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Retours gagnants

De la sortie sans diplôme au retour diplômant

de Bertrand Bergier (Auteur)
©2022 Monographies 234 Pages
Série: Exploration, Volume 198

Résumé

N’est-il pas étonnant de voir des jeunes qui étaient
pour certains dans une relation d’étrangeté sinon
d’hostilité à l’École, qui avaient rompu avec celle-ci,
jurant – un peu tôt – qu’on ne les y prendrait plus,
revenir aux études, s’y tenir, et obtenir une première
diplomation, faisant de ce retour un retour
(académiquement) gagnant ? L’improbable incarné
constitue une figure stimulante pour le chercheur
à condition toutefois de ne pas céder à l’illusion
héroïque ou à la tentation de l’exception méthodologique
(Dobry). La probabilité d’apparition de
l’improbable n’est pas distribuée au hasard des
appartenances et des conditions sociales et contextuelles.
Pour le dire dans un langage plus familier,
n’importe quoi (d’ordinaire ou d’extraordinaire)
n’arrive pas à n’importe qui, dans n’importe quel
contexte.
L’auteur s’aventure sur les terrains empiriques en
jouant sur le qualitatif et le quantitatif, en se donnant
les moyens d’avoir du qualitatif en quantité.
Il analyse ainsi les récits de parcours de 215 jeunes
(16-30 ans). À bas bruit ou tonitruante, leur sortie
sans diplôme ne scelle pas leur destin scolaire, mais
ouvre une période hors les murs qu’il convient de
caractériser, non de pathologiser en la réduisant à
un ensommeillement de la pensée ou à un comas
intellectuel. Il dévoile les facteurs dispositionnels
et contextuels qui mettent les jeunes sur le chemin
du retour. Avéré, celui-ci ne préjuge pas de la
persévérance scolaire. Aussi étend-il la recherche
aux conditions permettant le maintien. En fait, il
s’agit de ne pas isoler le processus de sortie sans
diplôme des processus de retour et maintien aux
études. Si le premier peut contenir les germes d’une
reprise d’études, les seconds peuvent charrier les
conditions d’une nouvelle interruption.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Sommaire
  • Introduction
  • Chapitre 1 De la sortie non diplômante de l’École
  • Chapitre 2 La période hors les murs de l’école
  • Chapitre 3 Ce qui favorise le retour aux études
  • Chapitre 4 Ce qui favorise le maintien aux études
  • Chapitre 5 Les retours et maintiens avortés
  • Pour ne pas conclure Éric Flavier
  • Références bibliographiques
  • Table des matières
  • Titres de la collection

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Introduction

À quelles conditions des jeunes (16–30 ans) ayant quitté l’École sans diplôme, y retournent, s’y maintiennent et obtiennent leur premier titre académique ?

L’objectif de cette recherche – et de cet ouvrage – est de contribuer à une meilleure compréhension de ces retours diplômants. Ce qui implique, en amont, de documenter : a) les raisons de leur décrochage, b) les caractéristiques de la période d’interruption, et, pour certains, c) les tentatives avortées de reprise ou de maintien.

Une population méconnue

La sortie précoce, sans diplôme, de l’École n’a pas toujours fait problème. Bien au contraire. Elle a pu constituer une solution pour répondre au besoin de main d’œuvre familiale, une condition pour saisir les opportunités d’insertion professionnelle qu’offre une société du plein-emploi (Glasman, 2004).

Il en va autrement quand la croissance économique marque le pas, quand se rigidifie le marché du travail, et sévit le chômage d’insertion (Barret, Ryk & Volle, 2014). Dans un tel contexte, pour les individus n’ayant pu bénéficier de « la première chance », la sortie sans diplôme de l’école s’avère pénalisante à plus d’un titre.

En termes d’accès à l’emploi : le taux de chômage des sortants non-titrés académiquement est plus élevé que celui de leurs pairs diplômés (Khouaja & Moullet, 2016). Cette inégalité s’étend aux emplois à bas niveau de qualification : les détenteurs d’un CAP ou d’un BEP concurrencent avec succès les sans diplômes (Zaffran & Vollet, 2018).

En termes de type d’emploi occupé et de rémunération : de nombreux temps partiels subis et un faible niveau de salaire (Plunus, 2011; Stevanovic, 2018).

En termes de maintien dans l’emploi : « Dans tous les pays de l’OCDE, […] un niveau de formation plus élevé […] augmente la probabilité de garder son emploi en temps de crise économique »1.

Le diplôme exerce un « tel effet de classement sur le marché de l’emploi que sa dévaluation relative va de pair avec sa nécessité absolue » (Barrère, 2004, para. 9).

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Les conséquences ne se limitent pas à la sphère de l’insertion professionnelle. Les sortants sans diplôme sont, plus que d’autres, exposés à des problèmes de santé physique (tabagisme, obésité) et mentale (Bourdon & Bélisle, 2014 ; Paul & Moser, 2009). Par ailleurs, l’absence de tout couronnement académique est, en elle-même, socialement dévalorisante et marginalisante dans une société des diplômes (Millet & Moreau, 2011) faisant du titre scolaire une norme à satisfaire.

Les conséquences de ces sorties sont individuelles, mais aussi collectives. D’un point de vue économique, « le décrochage génère des coûts importants pour la société. Le coût du décrochage pour une personne tout au long de sa vie a été estimé à 230 000 euros par le cabinet BCG : Boston Consulting Group (en 2012)2 ». « Les décrocheurs scolaires ont des revenus fiscaux moins élevés. Leur faible participation à la production et à la redistribution économiques fait supporter aux services publics une charge plus lourde que celle des jeunes en formation ou ayant un emploi. […] le manque à gagner, pour les États membres de l’Union Européenne, a été estimé à […] 153 milliards d’euros en 2011 » (Zaffran & Vollet, 2018, p. 30). « À ce manque à gagner [pour les finances publiques] il faut ajouter des coûts liés à l’utilisation de services d’aide sociale, des dépenses en soins de santé, en moyenne plus élevées […] » (Plunus, 2011, p. 195).

Au regard des dommages tant individuels que sociétaux du décrochage avéré, il devient socialement pertinent d’élucider les conditions d’un retour diplômant. Cette thématique, comme en témoigne entre autres le développement des structures de retour aux études3, s’insère dans les préoccupations des praticiens de l’éducation et de l’accompagnement des jeunes – tels les coordinateurs et enseignants de Lycée Nouvelle Chance, les conseillers d’orientation, les conseillers des Missions locales – et des décideurs, au rang desquels les recteurs d’académie, la direction générale de l’enseignement scolaire (Gagnon et Brunel, 2005).

De nombreuses études ont été consacrées au processus multifactoriel4 du décrochage et, dans une moindre mesure, aux actions engagées pour « lutter » ←10 | 11→contre celui-ci. Les travaux scientifiques portent davantage (Delahaye & Weixler, 2017) sur les approches « préventives » que « curatives » du phénomène. Quand toutefois les recherches s’intéressent à ces dernières (Zaffran, 2015a ; Zaffran & Vollet, 2018), elles privilégient pour objet les dispositifs visant l’insertion sociale et professionnelle (Epide, E2C)5. C’est dire que les études consacrées aux retours diplômants6 se tiennent, en France, en queue de comète (Doray, Kamanzi, Laplante & Constanza Street, 2012 ; Melin, 2019 ; Pirone, 2018). À examiner de plus près ces productions – rares et précieuses – elles concernent un public délimité par des dispositifs dédiés au « raccrochage ». Ainsi, Melin (2019) étudie les expériences des jeunes accueillis au micro-lycée de Sénart (MLS), Vollet (2016) le parcours de 25 jeunes fréquentant les structures de retour à l’école de l’Éducation nationale (SRE). Or la carte des retours dévoile d’autres possibles. Les reprises académiques peuvent emprunter des chemins à l’écart de la forme scolaire traditionnelle mais non ouverts spécifiquement à un public de décrocheurs (par exemple : la capacité en droit, le diplôme d’accès aux études universitaires). Elles peuvent également s’opérer par des voies institutionnelles dont le classicisme scolaire (lycée d’enseignement général) prend à contrepied l’idée même de dispositif. D’où l’importance d’une recherche ne laissant pas le soin aux seuls dispositifs de délimiter la population des faisant retour.

Résumé des informations

Pages
234
Année
2022
ISBN (PDF)
9782807618855
ISBN (ePUB)
9782807618862
ISBN (MOBI)
9782807618879
ISBN (Broché)
9782807618848
DOI
10.3726/b19088
Langue
Français
Date de parution
2021 (Novembre)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2022. 234 p., 36 ill. n/b.

Notes biographiques

Bertrand Bergier (Auteur)

Bertrand Bergier est professeur à l’Université catholique de l’Ouest à Angers, professeur associé à l’Université de Sherbrooke, collaborateur scientifique à l’Université de Nantes.

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