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Recherches avec les jeunes enfants

Perspectives internationales

de Pascale Garnier (Éditeur de volume) Sylvie Rayna (Éditeur de volume)
Collections 162 Pages

Résumé

Dans le contexte préscolaire francophone, rares sont les études qui considèrent les jeunes enfants comme de véritables interlocuteurs des chercheurs. Grâce à la traduction de chercheures, anglaise, islandaise, néo-zélandaise et suédoise, l’objectif de cet ouvrage est de diffuser des recherches réalisées avec les enfants et visant à rendre compte de leurs points de vue. Il montre des pratiques mises en œuvre concrètement avec les enfants pour faire entendre leur voix et comment s’en réapproprier les perspectives dans la recherche et les politiques de la petite enfance.
À travers la diversité des investigations réalisées dans les établissements d’accueil et d’éducation des jeunes enfants, les contributions insistent sur une éthique et une déontologie des chercheurs. Elles ouvrent de nouvelles démarches, proposent de nouveaux outils, en soulignant notamment l’importance des méthodologies visuelles pour permettre aux jeunes enfants d’exprimer, de différentes manières, leurs points de vue. À l’heure où la qualité de leur accueil et de leur éducation est réinterrogée, il est essentiel de se saisir de ces nouvelles perspectives qui permettent aux jeunes enfants d’être considérés comme experts de leur propre vie et parties prenantes d’une nouvelle vision du préscolaire.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction : prendre au sérieux les points de vue des enfants ? (Pascale Garnier / Sylvie Rayna)
  • Les jeunes enfants protagonistes de la recherche et le rôle des méthodes visuelles participatives (Alison Clark)
  • Points de vue des enfants : expériences de recherche en Islande (Johanna Einarsdóttir)
  • Visions de l’école chez les jeunes enfants en Suède (Lina Lago)
  • Les enfants photographes : méthodologie pour une approche réflexive de la recherche avec les enfants (Sylvie Rayna / Pascale Garnier)
  • Enfants, parents, professionnelles : regards croisés sur la culture matérielle (Pascale Garnier)
  • Les défis de la recherche avec les enfants dans les structures éducatives (Carmen Dalli / Sarah Te One / Ann Pairman)
  • Titres de la collection

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Introduction : prendre au sérieux les points de vue des enfants ?

Pascale GARNIER1 et Sylvie RAYNA2

Cet ouvrage fait suite au colloque international « Petite enfance, socialisation et transitions » (EXPERICE-CNAM, Paris, 13-14 septembre 2015)3 qui n’a pas pu se dérouler en totalité en raison des terribles attentats parisiens. Des communications à cette manifestation scientifique ont porté sur les transitions au cours de la petite enfance et l’activité des professionnelles de la petite enfance, qui feront aussi l’objet d’autres ouvrages. Ce colloque entendait également mettre en valeur les points de vue des jeunes enfants sur l’éducation préscolaire : ils sont placés au centre de celui-ci.

Grâce à des contributions anglaise, islandaise, suédoise, française et néo-zélandaise, notre souci est de faire connaître des recherches, encore mal diffusées dans le monde francophone, qui sont réalisées avec les enfants et portent sur les children’s perpectives. Avec l’objectif d’ouvrir aux lecteurs francophones toute la richesse de ce champ de recherches développées dans l’espace anglophone, cet ouvrage veut montrer la mise en œuvre concrète de ces pratiques de recherche avec les enfants, mais aussi la façon dont on peut s’en saisir et s’en réapproprier les démarches sur le terrain du préscolaire en France, et ailleurs.

En effet, prendre au sérieux les points de vue de jeunes enfants, parmi d’autres points de vue (ceux des adultes proches), représente un parti pris très original dans le contexte francophone où, d’une manière générale, la recherche « auprès des enfants » reste à développer (Delalande, 2001 ; Danic et al., 2008). C’est d’autant plus vrai que les enfants sont jeunes ! Rares sont les travaux qui non seulement s’intéressent au préscolaire et reposent sur un travail d’observation des activités et interactions sociales des jeunes enfants, mais qui les considèrent également comme de véritables ← 9 | 10 → interlocuteurs des chercheurs et qui s’efforcent de donner à entendre leur voix. Seraient-ils « trop petits » pour avoir leurs propres perspectives sur le monde qui leur est donné à vivre ?

Les perspectives des enfants : développement d’un domaine de recherche

Que les enfants aient leur propre point de vue sur leur vie collective, on ne peut en douter : il s’agit à la fois d’une affirmation de principe et d’un énoncé fondé empiriquement. D’une part, des techniques d’investigation anténatales permettent déjà d’objectiver chez les fœtus des capacités de discrimination, des « préférences » (Granier-Deferre & Schaal, 2005). D’autre part, les points de vue des enfants, dès le préscolaire, sont mis en évidence par un nombre croissant de travaux montrant tout l’intérêt qu’il y a à les prendre au sérieux, en développant une créativité méthodologique pour les investiguer. Ces travaux sur les children’s perpectives s’inscrivent dans des approches démocratiques de la définition de la qualité, défendues dans les pays nordiques depuis les années 1990 : « Lorsqu’on parle de qualité des services de la petite enfance, il est important non seulement d’écouter les points de vue des adultes, comme on le fait habituellement, mais aussi d’interroger les enfants eux-mêmes, car ils ont des choses très importantes à nous dire » (Langsted, 1994, p. 41). Élaborées dans ce souci éthique et politique (Moss, 1996 ; Dahlberg & Moss, 2005), ces études reposent sur une conception des enfants mettant en valeur leur agency, ou « capacité d’agir », leurs droits, en premier lieu de participer à tout ce qui les concerne directement, et pas seulement leurs besoins (Woodhead, 1997). Nombreuses sont les études publiées en anglais qui se sont efforcées de mobiliser les perspectives des enfants pour améliorer les espaces préscolaires, intérieurs comme extérieurs, le matériel pédagogique, le rôle et les attitudes des professionnel(le)s, le jeu, les apprentissages, le care, etc. (Sheridan & Pramling Samulelsson, 2001 ; Clark & Moss, 2005 ; Einarsdóttir, Dokett & Perry, 2009 ; Harris & Barns, 2009 ; Engdhal, 2015).

C’est à travers une combinaison de moyens d’expression, verbale et non verbale, que reposent ces travaux, à la suite de l’approche « mosaïque » d’Alison Clark qui privilégie tout particulièrement les méthodes visuelles (Clark, 2001, 2003 ; Clark & Moss, 2001). Son objectif est de mettre à jour des connaissances tacites et implicites, des savoirs d’action, difficilement verbalisables par les enfants. De fait, les formes non verbales de communication sont essentielles et doivent être reconnues comme des formes d’expression à part entière, rendant visible « ce qui parle » aux enfants et utilisant les méthodologies visuelles à titre de « voix » des enfants. Une combinaison à géométrie variable de divers ← 10 | 11 → moyens d’expression des enfants est mobilisée dans ces études : visites guidées, photographies, plans, modelages, dessins, conversations, etc. Cette méthode a ainsi été déjà expérimentée avec des enfants de plus de trois ans (Clark, 2001, 2007, 2011 ; Clark & Moss, 2001 ; Clark, Kjoholt & Moss, 2005 ; Stephenson, 2009). Il s’agit d’appréhender à travers leurs « cent langages » (Malaguzzi, 1993), ce qu’ils disent par leurs mots, par les images, mais aussi par leurs corps, leurs mouvements, leurs émotions. Il s’agit de stimuler la réflexivité enfantine et le partage des significations entre enfants et avec les adultes. L’interprétation est discutée parmi d’autres questions éthiques soulevées par ces études, notamment celles de l’accord des enfants pour participer à la recherche ou des risques d’intrusion de la part des adultes lors des entretiens (Eide & Winger, 2005 ; Flewitt, 2005 ; Conroy & Harcourt, 2009), ce qui amène alors à articuler droit à la participation et droit à la protection (Broström, 2006 ; Rayna, 2014).

Dans l’espace anglophone, le fort développement des recherches participatives avec les enfants n’a pas manqué de susciter des réflexions critiques, s’agissant de discuter non pas de leur légitimité, mais de l’authenticité de leur participation et une nouvelle forme de normativité qui leur est imposée (Gallacher & Gallacher, 2008). En particulier, ne leur impose-t-on pas une conception très normative d’un enfant « actif, autonome et maître de lui même », caractéristique de notre époque, là où avant on pensait l’enfance comme une donnée naturelle, un état inachevé et transitoire (Dalhberg & Moss, 2005) ? Ne risque-t-on pas également d’instrumentaliser leur point de vue, c’est-à-dire d’augmenter l’emprise des adultes sur leurs vies en les rendant davantage visibles ? Toutes ces questions sont essentielles et amènent les chercheurs à développer une posture critique et réflexive, aussi bien sur les conceptions de la petite enfance, que sur la dimension éthique des recherches qui s’attachent aux points de vue des jeunes enfants.

Conceptions de la petite enfance, conceptions de la recherche

Faire de la recherche avec des jeunes enfants pose d’abord la question d’une spécificité des méthodologies de recherche selon les âges ou les générations (Punch, 2002). Cette question s’inscrit plus largement dans des débats récurrents sur les pratiques des adultes à l’égard des enfants, sur les manières de faire (ou non) des différences d’âge, ainsi que, in fine, sur ce dont les enfants sont capables (Garnier, 1995). Quelles sont les compétences langagières, cognitives, affectives, motrices, sociales… que l’on reconnaît (ou non) aux tout-petits ? Mais aussi, et du même coup, quels sont les situations, les dispositifs et les objets qui donnent (ou non) lieu d’être à ces compétences et à leur reconnaissance par les « grandes ← 11 | 12 → personnes » ? De fait, les compétences des enfants ne sont pas isolables des moyens dont ils disposent pour les exprimer. Elles ne sont pas non plus indépendantes du regard des adultes qui les présupposent : les faits empiriques ne sont pas dissociables de leur grille de lecture et des situations où ils sont observés. Dans ce sens, les compétences enfantines ne peuvent être caractérisées comme des propriétés intrinsèques aux enfants ; elles sont pour ainsi dire distribuées dans leur environnement matériel et humain. C’est dire l’importance des méthodologies utilisées par les chercheurs, notamment des méthodologies visuelles (Thompson, 2008). Elles sont autant de ressources qu’ils offrent aux enfants pour leur permettre d’exprimer, de différentes manières, leurs points de vue.

Ainsi définie, la question des compétences enfantines est celle d’un parti pris des chercheurs qui fait fond sur les capacités d’agir et de s’exprimer des jeunes enfants, d’avoir prise sur leur environnement. Elle va de pair, avec le souci de trouver les ressources, tant théoriques que pratiques, qui leur en donnent les moyens, en collaboration avec tous les adultes. Elle met en jeu une conception de l’agency des enfants, en tant que dimension processuelle, émergente, de leur activité, au même titre que celle des chercheurs (Garnier, 2015). Elle suppose également une conception relationnelle et située du travail scientifique, issue des standpoint theories, théories des points de vue, développées par des chercheures féministes (Haraway, 2007). Ce positionnement théorique est d’autant plus nécessaire que, d’une autre manière que sur la question du genre, il est impossible d’ignorer les asymétries de pouvoir entre adultes et enfants.

Au fond, toute pratique de recherche avec les enfants exige une éthique qui intègre enfants et adultes dans une « commune humanité », définie par le caractère inépuisable des puissances des personnes, quel que soit leur âge (Garnier, 2014). Cette éthique va bien au-delà de toutes les précautions déontologiques qui s’imposent aux chercheurs, en termes de consentement et de respect des personnes, de confidentialité, de responsabilité vis-à-vis des adultes proches des enfants, etc. Elle touche à l’épistémologie des savoirs sur/des enfants et à la dimension politique et morale des rapports entre enfants et adultes, comme le soulignent plusieurs des contributions de cet ouvrage. Dans ce sens, l’éthique des chercheurs porte avant tout sur les finalités de leurs recherches, l’intérêt des questions qu’elles posent et leur rapport à la vie des enfants.

Présentation des contributions

Dans cet ouvrage figurent les contributions de pionnières des études des children’s perspectives et de chercheures qui ont développé ces approches dans plusieurs pays. ← 12 | 13 →

Résumé des informations

Pages
162
ISBN (PDF)
9782807602151
ISBN (ePUB)
9782807602168
ISBN (MOBI)
9782807602175
ISBN (Broché)
9782807602144
Langue
Français
Date de parution
2017 (Mai)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 162 p., 12 ill. en couleurs

Notes biographiques

Pascale Garnier (Éditeur de volume) Sylvie Rayna (Éditeur de volume)

Pascale Garnier est sociologue, professeur en sciences de l’éducation et directrice du centre de recherches EXPERICE à l’Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité. Elle est l’auteur, entre autres, de Sociologie de l’école maternelle (2016) et a dirigé la recherche collective À deux ans : vivre dans un collectif d’enfants (2016). Elle a coordonné le groupe d’experts chargé, en France, du projet de programme pour l’école maternelle (2015). Sylvie Rayna, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’IFE (ENS de Lyon), est responsable du programme de recherche transversal Petite enfance au centre de recherche EXPERICE (Université Paris 13). Elle est impliquée dans des études en éducation (pré)scolaire comparée. Elle a récemment (co)dirigé : Petites enfances, migrations et diversités (2014), Le care dans l’éducation préscolaire (2015), Avec les familles dans les crèches (2016).

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Titre: Recherches avec les jeunes enfants