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Mobilités et imaginaire identitaire des Roumains dans l’Europe d’après 1989

Carnets de bord et ethnographie des pratiques de voyage en autocar

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Edited By Monica Salvan

L’autocar est un mode de transport méconnu des discours sur la mondialisation qui concentre les vécus d’une Europe en construction, ceux des laissés pour compte des mutations géopolitiques ou de ceux qui sont en quête d’un futur que leur pays ne leur promet pas. L’auteure dresse le portrait de ces existences mobiles entrevues dans des voyages entre la Roumanie et la France, en conjuguant une écriture en profondeur et la rigueur d’une observation méthodique et empathique qui s’appuie sur ses carnets de bord. Le résultat est à la hauteur d’une recherche ethnographique novatrice identifiant des pratiques de mobilité inédites, prolongée par des entretiens qui affinent les premiers échanges nés du hasard. A la vitesse bridée du cheminement de l’autocar, on découvre, dans ce va-et-vient entre sociétés, l’économie des dynamiques identitaires telle qu’elle fonctionne au fil des générations migrantes, les logiques qui animent les oppositions entre « Occident » et marges de « l’Orient », espaces réinventés certes après la Chute du Mur mais dont le jeu subtil des décloisonnements identitaires se dévoile progressivement sous la loupe des imaginaires et des appartenances plurielles.
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Lire le positionnement identitaire à travers « l’imaginaire linguistique »

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Des études récentes sur la circulation des populations mettent en avant l’émergence des communautés transnationales, qui « traversent les frontières nationales et qui, dans un sens très concret, ne se situent véritablement , mais ici et là en même temps » (Portes, 1999 : 16). Pour les Européens de l’Est, deux paradigmes opposent les déplacements avant et après l’effondrement du système communiste, selon la formule de la sociologue Dana Diminescu (2006) : « Hier : immigrer et couper les racines ; aujourd’hui : circuler et garder le contact ». Cependant, ce changement radical n’entraîne pas automatiquement une nouvelle vision du monde chez les participants à ces nouvelles mobilités. Nombreux sont ceux qui vivent « temporairement » une situation de désancrage et de marginalité, sans accéder à une connaissance directe de la société d’accueil155.

Comme nous l’avons déjà montré, la fascination que l’Occident a exercée sur les Roumains avant 1989, de même que la difficulté d’y accéder, maintenue après 1989, confortent le prestige de ce « centre du ← 181 | 182 → monde » chez les ressortissants roumains qui ont l’occasion de vivre et de travailler à l’Ouest de l’Europe. Par ailleurs, l’appartenance à l’aire balkanique est devenue synonyme de retard et de dysfonctionnement. En Roumanie, les superpositions d’époques et de tendances sont plus souvent perçues non pas comme des étapes intermédiaires dans un processus d’évolution positive, mais comme un nouveau déséquilibre caractéristique de cette...

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