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Récit national et imaginaires identitaires au double prisme du « bilinguisme » et de la « migration »

Une autre lecture des dynamiques de cohabitation dans deux petites communes suisses

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Josianne Veillette

Renversant les perspectives d’analyses habituelles sur le bilinguisme et la migration, souvent dissociées, l’auteure de cet ouvrage propose une lecture des rapports entre groupes germanophones et francophones, en l’articulant avec « l’intégration des étrangers », notamment par la langue, dans deux collectivités. Pour mener à bien son enquête qualitative, elle étudie les modes de cohabitation dans des communes, ni rurales, ni urbaines, mais rurbaines, postulant que leur petite taille engendre des contacts plus fréquents entre les « locaux » mais rendent également les « étrangers » plus visibles, même ceux installés depuis longtemps. Elle compare ces processus dans deux communes « bilingues » du Canton de Fribourg où le rapport minorité / majorité est inversé. Elle tente de voir si ces contacts entre groupes linguistiques majoritaires et minoritaires engendrent des dynamiques relationnelles particulières et si les représentations mutuelles sur l’autre groupe national et sa langue ont un impact – et lequel – sur le rapport non seulement à « l’autre étranger du dedans » mais aussi sur les processus d’insertion sociolangagiers de « l’autre étranger du dehors ». C’est à travers ce double prisme que l’auteure a pu appréhender l’articulation entre récit national et langues, participant à la cohésion sociale et politique, identifier les imaginaires identitaires en circulation, alimentant des tensions entre « autochtones », entre « autochtones » et « étrangers », ces derniers dont les langues sont enfouies, voire absentes, dans ce plurilinguisme officiel.
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Chapitre 10: Représentations de la Suisse, des communautés linguistiques et des étrangers par les germanophones de la Commune G

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Chapitre 10

Représentations de la Suisse, des communautés linguistiques et des étrangers par les germanophones de la Commune G

10.1  Des figures helvétiques valorisantes

Pour ces germanophones de la Commune G, les éléments caractéristiques qui définissent les Suisses sont essentiellement valorisants. Parmi les institutions-clés de la Suisse se trouvent la démocratie et l’armée. Tandis que la première permet d’avoir une « opinion sur tout » [GÜNTER] et de « trouver le bon chemin du milieu » grâce à la confrontation et aux débats d’idées, la deuxième incarnait, encore jusqu’à tout récemment, une institution qui rassemblait ses membres et leur permettait de s’intégrer dans le marché du travail [JORG]. Être Suisse, c’est aussi « aimer la liberté » et être « tolérant » vis-à-vis de la différence [SONJA] : les quatre communautés linguistiques du pays ont ceci en commun de vouloir être libres et de décider par elles-mêmes. Ce qui n’est pas le cas en France, par exemple. Le fait que la Suisse rassemble trois ou quatre cultures est valorisant pour le pays et ses habitants, puisque ceci permet de « profite[r] quand même avec les autres points de vue » [HILDE]. Cette tolérance à l’égard de ce qui est différent a cependant des limites : les Suisses ne peuvent pas tout accepter des « autres cultures » :

La géographie, le pays, peut-être la politique, comment on fonctionne, les...

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