Show Less
Restricted access

Le corps de l’audible

Écrits français sur la voix 1979–2012

Series:

Helga Finter

La voix n’est-elle qu’un instrument pour la langue ou a-t-elle une signifiance propre? Quel rôle joue sa théâtralisation pour les conceptions du sujet, du corps, du langage? Comment la voix crée-t-elle une présence ou une signature? Comment dramatise-t-elle son origine et l’audio-vision? Quels sont les effets et les fonctions des technologies sonores? À quoi servent les voix acousmatiques? Comment se manifestent une éthique et/ou une politique de la voix? Quel est le rapport entre voix d’auteur et voix poétique? C’est à de telles questions que répondent les écrits de ce livre en analysant des œuvres de la scène expérimentale – théâtre, opéra, danse, médias – et de l’écriture qui proposent par leur pratique une esthétique de la voix.
Show Summary Details
Restricted access

Corps emblématiques

Extract



Photo-emblème

Ouverture sur une photo, vue à l’occasion de l’exposition de Berenice Abbott, automne 1982, au Centre Beaubourg à Paris. Galerie de têtes des années vingt, des demi-bustes d’hommes et de femmes, écrivains, artistes, éditeurs, qui posent devant l’œil de la caméra pour se figer en leur propre statue, le regard sidéré par l’autre en face, ou alors intériorisé, absent, ailleurs. Soudain, sur deux épreuves minuscules, le corps d’une danseuse en mouvement, enveloppé dans un large pantalon de satin à mi-genoux et une tunique à motifs géometriques. La posture fixée par la caméra transforme le corps de la jeune femme en hiéroglyphe: corps-lettre, corps-emblème. «Lucia Joyce en 1929 », dit la légende. Il s’agit de la fille de l’auteur de Finnegans Wake. Insolite dans la galérie des demi-bustes, cette photo accrochée à côté de celle de son père, semble revendiquer contre l’écriture paternelle le droit à un langage propre – celui du corps et de la danse. Photo curieusement prémonitoire de sa future activité de dessinatrice de lettrines d’enluminure, autres hiéroglyphes, métier d’ailleurs suggéré par son père avant qu’il ne l’engage à commencer une formation de chanteuse. Cette opposition, ou plutôt cette concurrence entre deux langages – l’écriture proprement dite du père et l’écriture qu’est la danse –, se révélera plus tard lorsque Lucia, après l’abandon de la danse, sombrera dans la nuit de la folie.

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.