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Des organisations «dynamiques» de l’oral

de Elisabeth Richard (Éditeur de volume)
©2018 Collections 426 Pages
Série: Sciences pour la communication, Volume 122

Résumé

Longtemps déconsidérée ou traitée seulement par la négative, c’est la langue orale et sa désorganisation apparente, si souvent dénoncée, qui motivent le présent ouvrage. Comment appréhender ce flux de paroles continu ? A défaut de le maîtriser, comment en rendre compte, pour au moins l’observer, le (re-)connaître, en comprendre la dynamique, voire le modéliser ?
La problématique centrale de cet ouvrage est celle de l’organisation des productions orales. Les études rassemblées ici visent à la recherche d’unités stables, d’invariants prosodiques et/ou syntaxiques, d’unités de sens au-delà des variations contextuelles. Elles mettent au jour des modèles d’organisation propres à la langue orale selon deux fils directeurs : 1. Une organisation en temps réel ; 2. Une organisation discursive.
Cet ouvrage fait le point sur les apports des analyses les plus récentes aux divers champs de la linguistique de l’oral et démêle le faisceau des traits caractéristiques de l’organisation dynamique de la langue orale.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface. Évolution des recherches sur l’oral et infléchissement des centres d’intérêt entre 1970 et 2000. Un bref aperçu subjectif (Mary-Annick Morel)
  • Entre frontières et unité, à la recherche de modèles organisateurs de la langue orale. Préambule (Élisabeth Richard)
  • Chapitre 1. Une organisation en temps réel
  • Chapitre 1.1 Organisation hiérarchisante de la prosodie
  • Segmentation prosodique et production orale (Philippe Martin)
  • Pauses avec et sans prise de souffle. Typologie acoustique et fonctionnelle (Antoine Auchlin / Anne Catherine Simon / Jean-Philippe Goldman / Mathieu Avanzi)
  • Relations entre prosodie et marqueurs syntaxiques/discursifs à l’oral en japonais (Chieko Shirota)
  • Discours rapporté à l’oral. De la segmentation à l’interprétation (Sylvie Hanote / Hélène Chuquet)
  • Chapitre 1.2 Une organisation dynamique de la syntaxe
  • Les réorganisations de l’oral. L’exemple des phrases recatégorisées (Noalig Tanguy)
  • Ce que nous apprend l’examen des corpus oraux sur les in(tra)noyaux (INN). Unités (macro)syntaxiques : une autre segmentation pour une autre analyse (Sandra Teston-Bonnard)
  • Les hétéro-répétitions dans une interaction orale. Définition et conception d’un outil de détection automatique (Groupe Icor : Carole Étienne / Sylvie Bruxelles / Émilie Jouin / Lorenza Mondada / Florence Oloff / Sandra Teston-Bonnard / Véronique Traverso)
  • Manipulation de constructions. Rôle cohésif des répétitions au sein d’une syntaxe en temps réel (Marie Skrovec)
  • Chapitre 2. Une organisation discursive
  • Chapitre 2.1 Construction unitaire de l’information
  • L’introduction du rhème en anglais. Des opérateurs à l’opération en jeu (Isabelle Gaudy-Campbell)
  • Segmenter et interpréter les marques thématiques en turc oral spontané (Selim Yilmaz / Arsun Uras Yilmaz)
  • Construction de l’information dans la langue parlée. Repérage de schémas reformulatoires remarquables (Claire Martinot)
  • Délimitation des unités de témoignage oral. Le cas de l’hébreu moderne (Il-Il Yatziv-Malibert)
  • L’hétéro-répétition comme validation des complétions collaboratives. Analyse séquentielle et multimodale de séquences de co-construction (Florence Oloff)
  • Enjeux intersubjectifs et interactifs. Autour des marqueurs : hein, quoi, n’est-ce pas (Hiroko Noda)
  • L’interprétation des disfluences dans la délimitation des unités de discours. Une proposition de traitement pratique (Thomas Van Damme / Liesbeth Degand / Anne Catherine Simon / Julien Eychenne)
  • Chapitre 2.2 Marqueurs organisationnels
  • Des oh et débats. La mise en spectacle interjective de la recherche de quantification / qualification à l’oral (Bertrand Richet)
  • Voilà c’est ça, voilà c’est tout, et puis voilà. Interprétation syntaxique et sémantique des emplois en conversation de voilà (Juliette Delahaie)
  • Les marqueurs discursifs rédupliqués. Deux cas de figure Ok ok ok… [là là] (Gaétane Dostie)
  • « Bon » à l’oral en tant que préfixe. Étude topologique (Florence Lefeuvre)
  • Postface. Corpus et (ré)organisation de l’oral (Paul Cappeau)
  • Titres de la collection

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Préface

Évolution des recherches sur l’oral et infléchissement des centres d’intérêt entre 1970 et 2000. Un bref aperçu subjectif

MARY-ANNICK MOREL

Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, EA 1483, RFC

Il ne s’agit ici que d’esquisser un aperçu subjectif (et partiel) de l’évolution des recherches universitaires sur l’oral de 1970 au tout début du 21e siècle.

En 1970, la linguistique devient discipline universitaire en France et se développe en tant que matière d’enseignement et de recherche, principalement dans la lignée du structuralisme européen (Saussure, Jakobson, Martinet) et du distributionnalisme américain (Harris), et dans le cadre de la grammaire générative de Chomsky. Les publications, traductions et republications se multiplient en France, facilitant l’accès aux textes fondateurs. Peu nombreux sont, toutefois, à cette époque, les chercheurs qui s’intéressent au français oral. On peut cependant mentionner quelques prédécesseurs bien connus.

1. Les prédécesseurs

1.1. L’ordre des mots / Les principes organisateurs de l’oral

Henri Weil (1844) s’est intéressé à l’existence en grec ancien d’un ordre « pathétique » opposé à l’ordre « logique » de la phrase à partir de l’exemple piptei d’emos pais (Il tombe, mon fils). De façon plus systématique et dans ← 9 | 10 → une orientation plus pédagogique, Charles Bally (1909, 1932) s’est attaché à l’usage et à la description des constructions « segmentées », selon deux schémas principaux : Schéma A Z (ordre Thème – Propos) Le filou il m’a tout pris. Les chèvres il leur faut du large et Schéma Z A (ordre Propos – Thème) Il m’a tout pris le filou. Il leur faut du large aux chèvres. Il en propose deux schémas intonatifs distincts : dans le schéma « A Z » l’intonation est montante sur A et en arc de cercle montant-descendant sur Z, alors que dans le schéma « Z A » l’intonation est en arc de cercle montant-descendant sur Z et descendant sur A.

Parallèlement, Henri Frei (1929) exploite ce qu’il ne se résout pas à appeler des « fautes », pour dégager quelques principes, en apparence contradictoires, qui permettent de mieux appréhender le fonctionnement de la langue orale et ses spécificités : assimilation (analogie) / différenciation (clarté), économie / décondensation, brièveté (pronoms, ellipse) / redondance (expressivité), simplification (tendance à l’invariabilité) / complexification, marques sonores / marques écrites.

1.2. Parole, corpus, données authentiques

1911 constitue une sorte d’année charnière pour la « parole », avec la création des Archives de la parole par Ferdinand Brunot (3 juin 1911) et avec l’intérêt pour les données authentiques manifesté par Damourette et Pichon (à partir de 1911) à travers le nombre impressionnant de leurs exemples recueillis sur le vif dans la vie courante, dont ils transcrivent les particularités phonétiques et intonatives, en notant soigneusement tout ce qui peut servir à caractériser les locuteurs, à les différencier et à les catégoriser.

En 1954–1956 fut réalisé le premier corpus à base d’enregistrements (limités matériellement à trois minutes par la durée des disques de l’époque) par Gougenheim, Michéa, Rivenc, Sauvageot, dans le cadre du Projet sur le français fondamental, qui aboutira à la publication de L’élaboration du ← 10 | 11 → français fondamental (Didier 1967) et aux listes des 1000 mots les plus fréquents et des 5000 mots de base du français.

Il faudra toutefois attendre 1966 et Les dix intonations de base du français de Pierre Delattre pour trouver des informations plus systématiques sur l’intonation.

De fait, le recueil des données authentiques de la parole s’est longtemps heurté à des difficultés matérielles, liées à la nature du matériel d’enregistrement (lourd, encombrant, à protéger du vol) et aux conditions peu discrètes d’enregistrement (avec micro), notamment lorsqu’il s’agissait de recueillir des données exploitables pour l’analyse intonative.

Plusieurs grands corpus d’enquêtes orales ont néanmoins vu le jour autour de 1970 : le Corpus d’Orléans (1968) et le Corpus Sankoff-Cedergren (1971) à Montréal. A titre personnel, et pour mes propres recherches sur la concession, j’ai moi-même constitué en 1973 un corpus de conversations à bâtons rompus, complété par des débats télévisés autour d’un thème.

2. Nature des changements à partir de 1970

De nouvelles approches théoriques de la langue se sont développées en France ou ont été introduites par le biais de la traduction des ouvrages en français : structuralisme (Saussure), fonctionnalisme (Martinet), analyse distributionnelle (Harris), grammaire générative (Chomsky), grammaires formelles logiques, modèles hiérarchiques (Tesnière), théories énonciatives (Benveniste, Ducrot, Culioli), pragmatique linguistique (Austin, Searle), sociolinguistique (Labov). Le structuralisme a permis de systématiser l’opposition entre syntagme et paradigme, de privilégier la recherche des unités minimales et l’étude de leur succession linéaire, et de formuler des règles de combinatoire.

Résumé des informations

Pages
426
Année de publication
2018
ISBN (Broché)
9783034331364
ISBN (PDF)
9783034331937
ISBN (ePUB)
9783034331944
ISBN (MOBI)
9783034331951
DOI
10.3726/b12029
Langue
français
Date de parution
2018 (Septembre)
Mots Clés (Keywords)
langue orale prosodie syntax modèle d'organisation langue française
Publié
Bern, Berlin, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2018. 418 p., 53 ill. n/b, 29 tabl.
Sécurité des produits
Peter Lang Group AG

Notes biographiques

Elisabeth Richard (Éditeur de volume)

Élisabeth Richard est Professeure de linguistique à l’université Rennes 2 où elle dirige l’unité de recherche EA 3874 LIDILE. Elle conduit des travaux de recherche en syntaxe énonciative.

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