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Enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse

Espace francophone (1945-1980)

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Edited By Yves Denéchère

Si la jeunesse a joué un rôle important dans la construction des empires coloniaux, elle est également un enjeu essentiel des décolonisations et de leurs suites. Au second XXe siècle, les processus d’émancipation des peuples colonisés posent en effet avec force la question sociale et politique de l’enfance et de la jeunesse en contexte colonial et postcolonial, dans les pays devenus indépendants comme chez les anciens colonisateurs. L’intérêt de cet ouvrage est de mettre en avant les biopolitiques spécifiques aux enfants et aux jeunes qui ont émergé dans un ensemble complexe de questions politiques et diplomatiques, économiques et sociales, démographiques et populationnistes, philosophiques et religieuses. À l’instar des Colonial and Postcolonial Studies, il s’agit d’interroger les cultures postcoloniales et les articulations entre décolonisation et colonisation, notamment les prolongements de celle-ci dans celle-là. Pendant la décolonisation des empires français et belge et la construction de nouveaux États, les enfants et les jeunes ont été sujets de politiques voulues ou soutenues par des biopouvoirs et mises en œuvre par des protagonistes divers : armées, associations, humanitaires, colonialistes, nouvelles élites, militants, simples citoyens. Les archives publiques qui reflètent les différentes politiques menées ainsi que les sources écrites et orales d’associations ou d’autres organisations permettent de cerner les rôles d’acteurs non-étatiques. Les paroles, plus ou moins critiques, de celles et de ceux qui sont les premières personnes concernées par cette histoire – c’est-à-dire les enfants et les jeunes eux-mêmes – sont bien entendu également mobilisées.

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La fabrique des leaders en Afrique centrale, une « aventure ambiguë ». Étude comparée (1930-1961) (Karine Ramondy)

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La fabrique des leaders en Afrique centrale, une « aventure ambiguë ».1 Étude comparée (1930-1961)

Karine RAMONDYDocteure en histoire

Orphelins ou enfants délaissés par leurs parents d’origine très modeste, les leaders étudiés ont fréquenté le plus souvent des écoles coloniales2 qui leur ont donné les rudiments d’une éducation scolaire. Barthélemy Boganda, Félix Moumié, Ruben Um Nyobè et Patrice Lumumba3 doivent leur empowerment4 à une volonté de fer, une force de travail hors norme, une soif de réussir et d’inverser le cours de leur existence à ce moment d’accélération de l’histoire que représente la décolonisation en Afrique subsaharienne. L’analyse de ces trajectoires révèle une hétérogénéité des parcours scolaires avec des dénominateurs communs : l’école des missions et un faible réseau de solidarités politiques au démarrage de leur carrière. Questionner le parcours scolaire des leaders en situation coloniale revient à mettre en évidence les questions complexes, mais essentielles, d’imitation, d’acculturation, d’appropriation et d’assimilation. L’approche croisée, voire connectée des ← 47 | 48 → trajectoires des jeunes leaders est précieuse. Elle révèle des contradictions, des écueils communs et des spécificités dans leur parcours, démontrant que les élites sont multiples avant d’être souvent rivales.

I.  La fabrique scolaire : le passage à école des missions

A.  Contexte

La « mission civilisatrice » est confiée tout particulièrement...

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