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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Spleen et Nostalgie : Anna Akhmatova en dialogue avec Baudelaire

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Spleen et Nostalgie : Anna Akhmatova en dialogue avec Baudelaire

Tatiana VICTOROFF

Université de Strasbourg

Lectrice de Baudelaire en français dès l’âge de 13 ans, Anna Akhmatova poursuit avec lui un dialogue tout au long de sa longue vie. Les réminiscences des Fleurs du mal s’entrelacent dans sa correspondance amoureuse avec Goumilev et dans le tissu de leurs vers1 ; c’est aussi par Baudelaire qu’elle trouve un langage commun avec Modigliani lors de leurs promenades dans le « terrible Paris baudelairien »2. Au milieu des années 1920, interdite de publication, Akhmatova se consacre à l’étude comparée de la poésie de Baudelaire et de Goumilev. La « Martyre » baudelairienne, la « femme immortelle », ouvre son cycle Cinque et revient encore dans sa dernière tragédie ; dans un poème de 1961, le « Revenant » des Fleurs du mal lui susurre « Rome », l’appelle à Paris3. La poésie, semblable au « Flacon » de Baudelaire, devient le « récipient de la mémoire universelle », comme Akhmatova le laisse entrevoir dans le « Poème sans Héros ».

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