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L’interrogative en français

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Edited By Marie-José Béguelin, Aidan Coveney and Alexander Guryev

Du fait de leur intrigante variété formelle, les interrogatives totales et partielles du français ont fait l’objet, au cours des années écoulées, d’une foule de recherches en syntaxe et en sociolinguistique, alors que d’autres courants tels que la rhétorique ou la pragmatique rivalisaient d’ingéniosité pour rendre compte de leur variabilité sémantique. Afin d’enrichir le débat, le présent ouvrage propose une réflexion à large spectre sur les tours interrogatifs du français, leur marquage syntaxique et intonatif, les paramètres linguistiques ou sociaux susceptibles de déclencher, dans un contexte donné, le choix d’une variante interrogative plutôt qu’une autre ; l’ouvrage traite en outre des propriétés sémantiques et inférentielles des interrogatives, ainsi que des fonctions discursives et narratologiques qui leur sont dévolues.

Les auteurs appuient leurs analyses sur des exemples attestés, parfois tirés de corpus spécifiques (dialogues de films de banlieue, textos, Fables de La Fontaine, bandes dessinées...). Ils manifestent un éclectisme théorique qui nous semble nécessaire pour appréhender de manière non réductrice cet objet complexe, aux multiples facettes.

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3. Inversion du sujet clitique et interrogation (Alain Berrendonner)

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3. Inversion du sujet clitique et interrogation

ALAIN BERRENDONNER

Université de Fribourg

Dans toutes les grammaires du français, la construction dite « inversion du sujet clitique » (ou inv-scl)1 est citée au premier rang des marqueurs interrogatifs : sa fonction principale est, dit-on, d’exprimer un acte de question, comme en (1) :

(1) a. Rodrigue, as-tu du cœur ?

b. Où Pierre a-t-il trouvé ce livre ? (Riegel et al.)

Sur cette idée d’« inversion interrogative », il y a cependant lieu de s’interroger. Je voudrais montrer que, comme la plupart des descriptions trop évidentes, celle-ci n’est sans doute pas la plus générale possible. Après quelques rappels préalables sur le statut des sujets clitiques inversés (§ 1), j’examinerai séparément le cas des « questions partielles » (§ 2) et celui des « questions totales » (§ 3).

1. Préalables

1.1. Sur la nature syntaxique des clitiques sujets (scl) de la série {je, tu, il(s), elle(s), on, ce/ça), nous, vous}, les avis sont partagés : certains grammairiens y voient des pronoms arguments, assimilables à des syntagmes nominaux ← 79 | 80 → (SN), mais dotés de propriétés phonologiques particulières ; les autres y voient des morphèmes flexionnels (agreement markers) affixés au verbe. C’est cette seconde analyse que je retiendrai. Sans entrer dans les détails, deux sortes de faits plaident en sa faveur2.

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