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Figures de l’infini

Du panthéisme de Schelling à Mallarmé

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Morgan Gaulin

Héritier d’une longue tradition pour laquelle la nature est un être vivant en devenir (natura naturans), Stéphane Mallarmé est l’auteur d’une physiologie des lettres qui le mène à concevoir la littérature comme un organisme. Nous inscrivons le poète dans une histoire des idées qui remonte par-delà Poe et Baudelaire à Mme de Staël et au philosophe de la nature Friedrich Schelling, qui voyait dans le concept d’organisme un infini immanent au fini, un infini actuel. S’exprime, dès lors, de Schelling à Mallarmé, un panthéisme organique qui prend tour-à-tour la forme d’un panthéisme de la nature puis d’un panthéisme littéraire qui s’affranchit de la substance fixe du spinozisme. La première partie de cet ouvrage examine les fondements philosophiques et théologiques de ce panthéisme ainsi que son transfert en France chez des auteurs tels que Cousin, Renan, Vacherot, Séailles et Littré. La seconde partie présente cet organicisme en tant qu’il est, chez Mallarmé, le produit d’une doctrine du mot comme dépositaire de la vie (Les Mots anglais).

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Chapitre II – Le panthéisme en France. De Victor Cousin à Mallarmé

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Chapitre II Le panthéisme en France. De Victor Cousin à Mallarmé

Le sentiment religieux chez Mallarmé

Parallèlement à cette revalorisation de la nature les frontières au sein du christianisme entre catholicisme et protestantisme vont être graduellement relativisées. Sous l’impulsion d’une religiosité libérée des dogmes et de l’autorité ecclésiale, d’une religion venue du protestantisme libéral à la Schleiermacher, le XIXe siècle est le théâtre d’une transformation en profondeur du catholicisme et de la religion en général. Les historiens des mentalités et des religions ont parlé à ce titre d’un vaste mouvement de sécularisation1. Schleiermacher et Schelling dans leurs œuvres respectives ne font plus guère de cas de l’opposition entre le catholicisme et le protestantisme2. Au XIXe siècle, le protestantisme libéral gagne du terrain en Europe parce qu’il propose une relation libre et individuelle de l’homme à Dieu, sans attaches dogmatiques et institutionnelles. Le christianisme devient davantage mystique et individualiste, une chose toute personnelle qui devait être de moins en moins confessée. Ajoutons que c’est surtout chez les écrivains que cette nouvelle forme de religiosité gagne en popularité. Il suffit pour s’en convaincre de relire Benjamin Constant. Dans le traité De la religion Constant affirme qu’il existe une révélation universelle ayant son origine dans le sujet, ce qui a pour conséquence que l’être humain n’a plus ← 131 | 132 → qu’à se scruter et à découvrir la nature dans laquelle...

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