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De l’unanimisme au fantastique

Jules Romains devant l’extraordinaire

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Augustin Voegele

Jules Romains est connu comme un écrivain « de bonne volonté », raisonnable et rationaliste. Il existe, toutefois, un Jules Romains obscur, et méconnu : un Jules Romains créateur de personnages de mauvaise volonté – de criminels, même ; un Jules Romains qui n’hésite pas à parsemer son oeuvre de longs chapitres érotiques – pornographiques, même ; un Jules Romains, enfin, surtout, fasciné par tout ce qui relève du parapsychique et de l’extraordinaire.

Mais d’où vient cet attrait pour l’anormal et le paranormal ? C’est en replaçant la production de Romains dans le contexte d’une époque confrontée à la mort de Dieu et meurtrie par deux Guerres mondiales que l’on peut expliquer le glissement qui s’opère, de La Vie unanime (1908) aux oeuvres de l’après-guerre, d’un unanimisme optimiste et humaniste à un fantastique qui, s’il se révèle scientifiquement et politiquement militant, n’en est pas moins désespéré.

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Chapitre 7 Fantastique mimétique, fantastique militant

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Chapitre 7

Fantastique mimétique, fantastique militant

Un Dieu en guerre avec l’univers ?

Ce que met en scène Jules Romains, c’est donc la défaite de l’auteur-démiurge – sa propre défaite, en somme. C’est qu’aussi bien il est confronté, en tant qu’homme moderne, à un monde en proie à la guerre qui semble constitutivement fantastique : la contradiction et la négation y règnent en maîtresses absolues, aucune instance morale ou logique n’y a plus droit de cité. Le fantastique, par suite, apparaît comme un outil mimétique incomparable. Mais la mimesis, chez Romains, n’est pas seulement textuelle : elle est également auctoriale. C’est l’auteur lui-même qui adopte des valeurs, éthiques comme esthétiques, qui sont celles de ses ennemis : il anime des créatures peu recommandables, mais que pourtant il est loin de juger avec la sévérité qu’on pourrait attendre de lui ; et il semble par moments reprendre à son compte une esthétique pour laquelle il n’a pourtant guère d’estime – celle des surréalistes.

Romains, cependant, ne renie pas ses propres valeurs. Il ne renonce pas à toute espèce d’optimisme : il construit ainsi un monde dont les personnages réussissent parfois à vaincre le chaos, pour faire l’expérience d’une véritable communion ; et il rêve à un univers où « tout est possible ». Mais cette dernière formule n’est pas sans ambiguïté : elle est la formule du désordre comme de l’espoir. Aussi l’optimisme romainsien para...

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