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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Anna Akhmatova et la Communauté européenne des écrivains dans les années 1960

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Anna Akhmatova et la Communauté européenne des écrivains dans les années 1960

Marco SABBATINI

Université de Macerata

Le dégel euro-soviétique dans l’Europa letteraria (1960-1965)

Octobre 1958 représente un tournant dans les rapports culturels entre l’Europe et l’URSS, notamment grâce à l’activité culturelle et diplomatique de certains intellectuels italiens. Le « cas Pasternak », qui avait suscité tant de polémiques à l’échelle internationale, souligne un des objectifs fondamentaux de la naissante Communauté européenne des écrivains : permettre aux auteurs opprimés par les régimes espagnol, portugais, soviétique, et autres pays socialistes européens, de trouver un canal de communication non censuré, qui puisse favoriser le dialogue avec l’Europe démocratique et libérale.

Dans ce contexte, la Communauté européenne des écrivains naît à Naples entre le 18 et le 19 octobre 1858, sous l’impulsion de Giovanni Battista Angioletti (1896-1961)1, qui associe à son projet le poète Giuseppe Ungaretti (1888-1970) et Giancarlo Vigorelli (1913-2005), secrétaire général de l’association de 1958 à 19682. Angioletti souhaite ← 243 | 244 → donner un nouvel élan humaniste à une civilisation européenne éprouvée par les guerres et les oppositions idéologiques. Le dialogue avec la littérature soviétique est mené avec un soin particulier : les principaux interlocuteurs deviennent Alekseï Sourkov (1899-1983), secrétaire de l’Union des écrivains soviétiques de 1953 à 1959, et Konstantin Fedin (1925-1991), qui en sera le directeur de 1959 à 19773...

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