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Recherche académique et innovation

La force productive de la science

de Dimitri Uzunidis (Éditeur de volume)
Collections 258 Pages
Series: Business and Innovation, Volume 19

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Présentation Générale: Science, technique, technologie, innovation : de la réalisation à la « valorisation » de la recherche (Dimitri Uzunidis)
  • Chapter 1: Quadruple and Quintuple Helix Innovation Systems and Academic Firms: Macro Trends of Knowledge in Technology, Research and Innovation (Elias G. Carayannis / David F. J. Campbell)
  • Chapitre 2: Du laboratoire à l’entreprise : le scientifique entrepreneur sous le prisme de l’histoire (Sophie Boutillier)
  • Chapitre 3: Imbrication science-industrie : les origines de la fraude scientifique (Blandine Laperche)
  • Chapitre 4: Les « guerres de brevets », pools et innovation (Béatrice Dumont)
  • Chapitre 5: L’édition scientifique 2.0 : vers l’open access (Laurence Pagacz / Thierry Waser)
  • Chapitre 6: Les sciences en société : voies de la recherche et de l’innovation responsables (Bertrand Bocquet)
  • Les Auteurs
  • Titres de la collection

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Science, technique, technologie, innovation : de la réalisation à la « valorisation » de la recherche

Dimitri UZUNIDIS

Réseau de Recherche sur l’Innovation, France

« Science », « technique », « technologie », « innovation » : il s’agit de quatre notions parmi les plus controversées de l’analyse économique. Elles sont appréhendées et utilisées de façons diverses et multiples. La première origine de ce flou conceptuel peut être due aux liens complexes qui les unissent ; la seconde, à la nature des rapports sociaux sur lesquels elles sont assises.

La science1 est ordinairement définie comme un système de connaissances, liées d’une façon logique dans un ensemble. Son objectif est de classer, par un cheminement méthodique, les phénomènes observés et de les interpréter dans le but de connaître les lois qui les régissent. La technique se définit comme l’opération et/ou le moyen (ou la combinaison d’opérations et/ou de moyens) utilisables et mis en valeur par le travail pour l’obtention d’un résultat donné relatif à l’accroissement de l’exploitation des ressources naturelles qui, elle-même, se réalise par la création d’un produit donné. La technologie se définit comme l’exposé scientifique des connaissances sur les moyens et opérations par lesquels s’intensifie l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que sur l’expérience et la capacité de créer et d’utiliser des moyens et opérations. L’innovation, enfin, est considérée comme la mise sur le marché des nouveaux produits ou l’amélioration des existants ; amélioration obtenue grâce à l’application (« valorisation ») de nouvelles connaissances scientifiques et techniques. ← 9 | 10 →

1.    Science, technique, technologie : les fondements de l’industrie

Platon, dans la Cité, identifie la science au savoir et lui donne un contenu noble, l’assimilant à la dialectique. Le savoir humain, dit-il, commence par la supposition, puis s’élève à la foi, puis à la pensée, enfin, à la science. Cette dernière est alors le savoir indubitable. Les stoïciens définiront ce savoir en clamant que la science est le savoir impossible à modifier par des arguments logiques. L’acceptation de la science en tant que « marche supérieure des savoirs » est ensuite relativisée par Thomas d’Aquin puis par Kant. Pour le premier, schématiquement, science = explication des choses ; pour le second, science = savoir, qui représente un système, c’est-à-dire un ensemble classé selon diverses règles. Pour les pragmatistes anglo-saxons (Locke, Berkeley et Hume, par exemple), la science n’est qu’un simple moyen par lequel l’homme parvient à ses fins. La connaissance est fondée sur l’expérience… Ils rejettent ainsi le fait que l’activité scientifique découvre la vraie essence des choses.

Les différentes définitions proposées après la Seconde Guerre mondiale se veulent tout aussi pragmatiques. Pour C. Cooper (1970), les « activités scientifiques » sont les « activités concernant notre compréhension des phénomènes naturels » ; tandis que T. Kuhn (1983, p. 18) définit la science comme « l’ensemble des faits, théories et méthodes rassemblés dans les ouvrages courants » et devient plus précis en désignant par le terme « science normale » « la recherche solidement fondée sur un ou plusieurs accomplissements scientifiques passés, accomplissements que tel groupe scientifique considère comme suffisants pour fournir le point de départ d’autres travaux » (Thuillier, 1983, p. 31).

Pour synthétiser, les définitions privilégient l’effort, individuel ou collectif, systématique et organisé de réflexion et de conceptualisation pour découvrir et maîtriser la chaîne des causalités. Ceci permet de tirer parti de la compréhension des processus et phénomènes. Pour ce faire, la science doit être considérée comme un outil, car, selon P. Papon (1983, p. 9), « impliquant une maîtrise de la nature, elle donne les moyens pour agir sur les phénomènes en les maîtrisant ou en modifiant le déroulement ». Pour ajouter, que son objectif est « la connaissance critique du réel. […] La science progresse d’abord sous le contrôle permanent de ses méthodes et de ses résultats par la communauté scientifique en second lieu, elle étend constamment ses méthodes et ses concepts, élargissant ainsi le champ des investigations » (Papon, 1983, p. 23). ← 10 | 11 →

Si la recherche de l’essence des choses ‒ au sens que « toute science serait superflue si l’apparence et l’essence des choses se confondaient » (Marx, 1976, L. III, p. 739) ‒ est communément admise comme étant le but de l’activité scientifique, le débat a longtemps été focalisé sur l’autonomie ou non de cette activité, comme l’ont montré P. Thuillier (1983) et P. Papon (1983). Pour les uns, le problème majeur est la connaissance en tant que telle. La science, en tant que construction intellectuelle, est considérée « comme un domaine autonome, dont les relations avec le monde de l’action sont tout à fait accessoires » (Thuillier, 1983, p. 32). Pour les autres, la science est historique, conditionnée par l’existence préalable de valeurs sociales et culturelles favorables à la recherche, et par le développement d’institutions efficaces (Papon, 1983).

L’analyse de l’évolution des sciences de T. Kuhn révèle les contradictions qui découlent d’un tel débat. La formation d’un paradigme dominant d’une science (ensemble de croyances, de valeurs reconnues et de techniques qui sont communes aux membres d’un groupe de scientifiques donné), son obsolescence et sa substitution par un autre sont le fait du groupe de scientifiques dominant. Ce processus se réalise par une action intrinsèque : les astronomes de l’Antiquité, les spécialistes du mouvement au Moyen Âge, ceux de l’optique à la fin du XVIIe siècle, etc., « avaient trouvé un paradigme capable de guider les recherches du groupe tout entier » (Kuhn, 1983, p. 44). De même, « le passage de la mécanique de Newton à celle d’Einstein montre, avec une clarté particulière, la révolution scientifique comme un déplacement du réseau conceptuel à travers lequel les hommes de science voient le monde » (ibid.). Mais, plus loin, Kuhn écrit : « On dit souvent que si la science grecque avait été moins déductive et moins assujettie au dogme, l’astronomie héliocentrique aurait pu commencer à se développer 18 siècles plus tôt. Mais, c’est ignorer tout le contexte historique » (Kuhn, 1983, p. 112).

Cette évolution des concepts nous la retrouvons à propos de la « technique » et de la « technologie ». Pour les Grecs anciens, la technologie signifiait un ensemble de règles que quelqu’un utilise dans l’exercice de son métier. Le métier ou l’art, puis le processus qu’il engendre (la technique), étaient définis comme l’habileté nécessaire à l’application pratique, selon une méthode appropriée, d’un ensemble de connaissances. Connaissances qui pouvaient être « scientifiques » (selon la définition de Platon) ou acquises par l’expérience.

Aujourd’hui, nous avons tendance à opposer la technologie à la science s’appuyant sur la nature du travail : pratique pour la première ; intellectuel pour la seconde. L’approche est la suivante : i) la technologie ← 11 | 12 → est un ensemble de techniques ; ii) cet ensemble de techniques concernant les activités pratiques est opposé à la science ; iii) la science fournit les connaissances dont l’application permet la mise au point des techniques et l’innovation technologique.

La gamme des définitions de la technologie s’étend de propositions de concepts généraux (p. ex. comment exploiter et utiliser les phénomènes naturels ?) jusqu’à celles qui se veulent opérationnelles (connaissances pour la fabrication de biens et la conception de services) en passant par celles qui sont le résultat d’une approche socio-historique de la technologie (la technologie est le processus social). Mais quelles sont les relations qui lient la science à la technique et à la technologie ? Comment ces relations s’établissent-elles et obéissent-elles à l’évolution des rapports sociaux de production ?

La technologie fait souvent office d’étape intermédiaire entre la science et la technique. Du savoir abstrait à l’application concrète se dessine une séquence linéaire à laquelle correspond le découpage recherche de base, recherche appliquée, développement. Pour P. Auger (1961), la recherche fondamentale se subdivise en recherche pure – dont le but est la compréhension de l’univers et la découverte de champs d’investigation nouveaux sans but pratique spécifique – et en recherche orientée qui peut être systématisée – centrée sur un thème donné – ou descriptive visant à préciser les connaissances scientifiques dans un domaine particulier par l’obtention d’un nombre élevé de données, d’observations et de mesures essentielles. Tout objectif commercial est alors exclu. De son côté, la recherche appliquée a un but pratique déterminé en vue de satisfaire des besoins déterminés. Tandis que le développement technologique consiste en l’adaptation systématique des connaissances scientifiques et empiriques pour produire des outils, des dispositifs utiles, des systèmes, des méthodes, et ce jusqu’à l’élaboration et la mise au point de prototypes et de procédés.

Mais, l’intervention scientifique dans le processus de l’innovation par l’utilisation des résultats de la recherche fondamentale et appliquée ou la « scientification de la technique » est couplée avec la « technicisation de la science », selon les termes utilisés par J. Habermas (1973). De plus, au moment où l’industrie atteint un niveau très élevé de concentration, « l’invention devient alors une branche des affaires, et l’application de la science à la production immédiate détermine les inventions, en même temps qu’elle les sollicite » (Marx, 177, t. 2, p. 220). Dans ce contexte, les relations entre science et technique s’établissent par un « processus de déduction » (applications techniques déduites de la connaissance ← 12 | 13 → scientifique) et par un « processus d’induction » (quand un problème technique consciemment posé et perçu suscite des recherches scientifiques visant sa solution). Mais, si la technique dépend pour une grande part de l’état de la science, la science tend à dépendre beaucoup plus de l’état et des besoins de la technique.

Résumé des informations

Pages
258
ISBN (PDF)
9782807604629
ISBN (ePUB)
9782807604636
ISBN (MOBI)
9782807604643
ISBN (Livre)
9782807604612
Langue
Français
Date de parution
2018 (Juillet)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, New York, Oxford, Wien, 2018. 258 p.

Notes biographiques

Dimitri Uzunidis (Éditeur de volume)

Les auteurs : Bertrand Bocquet, Sophie Boutillier, David F. J. Campbell, Elias G. Carayannis, Béatrice Dumont, Blandine Laperche, Laurence Pagacz, Dimitri Uzunidis, Thierry Waser

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Titre: Recherche académique et innovation