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Mobilités et imaginaire identitaire des Roumains dans l’Europe d’après 1989

Carnets de bord et ethnographie des pratiques de voyage en autocar

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Monica Salvan

L’autocar est un mode de transport méconnu des discours sur la mondialisation qui concentre les vécus d’une Europe en construction, ceux des laissés pour compte des mutations géopolitiques ou de ceux qui sont en quête d’un futur que leur pays ne leur promet pas. L’auteure dresse le portrait de ces existences mobiles entrevues dans des voyages entre la Roumanie et la France, en conjuguant une écriture en profondeur et la rigueur d’une observation méthodique et empathique qui s’appuie sur ses carnets de bord. Le résultat est à la hauteur d’une recherche ethnographique novatrice identifiant des pratiques de mobilité inédites, prolongée par des entretiens qui affinent les premiers échanges nés du hasard. A la vitesse bridée du cheminement de l’autocar, on découvre, dans ce va-et-vient entre sociétés, l’économie des dynamiques identitaires telle qu’elle fonctionne au fil des générations migrantes, les logiques qui animent les oppositions entre « Occident » et marges de « l’Orient », espaces réinventés certes après la Chute du Mur mais dont le jeu subtil des décloisonnements identitaires se dévoile progressivement sous la loupe des imaginaires et des appartenances plurielles.
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Les « Tsiganes » dans l’imaginaire identitaire national

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Pour analyser les représentations identitaires des Roumains dans le contexte de l’intégration européenne, une équipe de chercheurs de l’Académie d’Etudes Economiques de Bucarest a posé entre autres la question suivante: « Qu’est-ce que les étrangers devraient savoir sur nous ? » Même si les réactions à cette question sont très hétérogènes, on retrouve en deuxième position la réponse : « Nous ne sommes pas des Tsiganes », avec 4,7% des réponses, soit 25 sur les 530 personnes ayant répondu au questionnaire. Si on ajoute la réponse « Nous ne sommes pas des voleurs » (le stéréotype « voleur » est souvent associé aux Roms) située en sixième position avec 11 réponses, on constate qu’un nombre significatif de réponses (36, soit 6,8% du total) expriment des craintes face à une identité roumaine définie de l’extérieur de façon négative ((Nicolescu, Păun, 2007)100.

La charge négative que véhiculent le terme « Tsigane » et sa famille de mots, ainsi que la manière dont ils sont convoqués systématiquement pour expliquer des problèmes de la société roumaine, viennent à l’appui de la théorie selon laquelle « les mots dont nous nous servons, et les déclarations que la culture met à notre disposition, façonnent notre état d’esprit » (Billig, 2005 [1984] : 469). L’évocation des « Tsiganes » apparaît bien souvent comme une sorte de rhétorique puisant dans les stéréotypes culturels...

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