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Traverser

Mobilité spatiale, espace, déplacements

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Edited By Adrien Frenay, Lucia Quaquarelli and Giulio Iacoli

S’il a été possible de penser la localisation comme support privilégié de l’idée même de culture, nous assistons sans doute aujourd’hui à une inversion qui fait du déplacement, de la mobilité et de la migration des pratiques constitutives des significations culturelles. Les lieux, d’ordinaire observés comme des images fixes, doivent alors être envisagés aussi comme les supports mobiles d’une multiplicité de parcours et de discours dotés d’une intensité configurante et modélisante.

Ainsi, les études rassemblées ici questionnent le rapport entre espace et littérature à partir de l’idée que notre expérience du « réel » s’élabore de manière relationnelle et discursive. Les récits qui se construisent à partir de l’expérience de mobilité spatiale nous offrent une porte d’entrée privilégiée pour observer la dimension performative de la narration, la capacité qu’ont la littérature et les arts de s’insérer dans l’ensemble varié et stratifié de nos expériences, d’influencer notre rapport au monde et notre figuration de l’espace.

Dans la perspective de cette « mise en relation », la question de la mobilité interroge ici les représentations institutionnelles et individuelles de l’espace ; les projections cartographiques et les pratiques d’appropriation du territoire ; les notions de vitesse, d’accélération et de lenteur ; le droit de passage et les frontières.

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Espace et inquiétude dans la littérature contemporaine (Adeline Liébert)

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Espace et inquiétude dans la littérature contemporaine

Adeline Liébert

CERC, Paris 3 Sorbonne Nouvelle

L’emprise sur l’espace, la mise en mouvement, les déplacements, sont des signes si déterminants de notre humanité que plusieurs mythes évoquant la rivalité entre les hommes et les dieux racontent comment les premiers entreprirent de grimper jusqu’au Ciel. Ainsi de la tour de Babel, ainsi aussi des êtres humains de forme sphérique imaginés par Aristophane dans le Banquet de Platon, qui furent punis et coupés en deux pour avoir « entrepri[s] l’escalade du ciel dans l’intention de s’en prendre aux dieux » (Platon 2018 : 115). Quant au temps qui leur échappait, les hommes en ont fait un sujet privilégié de leurs méditations. D’un côté, il y avait l’espace à modeler, comprendre, arpenter, maîtriser ; de l’autre le temps qui impose sa marche et qui renvoie à plus haut que nous, qu’il appartienne à Dieu ou à tout ce qui de la nature nous échappe.

Or les bouleversements techniques des derniers siècles ont profondément modifié notre rapport avec ces deux coordonnées de notre présence au monde. Nous contrôlons de plus en plus le temps, connaissons l’immédiateté et flirtons presque avec l’ubiquité. Cette domination récente a eu pour contrepartie de faire émerger dans une mesure plus large qu’autrefois un intérêt sur la nature de l’espace et notre rapport avec lui : non seulement notre expérience...

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