essai numismatique, économique, politique et géopolitique sur les frappes monétaires liées aux règnes de Cléopâtre I, Cléopâtre II et Cléopâtre III », dirigé par A. BIELMAN et par la Dr A. GEISER, directrice du Musée monétaire de Lausanne.

15. Sur la question du financement des temples, voir THIERS 2006, THIERS 2009a et KOCKELMANN/PFEIFFER 2009.

16. QUAEGEBEUR 1978 ; HÖLBL 2003 ; MINAS 1996, 1997, 2005, MINAS-NERPEL 2011, 2014, 2015.

17. Pour la liste des décrets de l’époque ptolémaïque, voir CLARYSSE 1999. Il faut ajouter la Stèle d’Héracléion publiée récemment et qui se rapproche de ce type de décrets (THIERS 2009b).

18. Voir les remarques de THIERS 2009a. Au sujet des différentes stèles de l’époque de Ptolémée VIII, voir LENZO 2015.

19. Sur l’introduction de ces prêtrises à Ptolémaïs sous le règne de Ptolémée IV Philopator, MINAS 2000, 114–116.

20. A ce sujet, voir MINAS-NERPEL 2014.

CHAPITRE PREMIER

CLÉOPÂTRE I ENTRE 194 ET 177 AV. J.-C. : BILAN D’UNE ÉTUDE ANTÉRIEURE


La reine Cléopâtre I appartient aux figures féminines antiques auxquelles les historiens modernes n’ont pas encore pleinement rendu justice. Cette fille du roi séleucide Antiochos III, mariée jeune au roi lagide Ptolémée V, est pourtant l’auteure, en 180, d’une révolution institutionnelle et politique majeure pour l’Egypte lagide : l’instauration d’un règne conjoint entre un garçonnet et une femme adulte. Nous avons esquissé une réhabilitation du parcours politique de Cléopâtre I dans une étude parue en 2015 dans les Studi ellenistici1. Nous reprenons ici les principales conclusions de cette étude, car elles ont une incidence sur notre analyse des règnes féminins ultérieurs, en particulier celui de Cléopâtre II, la fille de Cléopâtre I.

1.   QUELQUES REMARQUES DE TERMINOLOGIE

En préambule, l’étude souligne l’inadéquation de certains termes employés par les auteurs modernes en lien avec les royautés hellénistiques, en particulier ceux de « régence », de « régente » et leurs correspondants dans les principales langues européennes. Il nous semble que le recours à ces termes conduit à établir de façon implicite des analogies institutionnelles entre les royaumes hellénistiques et les royaumes occidentaux de la période moderne (XVIeXVIIIe siècles). Or de telles analogies sont – pour l’essentiel – erronées ; elles ne résistent pas à un examen attentif du vocabulaire utilisé par les auteurs antiques pour décrire le ← 9 | 10 → statut d’un personnage qui avait pour mission de veiller sur un enfant-roi ou le statut d’un dignitaire à qui un souverain hellénistique parti en campagne avait laissé certaines responsabilités de surveillance territoriale.

Notes biographiques

Anne Bielman Sánchez (Auteur) Giuseppina Lenzo (Auteur)

Anne Bielman Sánchez est professeure ordinaire d’histoire ancienne à l’Université de Lausanne et spécialiste d’épigraphie grecque et d’histoire des femmes/gender studies dans l’Antiquité grecque et romaine. Elle s’intéresse plus particulièrement aux rôles et au statut publics des femmes antiques. Giuseppina Lenzo est maître d’enseignement et de recherche en histoire ancienne à l’Université de Lausanne et égyptologue spécialiste de l’histoire et de la religion des époques pharaonique et ptolémaïque au Ier millénaire av. J.-C.

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Titre: Inventer le pouvoir féminin : Cléopâtre I et Cléopâtre II, reines d’Egypte au IIe s. av. J.-C.