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De fragments en traces

Déchiffrer dans leurs écrits le récit d’expérience de mobilité courte d’étudiants japonais en France

de Marie-Françoise Pungier (Auteur)
Monographies 768 Pages
Open Access
Série: Transversales, Volume 48

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • 前書き
  • Sommaire
  • PRÉFACE
  • LISTE DES ABRÉVIATIONS, PRÉCISIONS SUR LA TRANSCRIPTION DES MOTS JAPONAIS, EXPLICATIONS DE LA SIGNIFICATION DE QUELQUES MOTS JAPONAIS COURAMMENT UTILISÉS DANS CETTE RECHERCHE
  • INTRODUCTION GÉNÉRALE
  • Une affaire d’État aux répercussions locales
  • Problématique
  • Questionnement de départ
  • Organisation générale du travail de recherche
  • PARTIE I Les mobilités et leurs composantes
  • CHAPITRE 1 RECHERCHES ANTÉRIEURES : UN ÉTAT DES LIEUX
  • 1.1 Les recherches sur les mobilités académiques internationales en Europe
  • 1.1.1 Des notions en question : perspective générale
  • 1.1.2 Des notions en question : altérité/identité(s)
  • 1.1.3 Des notions en question : culture/interculturel/interculturalité
  • 1.1.3.1 De la culture
  • 1.1.3.2 De l’interculturel à l’interculturalité
  • 1.1.3.3 Diversité et différence
  • 1.1.3.4 Plurilinguisme, pluriculturalisme en situation de mobilité : l’émergence de la notion de « capital »
  • 1.1.4 Les situations de mobilités académiques pensées à partir d’un contexte plurilingue et pluriculturel
  • 1.1.4.1 L’étudiant-voyageur et son capital de mobilité (E. Murphy-Lejeune)
  • 1.1.4.2 L’étudiant Erasmus dans un contexte plurilingue18 (P. Kohler-Bally)
  • 1.1.4.3 La mobilité comme dispositif d’insertion dans des contextes locaux (M. Anquetil)
  • 1.1.4.4 Les situations de mobilité : communautés et rencontres sous tensions (F. Dervin)
  • 1.1.4.5 Le séjour de mobilité : un lieu d’expériences diverses (V. Papatsiba)
  • 1.2 Les recherches portant sur l’analyse de traces matérielles de restitutions d’expérience de mobilités académiques internationales22
  • 1.2.1 Les recherches portant sur les journaux et matériels assimilés
  • 1.2.2 Autres modes de restitution d’une expérience de mobilité possibles : dessins, TICE32 et photographie
  • 1.2.2.1 Les dessins
  • 1.2.2.2 Les TICE
  • 1.2.2.3 La photographie
  • 1.3 Les recherches sur les mobilités académiques internationales hors d’Europe36
  • 1.3.1 Les recherches outre-Atlantique
  • 1.3.2 Un exemple de recherches sur les mobilités académiques internationales courtes hors Europe et hors Japon (J. Jackson)
  • 1.4 Les recherches sur les mobilités académiques Japon-France
  • 1.4.1 Ancrages historiques et idéologiques
  • 1.4.1.1 La mobilité dans l’enseignement supérieur au Japon : quelles traditions ?
  • 1.4.1.2 Les nihonjinron comme mise en scène de soi et des autres, de l’ici et de l’ailleurs
  • 1.4.2 Aspects des recherches contemporaines sur les mobilités académiques internationales au Japon
  • 1.4.2.1 Orientations épistémologiques générales
  • 1.4.2.2 Mobilités académiques internationales et outils de recherche sur les apprentissages linguistiques et interculturels au Japon
  • 1.4.2.3 Les recherches sur les mobilités académiques avec la France
  • Pour conclure
  • CHAPITRE 2 DES MOBILITÉS MULTIPLES : UN NOUVEAU PARADIGME ?
  • 2.1 La mobilité autour du déplacement
  • 2.1.1 La mobilité de sens commun
  • 2.1.2 La mobilité du sociologue : un changement
  • 2.1.3 La mobilité du sociologue : « une capacité à »
  • 2.1.4 La mobilité du géographe : de la spatialité à l’individu investissant des espaces
  • 2.1.5 Des formes de la mobilité et des termes pour la dire
  • 2.1.5.1 La polymorphie mobilitaire
  • 2.1.5.2 À propos de la migration
  • 2.1.5.3 À propos du migrant
  • 2.1.5.4 À propos de la relation sémantique mobilité/voyage
  • 2.1.5.5 Être mobile en japonais
  • 2.1.6 La mobilité comme nouveau paradigme ?
  • 2.1.7 … ou bien l’individu dans la mobilité, le nouveau paradigme ?
  • 2.2 La mobilité repensée par la DLC ou l’expression d’une pluralité
  • 2.2.1 La notion de mobilité dans l’enseignement supérieur : une version de sens commun pour la DLC
  • 2.2.1.1 La mobilité dans l’enseignement supérieur
  • 2.2.1.2 Les formes de la mobilité dans le supérieur
  • 2.2.1.3 À la recherche du représentant de la mobilité dans l’enseignement supérieur
  • 2.2.2 L’approche spécifique des mobilités dans le champ de la DLC
  • 2.2.2.1 De la mobilité aux mobilités
  • 2.2.2.2 Caractéristiques des mobilités dans le champ de la DLC
  • 2.3 Une ouverture notionnelle de la mobilité dans le champ de la DLC : l’individu
  • 2.3.1 L’individu
  • 2.3.1.1 De la communauté à l’émergence de l’individu
  • 2.3.1.2 La lente transformation de l’individu
  • 2.3.1.3 L’individu, un être socialisé
  • 2.3.2 « L’individu et ses identités »34
  • 2.3.2.1 Une forme particulière d’identité : l’identité personnelle
  • 2.3.2.2 L’identité personnelle : un ensemble d’attributs sociaux
  • 2.3.2.3 Au-delà de l’identité personnelle, un « processus identitaire » qui « fait sens »
  • 2.3.2.4 Identifications collectives
  • 2.3.2.5 Le processus identitaire comme double hélice
  • 2.3.2.6 L’identité narrative
  • 2.3.3 L’individu et l’identité personnelle au miroir de la langue japonaise
  • 2.3.3.1 L’« homo japonicus »48 : un individu sous le regard des autres ?
  • 2.3.3.2 L’« homo japonicus » en société : des « je » fluides ?
  • 2.3.3.3 Je et autrui, une relation de proximité ?
  • 2.3.3.4 Je et autrui, une relation à la poursuite de l’harmonie ?
  • 2.3.4 L’individu appréhendé par la DLC
  • 2.4 Une ouverture notionnelle de la mobilité dans le champ de la DLC : l’expérience
  • 2.4.1 À propos de celui qui expérimente
  • 2.4.1.1 Dire celui qui expérimente
  • 2.4.1.2 « Celui qui expérimente » dans le cas de la DLC
  • 2.4.2 Qu’est-ce qu’une expérience ?
  • 2.4.2.1 L’expérience en sociologie
  • 2.4.2.2 L’expérience pour la phénoménologie
  • 2.4.2.3 L’expérience pour le biographique69
  • 2.4.2.4 Les mots en japonais pour l’expérience
  • 2.4.3 De la situation d’expérience
  • 2.4.3.1 L’expérience entre ordre collectif et vécu
  • 2.4.3.2 De l’expérience à la situation d’expérience
  • 2.4.3.3 La situation d’expérience comme entité dynamique
  • 2.4.3.4 La situation d’expérience comme possibilité configurée
  • Pour conclure
  • CHAPITRE 3 LA SITUATION D’EXPÉRIENCE DE MOBILITÉ DANS SES DIFFÉRENTES RÉALISATIONS
  • 3.1 Les éléments structurants de la situation d’expérience de mobilité académique internationale
  • 3.1.1 La nation
  • 3.1.2 L’institution académique
  • 3.1.3 Un âge de la vie : la jeunesse
  • 3.1.4 Le quotidien et l’ordinaire « intriqués »
  • 3.1.4.1 Caractéristiques du quotidien et de l’ordinaire
  • 3.1.4.2 Le quotidien et l’ordinaire comme scansion spatio-temporelle
  • 3.1.4.3 Le quotidien et l’ordinaire orientés
  • 3.1.5 Le voyage à l’étranger
  • 3.1.5.1 Caractéristiques du voyage à l’étranger
  • 3.1.5.2 Le voyage à l’étranger comme moment de socialisation
  • 3.1.5.3 Le voyage à l’étranger à but diplomatique : l’exemple japonais
  • 3.1.5.4 Le voyage à l’étranger à but touristique : l’exemple japonais
  • 3.1.6 Les éléments structurants de la situation d’expérience de mobilité académique internationale en bref
  • 3.2 Les diverses formes de l’expérience de mobilité académique internationale
  • 3.2.1 Les formes faibles : l’accumulation automatique
  • 3.2.1.1 L’inscription spatiale de l’ici et de l’ailleurs
  • 3.2.1.2 Le voyage comme projection
  • 3.2.1.3 Le voyage comme réalisation
  • 3.2.1.4 Le voyage comme mise en récit
  • 3.2.2 Les formes moyennes : l’expérience comme accumulation recherchée
  • 3.2.2.1 Le dépaysement
  • 3.2.2.2 Le voyage comme herméneutique et comme formation de soi
  • 3.2.2.3 Un moment pour les apprentissages et pour l’accumulation de ressources
  • 3.2.3 Les formes intenses : l’expérience comme événement unique
  • 3.2.3.1 L’événement ou la rupture du quotidien et de l’ordinaire intriqués
  • 3.2.3.2 Les conditions de surgissement de l’événement
  • 3.2.3.3 Le voyage comme mise en danger de soi, comme rupture de liens sociaux
  • 3.2.3.4 L’événement émotionnel
  • 3.2.3.5 La langue des autres comme événement d’apprentissage négatif
  • 3.2.3.6 La langue des autres comme événement d’apprentissage positif
  • 3.2.3.7 Le surgissement de sentiments d’appartenances identitaires collectives
  • 3.2.3.8 La désignation de groupes « nationaux-culturels » : « nous » et « eux »
  • 3.2.3.9 Les apprentissages « culturels » et « interculturels » comme événement d’appartenance nationale-culturelle
  • 3.2.3.10 L’expérience de mobilité académique internationale comme événement biographique
  • 3.2.3.11 L’expérience comme événement narratif
  • 3.2.3.12 Le surgissement du héros
  • 3.2.4 Les formes de l’expérience de mobilité en bref
  • Pour conclure
  • CHAPITRE 4 RESTITUER1 UNE EXPÉRIENCE DE MOBILITÉ ACADÉMIQUE INTERNATIONALE :
  • 4.1 Considérations préliminaires
  • 4.2 La restitution de l’expérience de mobilité entre pôles scolaire et viatique pour les écrits et les écritures
  • 4.2.1 Spécificités des écritures de l’expérience de mobilité académique internationale
  • 4.2.2 Formats d’écriture
  • 4.2.2.1 Caractéristiques générales des formats
  • 4.2.2.2 Le journal et ses variations
  • 4.2.2.3 Le rapport
  • 4.2.3 L’écriture comme résultante de contraintes
  • 4.2.3.1 L’évaluation et la prescription comme contraintes
  • 4.2.3.2 Les contraintes et leurs fonctions de stabilisation
  • 4.2.3.3 L’écriture contrainte comme médiation du social
  • 4.2.4 Spécificités des écritures viatiques
  • 4.2.4.1 Les écritures viatiques : un genre « métoyen »
  • 4.2.4.2 Formes, formats et supports des écritures viatiques
  • 4.2.4.3 Caractéristiques formelles des écritures viatiques
  • 4.2.5 Écritures viatiques et académiques au Japon
  • 4.2.5.1 De l’écriture de soi à la restitution d’une expérience de voyage
  • 4.2.5.2 Écritures académiques et validation d’une expérience de mobilité à l’étranger
  • 4.2.6 La restitution de l’expérience de mobilité : une variété de réalisations possibles
  • 4.3 Le matériau de la restitution de l’expérience de mobilité académique internationale
  • 4.3.1 Un matériau pour soi et pour d’autres
  • 4.3.1.1 Un matériau pour soi
  • 4.3.1.2 Un matériau pour d’autres
  • 4.3.1.3 Un matériau entre soi et d’autres
  • 4.3.2 Un matériau narratif
  • 4.3.2.1 Le matériau provoqué, un matériau peu crédible ?
  • 4.3.2.2 Un matériau entre réel et fictionnel
  • 4.3.2.3 Le matériau de restitution : une configuration narrative en ré-écriture constante
  • 4.3.2.4 Un récit ou une histoire de vie ?
  • 4.3.2.5 Borner le récit
  • 4.3.2.6 Un récit total ou une conception ternaire du matériau narratif
  • 4.3.2.7 Un matériau narratif textuellement varié
  • Pour conclure
  • BILAN DE LA PARTIE I
  • À propos de l’individu dans la mobilité
  • À propos de la rupture d’avec le quotidien dans la mobilité académique internationale courte
  • À propos de l’appréhension de l’expérience pour connaître la mobilité académique internationale courte
  • PARTIE II Les données du terrain
  • CHAPITRE 5 UN ITINÉRAIRE MÉTHODOLOGIQUE
  • 5.1 Notre terrain : une suite articulée entre international et ultra-local
  • 5.1.1 Les limites des espaces ouverts sur le monde
  • 5.1.2 L’UPO, une université régionale parmi d’autres
  • 5.1.3 La mise en place de relations internationales avec la France : une balle saisie au bond
  • 5.2 Le corpus
  • 5.2.1 Accéder aux sources
  • 5.2.2 Caractéristiques générales des sources accessibles
  • 5.2.3 Les supports de restitution de l’expérience de mobilité du premier cercle
  • 5.2.4 Les supports de restitution de l’expérience de mobilité du second cercle
  • 5.3 Des fragments et des traces
  • 5.3.1 Le fragment comme objet de recherche pertinent
  • 5.3.2 La trace comme objet de recherche pertinent
  • 5.3.2.1 Traces matérielles, immatérielles et indices
  • 5.3.2.2 La trace comme procédé heuristique : une inscription spatio-temporelle, une marque contextuelle
  • 5.3.2.3 L’interprétation indiciaire comme questionnement d’un concentré narratif
  • 5.3.3 Traces et fragments comme notions analytiques pour la compréhension d’une expérience de mobilité
  • 5.4 Processus analytique
  • 5.4.1 Préambule analytique
  • 5.4.2 Le dispositif analytique
  • 5.4.2.1 La lente constitution d’un dispositif analytique
  • 5.4.2.2 Dégager une direction analytique parmi celles possibles
  • 5.4.2.3 Un dispositif analytique en vue de dégager le sens d’une expérience de mobilité dans une situation de même nom donnée
  • 5.4.2.4 Les modalités du dispositif analytique
  • PARTIE III Une situation d’expérience de mobilité en traces et fragments
  • CHAPITRE 6 LE MATÉRIAU GRAPHIQUE À TRAVERS PARAMÈTRES, TEXTURES OU LES TRACES DES MODES DE SON APPROPRIATION PAR LE SCRIPTEUR
  • 6.1 S’approprier la temporalité de l’écriture de restitution
  • 6.1.1 Les paramètres temporels fixés par l’institution académique
  • 6.1.2 Distensions chronologiques estudiantines
  • 6.1.3 Prendre ou non le temps d’écrire
  • 6.1.4 Des détournements chronologiques et de leurs effets
  • 6.2 Faire l’espace de l’écriture de restitution
  • 6.2.1 Les paramètres de constitution de l’espace scripturaire : Portfolio, enquête RI, rapport UV
  • 6.2.2 Les paramètres de constitution de l’espace scripturaire : la brochure
  • 6.3 S’approprier l’espace scripturaire
  • 6.3.1 Traces de pratiques d’écriture
  • 6.3.2 L’engagement et le désengagement
  • 6.3.3 À propos des variations entre l’engagement et le désengagement
  • 6.4 Le matériau graphique : un lieu d’occupation symbolique ?
  • 6.4.1 Traces d’ajustement de l’occupation de l’espace scripturaire : coupes et classement de l’autorité enseignante
  • 6.4.2 Traces d’ajustement de l’occupation de l’espace scripturaire : les retouches des stagiaires
  • 6.5 Le matériau graphique, un espace dialogique malgré tout ?
  • 6.5.1 État des lieux des « forces » en présence ou la communauté discursive en construction
  • 6.5.2 Initier un dialogue
  • 6.5.3 Les fragments d’expérience orientés par les stagiaires : bilan
  • CHAPITRE 7 TRACES DES ORIENTATIONS ET DIMENSIONS DE LA SITUATION D’EXPÉRIENCE DE MOBILITÉ DANS LES FRAGMENTS DISCURSIFS
  • 7.1 Traces des cadres préconstruits de l’expérience de mobilité
  • 7.1.1 Traces du réseau social primaire et ses fonctions
  • 7.1.1.1 La famille et ses fonctions stabilisatrice et sécurisante
  • 7.1.1.2 Les pairs et leurs fonctions stabilisatrice et sécurisante
  • 7.1.2 Traces de l’institution universitaire et de l’autorité enseignante
  • 7.1.2.1 Le cadrage temporel par l’institution et sa fonction de sécurité
  • 7.1.2.2 Le rôle de conseil des enseignants du Japon
  • 7.1.2.3 Les restitutions d’expérience de mobilité antérieures et leurs fonctions sécurisante et incitative
  • 7.1.3 L’anticipation du voyage
  • 7.1.3.1 Traces de l’anticipation du stage via le programme
  • 7.1.3.2 Évoquer des lieux pour anticiper le voyage : Japon et France, une différence
  • 7.1.3.3 Évoquer des lieux pour anticiper le voyage : la France, un pays aux images héritées
  • 7.1.3.4 Évoquer des lieux pour anticiper le voyage : la ville
  • 7.1.3.5 Évoquer des lieux pour anticiper le voyage : l’exemple de Paris
  • 7.1.3.6 Évoquer les autres pour anticiper le voyage
  • 7.1.3.7 Traces de craintes de déstabilisation dans le voyage à l’étranger
  • 7.2 Traces des orientations et des dimensions de la situation d’expérience de mobilité pendant le séjour
  • 7.2.1 Une variété de premières fois
  • 7.2.1.1 Les premières fois du voyage en France
  • 7.2.1.2 Les traces des premières fois de l’expérience du voyage : des souvenirs ?
  • 7.2.1.3 Les traces des premières fois de l’expérience dans le voyage : des événements biographiques ?…
  • 7.2.1.4 … ou bien des conventions discursives ?
  • 7.2.1.5 Le voyage à l’étranger ou une aventure qui se concrétise
  • 7.2.2 Traces de déstabilisation maîtrisée : le réseau social
  • 7.2.2.1 La recomposition d’un réseau social
  • 7.2.2.2 La stabilité retrouvée avec les pairs : les semblables
  • 7.2.2.3 La stabilité retrouvée avec les enseignants accompagnateurs
  • 7.2.2.4 La stabilité retrouvée avec les pairs : l’émergence d’un réseau social centré sur les autres
  • 7.2.2.5 Les réseaux de pairs : le groupe versus les autres ?
  • 7.2.3 Traces de la déstabilisation maîtrisée : l’appropriation des lieux
  • 7.2.3.1 L’appropriation de l’extraordinaire des lieux célèbres
  • 7.2.3.2 L’appropriation des lieux « secondaires »
  • 7.2.4 Traces de déstabilisation maîtrisée : l’appropriation du temps et l’émergence d’un nouveau quotidien
  • 7.2.4.1 L’appropriation des temporalités (durées et périodes)
  • 7.2.4.2 L’appropriation des rythmes institutionnels du stage
  • 7.2.4.3 L’appropriation du hors-temps du programme institutionnel
  • 7.2.4.4 L’appropriation des activités en classe
  • 7.2.4.5 L’appropriation des activités hors classe
  • 7.2.4.6 L’appropriation de l’activité d’écriture de restitution de l’expérience
  • 7.3 Traces de résurgence du voyage à l’étranger : moments de déstabilisation et stratégies compensatrices
  • 7.3.1 Les moments de déstabilisation
  • 7.3.1.1 Le voyage en avion de l’aller
  • 7.3.1.2 Les situations de déplacements non encadrés
  • 7.3.1.3 Le week-end en famille
  • 7.3.1.4 Les échanges linguistiques et interculturels
  • 7.3.2 Les stratégies compensatrices : se protéger en se référant aux appartenances identitaires
  • 7.3.2.1 La mise en retrait
  • 7.3.2.2 Les manifestations d’une appartenance collective via le stage, via l’apprentissage
  • 7.3.2.3 Les références à une appartenance identitaire nationale-culturelle
  • 7.3.2.4 L’acte alimentaire comme revendication d’une appartenance identitaire collective… et comme refus d’une autre ?
  • 7.3.2.5 L’acte alimentaire comme expression de tensions et de difficultés
  • 7.3.2.6 L’acte alimentaire comme stratégie compensatrice
  • 7.4 Traces de bilans dans la situation d’expérience de mobilité
  • 7.4.1 Le coût financier du stage
  • 7.4.2 Les inscriptions de l’évaluation de l’expérience de mobilité
  • 7.4.3 Les évaluations négatives
  • 7.4.3.1 Traces d’un environnement antagoniste
  • 7.4.3.2 Traces d’appréciations négatives linguistiques
  • 7.4.3.3 Traces d’appréciations négatives non linguistiques
  • Pour conclure
  • CHAPITRE 8 TRACES DU STAGIAIRE-SCRIPTEUR DANS LES FRAGMENTS DISCURSIFS
  • 8.1 La situation d’expérience de mobilité et les fragments discursifs : rappel
  • 8.2 Des manières d’assumer son rôle d’auteur
  • 8.2.1 La figure absente du stagiaire écrivant
  • 8.2.2 Des manières d’assumer son rôle d’auteur
  • 8.2.3 Traces du stagiaire observant sa production écrite
  • 8.3 Traces du degré d’insertion du scripteur dans les écrits de restitution d’expérience de mobilité
  • 8.3.1 Fragments discursifs sans personnages actifs
  • 8.3.2. Fragments discursifs avec groupe(s) de personnages et sans mentions d’interactions verbales
  • 8.3.3 Fragments discursifs avec auteur et sans mentions d’interactions verbales
  • 8.3.4 Fragments discursifs avec auteur et avec mentions indirectes d’interactions verbales
  • 8.3.5 Fragments discursifs avec auteur et avec mentions de réalisation d’interactions verbales
  • 8.3.6 Fragments discursifs avec auteur seul
  • 8.3.7 De l’usage de fragments discursifs avec ou sans interactions verbales par le scripteur : traces en plein
  • 8.3.8 De l’usage de fragments discursifs avec ou sans interactions verbales par le scripteur : traces en creux
  • 8.4 Traces d’implication du scripteur dans l’expérience de mobilité
  • 8.4.1 Traces d’implication dans l’anticipation du stage
  • 8.4.2 Traces d’implication du scripteur dans l’espace de l’ailleurs
  • 8.4.2.1 L’espace de l’ailleurs : une implication physique
  • 8.4.2.2 L’espace de l’ailleurs : une implication visuelle
  • 8.4.2.3 L’espace de l’ailleurs : une implication émotionnelle ?
  • 8.4.2.4 L’espace de l’ailleurs : un espace sensitivement tronqué ?
  • 8.4.2.5 L’espace quotidien de l’ailleurs investi ou la fabrique de l’extraordinaire ?
  • 8.4.3 Traces d’implication du scripteur dans la gestion des temps
  • 8.4.4 Traces d’implication du scripteur dans les apprentissages
  • 8.4.5 Traces d’implication du scripteur dans les suites du stage
  • 8.5 Traces d’insertion et d’implication du scripteur dans les restitutions, un bilan ou des expressions de rapports à l’expérience de mobilité
  • CHAPITRE 9 L’EXPÉRIENCE DE MOBILITÉ COMME MISES EN SCÈNE DE SOI, POUR SOI ET POUR LES AUTRES À TRAVERS DIVERSES MODALITÉS D’ÉCRITURE
  • 9.1 L’écriture et les écrits de restitution : un moyen institutionnel pour valoriser l’expérience de mobilité
  • 9.1.1 Les attentes et orientations fonctionnelles des écrits dans une perspective de restitution académique modèle
  • 9.1.1.1 La double perspective fonctionnelle construite du Portfolio : archivage et témoignage
  • 9.1.1.2 La perspective fonctionnelle induite du Portfolio : le glissement vers la « confession » autobiographique
  • 9.1.1.3 La perspective fonctionnelle du rapport UV avec thème d’écriture imposé : la transmission de savoirs
  • 9.1.1.4 La perspective fonctionnelle du rapport UV sans thème d’écriture imposé ou respecté : une autre catégorie de « confession » autobiographique ?
  • 9.1.1.5 La double perspective fonctionnelle du texte pour la brochure : témoignage et transmission d’expérience
  • 9.1.1.6 La perspective fonctionnelle de l’enquête RI : le compte rendu
  • 9.1.1.7 La perspective discursive du journal de bord, du rapport « non académique », du texte pour la brochure : en faire un récit15
  • 9.1.1.8 Les perspectives discursives du rapport UV et de l’enquête RI : exposer et rendre compte(s)
  • 9.1.2 L’autorité académique et ses ambitions de valorisation de l’expérience de mobilité en France face aux écrits de restitution
  • 9.1.2.1 Les deux options de valorisation possibles : scientificité de l’écriture ou unicité de l’expérience
  • 9.1.2.2 Valoriser la prise et le maintien d’une distance dans la restitution
  • 9.1.2.3 Observer sans pathos ou l’émergence de la figure de l’expert
  • 9.1.2.4 Apprendre à l’étranger ou l’émergence de la figure d’un « importateur » de savoirs via l’expérience ?
  • 9.1.3 L’impossible fermeture à la subjectivité et au récit : l’aventure et la formation, deux dimensions inhérentes à l’expérience de mobilité
  • 9.1.3.1 Les épreuves ou l’aventure du voyage à l’étranger
  • 9.1.3.2 Surmonter des épreuves d’un environnement culturel et social autre
  • 9.1.3.3 Les épreuves : une expérience de socialisation
  • 9.1.3.4 L’expérience de mobilité une formation identitaire ?
  • 9.2 Mises en mots : s’approprier les écrits de restitution
  • 9.2.1 Les activités d’écriture dans les écrits de restitution
  • 9.2.2 Les ajustements discursifs aux formats d’écriture
  • 9.2.2.1 La tentation de la conformité aux normes et contraintes académiques et sociales
  • 9.2.2.2 La tentation de l’inscription dans la temporalité du séjour
  • 9.2.2.3 La question des écrits et écritures non normés
  • 9.3 Mises en mots : synthétiser l’expérience de mobilité
  • 9.3.1 « Ce stage » a posteriori
  • 9.3.1.1 Un stage, trois niveaux d’appréhension
  • 9.3.1.2 Un terme dense
  • 9.3.1.3 Un terme pour personnaliser son expérience
  • 9.3.1.4 Un terme qui suggère des bénéfices
  • 9.3.1.5 Le stage et ses équivalents
  • 9.3.2 Du voyage touristique au « voyage de distinction »
  • 9.3.2.1 Des usages du terme voyage
  • 9.3.2.2 L’inadéquation du terme « voyage » à la réalité vécue
  • 9.3.2.3 Les enrichissements sémantiques du terme « voyage »
  • 9.3.3 L’aventure
  • 9.3.3.1 Du voyage à l’étranger à l’aventure
  • 9.3.3.2 L’aventure vécue par Nana
  • 9.3.3.3 « Les autres bienveillants » : un élément nécessaire à l’écriture de l’aventure
  • 9.3.4 Des expériences marquantes ?
  • 9.3.4.1 Les fonctions internes des mentions d’expériences
  • 9.3.4.2 De ce qui est expérimenté
  • 9.3.4.3 Taiken ou keiken ?
  • 9.3.4.4 Remarques sur l’utilisation des termes signifiant « expérience » dans les fragments discursifs
  • 9.3.4.5 À propos des expériences partielles
  • 9.3.4.6 La double lecture des expériences partielles comme événements
  • 9.3.4.7 Des expériences partielles à l’expérience globale
  • 9.3.4.8 Les significations de l’expérience globale
  • 9.3.5 Les souvenirs
  • 9.3.5.1 Caractéristiques des souvenirs
  • 9.3.5.2 Des fonctions discursives des souvenirs
  • 9.3.5.3 Expérience(s) et souvenirs
  • 9.4 Les mises en mots de l’expérience de mobilité dans les formats d’écriture : objectifs et effets
  • 9.4.1 Quatre exemples de mises en mots
  • 9.4.1.1 Jours ordinaires, week-end et départ : l’exemple comparé de quelques journées chez Satomi et Tamako (journal de bord 2008)
  • 9.4.1.2 Un fragment de tentative de conformité aux normes et contraintes académiques et sociales : les justifications de Ken’Ichi (rapport UV 2007)
  • 9.4.1.3 Un fragment d’inscription dans la temporalité du séjour : l’exemple des impressions sur le stage de Chiaki (enquête RI 2008)
  • 9.4.1.4 Un fragment de dérive intimiste : l’exemple de Kanae (enquête RI ; brochure 2008)
  • 9.4.2 Une catégorie de fragments particuliers : les distorsions discursives
  • 9.4.2.1 Quelques exemples de fragments de distorsions discursives
  • 9.4.2.2 Les fonctions des fragments de distorsions discursives
  • 9.4.3 Le double niveau de lecture des fonctions des écrits de restitution : face interne/face externe
  • 9.5 Les mises en mots comme mises en scène de soi
  • 9.5.1 Les valeurs autour de la restitution
  • 9.5.1.1 Valeurs dans quelques expériences partielles : prix et rareté
  • 9.5.1.2 Valeurs dans des écrits de restitution : cohésion de groupe
  • 9.5.1.3 Valeurs dans des écrits de restitution : initiation à la différence
  • 9.5.1.4 Valeurs dans des écrits de restitution : « initiation à la japonité »78
  • 9.5.2 Les valorisations de soi
  • 9.5.2.1 Changer
  • 9.5.2.2 Devenir celui qui a l’expérience du voyage à l’étranger
  • 9.5.2.3 Devenir un étudiant modèle
  • 9.5.2.4 Devenir un apprenant de langue modèle
  • 9.5.2.5 Changements intimes
  • 9.5.2.6 Changements ultimes : le cas de Kanae
  • 9.5.3 Les légitimations de soi
  • 9.5.3.1 L’expert
  • 9.5.3.2 L’intermédiaire « culturel »
  • 9.5.3.3 Le natif du Japon
  • Pour conclure
  • PARTIE IV Conclusion générale
  • CONCLUSION GÉNÉRALE
  • 10.1 Le matériau de restitution d’expérience : éclatement et éparpillement
  • 10.1.1 La multiplicité des formats de restitution
  • – La conceptualisation institutionnelle de l’expérience de mobilité
  • – L’inégalité des stagiaires devant l’expérience vécue
  • 10.1.2 Situation d’expérience de mobilité et communauté discursive : une interrelation dynamique
  • – La communauté discursive dans l’expérience de mobilité
  • – L’orientation de la situation d’expérience de mobilité
  • – L’expérience de mobilité : une conception holistique et interactive
  • – Les expériences de mobilité comme intensités
  • – L’expérience de mobilité : un vécu à transformer
  • – Les écrits de restitution comme articulateurs
  • 10.2 L’expérience de mobilité encadrée en DLC et sa restitution écrite : un laboratoire toujours ouvert
  • – La France comme prétexte
  • – La France comme formation « nationale-culturelle » ?
  • – Le voyage à l’étranger narré comme accord entre les parties ?
  • – Le voyage à l’étranger comme expérience didactique permanente
  • – Le voyage à l’étranger comme questionnement didactique permanent
  • POSTFACE
  • BIBLIOGRAPHIE ET SITOGRAPHIE
  • LISTE DES DOCUMENTS
  • TABLE DES MATIÈRES

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PRÉFACE

Au cours des dernières décennies, la recherche sur la mobilité académique s’est activement portée sur divers domaines et a été abordée selon différentes dimensions, en majorité d’un point de vue historique ou social. Ces études sont importantes pour étudier les situations de mobilité ainsi que les stratégies sociales et identitaires élaborées par ceux qui se déplacent mais aussi par ceux qui accueillent ces étudiants étrangers dans les institutions. Elles sont d’autant plus essentielles que les discours officiels sont le plus souvent euphoriques et ont tendance à prôner les bienfaits d’une mobilité qui se veut tous azimuts sans prendre en compte les « réalités » contextuelles et leurs effets sur l’expérience des divers acteurs de cette mobilité. Enfin, ces recherches sont d’autant plus nécessaires qu’elles ont jusqu’ici rarement inclus les problématiques liées à la langue (aux langues), pourtant vitale(s) dans la vie quotidienne et pour les exigences universitaires, et font souvent l’impasse sur les stratégies sociolangagières d’appropriation de ce « nouveau monde », voire d’insertion, de ces candidats à la mobilité.

Les universités du monde entier, et plus récemment le Japon, accueillent un nombre croissant d’étudiants internationaux souhaitant apprendre la langue du pays d’accueil pour réussir leurs études, que ce soit dans le cadre d’un séjour court ou d’un séjour long1. Mais si la mobilité est au cœur des questions qui se posent actuellement, le monde académique ←13 | 14→n’admet pas toujours (ou toujours pas) qu’elle soit un élément clé dans la circulation des savoirs et l’appropriation de nouveaux savoir-faire, mais aussi dans le développement des êtres humains et de nos sociétés. En effet, à de rares exceptions près, on constate un désintérêt traduisant en fait une non-prise de conscience de la part des institutions des enjeux de la mobilité, notamment dans le peu ou le manque de préparation des candidats à l’étranger tant au départ qu’à l’arrivée.

On comprend alors que le travail de Marie-Françoise Pungier, historienne de formation, professeure depuis 2011 au Center for Liberal Arts and Sciences à l’Université préfectorale d’Osaka au Japon, résidant dans ce pays depuis un certain temps, prend une signification toute particulière dans ce contexte. L’approche systémique de la mobilité courte que la chercheuse nous propose est la première du genre dans le monde de l’éducation en langues et cultures étrangères au Japon (des chercheurs se sont intéressés à d’autres types de mobilités) et de ce fait représente une avancée importante, unique et originale dans le domaine.

Rappelons ici le titre de son ouvrage : De fragments en traces. Déchiffrer dans leurs écrits le récit d’expérience de mobilité courte d’étudiants japonais en France.

M.-F. Pungier ne fait pas mystère du choix de son sujet : elle a toujours voulu être étudiante à l’étranger. Mais comme son époque n’offrait pas les mêmes opportunités qu’aujourd’hui, elle a fait ce que beaucoup de candidats à la mobilité, « rêveurs de l’ailleurs », ont alors fait : travailler avec des étrangers, enseigner à des étrangers, voire partir travailler à l’étranger.

L’intérêt de son objet de recherche tient tout d’abord au fait que notre auteure a choisi d’étudier les effets d’un séjour court de mobilité tandis que les autres chercheurs s’intéressent davantage à la mobilité longue : soit un stage de trois semaines proposé aux étudiants dans le cadre d’un accord signé entre l’Université préfectorale d’Osaka avec celle de Cergy-Pontoise en France. L’objectif officiellement annoncé est d’améliorer la langue française en situation (in vivo) et de développer par la même occasion des connaissances sur la culture française.

Nous l’avons compris, le choix de ce sujet est lié non seulement à sa propre immersion dans un pays « lointain » devenu « proche », mais aussi à sa fonction d’enseignante et de coresponsable du stage intensif en langue et culture françaises pour les étudiants qui paient ce séjour (à un prix abordable) mais qui doivent toutefois motiver leur démarche, car il existe en amont des ←14 | 15→critères de sélection. S’ils partent sur une base volontaire, en revanche ils ne sont pas vraiment préparés à être immergés de manière intense pendant trois semaines dans un autre monde, même si cette aventure est désirée.

Quand on est chercheur et enseignant, il est difficile d’occuper à la fois le statut d’observateur et celui de participant et donc de savoir prendre une distance sans évaluer ou juger les propos de ses étudiants sur un plan académique et pédagogique. La chercheuse a pu réconcilier cette double posture, émique et étique, grâce à son approche interdisciplinaire : si elle se situe en didactique des langues et cultures étrangères et plus spécifiquement en didactique du FLE, elle s’est aussi appuyée sur les concepts de l’anthropologie des mobilités et sur une lecture micro-sociologique des expériences de déplacement-dépaysement, racontées dans différentes productions par ses étudiants-stagiaires, transformés en narrateurs (parfois malgré eux). M.-F. Pungier a su se mettre à l’écoute de ses interlocuteurs dans une position certes en tension, mais grâce à laquelle elle a réussi à saisir le bouillonnement de vie et de contradictions.

Mais elle n’en reste pas là et c’est là que se situe le tournant paradigmatique de sa recherche par rapport aux travaux menés sur la mobilité étudiante (que ce soit au Japon ou ailleurs). L’originalité de notre chercheuse est d’avoir mobilisé les concepts et outils de l’histoire, tels que « fragments » et « traces », en en faisant des concepts opératoires, constituant une anthropologie du texte ou mieux une archéologie des écrits.

L’originalité de ce travail est sans conteste le choix de cette posture épistémologique inédite : le fait de convoquer à la fois une terminologie empruntée aux concepts et méthodes d’investigation de l’historien, de l’archéologue, en choisissant la notion de « fragments » pour les divers écrits des étudiants-stagiaires et celle de « traces », qu’elle réinvestit, comme un enquêteur, dans les analyses de ces productions fragmentées, revisitées au prisme de la micro-sociologie.

La majorité des chercheurs du domaine élaborent ad hoc un corpus, en recueillant le plus souvent des entretiens ou en sollicitant des récits de vie ou encore en observant les interactions au sein d’un groupe. Mais notre chercheuse a préféré partir des productions déjà existantes des étudiants, qui ont été demandées à différents niveaux de l’institution et à différents moments du séjour, chacun de ces écrits restituant, selon différentes modalités, les impressions et points de vue des étudiants sur cette première expérience d’immersion en France.

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Pour ce, elle a réuni un corpus constitué de différents supports « déjà-là » de restitution de l’expérience de deux promotions successives d’étudiants-voyageurs qui ont dû produire un certain nombre d’écrits exigés par différentes instances, comme : Portfolio et rapport pour obtenir la validation de son Unité de Valeur, journal de bord personnel pendant le séjour, journal de bord collectif, compte rendu d’expérience au retour pour les futurs candidats au stage (brochure), etc. Ce corpus n’est donc pas une simple collecte de données ni un simple support à des analyses.

Le pari de l’auteure est plus ambitieux : celui de mettre au jour les modalités de restitution d’expériences dans le cadre de ce séjour à l’étranger, qu’elle dénomme « écritures viatiques » telles qu’elles sont (pré)pensées ou (pré)conçues dans le contexte académique mais aussi selon les contextes et leurs traditions narratives (en Occident et au Japon). En d’autres termes, elle montre que les formats d’écriture et les matériaux narratifs sont enculturés (avec des héritages narratifs et des pratiques discursives académiques spécifiques) et sont donc codés dans tout environnement universitaire. Qu’en est-il donc de ces productions écrites dans le cadre d’un séjour de mobilité, lui-même institué et encadré ?

Face à cette complexité, comment va-t-elle procéder ? M.-F. Pungier considère ces fragments comme des bouts de récits de vie, des récits d’expérience en soi qui, au premier abord, s’avèrent épars et sont apparemment dissociés puisqu’ils ont des statuts différents pour des interlocuteurs différents (administratifs, enseignants, étudiants, etc.). À travers ces récits-fragments, elle va tâcher d’en appréhender les points communs, les spécificités, ainsi que les liens (aussi ténus soient-ils), qu’elle parvient à déchiffrer en analysant et confrontant les modes de restitution d’une production à une autre. Puis elle tâche de sonder progressivement les différentes couches de ces diverses productions, de repérer les traces qui restituent cette expérience sous des formes différentes et rédigées dans des espaces-temps différents (avant, pendant et après le séjour, au Japon avant le départ, sur place en France, dans l’entre-deux (avion) et au retour au Japon).

La chercheuse s’est ainsi penchée avec minutie sur les « apports » supposés de cette expérience d’un séjour intensif, en tâchant de comprendre ce qu’elle a pu représenter réellement pour chacun des étudiants et pour les groupes qu’elle a étudiés sur plusieurs années. Dans cette optique, elle nous a livré des lectures en profondeurs successives sur les rapports au français que ses narrateurs ont construits à travers leurs expériences d’apprentissage et de découverte qui ont pu contribuer à la ←16 | 17→construction-déconstruction de ces représentations et comportements en résistance mais aussi investis d’une mission distinctive par rapport à ceux qui sont restés « au pays ».

Ces (di)visions de « l’autre » s’inscrivent dans une France imaginée, déjà présente dans leur imaginaire à la fois personnel et collectif. De là émergent des représentations (souvent stéréotypées), points de vue, ressentis, qui se complètent ou se contredisent d’un « récit fragmentaire » à un autre. Elle met au jour des processus imperceptibles de transformations des points de vue et des postures au monde à travers des mini-rencontres, mini-événements et mini-confrontations aux réalités quotidiennes, qui paraissent aux stagiaires au premier abord banals, ordinaires. Par recoupements, elle va faire émerger des indices sur ces processus intimes, ces infimes transformations du regard et des comportements.

On voit bien l’évolution du cheminement de la pensée de l’auteure à travers son analyse des « traces » menée selon une approche qui s’organise en cercles concentriques, allant de l’identification et de l’interprétation de points de vue de surface au ressenti le plus enfoui, proposant une lecture entre les lignes. Elle fait des hypothèses sur ce que les étudiants-narrateurs improvisés disent de leur expérience en plein et en creux (sa trouvaille) et nous fait appréhender en quoi ces entre-lignes nous informent sur les marges de manœuvre, les détournements, les « échappées du moi », dans un cadre et un statut discursifs qui restent contraints à tous les niveaux. La chercheuse parvient à typifier les modalités d’occupation d’un espace scripturaire imposé à ces étudiants-scripteurs, leurs comportements d’engagement ou de désengagement, d’appropriation ou de retrait dans ces divers espaces contraints et préformatés.

Mais M.-F. Pungier ne se contente pas de ces analyses et va traquer d’autres traces, celles des va-et-vient entre dimensions personnelle, interpersonnelle (avec les « autres » du groupe japonais et les « autres » du pays visité) et institutionnelle, entre expérience imaginée, expérience vécue et expérience restituée, en enchâssement à différents degrés dans l’institution, au sein de leur « communauté discursive » afin d’en comprendre aussi les liens en confrontant les textes écrits dans des espaces-temps différents, en dévoilant au fur et à mesure le caractère palimpsestique de ces récits fragmentés mais formant un puzzle qu’il faut déchiffrer.

C’est avec ténacité et minutie qu’elle a pu saisir les articulations invisibles entre l’expression des intériorités et les extériorités sociales ←17 | 18→entre individu et institution, entre individu et société, pour en venir à cette conclusion étonnante : cette expérience de mobilité, certes à caractère initiatique, loin de développer la « connaissance de l’autre » et « l’ouverture au monde », comme les discours officiels ont tendance à le clamer, a d’abord et surtout permis à son retour l’intégration et la reconnaissance sociale de l’individu dans la communauté des adultes, doté d’un « capital distinctif », celui d’une épreuve du « voyage dans des contrées inconnues » dont il est rentré grandi et mûri.

Pour conclure, on peut constater que la chercheuse est allée bien au-delà d’une analyse distanciée du corpus et ne s’arrête pas à de nouvelles théories qui émergeraient du terrain : elle se situe dans une recherche-implication qui ouvre sur de nouvelles pistes théoriques et pratiques. Le « mythe de l’objectivité » qui surplombe la recherche académique actuelle au Japon (et ailleurs), notamment dans le domaine de la mobilité, des langues et des cultures, est remis en question par ce type de démarche.

La question des représentations stéréotypées se heurtant aux « réalités » du pays « imaginé » (le plus souvent idéalisé) n’est pas seulement propre aux Japonais en séjour en France. Tous les étrangers qui viennent faire des études au Japon ont également une expérience similaire. Mais ce que nous apporte cette recherche, c’est qu’elle met au jour le fait que les objectifs annoncés (amélioration de la langue et meilleure connaissance de la culture) ne correspondent pas vraiment à ce que vivent les étudiants sur place et au retour.

Dans ce sens, M.-F. Pungier a osé rompe avec les analyses « classiques » de l’expérience de mobilité, relayant le plus souvent les discours politiques et éducatifs, de l’expérience de mobilité comme « allant de soi », devant apporter de facto une « amélioration » à l’apprentissage de la langue et à la connaissance de la « culture de l’autre » et participant de facto à l’autonomisation « attendue » et à la transformation « immanquable » des individus en déplacement. Notre auteure s’est efforcée de mener le lecteur sur des voies jusque-là peu explorées… et ceci à partir d’une langue, le japonais, qu’elle manie avec suffisamment de maîtrise pour avoir pu analyser avec finesses les écrits des étudiants.

L’auteure va encore un peu plus loin dans son approche archéologique des écrits, en mettant à distance ses propres analyses. Ainsi, dans sa postface, elle fait l’hypothèse que, même si les encadrements ont pu changer, même si le lieu d’accueil a pu changer, ce ne sont pas tant des récits individuels d’expérience d’immersion à l’étranger qui émergent ←18 | 19→mais un récit social collectif de la mobilité, autour duquel se reconnaissent inconsciemment les acteurs et co-acteurs de la mobilité. Récit collectif circulant qui formerait un substrat discursif consensuel qui se suffirait à lui-même et qui semblerait échapper aux contingences du séjour à partir du moment où il est conçu dans un contexte académique spécifique et ancré dans une société spécifique. Davantage encore, l’auteure voit dans cette expérience de mobilité non pas tant les indices du changement de « l’étudiant-voyageur », de « l’étudiant-aventurier », que ceux de la réintégration de l’individu, devenu adulte, dans son groupe social d’origine, après en avoir été un moment écarté, mis à l’épreuve, dans cette zone de transit, cette zone liminale, ce rite de passage qu’est toute expérience hors de son groupe.

Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, elle n’oublie pas son rôle d’enseignante ni de responsable de l’encadrement de ce stage, et s’interroge sur les réinvestissements possibles de ces récits d’expérience de mobilité pour qu’elle ne reste pas un vain mot, un rapport dans un fond de tiroir, qu’elle soit transmise à d’autres étudiants mais pas sous sa forme convenue actuelle, soit une reconnaissance académique purement formelle. Notre chercheuse souhaite faire fructifier ce cheminement (herméneutique) du déplacement physique qui peut impliquer le déplacement de soi. Elle propose donc que cette expérience trouve sa place dans la formation avant, pendant et après le séjour à l’étranger, afin de lui donner sa raison d’être et du sens tant pour les individus formés (ou à former) que pour l’institution qui les forme.

Fait à Fribourg, le 16 février 2018 Fait à Yatsugatake, le 16 février 2018
Prof. ém. Aline Gohard-Radenkovic Prof. ém. Hideo Hosokawa
Université de Fribourg, Suisse Université de Waseda, Tokyo, Japon
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1 Note de Hideo Hosokawa pour mieux appréhender le contexte académique japonais : « Selon cette nouvelle donne [internationalisation du supérieur], l’Université de Waseda à Tokyo a joué un rôle majeur dans la formation en langue et culture japonaise des étudiants étrangers. En tant que nippologue et directeur du Centre des langues étrangères que j’ai fondé et dirigé pendant plus de dix ans, j’ai compris la nécessité de concevoir une didactique du japonais langue étrangère pour répondre aux besoins spécifiques des étudiants internationaux. Avec mon équipe, j’ai développé une démarche holistique dans l’accueil, la formation ainsi que dans le suivi de ces étudiants, et j’ai mis en place une formation des enseignants japonais à ces nouveaux enjeux et à cette nouvelle didactique où recherche et pratique s’alimentaient réciproquement. »

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

Une affaire d’État aux répercussions locales

À l’instar des membres du G8, mais aussi de l’ensemble des pays de l’Union européenne engagés ensuite dans le processus de Bologne1, le Japon a, depuis une vingtaine d’années, entrepris de repenser sa politique éducative en matière de mobilité étudiante (Oba, 2013 ; Pungier, 2017c)2, ce qui est analysé quelquefois ailleurs comme le signe de « sa diversification » (Garneau, 2006, p. 14), de « son institutionnalisation » (Garneau, 2006, p. 14 ; Garneau, 2007 ; Ballatore, 2007, p. 8 ; Ballatore, 2011), de sa massification réelle ou non (Ballatore, 2017), de sa marchandisation (Ballatore, 2017 ; Nafti-Malherbe et Palme, 2017). L’élément principal de cette nouvelle donne concernait dans un premier temps « le plan d’accueil de 100 000 étudiants étrangers », pour s’aligner ainsi, comme précisé officiellement, sur un pays comme la France3. ←23 | 24→Cet objectif a été atteint en 2003 et les rapports plus récents, bien que privilégiant toujours la dimension réceptive4, ont mieux intégré le principe de réciprocité du phénomène. L’internationalisation des campus japonais est devenue un nouveau mot d’ordre. La mobilité étudiante apparaît ainsi comme un « phénomène de société » à très grande échelle et aux multiples facettes5 : elle « s’adresse à des nouveaux publics, d’autres milieux socio-culturels, sans toutefois oublier qu’elle obéit aussi à des pressions socio-économiques et à des modèles de comportement » (Papatsiba, 2003, p. 1).

Pensant ainsi accroître ses chances de rester compétitif, le Japon promeut certaines pratiques éducatives valorisées ailleurs et envoie donc lui aussi ses étudiants à l’étranger. La primauté de l’anglais comme première langue étrangère avérée dans tout le système scolaire oriente très fortement les possibilités de mobilité académique vers les territoires anglophones6. Elles ne sont pourtant pas les seules. L’Université Préfectorale d’Osaka (ci-après UPO) offre ainsi à ses étudiants l’opportunité de participer à un séjour en immersion court, trois semaines environ, à l’Université de Cergy-Pontoise (ci-après UCP) (Terasako, 2004 ; Molinié et Pungier, 2007), de partir pour la France, dont Mariko Himeta (2006) pense qu’elle bénéficie d’une image paradoxale dans l’imaginaire japonais, « entre aspiration et refus » (p. 38).

Si cette expérience de mobilité courte se décline déjà en termes de moyen et de fin dans une situation d’enseignement-apprentissage linguistique locale, fragilisée par les réformes de l’enseignement supérieur, et qu’elle oriente ainsi des discours (Terasako, 2004), des pratiques ←24 | 25→quotidiennes de classe et des relations avec les apprenants (Pungier, 2007, 2008a, 2008b, 2009a, 2009b, 2010, 2011a, 2011b, 2012, 2014a), il lui manque pour être mieux comprise d’être abordée du côté de ce qu’en « disent » ses principaux acteurs, les stagiaires eux-mêmes.

Problématique

Les recherches antérieures menées dans le champ de la didactique des langues et des cultures étrangères sur des cas européens, en particulier celles qui se préoccupent des questions d’interculturel, de plurilinguisme et de pluriculturalisme (Gohard-Radenkovic et Zarate, 2004 ; Gohard-Radenkovic et Murphy-Lejeune, 2008 ; Zarate, Lévy et Kramsch, 2008), d’interculturalité ou de diversité (Abdallah-Pretceille, 2005, [1999] 2013, 2011 ; Dervin, 2008a, 2008b, 2008d, 2009a, 2009b, 2010a, 2010b, 2010c, 2011a, 2011c, 2017) et souvent menées à partir de méthodologies spécifiques – entretien biographique (Cain et Zarate, 2006), enquête, plus rarement matériel écrit (Papatsiba, 2002, 2003 ; Gohard-Radenkovic, Bera-Vuistiner et Veshi, 2003)– établissent qu’il ne suffit pas de se proclamer « mobile », d’expérimenter la mobilité pour transformer ses représentations de l’identité et de l’altérité, ses rapports à l’autre. N’est pas un étudiant-voyageur accompli qui veut : E. Murphy-Lejeune (2000, 2003, 2004, 2008a, 2008b), V. Papatsiba (2003), P. Kohler-Bally (2001), M. Anquetil (2006, 2012), et d’autres encore pointent à plusieurs niveaux les difficultés, les insuffisances ou les inégalités devant les expériences de mobilité académique longue, telles celles du programme Erasmus. Par ailleurs, dans bon nombre d’expériences européennes (et sauf exceptions comme Kohler-Bally, 2001 ; Gohard-Radenkovic et Kohler-Bally, 2005 ; Anquetil, 2006 ; Lepez, 2012), la mobilité à l’étranger paraît donnée comme allant de soi et ne suscite pas de mise en place de dispositifs spécifiques permettant des retours réflexifs sur l’expérience vécue, ni en amont, ni pendant, ni en aval du séjour.

Qu’en est-il de celle proposée par l’Université Préfectorale d’Osaka et par son partenaire français l’Université de Cergy-Pontoise ?

Entre mobilités européennes et japonaises, certains questionnements peuvent paraître de prime abord similaires en termes de démarches portant sur le doublet identité/altérité, et en même temps, d’autres diffèrent. Ainsi, puisqu’il s’agit d’une expérience se produisant dans un contexte franco-japonais, un certain horizon d’attente visant les relations ←25 | 26→avec autrui et sous-entendu par la construction d’une unité politique européenne (Papatsiba, 2003, p. 269) devient totalement caduc. À la place s’instaurent des relations dialectiques comme celle de la paire Japon/France, s’appuyant sur des bases historiques (Inalco, 1974 ; Kessler et Siary, 2009), ou bien, d’autres semblent accentuées comme celle qui concerne le couple « pays d’origine (ou Japon)/étranger », constituée à la base sur des considérations plus géophysiques (Pelletier, 1997).

Par ailleurs, l’expérience de mobilité construite par l’UPO se trouve inscrite de facto et à toutes les étapes dans un contexte institutionnel, ce qui génère de multiples contraintes pour ses acteurs : période et durée limitée du séjour ; emploi du temps et contenus linguistico-culturels préétablis pouvant donner lieu à l’obtention de crédits ; lieux d’enseignement-apprentissage et d’hébergement fixés d’avance (en région Île-de-France) ; présence d’accompagnateurs issus de l’institution ; composition d’un groupe de participants homogène, etc.

La question de l’intégration à la société d’accueil ne se pose donc pas, voire pas du tout, dans les mêmes termes que pour des étudiants en séjour long de mobilité et celle des contacts avec les « autochtones », avec ce que cela sous-entend d’effets et de conséquences espérés, souhaités, rêvés (progrès linguistiques, processus de maîtrise de savoir-faire, savoir-être en contexte socioculturel différent…), est liée aux possibilités offertes par l’institution : soit qu’elle organise des rencontres avec des Français, soit qu’elle ouvre des plages de « temps libre » que chaque stagiaire peut occuper à son goût, y compris dans celui de la recherche de contacts humains personnalisés. Les apprentissages et acquisitions linguistiques, culturels ou interculturels se trouvent aussi tributaires des compétences préacquises dans ces domaines et des représentations les conditionnant (Pungier, 2007), de la place qui est accordée à l’autre (Himeta, 2006 ; Pungier, 2011c, 2014a), imaginé ou réel, dans ces processus.

Mais comment en savoir plus sur cette expérience que nous avons considérée comme unique ? L’existence de productions écrites avant, pendant ou après le séjour (Pungier, 2008a), quelquefois même provoquées à notre demande, nos recherches exploratoires antérieures sur ces matériaux écrits (Pungier, 2008a) ou non (Pungier, 2007) dans le cadre de notre situation professionnelle (Molinié et Pungier, 2007, 2011), notre formation académique en histoire aussi, nous ont poussée à ne pas nous engager sur le chemin balisé d’un travail avec une méthodologie prédonnée ni à essayer de rattraper d’anciens stagiaires pris dans le tourbillon de leurs vies mais au contraire à emprunter une voie ←26 | 27→plus hasardeuse en focalisant sur les fragments et les traces de restitution laissés par les étudiants au moment de la réalisation de leur expérience de mobilité.

Dans cette recherche, nous nous intéressons aux sources issues des troisième et quatrième Séminaires de langue française et cultures francophones et disponibles pour les années 2007 et 2008, le choix de ces deux années étant dicté dans un premier temps par « le hasard des circonstances », soit la date de début de cette recherche (2008)7. Alors que nous possédions des documents pour les années 2005 et 2006, nous avons souhaité élargir l’échantillon de départ permettant d’aborder les questions de perception et d’expression de l’altérité et de l’identité, quoique dans le cadre d’une mobilité encadrée (voire « encadrante »). En 2008, en effet, les étudiants japonais ont bénéficié, pour la première fois dans l’histoire du stage, d’un week-end dans une famille française. L’année 2007 devenant alors l’autre terme de la comparaison, nous pouvions espérer y lire des transformations dans la manière de parler des Français et peut-être de soi et déterminer, par exemple, si des effets de « lissage de la trajectoire biographique » (Bertaux, 1986, cité par Gohard-Radenkovic, 2007a, p. 52) étaient perceptibles ou pas.

Par ailleurs, la présente recherche s’inscrit directement dans le prolongement de notre univers et de notre questionnement professionnels en didactique des langues et cultures (DLC). Mais il s’agit moins d’une recherche-action dans la mesure où les acteurs de l’expérience ne sont pas sollicités dans une perspective réflexive sur leurs agirs que d’une « recherche-implication » (Anquetil, 2006, p. 52) voire d’une « pratique-recherche » (Hosokawa, 2010, p. 127)8. La finalité de notre travail de recherche est le développement d’un environnement favorable à la mobilité et à la réflexivité sur cette expérience, favorisant chez nos étudiants des « enrichissements » multiples visibles (humains, interculturels, linguistiques) ou invisibles (intimes).

Dans cette recherche, nous souhaitons, à travers une approche socio-anthropologique, dégager des éléments permettant de développer dans le cursus de formation académique offert par l’UPO, dans l’amont et l’aval de son effectuation, voire pendant, une réflexion sur la notion de séjour ←27 | 28→court à l’étranger non pas seulement comme construction institutionnelle mais comme projet individuel et aussi comme travail d’initiation, ou mieux comme formation et prise de conscience de la complexité des sociétés, favorisant chez les étudiants une prise de distance avec l’expérience vécue, une capacité à observer et à analyser ce qui se joue dans les rapports avec les autres, et ce quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.

Questionnement de départ

C’est dans cette première appréhension de l’environnement d’origine de cette expérience de mobilité internationale encadrée courte que plusieurs séries de questions ont émergé concernant la manière dont les étudiants japonais expérimentent leur séjour dans ce contexte, que nous envisageons comme un lieu d’« hyper-contraintes », à propos desquelles il est aussi possible de se demander s’ils les acceptent ou non, jusqu’à quel point et comment.

Nous nous sommes d’abord demandé quelles étaient la nature et la forme (ou bien les natures et les formes) de cette expérience de séjour en immersion. Quels moments, quelles situations, quels objets, quels individus étaient-ils investis pour dire cette expérience de l’altérité dans un cadre construit institutionnellement ?

À partir de cette double interrogation, les perspectives de questionnement se dégageant de cette expérience de mobilité sont apparues pluridirectionnelles et extrêmement denses. Trois d’entre elles ont semblé constituer a priori la trame de l’objet de recherche abordé ici et l’ont nervuré : l’espace, le temps, les expériences, celles de soi et pour soi, celles des autres et celles des apprentissages.

Le stage commence d’abord par une expérience spatiale, c’est-à-dire qu’il correspond en premier lieu à un voire plusieurs déplacements dans et entre des espaces de référence ou de découverte. Mais quelle est la nature de ces espaces parcourus et investis ? En quoi diffèrent-ils de ceux qui ne le sont pas ? S’agit-il d’un ordre de réalité géopolitique ou imaginaire ? À certains moments, l’espace est découpé, figé, des « endroits » sont sélectionnés. Le regard s’y concentre, s’y arrête ; les pensées s’y condensent, s’y figent. Des lieux sont reconnus comme significatifs. D’autres le deviennent. Comment le quadrillage de l’espace, la sélection des lieux et leur l’occupation se construisent-ils et s’organisent-ils ? En vue de quels objectifs ?

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Tout en même temps, il s’agit aussi d’une expérience temporelle. Comme l’espace, le temps constitue un élément qui est investi, rempli. Parallèlement, il sert de critère d’étalonnage dans la mise en perspective de soi avec les autres. À partir de quelle(s) temporalité(s), les étudiants abordent-ils les espaces et les lieux de référence ou de découverte de leur séjour ? Des basculements de temporalité se produisent-ils ? Dans quelles conditions ? Pour quels effets ? Quels rapports entre soi et les autres se dégagent-ils alors ? Quelle dialectique pour le binôme identités/altérité dans le cas d’une relation franco-japonaise spécifique est-elle possible, vécue, ressentie, affirmée ?… ou tue ?

Mais si l’espace et le temps peuvent être considérés comme des éléments non seulement constitutifs mais déterminants pour la compréhension de l’expérience mobilitaire, le rapport qui les unit passe aussi par le mouvement des acteurs les traversant via des activités (d’ailleurs, ils ne peuvent être conçus qu’à partir de ces derniers). Or de quel ordre est l’expérience vécue ? Doit-elle être considérée comme une expérience ontologique individuelle, auquel cas elle touche au plus profond de l’individu et de « son identité », de « ses identités » ? Participe-t-elle à ouvrir la « mécanique » identitaire à l’œuvre dans chaque individu ou bien à la refermer pour assurer son unité ? L’expérience de mobilité constitue-t-elle un acte spécifique de socialisation ? Logiques individuelles et logiques collectives sont-elles repérables dans l’expérience de mobilité ? À quel degré ?

Enfin, l’expérience mobilitaire entre le Japon et la France induite par le stage se veut formative. Mais de quelle nature sont les « savoirs » escomptés ? Purement cognitifs ? Linguistiques ? Culturels ? Interculturels ? Esthétiques ? Émotionnels ? Autres ? À qui s’adressent-ils ? Les « savoirs » retirés de l’expérience s’insèrent-ils dans une dimension sociale collective ou individuelle ? Quelle part revient alors au linguistique et au culturel dans les « profits » retirés (s’il y en a) ? Quelles peuvent en être les conséquences pour le rapport pensé (ou non) de l’identité/altérité avant qu’il soit vécu et après ? Des modifications de celui-ci se font-elles jour ?

Ce questionnement foisonnant est celui auquel ont été soumises plusieurs séries de restitutions écrites produites par les stagiaires sur leur expérience mobilitaire en France. Il s’agissait de chercher des réponses dans des données d’une écriture, a priori, distanciée (temporellement, spatialement, humainement d’avec le moment de sa rédaction et de la lecture par d’autres). N’étaient-elles pas justement réifiées, devenant un lieu essentiel de cette expérience franco-japonaise ? Entre le vécu « brut » ←29 | 30→et les mises en mots figeant l’expérience, quels éléments – lieux, moments, individus, objets, faits – pouvaient-ils être sélectionnés par les étudiants et réellement couchés sur le papier, restitués, transmis ? Quels éléments survivaient à la distance temporelle et spatiale et pourquoi ?

Notre question de départ s’est alors condensée dans la formule suivante : en quoi consiste et que représente une expérience de mobilité encadrée courte, voire ultra-courte, en France pour des étudiants japonais d’après les productions écrites qu’ils en laissent ?

Organisation générale du travail de recherche

La première partie (partie I, « Les mobilités et leurs composantes ») offre un panorama géographique et culturel élargi de l’état des recherches sur la mobilité académique internationale et nous permet de resituer notre problématique dans ce contexte global (chapitre 1, « Recherches antérieures : un état des lieux »). La situation européenne apparaît ainsi comme un lieu privilégié d’observation et de réflexion dans le domaine mobilitaire, comme effet du phénomène Erasmus et de l’émergence des principes du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Nous l’avons complétée par une incursion dans l’aire nord-américaine et asiatique. Or nous constatons que, de tous côtés, le critère d’une certaine durée (six mois, un an ou plus) et celui d’un niveau minimum de maîtrise de la langue étrangère sont présupposés et qu’ils orientent les travaux dans le sens d’un questionnement sur les acquisitions (compétences, capitaux…) qui seraient consécutives voire inhérentes à l’expérience à l’étranger. Outre le fait qu’il s’agit souvent de mesurer les différences entre un avant et un après, que le changement est posé comme allant de soi, tout comme les enrichissements, nous observons que ces orientations épistémologiques, mais aussi celles, méthodologiques, qui s’ensuivent, ne peuvent pas permettre de comprendre une expérience de mobilité ultra-courte avec des étudiants ayant un « faible »9 niveau à communiquer langagièrement, ne se présentant pas dans un dispositif conceptualisé de l’amont à l’aval du séjour (à la différence d’expériences ou de recherches-actions menées à Hong-Kong, à Macerata (Italie), à Fribourg (Suisse)…).

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Si le questionnement de recherche et la première version de nos hypothèses que nous avons formulés dans notre introduction trouvent directement leur inspiration dans les travaux antérieurs examinés dans le premier chapitre et s’ils s’inscrivent bien dans ce cadre épistémologique général seul à même de permettre de comprendre les développements théoriques ultérieurs, nous situons cependant la spécificité de notre réflexion sur notre objet de recherche à l’intersection de deux axes : celui concernant la mobilité ultra-courte d’apprenants aux compétences limitées dans une langue étrangère donnée et celui de la restitution écrite de leur expérience de séjour.

Dès lors, dans cette partie, nous reprenons la question des notions qui peuvent être activées. L’examen attentif de celles de mobilité, d’individu, d’identité nous entraîne vers celle d’expérience (chapitre 2, « Des mobilités multiples : un nouveau paradigme ? »). Ne pouvant pas préjuger de toutes les possibilités offertes par les contenus de notre corpus, nous proposons alors de nous intéresser à la notion de situation d’expérience. Cette dernière se définit comme une totalité orientée. Cette double perspective – totalité et orientation – guide alors notre réflexion.

Ainsi, dans le chapitre suivant (chapitre 3, « La situation d’expérience de mobilité dans ses différentes réalisations »), nous proposons d’étendre et de concentrer la notion de situation d’expérience à sa dimension mobilitaire. Nous postulons alors l’existence d’une catégorie spécifique de situation d’expérience qui serait structurellement dynamisée par cinq éléments : la nation, l’institution académique, la jeunesse, le quotidien et l’ordinaire intriqués, le voyage à l’étranger. Après l’examen des spécificités de chacun de ces éléments, y compris dans certaines dimensions propres au Japon, nous essayons de dégager les formes d’expérience de mobilité auxquelles ils peuvent donner lieu, en particulier en vertu de leur degré d’intensité.

Nous avons alors déjà clairement posé que nous appréhendons notre objet de recherche comme un ensemble complexe et comme étant à la croisée de différentes entrées notionnelles. Cependant, il manque encore celle de la restitution de l’expérience. Cette dernière nécessite une réflexion approfondie car les mises en mots demandées dans un contexte de mobilité internationale encadrée empruntent à différents genres, récits de voyage ou écrits académiques, donc à différents tons dans l’écriture, celui de la liberté ou celui des contraintes, à différentes manières d’être devant l’écriture de restitution d’expérience de mobilité (chapitre 4, « Restituer une expérience de mobilité académique internationale : formats d’écriture ←31 | 32→et matériau narratif »). La première participe à alimenter une communauté de discours, ou communauté discursive, sur la seconde qui se développe à l’intérieur du cadre académique mais en étroite relation avec des discours produits « dans la société », donc avec des visées fonctionnelles élargies, dépassant la simple question de l’évaluation.

Dans la partie méthodologie qui suit (partie II, « Les données du terrain », chapitre 5, « Un itinéraire méthodologique »), nous évoquons d’abord les éléments de niveau macro, méso ou micro qui nous semblent structurer et distinguer le contexte de conception et de réalisation de cette recherche sur une expérience de mobilité académique entre Japon et France courte, c’est-à-dire que nous explicitons ce que nous appréhendons comme notre terrain de recherche. Nous décrivons alors notre corpus, qui comprend plusieurs séries d’écrits relatant les expériences de séjour en 2007 et 2008, et le cheminement auquel il nous a obligée dans le champ de la recherche qualitative en DLC. En effet, ayant volontairement choisi de ne pas interroger directement les étudiants mais d’essayer de comprendre ce que signifiait pour eux le Séminaire de langue française et de cultures francophones à travers des écrits qu’ils en avaient laissés, nous avons été confrontée de manière assez aiguë à la question du mode d’analyse approprié à notre questionnement et à notre corpus. Ayant opté pour une observation de fragments dans lesquels nous posons pouvoir repérer des traces en plein et en creux manifestant l’appréhension de leur expérience par les stagiaires, nous examinons alors le potentiel heuristique de ces notions analytiques.

Résumé

Pourquoi des étudiants japonais décident-ils de participer à un stage de langue et de culture, organisé par leur université, en France ? Quelles significations donnent-ils aux expériences qu’ils y font ? Pour comprendre les éléments qui structurent une expérience de mobilité académique courte entre Japon et France, l’auteure de l’ouvrage, s’engageant dans une recherche-implication, se penche sur plusieurs séries de restitutions d’expérience produites, sur prescription institutionnelle, par des étudiants-voyageurs avant, pendant ou après leur séjour en France. Elle prend le parti de développer son analyse, relevant d’une approche qualitative, autour de la nature fragmentaire des récits recueillis et d’y rechercher les traces qui dénotent, malgré la variété des supports et des formats d’écriture, la cohérence de l’ensemble. Explorant le rôle joué par ces écrits de restitution dans ce qu’elle nomme une « situation d’expérience de mobilité », elle met au jour l’existence d’un métarécit de l’expérience de séjour à l’étranger : celle-ci ne se jouerait-elle pas alors plus au Japon qu’en France ?

Notes biographiques

Marie-Françoise Pungier (Auteur)

Après plusieurs expériences de fouilles archéologiques, un Diplôme d’études approfondies en histoire médiévale (Université de Caen) et des débuts comme enseignante d’histoire-géographie, Marie-Françoise Pungier s’est spécialisée en Français langue étrangère au Japon. En 2014, elle obtient un doctorat en Plurilinguisme et didactique des langues étrangères à l’Université de Fribourg en Suisse. Professeure à l’Université Préfectorale d’Osaka, elle s’intéresse à la mobilité académique, à l’imaginaire des étudiants japonais sur la France et explore de nouvelles formes de restitution d’expérience de mobilité.

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Titre: De fragments en traces