La couleur en linguistique : étude diachronique en français et en espagnol
Summary
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Table Of Contents
- Couverture
- Page de titre
- Page des droits d’auteur
- Dédicace
- Table des matières
- Liste des figures
- Liste des tableaux
- Liste des abréviations et des symboles
- Introduction
- CHAPITRE I État de la question, cadre théorique et termes choisis
- 1.1 État de la question
- 1.2 Cadre théorique
- 1.2.1 Évolution de la théorie de l’argumentation dans la langue
- 1.2.2 Théorie des stéréotypes, généricité et propriétés
- 1.2.3 Les propriétés
- 1.2.4 Cadre théorique appliqué à notre sujet
- 1.3 Termes de couleur choisis
- CHAPITRE II Parcours diachronique : histoire culturelle des couleurs basiques. Étymologie et lexicographie des termes de couleur de base
- 2.1 Couleur – color
- 2.1.1 Couleur dans les dictionnaires
- 2.1.2 Color dans les dictionnaires
- 2.2 Noir – Negro
- 2.2.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.2.2 Noir dans les dictionnaires
- 2.2.3 Negro dans les dictionnaires
- 2.3 Blanc – blanco
- 2.3.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.3.2 Blanc dans les dictionnaires
- 2.3.3 Blanco dans les dictionnaires
- 2.4 Rouge – rojo
- 2.4.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.4.2 Rouge dans les dictionnaires
- 2.4.3 Rojo dans les dictionnaires
- 2.4.4 Notice diachronique : rojo et bermejo
- 2.5 Vert – verde
- 2.5.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.5.2 Vert dans les dictionnaires
- 2.5.3 Verde dans les dictionnaires
- 2.6 Jaune – amarillo
- 2.6.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.6.2 Jaune dans les dictionnaires
- 2.6.3 Amarillo dans les dictionnaires
- 2.7 Bleu – azul
- 2.7.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.7.2 Bleu dans les dictionnaires
- 2.7.3 Azul dans les dictionnaires
- 2.8 Marron – marrón
- 2.8.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.8.2 Marron dans les dictionnaires
- 2.8.3 Marrón dans les dictionnaires
- 2.9 Violet – morado
- 2.9.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.9.2 Violet dans les dictionnaires
- 2.9.3 Morado dans les dictionnaires
- 2.10 Rose – rosa
- 2.10.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.10.2 Rose dans les dictionnaires
- 2.10.3 Rosa dans les dictionnaires
- 2.10.4 Notice diachronique : rose et rosa
- 2.11 Orange – naranja
- 2.11.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.11.2 Orange dans les dictionnaires
- 2.11.3 Naranja dans les dictionnaires
- 2.11.4 Notice diachronique : orange et naranja
- 2.12 Gris – gris
- 2.12.1 Étymologie et histoire de la couleur
- 2.12.2 Gris dans les dictionnaires français
- 2.12.3 Gris dans les dictionnaires espagnols
- 2.13 Points communs dans les dictionnaires monolingues
- 2.13.1 Définitions chromatiques
- 2.13.2 Reflet de l’évolution scientifique
- 2.13.3 Valeur symbolique et sens figuré
- 2.13.4 Expressions idiomatiques
- 2.13.5 Remarques morphosyntaxiques
- 2.14 Bilan
- CHAPITRE III Aspects morphosyntaxiques des termes chromatiques en synchronie
- 3.1 Catégories grammaticales des termes de couleur basiques
- 3.1.1 Les adjectifs et les noms
- 3.1.1.1 Fonction des adjectifs : classifiante ou qualifiante ?
- 3.1.1.2 Les noms chromatiques : noms de propriété ? Noms de matière ?
- 3.1.2 Les verbes
- 3.1.3 Les adverbes
- 3.1.4 Bilan
- 3.2 Dénominations linguistiques des nuances du monde
- 3.2.1 Le stratagème facilisant
- 3.2.2 La modification
- 3.2.2.1 La composition et la conversion
- 3.2.2.2 Adjectifs modifieurs de couleur
- 3.2.2.3 Affixes, adverbes et comparaisons à parangon : la gradation
- 3.2.2.3.1 Affixes
- 3.2.2.3.2 Adverbes
- 3.2.2.3.3 Comparaisons à parangon
- 3.3 Bilan
- CHAPITRE IV Analyse sémantico-pragmatique des termes de couleur de base
- 4.1 Nos hypothèses de départ
- 4.2 Analyses des TCB
- 4.2.1 Noir / negro
- 4.2.1.1 Ciel noir / cielo negro
- 4.2.2 Blanc / blanco
- 4.2.2.1 Dents blanches / dientes blancos
- 4.2.3 Rouge / rojo
- 4.2.3.1 Yeux rouges / ojos rojos
- 4.2.4 Vert / verde
- 4.2.4.1 Les champs sont verts / el campo está verde
- 4.2.5 Jaune / amarillo
- 4.2.5.1 Dents jaunes / dientes amarillos
- 4.2.6 Bleu / azul
- 4.2.6.1 Ciel bleu / cielo azul
- 4.2.7 Rose / rosa
- 4.2.8 Gris / gris
- 4.2.8.1 Ciel gris / cielo gris
- 4.2.9 Les autres TCB
- 4.2.9.1 Marron / marrón
- 4.2.9.2 Violet / morado
- 4.2.9.3 Orange / naranja
- 4.3 D’autres remarques sémantiques
- 4.3.1 La gradation
- 4.3.1.1 Les suffixes -âtre, -ado, -oso, -uzco, etc.
- 4.3.1.2 L’intensification
- 4.3.2 Les couleurs en tant qu’intensifieurs
- 4.4 Bilan
- Conclusion
- Bibliographie
- Bibliographie générale
- Bibliographie de dictionnaires de langue et de dictionnaires généraux
- Corpora
- Annexes
Liste des figures
Figure 1 : Schéma des termes de base proposé par Berlin et Kay (1969, p. 4)
Figure 2 : Fréquence de « naranja » sur CORPES, 2023
Figure 3 : Fréquence de « anaranjado » sur CORPES, 2023
Figure 4 : Fréquence de « rosado » sur CORPES, 2023
Figure 5 : Fréquence de « rosa » sur CORPES, 2023
Figure 6 : Nombre d’occurrences de « vermeil » et de « rouge » sur Frantext
Figure 7 : Graphique représentant le nombre d’occurrences de « vermeil » et « rouge » sur Frantext
Figure 8 : Graphique représentant le nombre d’occurrences de « bermejo » et « rojo » sur CORDE
Figure 9 : Graphique sur les résultats de « couleur de rose » proposée sur Frantext
Figure 10 : Graphique représentant le nombre d’occurrences de « naranjado » et « anaranjado » sur CORDE
Figure 11 : Résultats sur l’accord. Question 15 : écrire un SN pour décrire l’image
Figure 12 : Résultats sur l’accord. Question 16 : réponse à choisir
Figure 13 : Résultats de l’enquête concernant l’accord en espagnol
Figure 14 : Couleurs-symptôme selon Díaz (2019a, p. 523)
Liste des tableaux
Tableau 1 : Nombre d’occurrences de « bermejo » et « rojo » sur CORDE
Tableau 2 : Nombre d’occurrences de « naranjado » et « anaranjado » sur CORDE
Tableau 3 : Catégorisation de « marron », « rose », « orange », « marrón », « rosa » et « naranja » selon les dictionnaires actuels
Tableau 4 : Verbes de couleur en français
Tableau 5 : Verbes de couleur en espagnol
Tableau 6 : Dictionnaires incluant des adverbes chromatiques
Tableau 7 : Dictionnaires incluant des adverbes chromatiques
Tableau 8 : Nombre d’occurrences des adverbes chromatiques en français et exemples des occurrences dans les bases de données
Tableau 9 : Nombre d’occurrences des adverbes chromatiques en espagnol avec exemples des occurrences dans les bases de données
Tableau 10 : Typologie synthétisée des collocatifs nominaux des composés collocationnels
Tableau 11 : Dérivés adjectivaux à partir de suffixes
Tableau 12 : Parangons de « blanc » et « blanco », repris de Díaz (2017b, p. 491–492)
Tableau 13 : Exemples des stéréotypes chromatiques des TCB
Tableau 14 : Tableau non exhaustif des stéréotypes associés à « rouge »
Tableau 15 : Nombre d’occurrences des TCB sur Sketch Engine
Tableau 16 : Quelques stéréotypes associés à « rojo » dans « está rojo » selon le contexte
Liste des abréviations et des symboles
Adv. : Adverbe
Adj. : Adjectif
CAP : comparaison à parangon
Indcl : Indicateur de couleur
Modcl : Modifieur de couleur
N : Nom
NChr : Nom chromatique
Prép. : Préposition
TAL : Théorie de l’argumentation dans la langue
TCB : Terme de couleur basique
ø : rien
Introduction
La couleur constitue un sujet interdisciplinaire qui intéresse, entre autres, les physiciens, les philosophes, les anthropologues, les linguistes, les peintres, les créateurs de mode, les maquilleurs et les responsables de marketing. Afin de ne pas nous éloigner de notre domaine central – la linguistique –, nous nous limiterons à renvoyer aux ouvrages de Brusatin (1986), Déribéré (2014) ou Romano (2021), qui s’avèrent très utiles pour avoir une approche générale et culturelle sur l’histoire des couleurs à travers une synthèse des travaux philosophiques et physiques les plus représentatifs dans l’histoire : ceux de Platon, Aristote, Newton, Goethe, Wittgenstein, etc. Nos limitations d’espace et de temps, ainsi que notre sujet précis en linguistique nous empêchent d’approfondir ces aspects au risque de perdre le fil conducteur de ce travail.
Cela étant, la perception, la catégorisation et la symbolique des couleurs étudiées par les psychologues, les ethnologues, les anthropologues ou les historiens constituent également des sujets de recherche dans le domaine de la linguistique. De ce fait, l’interdisciplinarité se montre nécessaire dans la plupart des recherches dans ce champ d’étude. À titre d’exemple, certains chercheurs qui prennent appui sur un cadre de type cognitiviste étudient la perception, la dénomination et la catégorisation des couleurs en langue – en lien avec la psychologie. Parmi ce type d’études, l’ouvrage anthropologique de Berlin et Kay (1969) constitue un point de départ essentiel pour les études de la couleur en linguistique, grâce à la notion de « basic color terms ». Même si les idées de cette recherche seront approfondies dans le premier chapitre, nous pouvons d’ores et déjà citer les onze termes de couleur basiques qu’ils proposent en anglais : black, white, red, green, blue, brown, purple, pink, orange et grey. Cette liste coïncide avec les couleurs étudiées dans Pastoureau (2014), et ils constituent les hypéronymes des autres termes chromatiques appelés nuances – à titre d’exemple, bleu est hypéronyme de turquoise et orange ou rose sont des hypéronymes de saumon.
Avant d’exposer les termes qui ont fait l’objet de notre travail de recherche, nous voudrions préciser que ce travail n’a pas pour dessein d’étudier les couleurs, mais bien les termes de couleur. Achard (1978) établit déjà cette différence entre couleurs et noms de couleur. Nous utiliserons le concept de terme de couleur – à la place de nom de couleur comme Achard (1978) – puisque terme est une notion plus vaste qui englobe non seulement les noms, mais aussi les adjectifs, les verbes et les adverbes. Une autre désignation possible serait de différencier couleur de COULEUR, mais il nous semble que terme de couleur serait moins ambigu que COULEUR. Le but de ce travail est d’éviter de confondre le référent – les couleurs, comme le bleu, le vert ou le jaune – avec le signifié – le sens de bleu, vert ou jaune à partir de leur emploi en discours. Ainsi, au lieu de chercher des définitions en termes de longueur d’onde comme le fait la physique pour les couleurs, nous analyserons les termes de couleur à partir de l’étude des traits linguistiques que ces termes présentent en langue. De ce fait, notre travail s’inscrit dans un cadre de type argumentatif suivant les recherches d’Oswald Ducrot et de Jean-Claude Anscombre. Nous proposerons une étude sur les caractéristiques lexicographiques, morphosyntaxiques, sémantiques et pragmatiques propres aux termes de couleur basiques afin de comprendre leur fonctionnement en langue. Nous proposerons ainsi des définitions ascriptivistes et non pas descriptivistes des termes chromatiques étudiés : le sens de chaque terme sera décrit à l’intérieur de la langue, selon les énoncés qui peuvent s’enchaîner à partir de leur présence, et non pas par rapport au monde extralinguistique – les couleurs sur les objets, par exemple. Ceci expliquera les phrases comme Le ciel est très bleu aujourd’hui mais je suis fatigué, où le ciel bleu serait un argument vers la conclusion « sortons nous promener » et la fatigue, l’argument le plus fort vers la conclusion contraire « ne sortons pas », introduit par mais qui indiquerait ce changement d’orientation. Si l’on considère que l’énoncé est purement descriptif, l’enchainement antérieur n’aurait pas de sens, car il n’y aurait pas de rapport entre la description de la couleur du ciel et le fait d’être fatigué. Suivant cette idée, notre problématique est la suivante : comment définir linguistiquement les termes de couleur basiques ? Comment fonctionnent ces termes chromatiques en langue ? Afin de répondre à ces questions, nous suivrons un parcours qui englobera différents domaines imbriqués : la lexicographie, la morphosyntaxe, la sémantique et la pragmatique. Nous détaillerons ci-dessous les objectifs et la méthodologie mise en place dans chaque chapitre de cet ouvrage.
Afin d’établir les termes basiques équivalents en français de France métropolitaine et en espagnol d’Espagne – variétés choisies pour ce travail en raison des différences diatopiques complexes concernant ces termes –, nous avons décidé d’élaborer deux enquêtes – l’une en espagnol et l’autre en français – composées de différentes questions d’ordre terminologique, morphosyntaxique et symbolique. L’objectif de ce questionnaire était de vérifier certaines intuitions de départ et de contraster les informations des différentes études existantes et des grammaires actuelles. Au début de l’enquête, nous avons inclus des questions portant sur les données personnelles – prévoyant une possible influence sur les réponses : l’âge, le sexe, la langue maternelle ou le bilinguisme, la ville d’origine et, en dernier lieu, l’existence ou pas de rapport avec les couleurs à travers une activité professionnelle ou à travers un loisir – mode, peinture, design, etc. Ensuite, nous avons demandé aux personnes interrogées d’énumérer les onze termes de couleur les plus basiques – ceux qu’ils apprendraient à un enfant. Le deuxième ensemble de questions portait également sur la dénomination, où les personnes interrogées devaient écrire tout d’abord la couleur du logo de Franprix, de Barbie, du parti politique Podemos, etc. Par la suite, il leur était demandé de qualifier la couleur qu’ils voyaient, à l’aide d’une image – une voiture, un cheval, un cygne, etc. Ces questions ont été motivées, en espagnol, par certains doutes de départ : quel est le terme équivalent à purple ou violet en espagnol ? Est-ce que naranjado, anaranjado et naranja sont employés de la même manière et avec la même fréquence ? Et rosa et rosado ? En même temps, nous voulions savoir s’il existait en français une différence entre orangé et orange, ainsi qu’entre rose et rosé. De plus, nous voulions connaître le meilleur équivalent de brown et de marrón en français, notamment entre brun et marron. Ainsi, pour résoudre ces doutes, nous avons proposé également des questions à choix multiples en rapport avec ces termes qui étaient source d’hésitation pour nous. Par exemple : « a. Considérez-vous que “rosé” et “rose” font référence à la même nuance ? / Oui _ Non_ », « b. Si ces termes ne désignent pas la même nuance, lequel serait le terme principal ? (celui qui engloberait l’autre) / rose _ rosé _ ». Nous avons ajouté également des questions ouvertes comme : « Selon vous, existe-t-il une différence entre “marron” et “brun” ? ».
Nous avons ajouté, dans les deux enquêtes, d’autres questions sur l’accord des termes de couleur provenant d’un objet du monde – fleur, fruit, etc. –, comme c’est le cas de marron, orange, rose, turquoise, naranja, rosa ou turquesa. Nous y avons intégré un terme non basique afin de vérifier si son statut différent pouvait exercer une influence sur la préférence pour l’accord. De ce fait, nous avons proposé, premièrement, un ensemble de consignes qui demandaient aux personnes interrogées de décrire une image à l’aide d’un syntagme nominal – du type deux pantalons noirs. Les images représentaient des objets de couleur orange, rose, mauve, mais aussi de couleur noire et rouge. En effet, cela nous a également permis de dissimuler indirectement notre objectif. Ensuite, nous avons proposé des questions à choix multiples où la personne interrogée devait choisir entre un syntagme accordé et un syntagme non-accordé, par exemple : « a) J’adore ces chaussures marrons / b) J’adore ces chaussures marron ». En dernier lieu, nous avons proposé certaines questions portant sur la préférence et la symbolique des couleurs à titre individuel : « Quelle est votre couleur préférée ? », « Spontanément, que représentent pour vous ces couleurs [+blanc, noir, rouge, etc.] ? ». Même si cette partie a été moins utilisée, nous pensons que les données collectées pourraient s’avérer utiles pour de futures recherches.
Afin d’élaborer les enquêtes, nous avons utilisé le programme de Google appelé Forms. L’objectif était de pouvoir envoyer le lien à différentes personnes qui pourraient diffuser l’enquête à leur tour. Grâce à cette méthode, nous avons atteint 263 personnes pour l’enquête en français et 1 532 personnes pour la version espagnole. De plus, concernant les réponses, le programme propose les résultats sous forme de graphiques pour les questions à choix multiples. Pour les questions ouvertes, la possibilité de télécharger un document Excel avec toutes les réponses s’avère plus pratique pour l’analyse correspondante. En effet, l’option de recherche par mot clé nous a permis de collecter plus rapidement les réponses à ce dernier type de questions. Pour des raisons de format et de longueur, nous ne proposerons pas les réponses dans les Annexes1.
Cet ouvrage se structure en quatre chapitres, chacun visant à répondre à la problématique précédemment abordée. Dans le chapitre I, nous présenterons premièrement l’état de la question à l’aide d’une synthèse des recherches les plus remarquables en rapport avec notre sujet. Afin d’exposer ces travaux de la manière la plus claire possible, nous avons décidé de suivre un ordre thématique, selon le sujet principal des recherches consultées. Ainsi, nous détaillerons en premier lieu les contributions de Berlin et Kay (1969) et les critiques principales qui en ont découlé. Cela nous mènera vers d’autres études portant sur la basicité des termes chromatiques – et leurs critères grammaticaux ou sémantiques possibles. Nous proposerons un parcours morphologique des études portant sur les verbes chromatiques, la gradation ou certains suffixes comme -âtre, entre autres. Ensuite, même si nous ne pourrons pas nous attarder sur la phraséologie, nous prendrons en compte certains travaux qui nous semblent fondamentaux, tels que la thèse de Díaz (2017b) ou les nombreuses études de Blanco (2021a, 2021b, 2022a, 2022b et 2025) sur les comparaisons à parangon. Par la suite, nous exposerons des études indispensables traitant de l’étymologie des termes chromatiques et de la dénomination de ces couleurs dans une perspective diachronique.
La plupart des études qui établissent les fondements de notre chapitre sur la morphosyntaxe appartiennent à un cadre de type cognitiviste – notamment les études de Kleiber (2007b, 2009, 2010a, 2010b, 2014, 2018, 2021a, 2021b et 2023) et celles de De Saussure (2011a, 2011b, 2014, 2017, 2018), entre autres. De ce fait, notre approche basée sur la théorie de l’argumentation dans la langue et basée sur les stéréotypes constitue, à notre avis, un point de vue complémentaire qui nous permettra d’apporter de nouveaux points de vue aux recherches qui existent sur les termes chromatiques. Afin de mieux guider le lecteur dans notre approche argumentativiste, nous proposerons une introduction à ces théories de notre cadre théorique au point 1.2. Dans cette sous-partie, nous présenterons l’évolution de la théorie de l’argumentation dans la langue – Anscombre et Ducrot (1976 et 1983), Ducrot (1984), Anscombre (1984, 1996), etc. –, la théorie des stéréotypes – notamment Anscombre (2001a, 2001b) –, et certains aspects incontournables comme la généricité et les propriétés d’après Anscombre (1995, 2001b, 2011b, 2017). Ce cadre guidera notre étude et sera mis au centre du travail dans le dernier chapitre portant sur la sémantique et la pragmatique.
La dernière sous-partie du premier chapitre établit une série de critères pour délimiter ce que nous avons appelé termes de couleur basiques. Ainsi, à partir de certaines études sur les termes chromatiques, de notre enquête, et de la base de données CORPES en espagnol, nous établirons comme termes chromatiques de base, pour le français, noir, blanc, rouge, vert, jaune, bleu, marron, orange, violet, rose et gris ; et pour l’espagnol, negro, blanco, verde, amarillo, azul, marrón, naranja, morado, rosa et gris. Toutefois, pour le deuxième chapitre nous tiendrons compte d’autres termes qui ont pu être considérés comme des cohyponymes à certains moments de l’histoire : brun, orangé, rosé, bermejo, castaño, pardo, anaranjado, rosado et violeta.
Le deuxième chapitre constitue un parcours diachronique où différents aspects seront au centre de notre étude. Pour chaque terme de base – ainsi que pour couleur et color –, nous proposerons, en premier lieu, des précisions étymologiques basées sur des études comme, entre autres, celles de Kristol (1978, 1994), Dworking (2016), Rey et Hordé (2010) et Corominas et Pascual (1984). Cela nous permettra de mieux comprendre l’origine de chaque terme. Deuxièmement, nous synthétiserons les informations apportées par Mollard-Desfour (2000, 2002, 2005, 2008, 2011, 2012, 2013) et par Pastoureau (2000, 2005, 2008, 2013, 2016, 2019, 2022a et 2022b) sur l’histoire et le symbolisme des couleurs. L’objectif de cette synthèse est d’apporter des informations culturelles et anthropologiques nécessaires pour introduire la sémantique des termes chromatiques. En troisième lieu, nous présenterons une analyse lexicographique des dictionnaires historiques et des dictionnaires monolingues les plus représentatifs2 afin de présenter l’évolution du sens et de l’emploi de chaque terme d’un point de vue historique. Nous ajouterons une notice diachronique pour rojo, bermejo, rose, rosa, orange et naranja en raison de leur évolution particulière. Pour ce faire, Frantext, CORDE et CREA se sont révélés indispensables comme compléments aux recherches lexicographiques effectuées. En outre, tout cela nous permettra de collecter des informations sur la morphologie et la syntaxe qui seront reprises au chapitre III.
Le troisième chapitre a pour but d’aborder les aspects morphosyntaxiques principaux des termes de couleur de base en synchronie. Pour cette partie, nous avons consulté, dans un premier temps, des milliers d’exemples des bases de données de Frantext, Sketch Engine, CORDE, CREA et CORPES. L’objectif était d’établir une typologie syntaxique. Toutefois, les résultats étaient trop nombreux et peu représentatifs. De ce fait, nous avons gardé uniquement les exemples les plus remarquables et avons décidé d’utiliser ces bases de données comme appui complémentaire à notre étude et non pas comme point de départ. Concernant la distribution du chapitre III, la première partie sera consacrée aux différentes catégories grammaticales des termes de couleur basiques. Ainsi, après avoir passé en revue les catégorisations proposées par les dictionnaires, nous nous focaliserons sur les termes à dérivation impropre dont la classification est plus hétérogène – marron / marrón, rose / rosa et orange / naranja ont souvent des classifications différentes, selon les dictionnaires. Ensuite, deux sous-parties seront ajoutées : l’une consacrée à l’adjectif et l’autre se focalisant sur le nom chromatique. L’analyse des adjectifs se centrera notamment sur la fonction classifiante ou qualifiante, abordée à partir d’une synthèse des études portant sur ce sujet, comme Milner (1978), Maingueneau (2020), Fábregas (2000) ou Díaz (2017b). La sous-partie suivante se concentrera sur la catégorie nominale – le noir, la noirceur, el blanco, la blancura, etc. Le but principal de cette partie sera de s’interroger sur la possibilité ou l’impossibilité de ranger les noms de couleur en tant que noms de matière ou en tant que noms de propriété à partir d’une analyse distributionnelle. Cette analyse sera basée sur les études de Galmiche et Kleiber (1996), Molinier (2006), Kleiber (2010a) et Bernez (2014). Les catégories grammaticales étudiées ensuite seront les verbes et les adverbes. Ces deux catégories grammaticales seront révisées à partir des recherches existantes, et nous compléterons ensuite quelques informations à partir des résultats trouvés dans les bases de données citées auparavant. Dans cette partie, nous traiterons les aspects morphologiques – affixes – et sémantiques les plus remarquables. De plus, nous vérifierons si l’appellation de hapax – proposé par le TLFi – est applicable à tous les adverbes par dérivation. Pour ce faire, outre l’analyse des bases de données, nous consulterons deux corpus de dictionnaires : Le Grand Corpus des dictionnaires [9e-20e s.] de Classiques Garnier et le Nuevo Tesoro lexicográfico de la Real Academia Española.
La deuxième partie du chapitre III sera consacrée aux différents moyens mis à disposition par la langue pour dénommer l’infinité de nuances – bleu clair, bleu-vert, bleu ciel, etc. Ces moyens linguistiques seront divisés en deux types : le stratagème « facilisant »3 et la modification. À l’intérieur de cette dernière, nous inclurons les stratégies employées en espagnol et en français pour spécifier une nuance ou pour l’évaluer axiologiquement. Nous étudierons les possibilités syntaxiques et reprendrons le sujet de l’accord. Les affixes, les adverbes et les comparaisons à parangon seront rassemblés dans une sous-section afin d’aborder leur trait commun : la gradation. Dans cette dernière partie du chapitre, la consultation des bases de données et l’analyse distributionnelle constituent le fondement de notre analyse. Cela nous permettra de comparer et, le cas échéant, de compléter les recherches sur ce sujet proposées par Meunier (1975), Bernez et Katterer (2003), Molinier (2001, 2005 et 2006), Bernez (2014), Kleiber (2014) ou Díaz (2017b), entre autres.
Details
- Pages
- 410
- Publication Year
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783631944875
- ISBN (ePUB)
- 9783631944882
- ISBN (Hardcover)
- 9783631944868
- DOI
- 10.3726/b23288
- Language
- French
- Publication date
- 2026 (March)
- Keywords
- Linguistique argumentation stéréotypes lexicographie morphosyntaxe sémantique-pragmatique terme de couleur
- Published
- Berlin, Bruxelles, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. 410 p., 15 ill. n/b, 19 tabl.
- Product Safety
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