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Unité et diversité dans le discours sur le vin en Europe

Actes du colloque d’Innsbruck, 15–16 octobre 2012

de Laurent Gautier (Éditeur de volume) Eva Lavric (Éditeur de volume)
Comptes-rendus de conférences 210 Pages

Résumé

Le vin et les discours du vin constituent un sujet de choix pour la linguistique : depuis les dégustations comme genre textuel, les métaphores de la description du vin, les termes de spécialité dans les différentes langues, les dictionnaires spécialisés, les noms des vins, jusqu’à la manière de parler du vin dans différentes cultures et différentes littératures. Le présent volume a été inspiré par le projet VinoLingua, un projet européen d’enseignement des langues aux viticulteurs. Il présente le projet, qui a réuni cinq régions vitivinicoles européennes, et les choix linguistiques et didactiques qui y sont liés, depuis la base de données terminologique jusqu’aux tandems linguistiques, illustrant ainsi la richesse et l’intérêt du vin comme sujet linguistique et didactique.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos des directeurs de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction : Unité et diversité dans le discours sur le vin en Europe
  • Un exemple d’utilisation d’un jargot. Le positionnement du dégustateur de vin à travers les stratégies lexicales et discursives
  • Les discours de la dégustation de vins – Interaction et cognition
  • VinoLingua – le vin, les cultures, et les langues
  • Eine Terminologiedatenbank als Sprachlehrmaterial – Entstehungsgeschichte und spezifische Merkmale der im Rahmen des Projekts VinoLingua erstellten Lerner-Datenbank
  • El método VinoLingua de aprendizaje de lenguas en e-tándem
  • Aproximación a la expresión artística sobre el vino
  • Der Wortschatz des Weins in der italienischen Lexikographie
  • Pour une description du processus de création des métaphores dans le langage du vin – Étude comparative français-italien
  • Y a-t-il du musc dans le muscat ? Étude contrastive français-polonais des champs conceptuels des adjectifs muscaté / muscatowe
  • La « minéralité » du vin : mots d’experts et de consommateurs
  • Longue Dog, Le Divin, Terres Fortes – Les noms de vins en France
  • Die spanische Sprache und spanische Weinstöcke in Mexiko – Gedanken über deren soziale, ökonomische und diskursive Relation zu indigenen mexikanischen Sprachen und autochthonen Traditionen
  • Sprachliche und kulturelle Probleme bei der Weinansprache
  • Titres de la collection

LAURENT GAUTIER / EVA LAVRIC

INTRODUCTION :

UNITÉ ET DIVERSITÉ DANS LE DISCOURS SUR LE VIN EN EUROPE

Les liens entre la langue et l’expérience sensorielle que procure la dégustation d’un verre de vin semblent être évidents : comment, en effet, faire partager le plaisir de la découverte visuelle, olfactive, puis gustative d’un grand cru autrement qu’en essayant, selon son profil et ses connaissances, de le mettre en mots ? Mais ces affinités électives ne s’arrêtent pas là et, à y bien regarder, c’est toute la filière vitivinicole qui s’organise autour des mots et des discours : textes réglementaires définissant le cahier des charges de telle appellation, commentaires de dégustation produits par des œnologues professionnels pour décerner un prix ou une médaille lors d’un concours, blogs d’amateurs – au sens étymologique du terme – désireux de faire partager leur dernier coup de cœur, étiquettes et contre-étiquettes sur les bouteilles… C’est précisément cette dimension discursive de la construction d’un objet tout à la fois éminemment naturel et profondément ancré culturellement que ce volume collectif souhaite interroger à l’échelle européenne – et au-delà1.

Il regroupe ainsi un ensemble de travaux initialement présentés et discutés lors de deux journées d’étude organisées à Innsbruck en octobre 2012 en parallèle au projet européen VinoLingua développé pendant trois ans par un consortium de partenaires publics et privés en Autriche, Espagne, France et Italie2. Il réunit des travaux portant sur cinq langues (allemand, espagnol, français, italien et polonais) et résolument pluridisciplinaires puisque s’y côtoient linguistes, didacticiens et chimistes spécialistes de l’analyse sensorielle autour de la problématique de l’unité et de la diversité des discours sur le vin à travers les langues et les cultures. Unité parce que la globalisation aidant, la filière vitivinicole et les discours qui la constituent obéissent à un certain nombre de standards internationaux assurant la comparabilité des produits et, pour le chercheur, des données. Diversité parce que la dimension culturelle du vin, soulignée précédemment, interdit les raccourcis réducteurs et une ← 7 | 8 → standardisation qui serait synonyme de nivellement, d’uniformisation, de monotonie.

Une première partie de l’ouvrage regroupe deux contributions ayant pour objet le discours oral de la dégustation telle qu’elle est pratiquée par les professionnels de la filière, qu’ils soient viticulteurs, œnologues ou sommeliers. EVA-MARIA RUPPRECHTER analyse ainsi, à travers la catégorie du jargot, les stratégies lexicales et discursives de viticulteurs francophones et germanophones présentant leurs vins et devant sans cesse se positionner entre les deux extrêmes du jargon de spécialité, garant de leur expertise, et de la langue commune, garante d’une bonne compréhension par leur public de non-initiés. De son côté, ROBERT VION contraste un discours de dégustation en situation de concours avec un discours comparable en situation de formation pour en dégager les stratégies cognitives et linguistiques permettant aux deux locuteurs de verbaliser et de communiquer leur savoir spécialisé.

Le deuxième ensemble de chapitres est en lien plus direct avec le projet VinoLingua sous-jacent aux journées d’étude et en éclaire plusieurs facettes complémentaires. EVA LAVRIC, coordinatrice scientifique de VinoLingua, livre tout d’abord dans son article une vue d’ensemble exhaustive du projet en revenant sur ses motivations, son déroulé, les choix scientifiques et méthodologiques opérés ainsi que sur les livrables concrets produits à l’issue de ces trois années de travail. IRMGARD RIEDER s’arrête quant à elle sur l’épineuse question de la terminologie vitivinicole en s’interrogeant sur sa représentation, linguistique et conceptuelle, dans une base de données produite dans le cadre du projet, et devant servir des objectifs non seulement cognitifs, mais aussi didactiques : ce faisant, elle ouvre des pistes intéressantes transposables à d’autres domaines professionnels. La contribution de VÍCTOR COTO ORDÁS illustre très clairement la dimension didactique du projet en discutant les possibilités d’un apprentissage en tandem de la langue de la dégustation, cœur de cible du projet : visant directement l’acquisition du discours professionnel qui intéresse véritablement les acteurs de la filière, VinoLingua ne peut que capitaliser sur les interactions collégiales entre viticulteurs par exemple. Cette partie se clôt sur une mise en perspective culturelle à travers le chapitre de MARÍA PRIETO GRANDE qui interroge la façon dont le thème du vin a irrigué – et continue d’irriguer – la production artistique hispanique, que ce soit en littérature ou dans les autres arts : elle confirme ainsi l’universalité du thème et les modalités de son traitement en dehors de la sphère spécialisée et professionnelle.

Quatre chapitres alimentent ensuite une troisième partie consacrée aux questions lexicales et donc inévitablement conceptuelles du discours sur le vin. Ces articles visent, chacun à sa manière, à revisiter le lieu commun selon lequel le côté plus ou moins ésotérique de ce discours, serait essentiellement une question de « mots ». Pour commencer, FRANK PAULIKAT aborde cette question ← 8 | 9 → par son versant lexicographique et travaille spécifiquement sur l’italien : regrettant l’absence d’un pendant italien au désormais incontournable dictionnaire de Coutier (2007) pour le français, il adopte une perspective métalexicographique pour analyser la représentation du lexique spécialisé dans la macro- et la microstructure de plusieurs dictionnaires italiens, s’arrêtant tout particulièrement sur la place des explications d’ordre étymologique. C’est aussi l’italien, contrasté avec le français, qui est au centre du chapitre de MICAELA ROSSI : elle consacre son étude à un autre aspect largement débattu de cette problématique, celui de la place et de l’origine des métaphores dans le vocabulaire de la dégustation. Ses analyses serrées d’un choix de métaphores montrent très clairement les problèmes de transposition qui se posent lorsque l’on passe d’une langue-culture à une autre et relativisent du même coup la question de leur supposée traduction. Les deux articles suivants livrent des études de cas très fouillées centrées sur deux concepts « problématiques » et partagent le même souci d’articuler choix lexicaux et représentations mentales. DOROTA SKROBISZEWSKA-KUREK travaille de son côté sur le champ conceptuel du muscat dans une perspective comparée français-polonais, choix motivé par la problématique de l’emprunt afférente à cette question, et associe une démarche linguistique de sémantique lexicale à une démarche expérimentale cherchant à accéder aux représentations de locuteurs issus des deux aires culturelles. C’est une démarche similaire, mais limitée au français, qui inspire LAURENT GAUTIER, YVES LE FUR et BERTRAND ROBILLARD dans leur étude préliminaire sur l’emploi des termes minéral/minéralité dans le discours semi-professionnel de la filière : l’analyse discursive ayant confirmé les hypothèses de départ sur la non-stabilité définitoire du concept, ils expliquent comment une démarche empirique reposant sur l’utilisation d’un questionnaire soumis à des consommateurs peut permettre de tracer une cartographie sémantique précise de la notion à même de nourrir les réflexions des professionnels autour de l’emploi et de la nature de ce concept.

La quatrième et dernière partie de cet ouvrage thématise, à travers trois contributions, une dimension souvent négligée, mais sans laquelle le discours sur le vin ne peut exister : la dimension culturelle. SANDRA HERLING l’illustre à partir de l’onomastique appliquée au cas français : elle montre à partir d’un large corpus comment les dénominations des vins français, largement encadrées d’un point de vue réglementaire, oscillent entre les grandes catégories sémantiques que sont par exemple les anthroponymes ou les toponymes et une recherche d’originalité et d’individualité. Dans son chapitre, JULIA KUHN trace de manière originale un parallèle intéressant entre la situation que connaissent, au Mexique, les boissons originelles, fortement ancrées dans les cultures de départ, face au vin, et la situation que vivent les langues autochtones face à l’espagnol. C’est enfin à BERND SPILLNER que revient l’honneur de clore ce volume dans un chapitre combinant des regards historique, linguistique et stylistique sur les ← 9 | 10 → discours du vin, oscillant entre créativité métaphorique et nécessité de normalisation, ce tant dans la culture occidentale avec ses racines antiques que dans des cultures aussi exotiques que la géorgienne et la chinoise.

Ces quatre parties, bien évidemment, ne prétendent nullement épuiser tous les aspects de la thématique. Les langues représentées et les inscriptions méthodologiques des différents auteurs n’en représentent pas moins autant de clefs pour entrer dans une problématique assurément porteuse à l’heure actuelle puisqu’elle est, par essence, pluridisciplinaire et favorise le dialogue entre sciences humaines et sciences exactes. Puisse ce volume, qui sera suivi de deux autres collectifs3, alimenter, voire inciter de nouveaux projets !

Bibliographie

Coutier, Martine (2008) : Dictionnaire de la langue du vin. Paris : CNRS éditions

Gautier, Laurent / Lavric, Eva / Rousseau-Jacob, Isabelle (éds.) (sous presse a) : Figures et Images dans les discours sur le vin en Europe (InnTrans) Frankfurt/Main et al. : Peter Lang

Gautier, Laurent / Lavric, Eva (éds.) (sous presse b) : Les descripteurs du vin en Europe : perspectives contrastives (InnTrans). Frankfurt/Main et al. : Peter Lang

Pr. Laurent Gautier

Centre Interlangues Texte Image Langage (EA 4182)

Université de Bourgogne

2 boulevard Gabriel

FR-21000 Dijon

e-mail: laurent.gautier@u-bourgogne.fr

Univ.-Prof. Dr. Eva Lavric

Institut für Romanistik

Universität Innsbruck

Innrain 52d

A-6020 Innsbruck

e-mail: eva.lavric@uibk.ac.at

http://www.uibk.ac.at/romanistik/personal/lavric.html ← 10 | 11 →

1Cf. la contribution de Julia Kuhn.

2Cf. la contribution d’Eva Lavric.

Résumé des informations

Pages
210
ISBN (PDF)
9783653032024
ISBN (ePUB)
9783653996029
ISBN (MOBI)
9783653996012
ISBN (Relié)
9783631643068
Langue
Français
Date de parution
2015 (Juin)
mots-clé
Wein Weinsprache Weinverkostung
Published
Frankfurt am Main, Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Wien, 2015. 210 p., 4 ill. n/b, 5 tabl., 12 graph.

Notes biographiques

Laurent Gautier (Éditeur de volume) Eva Lavric (Éditeur de volume)

Laurent Gautier est Professeur de linguistique allemande et appliquée à l’Université de Bourgogne (Dijon, France). Ses recherches portent sur les discours spécialisés, en particulier sensoriels. Eva Lavric est Professeure de linguistique romane à l’Université d’Innsbruck (Autriche). Ses domaines de recherche sont la sémantique, la pragmatique et les discours spécialisés.

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