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L’empreinte anthropologique du monde

Méthode inductive illustrée

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Dominique Desjeux

Quel lien peut exister entre le corps des mines en France dans les années 1960, le retournement des morts à Madagascar et la sorcellerie au Congo dans les années 1970, la grande distribution en France, les émeutes urbaines dans les banlieues, le bricolage aux États-Unis dans les années 1990, la montée de la classe moyenne chinoise, les usages du SMS en Pologne, les courses au Danemark, la crise économique de 2008 et l’émergence d’une convergence compétitive au XXIe siècle entre l’Occident et l’Asie depuis le début des années 2000, etc. ? Et pourtant tous ces éléments de la vie quotidienne des consommateurs, des entreprises, des administrations ou des citoyens sont reliés par le fil invisible de la mondialisation. Tout cela prend sens au moment où il apparaît qu’une nouvelle classe moyenne mondiale de consommateurs est en train d’émerger et de transformer l’ensemble du jeu des forces sociales qui traversent toutes les sociétés.

Ce livre présente une méthode inductive en action, telle qu’elle a été mise en pratique pendant près de 50 ans d’enquêtes de terrain qualitatives dans les champs, les bureaux, les trains, les cuisines, les salles de bain ou les livings, et tout cela en Europe, en Asie, en Afrique, aux États-Unis et au Brésil. L’auteur promeut une nouvelle anthropologie de la modernité pour montrer que tout ce qui relève de la vie en société, du marché, de la famille ou de l’individu n’est pas observable en même temps. Il faut changer d’échelle d’observation pour les voir apparaître ou disparaître en fonction de la focale choisie. La compréhension du monde demande une connaissance mobile.

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Chapitre 13. Aux origines de la consommation mondiale, le détour par la classe moyenne américain (1994-2001)

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CHAPITRE 13

Aux origines de la consommation mondiale, le détour par la classe moyenne américain (1994-2001)

Introduction

Aux États-Unis, entre 1994 et 2001, je n’ai pas réalisé d’enquêtes systématiques sur un thème particulier. J’ai plutôt pratiqué une observation flottante de la vie quotidienne au jour le jour, comme l’anthropologue Raymonde Carole en avait montré le chemin dans son livre de 1991, Évidences invisibles. Américains et Français au quotidien. Mes différents séjours, qui ont duré entre un mois et trois mois, m’ont surtout permis de découvrir comment la consommation était constitutive de la construction et du fonctionnement d’une partie de la classe moyenne américaine, à travers des lieux comme les malls ou le Grand Canyon, des objets, comme la voiture ou la tondeuse, et des pratiques, comme le bricolage et l’entretien du gazon.

J’ai passé du temps dans les malls à faire les courses, à faire le plein d’essence, à retirer de l’argent aux « ATM », à aller aux restaurants, au cinéma ou chez le coiffeur, mais aussi à aller à Home Depot accompagner mon collègue et ami Mark Neumann dans ses achats de bricolage. J’y ai découvert, il y a 20 ans, les pratiques d’entraide à l’intérieur du magasin autour du do it yourself, « l’université du bricolage » à l’entrée du magasin et les cartes cadeaux de 20 $, 50 $ ou 100 $, aux sorties de caisse. J’ai suivi l’une de ces cartes...

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