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La variation en question(s)

Hommages à Françoise Gadet

de Henry Tyne (Éditeur de volume) Mireille Bilger (Éditeur de volume) Paul Cappeau (Éditeur de volume) Emmanuelle Guerin (Éditeur de volume)
Autres 312 Pages
Série: GRAMM-R, Volume 36

Résumé

Cet ouvrage réunit des articles autour de différents questionnements que suscite la prise en compte de la variation en français aujourd’hui. Il apparaît plus que jamais que l’étude de la variation, ayant contribué à élargir le périmètre de la sociolinguistique, investit progressivement différents domaines et branches de la linguistique et de la linguistique appliquée. Organisé en six sections (Aborder la variation, Sociolinguistique historique, Contact des langues, Études du français parlé, Oral et écrit, Acquisition et enseignement), cet ouvrage a pour objectif de présenter différentes études portant sur la variation en relation avec les travaux de Françoise Gadet mais également dans une perspective plus large.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Introduction. Quelques variations sur Françoise Gadet et son œuvre scientifique (Mireille Bilger / Paul Cappeau / Emmanuelle Guerin / Henry Tyne)
  • I. Aborder la variation
  • 1. When (and Why) Is a Variable Not a Variable? (Nigel Armstrong / Kymmene Dawson)
  • 2. De la variation en discours. L’apport de la réflexion sur le diaphasique (Philippe Hambye)
  • 3. Éléments pour une approche communicationnelle de la variation (Emmanuelle Guerin)
  • II. Sociolinguistique historique
  • 4. En passant par la variation, vers la « langue commune » en 1694 (Francine Mazière)
  • 5. La sociolinguistique historique devant le lexique (R. Anthony Lodge)
  • III. Contact des langues
  • 6. Norman Forms, French Norms: Diaphasic Variation and Language Contact (Mari C. Jones)
  • IV. Études du français parlé
  • 7. L’accord verbal en nombre avec les collectifs dans le français parlé en Ontario (Françoise Mougeon / Raymond Mougeon)
  • 8. Reflexivity and Discourse-pragmatic Variation and Change (Kate Beeching)
  • 9. Parallel Innovations in Conflictual Rhetorical Questions in the Multicultural Vernaculars of London English and Parisian French (Aidan Coveney / Laurie Dekhissi)
  • V. Oral et écrit
  • 10. Entre les lignes : écrits de soldats peu-lettrés de la Grande Guerre (France Martineau)
  • 11. Écriture numérique spontanée et variabilité : un écrit-oral à exploiter en français langue étrangère (sensibiliser aux styles et à la prononciation) (Sandrine Wachs)
  • VI. Acquisition et enseignement
  • 12. La variation sociolinguistique en français langue seconde – de bonnes nouvelles ? (Inge Bartning / Fanny Forsberg Lundell)
  • 14. Variations phonétiques contemporaines : transparence et opacité dans le marché des langues globalisé. Du côté du FLE (Enrica Galazzi)
  • Tabula gratulatoria
  • Index
  • Titres de la collection

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INTRODUCTION

Quelques variations sur Françoise Gadet et son œuvre scientifique

Mireille BILGER, Paul CAPPEAU, Emmanuelle GUERIN et Henry TYNE

Avec la participation d’Annette Boudreau, Bernard Laks et Ralph Ludwig

1. Préambule

Ce livre réunit différents travaux ayant pour objectif commun de rendre hommage à Françoise Gadet. Ensemble, ils concourent à témoigner de sa contribution scientifique majeure, de l’importance et l’étendue de ses travaux. Le profil et le parcours professionnels de Françoise Gadet sont à la fois impressionnants et atypiques. Quand on considère non seulement le nombre mais aussi – et surtout – la diversité de ses publications1, on est frappé par son implication à bien des niveaux, tant pour elle l’étude de la langue ne peut se résumer à une seule approche, à un seul modèle, à une seule discipline : sociolinguiste, certes, mais aussi historienne de la langue, théoricienne, descriptiviste s’intéressant aux données orales, aux corpus, à l’acquisition, etc. Cette approche « ouverte » sera source d’importants éclairages autour de thèmes majeurs concernant la maîtrise de la langue par différents locuteurs, en France comme ailleurs, en synchronie comme en diachronie.

Comme il est difficile de rendre compte de l’ensemble des travaux de Françoise Gadet, nous avons choisi de mettre en exergue quelques termes forts de sa recherche et de les illustrer, entre autres, par le biais de témoignages de ses collègues et ami(e)s. ← 9 | 10 →

2. Sociolinguistique

De son propre aveu, Françoise Gadet n’est « pas née sociolinguiste » et c’est tardivement qu’elle s’est vue « à l’aise dans le champ de la sociolinguistique », ayant d’abord été attirée, l’époque s’y prêtant, par le cadre structuraliste et épistémologique, assumant son faible pour Saussure (à qui elle consacre un livre – Gadet 1987). Mais elle ne regrettera pas le virage amorcé par deux ouvrages, l’un consacré au français « ordinaire » (Gadet 1989) et l’autre au français « populaire » (Gadet 1992a). Justement, elle tirera profit de cette évolution pour faire avancer ces propres interrogations, comme le précisait Bernard Laks au cours de son allocution en hommage à Françoise Gadet :

Ce constat est largement partagé par Annette Boudreau :

Ralph Ludwig, quant à lui, parle d’une « sociolinguiste en dialogue ». Cette définition résume joliment la relation toute particulière que Françoise Gadet entretient avec son propre domaine de recherche : dialogue intérieur (interrogations) mais aussi dialogue extérieur (confrontations et échanges). Ralph Ludwig précise par ailleurs que ce dialogue s’est effectué avec la linguistique d’outre-Rhin (ce qui est rare dans la communauté des linguistes hexagonaux) et la linguistique écologique :

Une sociolinguiste en dialogue aussi avec les autres disciplines, prenant ainsi au mot la formation du terme « sociolinguistique » : la linguistique ne serait pas ce champ considérable indépendamment des rapports qu’il entretient inévitablement avec les autres domaines des sciences humaines.

3. Variation(s)

La variation, « plus qu’une écume » (Gadet 1997), est tout naturellement au cœur de l’œuvre scientifique de Françoise Gadet. Mais elle n’hésite pas à pointer les problèmes de sa prise en compte et de son application à la langue (Gadet 1992b), ce qui vaut notamment au variationnisme d’être mis à distance (Gadet 1997, 2003), de même que l’hypothèse diglossique (Gadet & Tyne 2012). De tous les « types » de variation, c’est le diaphasique, la variation inter- et intra-individuelle (appelée aussi « style » – Gadet 2004) qui prend une place importante dans les réflexions de Françoise Gadet car c’est ce qui « rend possible la négociation du sens social » (Gadet 2005 1353). Jamais à l’aise dans la simple application du variationnisme au français telle que pratiquée par d’aucuns – mais tout en entretenant d’excellentes et fructueuses relations avec des collègues variationnistes, comme en témoigne ce volume – et surtout largement insatisfaite de la capacité de la sociolinguistique à expliquer la variation, Françoise Gadet évite soigneusement de traquer des phénomènes à tout prix opposables comme « registres » dans une logique d’équivalence sémantique ou selon un pré-découpage simplifié du social (catégories ou « classes » de locuteurs, etc.) ; elle préfère privilégier l’accès aux individus et à ce qu’ils font avec le langage (d’où notamment l’importance dans ses travaux de la distinction oral-écrit et l’attrait des études sur la variation ← 11 | 12 → en syntaxe), tentant ainsi de mieux comprendre (et décrire) le monde à travers le point de vue de ceux qui le construisent (Gadet 2007).

4. Français ordinaire(s)

Comme le signale Françoise Gadet elle-même, son domaine de recherche est, entre autres, l’étude des français ordinaires parlés dans l’Hexagone mais aussi hors de France. Cette notion de « français ordinaire » (Gadet 1989) a eu un retentissement important, comme le rapporte Annette Boudreau, notamment dans l’espace francophone :

5. Corpus

Profitant des réflexions et des observations en France et ailleurs, issues de la dialectologie, mais aussi de la sociologie, et des travaux sur le français parlé impulsés par Claire Blanche-Benveniste et le GARS (Groupe aixois de recherches en syntaxe, voir Blanche-Benveniste et al. 1990), Françoise Gadet s’est interrogée depuis de nombreuses années sur les aspects empiriques et épistémologiques concernant la constitution des corpus et leur exploitation, questionnant la place (et la nature) des données en sociolinguistique (Cappeau & Gadet 2007). Ces réflexions ont fait d’elle une référence internationale en la matière, d’où le fait qu’elle ait été une des chevilles ouvrières de projets de grands corpus permettant des études variationnelles. Mais là où la linguistique de corpus s’est emparée du terme « corpus », développant ses propres pratiques et préoccupations, parfois éloignées de celles des sociolinguistes (André & Tyne 2014), Françoise Gadet fait valoir ses préoccupations au nom de la démarche dite « écologique », notamment via son implication dans le projet CIEL-F (Gadet et al. 2012), et sa direction du projet MPF (Multicultural ← 12 | 13 → Paris French). La particularité du corpus MPF tient précisément à ses fondements reposant sur les principes et questionnements qui animent la réflexion de Françoise Gadet sur le rapport que le chercheur entretient avec les données, la langue parlée et la variation (Gadet & Guerin 2012). Emmanuelle Guerin précise :

6. Enseignement et direction de recherche

Les coordinateurs du présent ouvrage, liés à Françoise Gadet par des rapports de nature sensiblement différente, partagent le fait d’avoir été à des degrés divers « sous sa direction », d’avoir eu ce privilège. Nous pouvons reprendre à notre compte ce qu’en dit Annette Boudreau :

Pour aller dans le sens des propos d’Annette Boudreau, Emmanuelle Guerin se souvient des premiers échanges avec Françoise Gadet lorsqu’elle l’a sollicitée pour diriger sa thèse :

De fait, comme le précise Bernard Laks :

7. Pour ne pas conclure…

Paul Cappeau fait émerger, avec humour et tendresse, un ensemble de qualités esquissant le personnage de Françoise Gadet :

Bien d’autres traits à la fois scientifiques et personnels pourraient être développés concernant Françoise Gadet, mais comment en faire le tour alors que la voilà plus active que jamais ? Pour élaborer ce témoignage d’amitié et d’admiration, nous avons demandé à ses collègues et ami(e)s de participer à cet ouvrage collectif ; d’autres ont accepté d’intégrer le comité scientifique ou ont souhaité simplement figurer dans la tabula gratulatoria. Nous nous excusons auprès de celles et ceux qui n’ont pas été sollicités par manque d’espace, qu’ils n’en prennent pas ombrage !

Le présent ouvrage, organisé en six sections (« Aborder la variation », « Sociolinguistique historique », « Contacts des langues », « Études du français parlé », « Oral et écrit », « Acquisition et enseignement »), a pour objectif de préciser à la fois les procédures et les concepts fondamentaux en sociolinguistique en relation avec les travaux de Françoise Gadet mais également dans une perspective plus large. ← 14 | 15 →

8. Références

André, V. & H. Tyne 2014, « Sociolinguistics and the study of French », dans H. Tyne et al. (dir.), French through corpora : ecological and data-driven perspectives in French language studies, Newcastle : Cambridge Scholars, p. 132-138.

Blanche-Benveniste, C., M. Bilger, C. Rouget & K. Van den Eynde 1990, Le français parlé : études grammaticales, Paris : Éditions du CNRS.

Cappeau, P. & F. Gadet 2007, « L’exploitation sociolinguistique des grands corpus : maître-mot et pierre philosophale », Revue française de linguistique appliquée 12(1), p. 99-110.

Gadet, F. 1977, « La sociolinguistique n’existe pas : je l’ai rencontrée », Dialectiques 20, p. 99-118.

— 1987, Saussure, une science du langage, Paris : PUF.

— 1989, Le français ordinaire, Paris : Armand Colin.

Résumé des informations

Pages
312
ISBN (PDF)
9782807602953
ISBN (ePUB)
9782807602960
ISBN (MOBI)
9782807602977
ISBN (Broché)
9782807602946
DOI
10.3726/b10950
Langue
Français
Date de parution
2017 (Septembre)
Mots clés
variation Gadet langues sociolinguistique
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 307 p., 52 tabl., 7 ill. en n/b.

Notes biographiques

Henry Tyne (Éditeur de volume) Mireille Bilger (Éditeur de volume) Paul Cappeau (Éditeur de volume) Emmanuelle Guerin (Éditeur de volume)

Organisé en six sections (Aborder la variation, Sociolinguistique historique, Contact des langues, Études du français parlé, Oral et écrit, Acquisition et enseignement), cet ouvrage rassemble des contributions de chercheurs internationaux qui réfléchissent sur les relations entre faits de langue, locuteurs et société. Les différents sujets abordés permettent d’illustrer la richesse du domaine relevant de la sociolinguistique (au sens large) et permettent de décliner au mieux le terme de « variation ». Si les différents cadres théoriques et analytiques permettant l’étude de la variation sont loin de converger sur les questions de définition et d’approche, il n’en reste pas moins que la variation se trouve au cœur des réflexions dans cet ouvrage qui est l’occasion de rendre hommage à Françoise Gadet. Sociolinguiste de renommée internationale, Professeure émérite de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (France), Françoise Gadet a publié, seule ou avec d’autres, de nombreux ouvrages (Le français au contact d’autres langues, La variation sociale en français, Le français populaire, Le français ordinaire, La grammaire d’aujourd’hui…) et a codirigé de grands projets de recherche nationaux et internationaux sur l’étude des français parlés dans l’hexagone mais aussi hors de France via la constitution et l’exploitation de corpus. Ses travaux, qui portent en grande partie sur la syntaxe du français parlé ordinaire, sur les différentes formes des français non standard et sur la variation stylistique, présentent l’avantage de lier description et réflexion sur l’inscription de la sociolinguistique à la fois dans les Sciences du langage et dans les Sciences sociales.

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