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L’Acte inqualifiable, ou le meurtre au féminin / Unspeakable Acts: Murder by Women

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Émeline Jouve, Aurélie Guillain and Laurence Talairach-Vielmas

Qu’elle soit appelée meurtrière, assassine ou tueuse, la femme qui commet un homicide élude les catégories usuelles : elle dérange l’ordre social, bouleverse les rapports de forces symboliques et inquiète les dispositifs judiciaires. Cet ouvrage collectif bilingue (français et anglais) interroge la manière dont l’écriture ou la réécriture du meurtre au féminin contribue à façonner et à problématiser la mémoire collective de ces affaires criminelles qui font figure d’exception.

Female murderers often elude firmly established categories as they disrupt the social and symbolic orders of patriarchal societies and call into question the well-oiled mechanisms of their legal systems. This collection of essays (in French and in English) examines the making of narratives that have staged actual or fictional female murderers, influencing the ways in which these women are collectively remembered – narratives that often lay bare the covert foundations of the indictment process.

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Charlotte Corday ou « l’ange de l’assassinat »

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Anne-Sophie MOREL

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday assassine Jean-Paul Marat, figure majeure de la Révolution. Jugée par le tribunal révolutionnaire, elle est guillotinée le 17 juillet. Indignée des outrances de l’Ami du Peuple, la jeune fille, proche des Girondins, avait quitté Caen et rejoint Paris avec le dessein de le tuer. Si cet assassinat présente tous les aspects d’un attentat politique, Charlotte Corday n’est à l’époque qu’assez peu représentée comme une criminelle.1 Ni les efforts des autorités constituées pour criminaliser son acte, ni leurs protestations aux éloges que la plupart des journalistes font de la jeune femme ne suffisent : l’image d’un « beau crime » s’impose. Pendant la première moitié du XIXe siècle, Charlotte Corday est célébrée comme une héroïne, voire « une bonne criminelle ».2

Son geste suscite pourtant des interrogations : Charlotte Corday est-elle une meurtrière ou une justicière martyre ? En poignardant Marat, a-t-elle assassiné l’Ami du Peuple ou « supprimé le plus grand des assassins de la Révolution »,3 pour reprendre l’expression de l’historien Pierre Chaunu ? Son attitude lors des derniers jours de sa vie, de son départ de Caen jusqu’à son exécution sur l’échafaud, retient d’autant plus l’attention et fascine. En témoigne par exemple La Correspondance politique de Paris et des départements : « Nous dirons deux mots de cette femme étonnante, que quelqu’un a très bien nommée l’h...

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