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Culture et (in)dépendance

Les enjeux de l’indépendance dans les industries culturelles

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Edited By Olivier Alexandre, Sophie Noël and Aurélie Pinto

« Indépendant », « alternatif », « indie », « underground », « avant-garde », « de création »... Depuis les années 1970, la revendication d’indépendance a pris une importance grandissante dans les univers de production culturelle. Qu’elle se rapporte à des contenus, des méthodes de travail ou des dispositifs de médiation, cette revendication propose une alternative à la domination des groupes et des productions mainstream. Son succès conduit cependant à s’interroger sur la cohérence même d’une notion progressivement transformée en label de qualité.

À travers douze contributions traitant de l’édition, du cinéma, de la musique, des médias et de la vulgarisation scientifique, cet ouvrage montre en quoi l’indépendance relève d’une construction sociale tributaire de son environnement institutionnel et marchand. Des ondes aux écrans, de l’Europe aux États-Unis, des managers aux artistes, il met en évidence le balancement entre artisanat de création et recherche d’une structuration économique pérenne.

En mettant à distance la dénonciation ritualisée de l’hégémonie des majors et autres « grands groupes » et en s’appuyant sur des terrains ancrés dans différents contextes nationaux, ce livre fait le pari d’une approche transversale pour mieux saisir la manière dont l’indépendance irrigue et structure des filières trop souvent envisagées de manière cloisonnée. Il éclaire ainsi une catégorie de référence des industries culturelles paradoxalement peu étudiée par les sciences sociales, et permet de saisir l’évolution des rapports de force dans des secteurs confrontés à une rationalisation économique et à des mutations technologiques de grande ampleur.

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Introduction

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La revendication d’indépendance a pris une importance grandissante au sein des industries culturelles depuis les années 19701. Dans les secteurs aussi différents que l’audiovisuel, l’édition, le cinéma, la musique ou le journalisme, les « indépendants » incarnent un contre-modèle particulièrement valorisé. Face aux productions dominantes, une multitude d’acteurs défendent une vision alternative en termes de contenus, d’organisation du travail, de relations aux créateurs ou aux publics. Cette conception touche une ambition directement politique quand il s’agit de contrer des abus de position dominante, d’endiguer l’uniformisation des productions, de lutter contre l’accélération de la diffusion ou de défendre la diversité culturelle.

Le terme « indépendant » s’impose ainsi comme un label à part entière, régulièrement mobilisé mais rarement mis en perspective. Ceux qui s’en réclament peuvent, de façon délibérée ou non, tirer parti du flou sémantique qui l’entoure : les connotations positives qui lui sont associées offrent en effet des rétributions symboliques - authenticité de la démarche, probité des pratiques, sincérité des intentions - attirant l’adhésion des artistes, le soutien des pouvoirs publics et la sympathie du public. La musique, l’édition ou le cinéma « indé » renvoient à des univers de production présentés comme vertueux en comparaison des objectifs de rentabilité des majors, sans que le statut économique ou les propositions esthétiques des structures indépendantes ne soient clairement identifiés. De...

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