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Traduction et interculturalité

Entre identité et altérité

de Nikol Dziub (Éditeur de volume) Tatiana Musinova (Éditeur de volume) Augustin Voegele (Éditeur de volume)
Collections 136 Pages

Table des matières

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  • Titel
  • Copyright
  • Autorenangaben
  • Über das Buch
  • Zitierfähigkeit des eBooks
  • Table des matières
  • Liste des contributeurs
  • Introduction : les aspects culturels de la pratique traduisante
  • La traduction de la dimension culturelle sous l’angle du lecteur implicite
  • Le transfert culturel dans la traduction littéraire : les nouvelles d’Ivan Bounine en français
  • Fondant, mi-cuit ou coulant au chocolat ? Traduire des recettes entre le français et le russe, pour quel résultat ?
  • Connotations culturelles et traduction : entre variation diachronique et variation synchronique
  • La restitution des valeurs symboliques dans le théâtre de Lorca : étude comparative de trois traductions de Bodas de sangre
  • Une dynamique interculturelle en Suisse ? Pierre Lepori et l’autotraduction
  • « Doublement traduit » ? Culture nomade et traduction
  • L’importance de la notion d’éthos dans la traduction
  • L’amitié entre deux langues : André Gide et Jules Romains traduits en russe par Adrian Frankovski (1925–1926)
  • Conclusion : la culture dans le texte
  • Index

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Nikol Dziub, Tatiana Musinova et Augustin Voegele

Introduction : les aspects culturels de la pratique traduisante

Résumé : L’interculturel étant « constitutif du culturel » (Tzvetan Todorov), et la traduction fonctionnant comme un outil de médiation entre les cultures, il semble indispensable d’étudier les liens entre l’un et l’autre. Il est même urgent d’aborder cette question en une époque où l’interculturalité est une donnée fondamentale de la vie quotidienne, la traduction devenant par suite un instrument de communication dont il est de moins en moins possible de se passer.

Mots-clés : traductioncultureinterculturalitélanguenégociation

Introduction: the Cultural Aspects of Translation

Abstract: Interculturality is part of culture, and translation is a mediation between cultures. For this reason it is necessary to analyse the relation between interculturality and translation, especially when the former becomes a daily reality, the latter being consequently an indispensable communication tool.

Keywords: translationcultureinterculturalitylanguagenegotiation

L’interculturel étant « constitutif du culturel » (Tzvetan Todorov), et la traduction fonctionnant comme un outil de médiation entre les cultures, il semble indispensable d’étudier les liens entre l’un et l’autre. Il est même urgent d’aborder cette question en une époque où l’interculturalité est une donnée fondamentale de la vie quotidienne, la traduction devenant par suite un instrument de communication dont il est de moins en moins possible de se passer.

L’étude des transferts culturels a pour finalité principale d’analyser les interactions entre cultures et sociétés : les concepts de diffusion, de réception et de réinterprétation sont cruciaux dans ce champ de recherche – comme ils le sont pour la traductologie. D’ailleurs, la traduction, dans le sens classique du mot, ne désigne pas seulement le passage d’une langue à l’autre, mais aussi le rapprochement de deux cultures – un rapprochement problématique, bien entendu, du fait des écarts que provoquent les interférences linguistiques et culturelles inhérentes à la pratique traduisante, cette « gymnastique de l’esprit ».

La figure qui est au cœur des études traductologiques, c’est celle de l’Autre, et c’est pour cela que la pratique traduisante peut être considérée comme un ←9 | 10→modèle pertinent pour penser l’interculturalité. La relation entre un texte et sa traduction doit se penser sur le mode de l’identité altéritaire – et c’est cela même, cet écart, cette tension, qui fait tout le prix de la traduction. La traduction est à la fois une technique et une éthique : mieux, ses techniques se développent en fonction de l’éthique qui la sous-tend. Traduire, selon Walter Benjamin, c’est éprouver à quel point les langues (et donc les cultures, par la vertu d’un glissement métonymique que les contributeurs de ce volume s’attachent tous, chacun à sa façon, à décrire) sont apparentées. Pour autant, il ne faudrait pas penser que le même prime : et s’il s’impose dans l’idéal (car tout traducteur rêve de restituer parfaitement l’original), en pratique, le traducteur produit toujours un autre texte qu’il invite à lire comme s’il était le même que l’original (si l’on nous permet de paraphraser Paul Ricœur). On pourra parler à ce propos, avec Umberto Eco, de négociation : négociation entre identité et altérité, entre objectivité et subjectivité, entre dénotation et connotation(s), entre explicite et implicite, entre lettre et esprit, entre littérature et culture.

Qu’il s’agisse de traduction littéraire ou de traduction spécialisée, quelles sont les stratégies auxquelles peut recourir un traducteur pour restituer les éléments culturels du texte source ? Et quels sont, par ailleurs, les écueils qu’il doit prendre soin d’éviter dans son travail de négociation ? Telles sont les questions qui nous occuperont dans le présent volume. Loin de nous, cependant, l’idée de proposer des « recettes » à l’usage des traducteurs : autant de traducteurs, autant de démarches. La part d’intraduisible d’un texte n’est jamais prévisible, d’autant qu’elle se déplace en fonction de la langue dans laquelle on prétend le traduire : références intertextuelles, realia, tonalité du texte, jeux paronomastiques, autant d’éléments culturels qui sont bien difficiles à traduire – et qu’il faut parfois, pour ne pas trahir le monument littéraire et le transformer en un document culturel, renoncer à traduire.

Ce recueil s’ouvre sur un article de Mathilde Fontanet, qui, s’appuyant notamment sur Wolfgang Iser, souligne l’importance du lecteur dans le processus de traduction : le traducteur ne pourra être fidèle au texte original que s’il a une idée précise de ce qu’étaient son lecteur implicite, son lecteur présumé et son lecteur empirique, et s’il est capable de mesurer le « différentiel cognitif » et encyclopédique entre les lecteurs de l’original et ceux de sa traduction.

Nadejda Tarassova place elle aussi le lecteur au cœur de sa réflexion. Se fondant sur une analyse de la traduction des nouvelles des Allées sombres d’Ivan Bounine en français, elle rappelle qu’il est bien difficile de s’appuyer sur des éléments objectifs pour affirmer qu’une traduction est réussie, et elle note que les traductions les plus appréciées sont en général celles qui ont « su provoquer, chez le lecteur, un effet identique à celui de l’original ». Si ce critère ne saurait être ←10 | 11→considéré comme objectif (car il est impossible de mesurer l’effet d’un texte, et plus impossible encore de comparer les effets respectifs de deux textes), on peut estimer que ce souci de la réception peut constituer un bon garde-fou pour les traducteurs.

Notes biographiques

Nikol Dziub (Éditeur de volume) Tatiana Musinova (Éditeur de volume) Augustin Voegele (Éditeur de volume)

Nikol Dziub est docteure en littérature comparée et lauréate du « Prix de thèse 2016 » de l’Université de Haute-Alsace, où elle enseigne. Tatiana Musinova est docteure en littérature française, traductologue et maître de conférences à l’Université de Haute-Alsace. Augustin Voegele est docteur en littérature française et lauréat du « Prix de thèse 2018 » de l’Université de Haute-Alsace. Il enseigne à l’Université de Lorraine.

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Titre: Traduction et interculturalité