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Henri Wallon (1879–1962) : action pensée, pensée de l'action

Itinéraires croisés : politique, philosophique, psychologique

de Serge Netchine (Auteur) Gaby Netchine-Grynberg (Auteur)
Monographies 206 Pages

Résumé

Henri Wallon (1879–1962), éminent psychologue de l’enfant, fut aussi, à partir des années 1900, un acteur de la vie intellectuelle et politique française. Cet ouvrage parcourt les grands thèmes de ses recherches sur les enfants souffrant ou non de pathologies mentales, en les articulant à ses engagements de citoyen et à ses positionnements intellectuels. Sont envisagées, au regard du contexte politique et culturel, les prises de position et les actions effectuées par Henri Wallon au cours d’une période historique qui fut riche en événements et en retournements. De plus, cette recherche illustre la détermination d’une doctrine philosophique intégrant le résultat des controverses entre courants spiritualistes et matérialistes apparues tout au long des XIXe et XXe siècles ainsi que l’élaboration d’une démarche scientifique sur le développement psychologique qui intègre des enjeux pratiques et sociétaux.
Ce livre met finalement en lumière ce qui, du parcours d’Henri Wallon, mérite d’être souligné et d’intervenir dans les problèmes contemporains.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préambule (Serge Netchine)
  • Première partie. Engagements politiques
  • Chapitre 1. La tradition familiale
  • Chapitre 2. Une jeunesse à la « Belle Époque »
  • Chapitre 3. Trois maîtres à penser
  • Frédéric Rauh
  • Lucien Lévy-Bruhl
  • Jean Jaurès en surplomb
  • Chapitre 4. De l’affection à la colère
  • Chapitre 5. La guerre : entre patriotisme, pacifisme et internationalisme
  • Chapitre 6. Les aléas d’une carrière
  • Chapitre 7. Nouveaux espoirs et rechute
  • Chapitre 8. De la drôle de guerre à la guerre froide
  • Deuxième partie. Positionnements philosophiques
  • Chapitre 9. Philosopher en France en 1900
  • Les habits neufs du spiritualisme
  • À la recherche d’une science de l’Homme
  • Kant, référence épistémologique et républicaine
  • Positivismes anglais et français
  • Réception du marxisme en France
  • Chapitre 10. Entre intuitionnisme, phénoménologie et dialectique
  • Chapitre 11. Wallon et ses contemporains
  • Jean Piaget
  • Georges Politzer
  • Jean-Paul Sartre
  • Maurice Merleau-Ponty
  • Claude Lévi-Strauss
  • Chapitre 12. Un philosophe rationaliste de la réalité concrète
  • L’organique et le psycho-pathologique
  • Identification et catégorisation des objets perçus
  • Imitations et représentations
  • Chapitre 13. L’individuel et le social
  • De Marx à Wallon : emprunts et déplacements
  • Le Moi, la personne
  • Troisième partie. Accomplissements psychologiques
  • Chapitre 14. « Soldats de la honte » et réalité psychologique
  • Chapitre 15. L’enfance comme méthode et comme terrain
  • L’enfance : un thème socialement sensible
  • L’enfance : un thème évolutionniste
  • La centration de la psychologie sur l’enfance
  • La formation du caractère
  • Chapitre 16. Les émotions
  • Chapitre 17. De la motricité à l’action
  • Sensation et mouvement
  • Les signes
  • L’effort
  • Mouvement et motricité
  • Le rôle des médiations sociales
  • Chapitre 18. Des états infra-conscients à la connaissance et à l’action conscientes
  • La notion de conscience : origine et captation
  • L’exploration des activités subconscientes
  • La construction de l’identité
  • Genèse de la conscience
  • Conscience individuelle et rapports sociaux
  • La conscience comme rapport au monde
  • Chapitre 19. Le moment « symbole »
  • Chapitre 20. L’activité intellectuelle
  • L’intelligence pratique
  • L’intelligence discursive
  • Chapitre 21. Modernité de Wallon
  • Le développement psychologique
  • Cerveau et pensée
  • Soi et autrui
  • Théorie de l’action
  • L’éducation
  • Conclusion
  • Sources et bibliographie
  • Sources manuscrites
  • Références bibliographiques
  • Textes cités d’Henri Wallon
  • Documents
  • Index des noms cités

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Préambule

Serge NETCHINE

Alors que cet ouvrage était en cours de préparation, l’une de nous a disparu. Celui qui reste s’est efforcé de poursuivre l’œuvre entreprise en la menant comme si elle continuait à être écrite à quatre mains. Ce livre n’aurait pas vu le jour sans les riches discussions, la recherche de documentation, les ébauches de rédaction qui l’ont amorcé.

En 1960, jeunes chercheurs en psychologie, nous avons tous deux intégré le laboratoire de psychobiologie de l’enfant, situé au cinquième étage de l’Institut national d’orientation professionnelle, 41 rue Gay-Lussac, dans le cinquième arrondissement de Paris, alors dirigé par René Zazzo. Henri Wallon avait fondé ce laboratoire, d’abord installé dans la banlieue parisienne, en 1925. Il en avait assuré la direction, interrompue pendant la guerre par le gouvernement de Vichy, jusqu’à ce que son impotence due à un accident de la circulation en 1954 l’ait immobilisé à son domicile, rue de La Tour, dans le seizième arrondissement, où il continuait à assurer sa consultation de psychologie de l’enfant, assisté de ses collaboratrices. L’attrait pour nous de ce laboratoire résidait en ce que sa destination, telle qu’Henri Wallon l’avait définie et René Zazzo poursuivie, était d’envisager la multiplicité des déterminants, biologiques autant que sociaux, du développement de l’enfant, sans pourtant y réduire le plan psychologique.

Nous n’avons donc pas connu Henri Wallon, et ne l’avons croisé qu’en de brèves occasions, Gaby assistant, encore lycéenne, à quelques cours donnés au Collège de France, où elle était frappée et amusée de le voir associer ses gestes à ses paroles pour mieux faire comprendre les conduites motrices du nourrisson, quant à moi, à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire, accompagnant René Zazzo dans son appartement où se donnait une petite réception. Mon souvenir est celui d’un homme aux cheveux blancs, immobilisé dans son fauteuil, entouré de vénération et de murs ornés, dans cet appartement de moyenne bourgeoisie, de nombreuses toiles impressionnistes ou néo-impressionnistes. Quelques années auparavant, encore étudiant, j’avais assisté à une conférence donnée par Wallon dans le cadre de l’Université ouvrière, recréée par le Parti communiste aux lendemains de la Libération. Wallon y voyait-il une continuité avec sa participation, jeune normalien au début du XXe siècle, aux activités de l’Université populaire de la rue Mouffetard ? Autres ← 13 | 14 → souvenirs, protocolaires – Wallon président de séance à une conférence donnée par le psychologue soviétique Smirnov à la Sorbonne lors d’un congrès international de psychologie de l’enfant. Ou encore, dans les premiers mois après la Libération, siégeant sur la scène du théâtre du palais de Chaillot auprès d’autres universitaires dont le physicien Paul Langevin pour annoncer la fondation d’une Encyclopédie de la Renaissance française, initiative du PCF. Un moment que l’on pouvait croire conquérant, et qui ne vit jamais le jour.

Si Wallon était donc physiquement absent du laboratoire à notre arrivée, son ombre tutélaire continuait à y régner, de par la présence de ses fidèles collaboratrices, telles Cécile Beizmann, spécialiste du Rorschach, Hélène Gratiot-Alphandery, cofondatrice avec Henri Wallon de la revue Enfance en 1948, Rachel, Manaranche dont l’une des tâches a été de constituer une bibliographie du Maître, sinon exhaustive, du moins précise et abondante, Lucette Merlet, qui étudiait les retards scolaires et leurs causes, Jacqueline Nadel, participante à des recherches sur divers thèmes walloniens touchant la psychomotricité puis l’imitation chez le jeune enfant, Bianka Zazzo, qui avait entre autres mené la recherche sur l’enfant et le cinéma. Son souvenir était également visualisable par le grand portrait peint par Louis-Albert Demangeon, situé derrière le bureau où René Zazzo assumait la succession. Ce dernier ne manquait pas de se référer à lui, dans nombre de ses publications, ainsi que dans diverses études des thèmes walloniens, qui ont été rassemblés en 1975 dans son ouvrage Psychologie et marxisme. De même, peu de travaux issus du laboratoire se dispensaient de citer à leur appui telle ou telle source wallonienne.

Notre dessein n’est pas de présenter d’emblée un exposé de plus sur la doctrine wallonienne de la psychologie de l’enfant ; il vise en premier lieu à éclairer la personnalité et l’œuvre d’Henri Wallon par une mise en relation avec les problématiques et les influences rencontrées au cours de son existence, dans la période de sa formation intellectuelle et dans la phase de maturité et de créativité scientifique. Il s’agit, en considérant les contextes successifs où Wallon s’est formé puis a produit, de le confronter à ses sources d’inspiration, de marquer des filiations ainsi que des controverses, dans la perspective d’en dégager les voies innovantes. Alors seulement, l’œuvre psychologique, ainsi située, pourra être considérée.

Henri Wallon fait partie des intellectuels directement issus de la période de l’Affaire Dreyfus, pour qui il y avait continuité entre prise de position dans les questions de société, élaboration intellectuelle et œuvre scientifique, les unes influençant les autres et réciproquement. Il fut inséparablement homme de science et homme d’action, faisant du laboratoire non un lieu d’isolement, mais, au sens étymologique du terme, le siège d’un travail, un atelier où les problèmes du temps viennent s’inscrire et où s’élaborent les réponses. Cet universitaire respectable fut, indissociablement de sa vie scientifique, un militant, sensible aux réalités sociales, réagissant et ← 14 | 15 → intervenant, s’inscrivant dans des activités collectives, s’immergeant dans la vie politique, au risque parfois d’en subir les mécomptes. Son terrain électif fut l’enfance. Il en a étudié les caractéristiques non dans le seul but de la connaissance pure, mais aussi dans celui d’assurer les meilleures conditions de son développement, de compenser les facteurs qui l’entravent, qu’ils soient d’ordre physiopathologique ou de nature sociale.

Il est coutume de considérer Wallon et Piaget comme deux fondateurs de la psychologie de l’enfant, tout en les distinguant comme étant des « sommets à visibilité variable » (Voyat, 1977), le premier ayant produit une œuvre plus difficile d’accès, plus touffue, prêtant moins à l’expérimentation, et n’ayant donc suscité qu’une postérité limitée. Notre argument sera précisément de montrer que cette aspérité est la rançon de l’intérêt même de cette entreprise intellectuelle. Celle-ci se situe à la croisée d’un certain nombre de voies, et elle vise à les embrasser en une synthèse englobante et créative. Dans cette enquête, nous ne ferons pas à Wallon l’affront hagiographique. Son œuvre, sa personnalité, sont assez riches pour supporter que n’en soient pas masqués les éventuels errements, contradictions, inconséquences, rançons d’une démarche qui s’est toujours voulue libre, susceptible de se remettre elle-même en question et se renouvelant en permanence. Il s’agit ici de tracer un parcours biographique parti des problèmes, débats et orientations du XIXe siècle finissant et du début du suivant pour rencontrer les transformations qui n’ont cessé d’intervenir. Nous adoptons volontiers la perspective ouverte par Worms des « moments », qui consiste à suivre l’histoire des idées non pas comme un courant continu mais comme une suite de ruptures et de réorganisations autour d’un ou de plusieurs auteurs de référence ou de situations sociales et culturelles spécifiques. Le moment 1900 nous paraît particulièrement convenir à Wallon comme point de départ d’une construction intellectuelle dont le cours en a connu sans doute d’autres. Toutefois il nous semble aussi qu’un « moment » est d’autant plus nodal que dans l’épaisseur de la temporalité historique où il se situe, il s’y propose des réponses inédites à des questions antérieurement posées, et il s’y prépare des questionnements futurs. Ainsi, dans le cas d’Henri Wallon, l’une de nos thèses est celle de la prégnance et du rôle structurant des problématiques et des modes de penser dominant la période antérieure à 1914, correspondant aux années de jeunesse et de formation intellectuelle. Cette perspective nous conduit à un abord multiple, non cantonné à l’examen d’une œuvre aboutie, mais envisageant sa genèse, dans la multiplicité de ses dimensions. L’on tentera d’éclairer ainsi la construction de la conception wallonienne de la psychologie. Quelles influences a-t-il reçues de la part des maîtres dont il s’est réclamé aussi bien que des auteurs dont il a tenu à se démarquer, et comment les a-t-il suivis, non sans les remanier ? Quels événements ont pu jouer ? Et enfin, à quelle conceptualisation ont-ils abouti, dans une œuvre touffue, qui ← 15 | 16 → n’a pas toujours fourni explicitement les échafaudages théoriques qui la soutiennent, ou du moins n’en a pas toujours développé l’exposition ?

En effectuant la tripartition de notre exposé en politique, philosophie, psychologie, nous sommes conscients de pratiquer un découpage qui ne se justifie que par la nécessité d’une présentation. La réalité que nous examinons est bien au contraire celle d’un entremêlement permanent des trois instances, chacune d’entre elles, dans la démarche d’Henri Wallon, étant situable par le recours aux deux autres. Nous ne nous interdirons donc pas, à l’intérieur de chaque partie, de marquer les interférences. Il ne s’agit pas d’un partage excluant mais plutôt de dominantes, de points de vue successifs sur une matière apparemment différenciée mais où il y a lieu de rechercher les passages et les interactions1.

Par la multiplicité des dimensions qu’Henri Wallon a maîtrisées – philosophe informé des travaux ethnologiques et sociologiques, médecin au fait des avancées de la neurologie et de l’exploration du fonctionnement cérébral, psychologue de l’enfance et pédagogue, homme politique aux prises avec les questions sociales – son parcours propose une heureuse diversion aux spécialisations contemporaines. Celles-ci découlent de l’accumulation des données dans chaque domaine. Le risque est d’hypertrophier une seule composante, de perdre de vue le panorama qui les englobe et leur donne sens. Outre l’aspect réducteur, l’inconvénient est d’évacuer l’implication des réalités psychologiques dans leur contexte social.

Un débat nous opposait sur la nature de l’engagement politique d’Henri Wallon à partir des années 1930. Tandis que je croyais à un militantisme banalement orthodoxe, Gaby soutenait que le parcours d’Henri Wallon aux côtés puis au sein de l’institution communiste ne s’était pas poursuivi sans le maintien d’une autonomie de pensée et d’une liberté de jugement. Il a fallu que je mène une longue enquête, qui fournit la matière de la première partie de cet ouvrage, pour lui donner raison. Or l’enjeu que recèle cette recherche inscrit le cas d’Henri Wallon dans une problématique plus vaste qui concerne l’histoire des idées en général, celle de la philosophie et des sciences humaines en particulier. Elle fait l’objet de la seconde partie (« Positionnements philosophiques ») où le point de vue défendu se décline en deux versants : le rejet simultané des schématismes réducteurs du naturalisme et du positivisme d’une part, des voies du spiritualisme d’autre part. Ce double rejet conduit Wallon, traitant des conduites humaines dans leur complexité, à prendre en compte certains des concepts issus du spiritualisme, tout en les remodelant pour les faire siens. ← 16 | 17 →

Résumé des informations

Pages
206
ISBN (PDF)
9782807603424
ISBN (ePUB)
9782807603431
ISBN (MOBI)
9782807603448
ISBN (Broché)
9782807603417
Langue
Français
Date de parution
2017 (Juillet)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 205 p.

Notes biographiques

Serge Netchine (Auteur) Gaby Netchine-Grynberg (Auteur)

Serge Netchine, chercheur au CNRS puis professeur à l’Université Paris-VIII, a mené des travaux sur la complexité des relations entre maturation du système nerveux et développement psychologique, ainsi que sur le rôle du corps dans la construction chez l’enfant d’un espace spécifique propre à la lecture. Gaby Netchine-Grynberg, psychologue à l’Hôpital psychiatrique de Perray-Vaucluse puis chercheur au CNRS, a étudié l’histoire des concepts relatifs à la débilité mentale et aux retards d’intelligence, ainsi que l’élaboration chez l’enfant d’un espace de la connaissance et la construction du symbolisme graphique. Tous deux se sont intéressés à l’histoire et à l’épistémologie de la psychologie de l’enfant et ont été membres du Laboratoire de psychobiologie de l’enfant fondé par Henri Wallon.

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Titre: Henri Wallon (1879–1962) : action pensée, pensée de l'action