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Reconstruction de la mémoire pour l’afroprospection

by Anouchka Stevellia Moussavou Nyama (Author)
©2026 Monographs XII, 286 Pages

Summary

Comment les Africains peuvent-ils réussir à transcender le drame de la rencontre avec l’Autre ? Quel travail les ex-colonisé.e.s doivent-ils/elles mener sur leur passé pour ne pas rester figé.e.s dans le souvenir de la chute ?
Ce livre est une contribution au débat sur la mémoire historique entre ex-colonisé.e.s, mais aussi entre ces derniers et l’ancienne puissance coloniale française. À partir d’une approche comparatiste et postcoloniale des œuvres de Léonora Miano et d’Assia Djebar, l’ouvrage interroge le traitement littéraire de la mémoire sous ses diverses expressions (collective, individuelle et polyphonique). Il propose une lecture des notions de deuil et d’oubli comme des solutions pour conjurer la honte et la culpabilité. Enfin, le livre établit un lien entre le corps-mémoire des Africaines que les romancières sortent de la silenciation avant d’évoquer la sombre parenthèse historique réinvestie par une esthétique du rapiéçage des archives.

Table Of Contents

  • Couverture
  • Page de titre
  • Page de droits d’auteur
  • Table des matières
  • Préface
  • Remerciements
  • Introduction : Reconstruction et afroprospection en question
  • Mémoires, histoire et cohésion sociale
  • Soumettre au soupçon
  • Des autrices et leurs œuvres
  • Penser et se repenser
  • CHAPITRE I Mémoire polyphonique et collective dans les œuvres
  • Hybridité et transgénéricité en écriture
  • Temporalité, métadiscours et intertextualité
  • CHAPITRE II De l’individuel au collectif : traitement de l’oubli et du deuil
  • Rhétorique du silence et de l’effacement : l’oubli-manipulation/l’oubli-commandé
  • L’oubli-refoulement et l’oubli-omission
  • Mélancolie et impossible deuil
  • CHAPITRE III Conjurer la honte et la culpabilité
  • Décrire et écrire la honte collective
  • L’indicible et l’inénarrable : La mise en mots des silences
  • CHAPITRE IV Du souvenir aux portraits de femmes-passeuses de mémoire
  • Femmes et mémoire
  • Corps-mnémonique
  • Voix et portraits de femmes : les conteuses et les prêtresses
  • CHAPITRE V Fictionnalisation de l’histoire et esthétique du rapieçage
  • Restituer et se restituer
  • Les fictions de méthode : Combler les blancs de l’histoire
  • Désacralisation des archives et déconstruction des discours
  • Conclusion : éléments de théorie pour une afroprospection
  • Bibliographie
  • Fictions
  • Essais critiques
  • Colloques, articles de journaux, et entretiens en ligne

Préface

Retour à la femme, à l’origine du monde, à la complexité. C’est de cette manière que l’on pourra lire cette somme de réflexions sur les conditions de possibilité d’un discours littéraire féminin sur l’histoire et la mémoire. Les considérations de Moussavou Nyama partent de l’impression vivement ressentie par de nombreux critiques d’un vécu spécifiquement féminin de la violence coloniale et postcoloniale. Dès la fin des années 1980 du XXe siècle, les autrices du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne sortaient déjà d’une littérature essentiellement combative ; elles annonçaient le passage à un âge de synthèse où la condition féminine plus ou moins acceptée, intégrée, prenait place dans des problématiques plus larges, mais aussi plus universelles. Ce caractère de transition se marque plus nettement encore chez Assia Djebar et Léonora Miano. Ici, la phase de la création succède vraiment à celle de la prise de parole et de la critique ; et cette critique, animée elle-même par un positionnement dans le champ littéraire et artistique comme subalterne (G. Spivak) traverse l’ensemble des œuvres littéraires et artistiques des deux autrices.

L’engagement et la recherche d’une esthétique singulière enracinée dans la tradition arabo-berbère et une histoire coloniale et postcoloniale faites de défis et de conquêtes personnelles et collectives irriguent les fibres profondes de l’œuvre de Djebar. Sa posture intellectuelle, son histoire personnelle et celle de sa communauté occupent une place centrale dans une œuvre littéraire et artistique dense et complexe où se lit en permanence un questionnement sur Soi et le corps. La posture postcoloniale de Djebar n’est pas que théorique. Elle s’inscrit dans la logique d’un engagement constant d’une œuvre romanesque soutenue par une vigueur féconde et une énergie qui caractérisent les grands créateurs. Écrire et/ou réécrire la mémoire à partir d’une posture subalterne, c’est aussi rechercher des lieux de tensions et déjouer la rationalité d’une histoire des Vainqueurs et des Dominants.

Entrée en littérature au début des années 2000, Miano cherche à reconstruire les fils d’une histoire parfois tronquée, parfois méconnue. Les personnages qu’elle imagine font corps avec l’histoire du continent africain qu’ils analysent et jugent dans un jeu complexe de mise à distance et de déconstruction. Quelles que soient les voix qui nous parlent, Miano sait leur prêter les émotions les plus intenses, non pas les plus sonores, mais les plus pures dans leur intensité véhémente. Elle a su écrire le drame d’un continent à partir de l’expérience et des mots des figures féminines en s’attachant à elles, en les scrutant, en les approfondissant pour elles-mêmes. L’écriture de la mémoire prend ainsi la forme d’une exploration d’un passé où la fascination pour l’histoire des peuples et des civilisations africaines cherche à compenser les expériences douloureuses des razzias et de la traite. C’est en cela que le cycle africain de Miano mérite une place à part. La complexité de ses réflexions est extrême. Son écriture de la mémoire garde et accentue encore les préoccupations de Djebar tout en recherchant une forme et une esthétique propre. Elle procède de deux manières : la première concerne la puissance de son imagination. Les mythologies qu’elle invente, l’histoire qu’elle réinvente et qui donne à ses récits de la traite et de la colonisation une forme unique. La mémoire se substitue à l’Histoire ; la vision des vaincus remplace celle des vainqueurs. C’est dans cette imagination qu’elle puise la substance de son écriture de l’histoire. La deuxième manière concerne les sonorités et le rythme des termes bantous, la cadence d’une écriture poétique et sa langue ouvrée à des reflets de récits du terroir. La langue, qui tente de saisir l’histoire à partir du corps et de la voix des femmes, est toute chargée de sensation, d’évocation de réalités et d’émotions fortes. Elle est sans égale dans le roman francophone contemporain par la violence de choc qu’elle communique aux mots et aux images. Il y a chez Miano comme un retour à une problématique que les générations de la Négritude ont tenté de faire triompher : le travail sur l’histoire et la mémoire africaine à partir d’une perspective africaine. Mais, la cause vraie de cette réflexion sur la mémoire de l’esclavage et la colonisation, qui affecte sa fiction de manière profonde, se dessinait déjà chez des écrivains comme Boubacar Boris Diop, Tierno Monénembo ou Kagni Alem. Elle sort d’un mouvement de la pensée africaine qui a tendu à remplacer dans l’écriture de l’histoire la réflexion sur le désenchantement postcolonial par une écriture de la dispersion et des relations transatlantiques.

Ce que propose l’ouvrage de Moussavou Nyama est donc une lecture avisée des modalités d’inscription de la mémoire chez Assia Djebar et Léonora Miano à partir d’une approche postcoloniale de la subjectivité féminine. Si l’accent est mis en faveur de l’intuition et de l’imagination, les analyses explorent de manière très précise la vie intérieure des personnages féminins, les états de conscience et les discontinuités discursives. Sous le patronage des critiques postcoloniaux, les réflexions reviennent sur les modalités et les enjeux esthétiques et identitaires de l’écriture de la mémoire. Ce retour permet d’étudier la question du langage littéraire et de son mode de fabrication du savoir historique. Elle démontre ainsi comment le vécu, le quotidien et l’expérience du corps féminin deviennent les stimulants les plus féconds de la création littéraire chez Djebar et Miano. L’analyse repose sur des rapprochements de connivences et de différences entre les deux autrices. L’ouvrage présente ainsi une lecture minutieuse, saisissante et croisée des œuvres en même temps qu’il initie une réflexion sur la mise en fiction de l’histoire, puis sur les lieux de l’écriture et la construction identitaire. La lecture croisée des œuvres de Djebar et de Miano, deux autrices marquées par l’histoire de leurs pays respectifs, permet de cerner les enjeux de ce magnifique livre qui cherche à démontrer que, malgré une situation globale similaire, une volonté commune de délier les nœuds du discours dominant et une pratique de l’écriture de l’histoire qui s’inspire de l’approche historienne des possibilités objectives, chaque autrice se signale par la singularité de sa trajectoire, son vécu personnel et ses choix esthétiques.

L’écriture de la mémoire au féminin s’impose comme le signe de la formation progressive d’un mouvement de décentrement transnational et transculturel, non seulement par contamination et par vocation, mais sous l’action d’un profond sentiment intérieur vécu par les autrices. Les récits constituent ainsi les achèvements d’un travail sur des matériaux bruts de l’expérience féminine, des faisceaux complexes de perceptions intellectuelles et émotionnelles. Les présenter en tenant compte de leur matérialité dans leur fraicheur et leur vigueur, c’est offrir à l’esprit du lecteur d’aujourd’hui les suggestions les plus fécondes et les plus sûrement efficientes. Le choc de la réalité nous est ainsi présenté avec une telle justesse que l’expérience féminine s’impose aux lecteurs.

Sylvère MBONDOBARI

Remerciements

Cet essai n’aurait pu aboutir sans les conseils avisés de Catherine Mazauric et Sylvère Mbondobari. Qu’ils trouvent chacun ici l’expression de ma profonde gratitude. Ma reconnaissance va également à Eddy Bajolle, mon époux, pour ses encouragements et son assistance tout au long de ce travail.

INTRODUCTION Reconstruction et afroprospection en question

Les histoires ont été utilisées pour déposséder et pour calomnier, mais elles peuvent aussi être utilisées pour renforcer et pour humaniser. Les histoires peuvent briser la dignité d’un peuple, mais elles peuvent aussi réparer cette dignité brisée.

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE

Il faut que nous apportions quelque chose aux autres pour que les autres puissent nous apporter leur savoir en retour. Mais pour apporter aux autres, il faut se connaître.

JEAN DIVASSA NYAMA

La prospection, concept dont la paternité revient à Gaston Berger, désigne en philosophie et en psychologie, un état de la pensée et de la conscience tournées vers l’avenir. En relisant G. Berger, Bachir Diagne écrit :

La prospective est d’abord et avant tout une attitude, et non une technique d’extrapolation pour se donner à voir à l’avance le futur. […] L’attitude prospective est le contraire de la volonté de prolonger le passé dans le présent et l’avenir, volonté caractérisée comme un « entêtement rétrospectif ». En même temps, elle nous rappelle que la prospective n’est pas vision, mais action, ou plus exactement qu’elle n’est vision que par et pour l’action de créer ensemble l’avenir. Adopter une attitude prospective, c’est donc penser et agir en fonction du futur, projeté et à faire, et non en fonction du passé1.

La prospection consiste donc à se projeter dans le futur afin d’y trouver une manière d’orienter ses actions dans le présent habité. En associant ce concept à la mémoire historique avec le préfixe « afro », il s’agit de souligner l’importance, pour les Africains, de dépasser la grande parenthèse historique, de cesser de la ressasser continuellement et de réussir à en faire le deuil pour mieux se tourner sereinement vers l’avenir. Cependant, cette démarche ne peut réussir qu’une fois que l’on a accepté de regarder l’Histoire avec objectivité, libéré de toute forme de culpabilité et de honte. L’afroprospection consiste à donner forme aux rêves qui permettront à l’Afrique de s’inventer ou se réinventer afin de sortir de la subalternité2. Par conséquent, l’afroprospection nécessite d’arrêter de se regarder dans le miroir d’autrui pour se convaincre de sa propre existence3. On peut dire que l’écriture afroprospective vise à imaginer et proposer un futur positif pour le continent africain. L’afroprospection, qui se définit comme la démarche vers laquelle devrait tendre chaque Africain.e pour parachever le processus de décolonisation, suppose au préalable un travail de rétrospection, voire une anamnèse. C’est cette anamnèse que proposent les autrices de notre corpus à travers la reconstruction de la mémoire historique ; cela explique la présence de la préposition « pour » dans le titre de cet essai. Comme le souligne Toni Morrison, « il y a tellement de façons dont nos vies sont mêlées au passé (à ses manipulations) que, redoutant son emprise, nous l’ignorons, le rejetons ou le déformons afin qu’il nous convienne […], mais sans jamais pouvoir l’effacer4 ». Alors, pour essayer de proposer un récit mémoriel débarrassé de manipulations de tous bords, Assia Djebar et Léonora Miano ont choisi l’Histoire comme motif d’écriture. Il est intéressant, dans cette optique, de proposer une lecture thématique et poétique de leurs œuvres. L’écriture romanesque et, plus largement, l’art offrent de grandes possibilités de résurrection et de dépassement du passé. C’est dans cette optique que les autrices de notre corpus proposent une représentation de ces passés enfouis et leurs incidences, par la puissance de l’imaginaire. L’objectif poursuivi serait de les rendre plus présents à nos consciences, afin de mieux les comprendre et s’en guérir.

Mémoires, histoire et cohésion sociale

Il serait judicieux de proposer d’abord une définition de nos deux concepts, afin de mieux montrer le lien qui les unit. S’agissant de la mémoire, le dictionnaire Larousse la définit comme :

Une activité biologique et psychique qui permet de retenir les expériences antérieures vécues, c’est la faculté de conserver et de rappeler des sentiments éprouvés, des connaissances antérieurement acquises, on parle par exemple de « posséder la mémoire des dates », c’est le souvenir que l’on garde de quelqu’un ou de quelque chose, on parle à cet effet de la « mémoire du génocide5 ».

La mémoire est donc une relation à des faits ou des événements particuliers que l’on conserve. C’est le souvenir de ce qui a été, de ce qui a eu lieu, et ce qui, de cet événement ou de cette personne, restera dans la psyché des groupes humains. De son côté, l’histoire est : « connaissance et récit des événements du passé ». Elle implique une connaissance « des faits relatifs à l’évolution de l’humanité (d’un groupe social, d’une activité humaine), qui sont dignes ou jugés dignes de mémoire ; les événements, les faits ainsi relatés6. » Le dernier terme de la définition du Robert révèle une relation entre histoire et mémoire. L’histoire contribue à répertorier, recenser, retranscrire les faits qui invitent à la remémoration. Avec les travaux du sociologue Maurice Halbwachs, on commence à établir une distinction, voire une opposition entre la mémoire et l’histoire, en insérant l’idée d’une « mémoire collective » différente de « la mémoire historique ». La première est partagée par un groupe d’individus où les souvenirs de chacun nourrissent ceux des autres. La mémoire collective « enveloppe les mémoires individuelles, mais ne se confond pas avec elles7 ». Alors que « la mémoire historique » de son côté, concerne le cadre ou le moment où se sont produits les événements, mais dont l’individu ou même le groupe pourrait ne pas garder de souvenirs précis. La mémoire historique relève de l’abstrait : « dans les livres, enseignés et appris dans les écoles, les événements passés sont choisis, rapprochés et classés, suivant des nécessités ou des règles qui ne s’imposaient pas aux cercles d’hommes qui en ont gardé longtemps le dépôt vivant8. » Halbwachs relève dès lors la dépendance de l’histoire à la mémoire : elle permet de fixer les souvenirs qui s’effritent pour empêcher leur disparition. De plus, elle souligne leur opposition, parce qu’elle procède par découpage et ne tient pas compte du caractère continu de la mémoire collective qui s’étend jusqu’à atteindre « la mémoire du groupe dont elle est composée » (p. 47). On pourrait supposer que l’historien, en France, a négligé cet aspect continu et vivant de la mémoire des groupes, ce qui aurait provoqué un réveil quasi soudain de ces mémoires en quête de reconnaissance. Or, « à la suite de Maurice Halbwachs, Aleida Assmann pense que la mémoire ne fait pas revivre le passé, mais elle le reconstruit. La mémoire de l’individu est marquée par ses souvenirs personnels, mais comme élément de la société aucun individu n’est isolé dans ses souvenirs9. » C’est donc la mise en commun des souvenirs personnels qui donne lieu à une histoire autre, car ce qui importe au discours mémoriel, c’est d’abord de sauver l’événement de l’oubli.

Philippe Joutard situe « l’invasion mémorielle en France10 » à partir des années 1970. Selon l’auteur, la relation entre histoire et mémoire a été discutée à partir de cette période, en référence aux travaux de Pierre Nora. Ce dernier soutenait à cette époque que « l’analyse des mémoires collectives peut et doit devenir le fer de lance d’une histoire qui se veut contemporaine11. » L’historien faisait alors de la mémoire un élément essentiel à l’écriture de l’histoire au présent. Il s’ensuivra dans cette période, sur la scène française, un morcèlement de la mémoire : le passé est convoqué devant le tribunal du présent et sert de tremplin aux questions identitaires. Ainsi, les questions liées à la mémoire des conflits et des violences historiques ont pris de plus en plus d’importance dans les cultures occidentales. Celles-ci ont bien souvent été introduites par des groupes faisant partie intégrante de la nation12, mais ayant subi des préjudices de la part de l’État. C’est le cas, par exemple, des Juifs français déportés par le gouvernement de Vichy ou des Ultramarins descendants d’esclaves, qui ont contribué à faire de la mémoire un véritable paradigme.

Ces revendications mémorielles sont en fait le fruit des modifications sociales, puisqu’au fur et à mesure que la composition d’un pays change et que de nouvelles générations arrivent, le contenu de la mémoire évolue. C’est par exemple le cas de la France13, où des « guerres de mémoires »14 ont éclaté depuis quelque temps déjà, entre les négationnistes et les intellectuels socialistes de gauche (antiracistes ou décoloniaux). Ces débats portent sur un certain nombre d’événements relatifs aux colonisations, aux guerres de décolonisation ou encore à la collaboration de l’État avec l’occupant nazi, notamment en ce qui concerne la déportation des Juifs non français. À partir de là, de nouvelles revendications, auparavant refoulées, ont refait surface, car les sociétés dites multiculturelles engendrent des questionnements qui vont dans le sens d’une quête de reconnaissance des différents groupes qui les composent.

Aborder les questions mémorielles peut permettre d’unifier ou de pacifier les communautés, mais peut aussi déboucher sur la fragmentation des groupes concernés. C’est dans cette optique que de nombreux États, craignant des conflits ou n’étant pas capables d’assumer les crimes commis sous son étendard15, encouragent des récits historiques tronqués ou mettent en place des politiques mémorielles produisant souvent une mémoire officielle sélective. On parle alors de « mémoire manipulée » ou « empêchée16 ». En raison des diverses lois mémorielles et de ce que de nombreux intellectuels, notamment de droite et d’extrême droite, qualifient de « mémoires victimaires » ou de « victimisation à outrance17 », le débat entre histoire et mémoire coloniale s’est installé en France avec plus d’acuité. Sylvère Mbondobari fait remarquer que :

La fin du XXe siècle constitue une époque charnière dans l’histoire de la pensée mémorielle. L’origine de ce bouillonnement historique qui naît à l’intersection du droit et de l’histoire se fonde sur une critique contradictoire des sources disponibles, qui tente d’abord d’établir les faits à partir desquels s’écrit l’histoire de France. Cette nécessité d’une histoire globale qui prendrait en compte des lectures et des pratiques différentes se lit à deux niveaux : une part, au niveau d’une transformation sociologique et géopolitique capitale […] et, d’autre part, on assiste à l’émergence d’une forte conscience politique chez les intellectuels et hommes politiques antillais ainsi que dans les couches sociales issues de l’immigration18.

Details

Pages
XII, 286
Publication Year
2026
ISBN (PDF)
9783034356176
ISBN (ePUB)
9783034356183
ISBN (Softcover)
9782875748232
DOI
10.3726/b22682
Language
French
Publication date
2026 (March)
Keywords
Mémoire afroprospection Djebar Miano histoire colonisation esclavage guerre postocolonial fiction Algérie Cameroun Afrique France
Published
Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xii, 286 p.
Product Safety
Peter Lang Group AG

Biographical notes

Anouchka Stevellia Moussavou Nyama (Author)

Anouchka Stevellia Moussavou Nyama est Docteure en littérature comparée, enseignante de lettres et chercheuse associée au Centre Interdisciplinaire d’Étude des Littératures d'Aix-Marseille (CIELAM). Elle a été Lauréate du 3e prix de thèse de la ville de Marseille en 2021.

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