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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Lydia Tchoukovskaia

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1

26 juin 1965. … De sa petite valise, elle sortit tout un tas de coupures de presse…

Je commençai à lire. Je ne peux pas me vanter de bien connaître l’anglais. Néanmoins je compris les échos dans la presse. Ils sont variés. En gros, zéro. Des félicitations, mais derrière les félicitations du vide. Une ignorance vexante. Goumilev est fusillé en 1920. Ils s’en fichent – en 1920 ou en 1921… Akhmatova est perçue la plupart du temps non comme un grand poète russe mais comme une femme poète, une poétesse (« j’ai appris aux femmes à parler… »). Elle est une femme mais non une féministe. On ne saisit pas toujours dans ces papiers si elle s’est tue pendant 20 ans ou si, pendant 20 ans, elle a travaillé mais n’a pas été éditée. On parle d’une certaine résurrection littéraire pendant la Seconde Guerre mondiale, quand elle s’est sentie patriote. (Et en 1914 ? Et… toujours ?). Ensuite une certaine confusion autour d’un coup de téléphone de Staline à Tachkent qui aurait donné l’ordre de la guérir du typhus – alors que je me souviens que ce n’est pas Staline qui a téléphoné à Tachkent mais Jdanov, et pas pendant la période du typhus mais avant… Au demeurant on rencontre aussi des interviews intelligentes, celles où sont reproduites consciencieusement les propres pensées d’Akhmatova au sujet de la poésie : il existe des vers...

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