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De l’unanimisme au fantastique

Jules Romains devant l’extraordinaire

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Augustin Voegele

Jules Romains est connu comme un écrivain « de bonne volonté », raisonnable et rationaliste. Il existe, toutefois, un Jules Romains obscur, et méconnu : un Jules Romains créateur de personnages de mauvaise volonté – de criminels, même ; un Jules Romains qui n’hésite pas à parsemer son oeuvre de longs chapitres érotiques – pornographiques, même ; un Jules Romains, enfin, surtout, fasciné par tout ce qui relève du parapsychique et de l’extraordinaire.

Mais d’où vient cet attrait pour l’anormal et le paranormal ? C’est en replaçant la production de Romains dans le contexte d’une époque confrontée à la mort de Dieu et meurtrie par deux Guerres mondiales que l’on peut expliquer le glissement qui s’opère, de La Vie unanime (1908) aux oeuvres de l’après-guerre, d’un unanimisme optimiste et humaniste à un fantastique qui, s’il se révèle scientifiquement et politiquement militant, n’en est pas moins désespéré.

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Chapitre 5 La magie musicale

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Chapitre 5

La magie musicale

Jules Romains, la musique et les musiciens

Jules Romains cherche le moyen de dire l’extraordinaire dans un au-delà du langage, dans une rhétorique au-delà de la rhétorique : la musique. Mais la musique, dont Romains paraît considérer qu’elle est un discours immédiat, n’est-elle pas, ainsi maniée, d’essence religieuse ? Ne force-t-elle pas, comme la rhétorique sibylline, le récepteur à adhérer, sans nul recours critique, au discours ?

Quand, dans Les Copains, Lesueur roule à vélo vers Ambert, il joue le prélude de Parsifal sur un mirliton, et Jules Romains dit de lui qu’il « laisse parler son âme dans la solitude ».1 Le comique ici n’est pas tant parodie que pastiche ; et il y a un véritable fond de sérieux dans cette remarque. Il n’est pas anodin par ailleurs que Lucienne, l’héroïne de l’invraisemblable épopée mentale et amoureuse qu’est Psyché, soit musicienne (plus précisément professeur de piano). Et dans Le 7 octobre, le dernier tome des Hommes de bonne volonté, Jules Romains laisse entrevoir sa foi profonde dans les pouvoirs psychiques de la musique. Pierre Jallez et sa future épouse, Françoise, évoquent certaines œuvres auxquelles ils trouvent une vertu particulière. Il est question de la « signification très spéciale … tout à fait arbitraire … et très compliquée »2 que revêt le Scherzo de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovsky pour...

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