Show Less

L’utopie des crèches françaises au XIX e siècle : un pari sur l’enfant pauvre

Essai socio-historique

Series:

Catherine Bouve

Crèches, haltes-garderies, aujourd’hui multi-accueil… Mais d’où nous viennent les lieux d’accueil de la petite enfance ? Quand, comment, pourquoi, sont nés les premiers établissements de garde ?
Ce sont des hommes qui, au milieu du XIX e , entrevoient leur nécessité pour répondre à la problématique sociale construite autour de l’éducation du jeune enfant des classes dites indigentes. Le 14 novembre 1844 est créée la première crèche, crèche de Chaillot, à Paris, sous l’impulsion de Firmin Marbeau. Crèche, par analogie avec la crèche de Bethléem. Voilà qui ouvre bien des indices sur le curriculum initial des crèches.
A partir de la constitution d’un corpus, l’ouvrage reconstruit un temps de l’histoire des crèches, de 1844 à 1870, période pouvant être définie comme celle de leur institutionnalisation. Celle-ci révèle un projet philanthropique qui se voudra aussi projet d’éducation populaire. Projet tout à la fois normatif et audacieux, au sein duquel une certaine représentation de l’enfant et le rapport social aux parents peuvent s’interpréter. Une utopie. Qui n’a jamais fait l’unanimité et a parfois déchaîné les passions. Un pari sur le petit enfant pauvre pour réformer les comportements parentaux et les mœurs populaires, et refonder le pacte social et politique dans un contexte socialement et politiquement agité.
Dès lors, la tension fondatrice à l’origine des crèches émerge – promouvoir le travail des femmes en même temps que l’idéal de la mère éducatrice au foyer. Héritage qui taraude cette institution – et les politiques afférentes – encore aujourd’hui. Appréhender l’histoire, pour ouvrir une autre voie ?

Prices

Show Summary Details
Restricted access

CHAPITRE 3

Extract

L’UTOPIE DES CRÈCHES: UN PARI ÉDUCATIF SUR L’ENFANT Plaignons ceux qui nient [la nécessité des crèches]: ils ne voient pas que le typhus de l’immoralité gagne les masses; ils ne voient pas que la misère, le rachitisme, la corruption et les idées anarchiques envahissent la société; ils ne voient pas que pour arrêter le mal il faut l’attaquer dans sa racine, dans l’en- fance. (BC, n° 10-12, 1847, p. 288) Ces propos de Marbeau, tenus le 11 novembre 1847, lors de l’inaugura- tion des nouveaux locaux de la crèche Saint-Philippe, résonnent comme une profession de foi. Elle fait penser au principe homéopathique: l’en- fance, racine du mal en même temps que remède. C’est bien une cer- taine représentation de l’enfance, corrompue et pécheresse, héritée des siècles passés, qui entre en évolution, en révolution. Cette représentation se superpose, se brouille avec l’idée d’une enfance tabula rasa, vierge, terre de promesse. D’une façon tout à fait différente, mais néanmoins audacieuse, Marbeau emprunte aux réformateurs socialistes et liber- taires, qui voyaient en l’enfant la possibilité de changer la face du monde. Cette utopie s’inscrit d’abord dans le corps de l’enfant et les pra- tiques de soins pour s’étendre plus largement aux pratiques éducatives et aux familles.1 Une voie médiane à l’action philanthropique s’ouvre: l’éducation populaire apparaît dans le vocabulaire du discours philan- thropique. 2 Cf. dans...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.