Show Less
Restricted access

De l’unanimisme au fantastique

Jules Romains devant l’extraordinaire

Series:

Augustin Voegele

Jules Romains est connu comme un écrivain « de bonne volonté », raisonnable et rationaliste. Il existe, toutefois, un Jules Romains obscur, et méconnu : un Jules Romains créateur de personnages de mauvaise volonté – de criminels, même ; un Jules Romains qui n’hésite pas à parsemer son oeuvre de longs chapitres érotiques – pornographiques, même ; un Jules Romains, enfin, surtout, fasciné par tout ce qui relève du parapsychique et de l’extraordinaire.

Mais d’où vient cet attrait pour l’anormal et le paranormal ? C’est en replaçant la production de Romains dans le contexte d’une époque confrontée à la mort de Dieu et meurtrie par deux Guerres mondiales que l’on peut expliquer le glissement qui s’opère, de La Vie unanime (1908) aux oeuvres de l’après-guerre, d’un unanimisme optimiste et humaniste à un fantastique qui, s’il se révèle scientifiquement et politiquement militant, n’en est pas moins désespéré.

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 9 Présence

Extract

Chapitre 9

Présence

Vaincre la séparation

Mais ce que rejette Romains (tout en s’en faisant en apparence le complice), ce n’est pas seulement un certain état de l’univers. Au-delà de l’actuel, on a déjà pu le pressentir, il y a l’éternel, au-delà du politique, il y a le métaphysique (ou le théologique – voire l’ontologique). La façon dont l’univers fonctionne – du moins en apparence – semble quelque peu absurde à Romains. C’est pourquoi il tente, malgré les multiples trahisons dont il se rend apparemment coupable, de construire un monde où l’esprit triompherait de la matière et des deux principes de séparation qui la régissent – à savoir l’espace et le temps.

En effet, selon Romains, le monde tangible est structuré par deux lois fondamentales : celle de l’espace et celle du temps. Or ces deux lois sont deux formes distinctes d’une seule et même loi, qui est la loi originelle de la matière : les corps doivent être séparés les uns des autres. Et Romains n’accepte pas cette loi. D’une part, s’opposant à la « dislocation de l’univers par le temps »,1 il « semble parfois nous suggérer l’idée qu’il y a entre certains moments une corrélation directe et immédiate, qu’ils n’obéissent point aux lois quotidiennes du temps, mais arrivent à former une sorte de “groupes” chronologiques ».2 D’autre part, il promeut, dans l’absolu du moins, la valeur de présence. Dans Psyché – qui...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.