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L’empreinte anthropologique du monde

Méthode inductive illustrée

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Dominique Desjeux

Quel lien peut exister entre le corps des mines en France dans les années 1960, le retournement des morts à Madagascar et la sorcellerie au Congo dans les années 1970, la grande distribution en France, les émeutes urbaines dans les banlieues, le bricolage aux États-Unis dans les années 1990, la montée de la classe moyenne chinoise, les usages du SMS en Pologne, les courses au Danemark, la crise économique de 2008 et l’émergence d’une convergence compétitive au XXIe siècle entre l’Occident et l’Asie depuis le début des années 2000, etc. ? Et pourtant tous ces éléments de la vie quotidienne des consommateurs, des entreprises, des administrations ou des citoyens sont reliés par le fil invisible de la mondialisation. Tout cela prend sens au moment où il apparaît qu’une nouvelle classe moyenne mondiale de consommateurs est en train d’émerger et de transformer l’ensemble du jeu des forces sociales qui traversent toutes les sociétés.

Ce livre présente une méthode inductive en action, telle qu’elle a été mise en pratique pendant près de 50 ans d’enquêtes de terrain qualitatives dans les champs, les bureaux, les trains, les cuisines, les salles de bain ou les livings, et tout cela en Europe, en Asie, en Afrique, aux États-Unis et au Brésil. L’auteur promeut une nouvelle anthropologie de la modernité pour montrer que tout ce qui relève de la vie en société, du marché, de la famille ou de l’individu n’est pas observable en même temps. Il faut changer d’échelle d’observation pour les voir apparaître ou disparaître en fonction de la focale choisie. La compréhension du monde demande une connaissance mobile.

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Chapitre 14. Les usages et les représentations de l’énergie électrique dans la France de la fin du 20e siècle (1996)

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CHAPITRE 14

Les usages et les représentations de l’énergie électrique dans la France de la fin du 20e siècle (1996)

Introduction

Le soir tombe sur « les Hauteurs Fleuries », un quartier résidentiel du Middle West américain. Babitt, un agent immobilier, finit de lire l’American Magazine dans son living-room. « Dans un coin [de la pièce à vivre], près de la fenêtre, un grand gramophone dans son meuble spécial. (Huit maisons sur neuf des Hauteurs Fleuries en avaient un pareil)… La rude vivacité du gramophone leur suffisait, leur collection de disques de jazz leur donnait l’illusion d’être riches et cultivés, et leur talent de musiciens se bornait à bien ajuster une aiguille de bambou. » Une fois la lecture terminée, il se lève et met « le régulateur du chauffage au point voulu pour que les soupapes d’aération s’ouvrent automatiquement le lendemain matin. » Avant de se coucher, il prend un bain et se rase avec « un rasoir de sûreté, tondeuse en miniature. » Après la séance de rasage à la mousse à raser, il vide la baignoire : « le tuyau de vidange gouttait ; c’était un chant doux et vif, ‘drippety drop drip dribble, drippety drip drip drip’, qui l’enchantait. Il considéra la solide baignoire, les magnifiques robinets de nickel, les murs revêtus de faïence, et se sentit puissant, en possession de cette splendeur ». Tous les objets du quotidien, vant...

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