Show Less
Restricted access

Le Mort et le vif

Clichés/néologismes

Series:

Walter Redfern

Ce livre est une édition française repensée et mise à jour de The Dead and the Quick: Cliches and Neologisms in the Written, Spoken and Visual Cultures of Britain, the United States and France (1989, 2e édition 2010).
Walter Redfern considère le langage comme alternativement réactionnaire et révolutionnaire. Les mots sont complices dans le cramponnement humain aux réalités périmées, et toutefois le langage ne cesse d’évoluer par des processus de déplacement et de remplacement. En sus de la nature apparemment statique des clichés, cette étude se concentre donc sur le potentiel dynamique des mots. La créativité linguistique est présentée comme essentielle dans la résistance à la réflexion (ou l’absence de réflexion) toute faite.
Parmi les nombreux sujets étroitement liés et qui sont analysés ici de près se trouvent : l’imitation, le plagiat, la rumeur, la pensée politiquement correcte, le jargon, l’euphémisme, la répétition, la caricature, les stéréotypes. L’auteur étudie aussi le cliché et le néologisme dans le secteur visuel (par exemple, le kitsch, et les néomorphismes des psychotiques).
Paradoxalement, le cliché est un riche sujet de discussion. Et qui refuserait de s’intéresser au langage rajeuni ? Quoique pleinement académique dans la minutie de sa recherche, ce livre n’est jamais solennel comme un hibou ni sec.
Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 10: Habitudes mentales / Comparaisons fausses

Extract

← 180 | 181 → CHAPITRE 10

Habitudes mentales/Comparaisons fausses

Ortega y Gasset s’est demandé si « l’intellectuel existe afin de s’opposer à l’opinion publique, la doxa, en révélant et en maintenant un front contre le lieu commun par l’opinion vraie, la paradoxe. Plus que probablement, la mission de l’intellectuel est essentiellement une entreprise impopulaire. » Réflexion faite, peut-être, il ajoute que « les lieux communs sont les tramways de la transportation intellectuelle. »1 Peut-on déceler là une certaine extase (transport) qui jure avec l’idée de rails (et la peur commune de dérailler) ? En l’occurrence, le penseur fournissait une image de notre tendance à l’automatisme. Cette « transportation » (c’est-à-dire nos habitudes mentales)inclut des express, des tortillards, mais suggère toujours le progrès le long de voies usées, de rainures, de sillons. Les clichés : des ornières qui vous poussent là où il faut aller, et empêchent le pas de côté. Il faut draguer les canaux de la communication. La forme commande souvent le commentaire, ainsi qu’il est démontré par le Français qui compose dans son sommeil des vers qui, tout en disant peu de chose, sont des alexandrins parfaits :

Perçant l’amour des bœufs, la blanche solitudeRéveille, au lieu des morts, les épouvantements.2

Si le cliché est le ciment du discours, non seulement il le maintient ensemble, mais aussi il le fait prendre. Les mots nous viennent à l’esprit dans des paquets pré-emball...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.