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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Dieu

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« Seigneur, Seigneur ! pourquoi as-tu choisi ta créature la plus fragile pour l’accabler d’une détresse qu’ignorent des êtres plus forts qu’elle ? […] Doit-on toujours payer ? Et pourquoi ? Quel est le sens de ton œuvre ? »

Les images de Dieu sont nombreuses dans l’œuvre de Panaït Istrati, souvent même contradictoires. Les attitudes également. Une chose leur est commune cependant, il est ce Grand Interpellé pour beaucoup de personnages, dont aussi les révoltés ou les athées. Son rôle, même s’il n’est rempli par aucun acteur, reste comme la case vide la plus importante du jeu. C’est lui qui ferait comprendre la pièce, voilà pourquoi tous les Vladimir et Estragon continuent d’attendre Godot. Les personnages istratiens font comme eux, parce qu’ils se posent tous la question du sens de l’œuvre divine, du sens de leur existence, même les plus humbles, comme dans le texte ci-dessus Andreï Ortopan, un défroqué devenu simple pêcheur. Ces questions peuvent être explicites ou muettes, s’adresser à Dieu ou « au grand Inconnu », comme celles de l’athée Mikhaïl.

Les réponses peuvent être variées, voire contrastées, bien que données par la même personne : « La certitude intraitable en matière de vie et de mort »73 ne caractérise que l’imbécile. De toute façon, ces questions sont moins importantes que l’aversion invariable contre l’opacité existentielle, que le besoin commun de comprendre « le mystère de l’existence...

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