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Grandeur et splendeur de Tenochtitlan avant la conquête espagnole

by Éric Roulet (Volume editor)
©2026 Edited Collection XII, 316 Pages

Summary

Depuis leur débarquement sur la côte du Mexique, au mois d’avril 1519, Cortés et ses hommes n’ont eu de cesse de vouloir gagner la grande ville de Tenochtitlan dont on leur vantait la grandeur, la puissance et la richesse. Quand, après un long périple émaillé de nombreux épisodes guerriers, ils atteignent enfin la cité en novembre 1519, sa splendeur les émerveille. Tenochtitlan résume à elle seule tout le monde qu’ils découvrent, elle en est l’essence et un condensé.
Ce livre invite à se replonger dans la magnificence de Tenochtitlan au moment de l’arrivée des Espagnols en conviant archéologues, codicologues, historiens et ethnologues à faire le point sur les connaissances sur la ville et sa place dans le monde aztèque.

Table Of Contents

  • Couverture
  • Page de titre
  • Page de droits d’auteur
  • Table des matières
  • Liste des figures
  • Introduction Tenochtitlan, un mythe, une histoire (Éric Roulet)
  • Première Partie Tenochtitlan, la ville
  • Tenochtitlan en una laguna, un desafío superado (José Luis de Rojas)
  • México en una laguna
  • El abastecimiento de la ciudad
  • El mercado
  • La gente y su día a día
  • Conclusión
  • Contrôler les eaux, maîtriser les dieux : les constructions hydrauliques de Mexico-Tenochtitlan (Fiona Pugliese)
  • L’aqueduc de Chapultepec
  • L’aqueduc d’Acuecuexco
  • Inauguration et rituels
  • L’accueil du roi Ahuizotl
  • L’inondation de 1499
  • Un lieu de culte dedie a Chalchiuhtlicue dans le lac de Texcoco ?
  • Conclusion
  • La vocation lacustre de Mexico-Tenochtitlan (Patrick Johansson K.)
  • Considérations épistémologiques
  • L’univers lacustre de Mexico-Tenochtitlan en 1521
  • L’eau douce et l’eau salée dans l’iconographie
  • Le contrôle des eaux des lacs
  • L’insularité axiale de Mexico-Tenochtitlan
  • Atezcatl « le miroir d’eau »: le lac
  • La composition retrospective des faits
  • L’oméga et l’alpha
  • Les termes constitutifs de la hiérophanie
  • La rétrospection mythologique
  • Aztlan et Mexico-Tenochtitlan
  • Aztlan : le modele lacustre et insulaire
  • Aztlan : l’utopie insulaire
  • L’eau et feu à Aztlan
  • Le figuier de Barbarie et le point d’eau
  • Tenoch(tli) itlan : un complément circonstanciel sans référent
  • La gestation mythologique du figuier de Barbarie tenochtli
  • Le tenochtli et le cœur sacrifié de Copil
  • Le référent nominal du complément : mexco
  • Mēxco : considérations étymologiques
  • De Mēxco a México : une épenthèse
  • L’immersion d’Axoloa dans le point d’eau : mēxco
  • Axoloa et l’axolotl
  • Quetzalcoatl et Xolotl : les jumeaux
  • L’étoile du soir et l’étoile du matin
  • L’individuation de l’eau en pluie
  • Xolotl mort dans un point d’eau
  • L’axolotl, Xolotl et Tlalloc
  • L’animal et le dieu
  • Conclusion
  • La ville derrière le mythe : Tlachtonco, Chapultepec et la rencontre entre Motecuhzoma et Huemac (Elena Mazzetto)
  • Entre sources, lagune et terre : nouvelles données sur le Tlachtonco
  • L’eau et la guerre dans les cultes de Chapultepec
  • La vallée où jaillit l’eau
  • Conclusion
  • Las otras batallas por Tenochtitlan y la estrategia mexica por la defensa de la cuenca de México (Marco Antonio Cervera Obregón)
  • La inteligencia estratégica y militar mesoamericana
  • La batalla de Tepeaca
  • Las batallas por los bergantines
  • La batalla final, el asalto a Tenochtitlan
  • Conclusión
  • Deuxième Partie Tenochtitlan, au cœur de l’ « empire » mexica
  • Tenochtitlan bajo dominio tepaneca: lo que oculta el mito fundacional (Carlos Santamarina Novillo)
  • La historia mítica de la fundación de Tenochtitlan
  • La hegemonía de Azcapotzalco: 1370-1428
  • La guerra tepaneca: una crisis de crecimiento para el imperio azteca
  • La historia oficial tenochca
  • Conclusión
  • Trois pierres d’éternité : La Pierre du Soleil, la Pierre de Tizoc et la Coatlicue (Jean-Paul Duviols)
  • La pierre des sacrifices ou Pierre de Tizoc
  • La Pierre du Soleil
  • Coatlicue
  • L’exposition de William Bullock
  • De Teoyaomique à Coatlicue
  • La Coatlicue, source d’inspiration artistique au XXe siècle
  • Conclusion
  • L’asservissement du Chalco par Tenochtitlan, illustration de la logique impériale plurielle des Aztèques (Jacqueline de Durand-Forest)
  • Chronologie des événements selon Chimalpahin
  • Interprétation : la guerre nourrit la conquête
  • Conclusion
  • De la découverte de Tenochtitlan par les conquistadores à sa renaissance espagnole (1519-1535) (Bernard Grunberg)
  • La découverte de la capitale des Aztèques
  • La reconstruction de Mexico
  • Conclusion
  • Troisième Partie La mémoire de Tenochtitlan
  • Les réappropriations de l’écriture du sacré préhispanique du Templo Mayor dans l’implantation du couvent San Francisco de Mexico au début du XVIe siècle (Morgane Thro)
  • L’organisation spatiale de San Francisco de Mexico
  • L’architecture franciscaine de conversion
  • Conclusion
  • Description et éloge de Mexico par Cervantes de Salazar ou l’absence de Tenochtitlan (Patrick Lesbre)
  • Mexico, une ville espagnole digne de louanges
  • Mexico égale ou supérieure aux villes espagnoles
  • Mexico égale ou supérieure aux villes de l’Ancien Monde
  • Mexico égale ou supérieure à la Rome antique
  • Un passé préhispanique quasi absent
  • Un passé préhispanique quasi absent du 2e Dialogue
  • Chapultepec dans le 3e Dialogue
  • Coutumes indiennes à charge ?
  • Des évocations de coutumes sans charge négative
  • Des coutumes discrètement à charge
  • Indiens secondaires ou absents
  • Evangélisation
  • Enseignement
  • Indiens utilitaires
  • Une vision négative des Amérindiens
  • Conclusion
  • L’ombre de Tenochtitlan (Julian Montemayor)
  • Conclusion
  • Dieux terribles et rites sanglants : Tenochtitlan dans l’imaginaire européen (XVIe-XVIIIe siècles) (Élisabeth Trufin)
  • L’Amérique, empire du Diable
  • L’œuvre de José de Acosta
  • Les rites aztèques dans les Grands Voyages
  • Les dieux aztèques dans De Nieuwe en Onbekende Weereld
  • Les dieux et les rites aztèques dans les cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde
  • Conclusion
  • À la recherche de Tenochtitlan. Les voyageurs européens sur les traces du passé indigène de l’ancienne cité mexica au XVIe siècle et au XVIIe siècle (Éric Roulet)
  • Le site de l’ancienne Tenochtitlan
  • La visite de la ville
  • Les canaux
  • Les ouvrages
  • Les anciens bâtiments de Tenochtitlan
  • Les chaussées
  • Les aqueducs
  • À la recherche du passé
  • Les monolithes
  • Les vestiges du passé indigène
  • Regards sur les autochtones
  • Conclusion
  • Épilogue (Éric Roulet)
  • Bibliographie sélective
  • Liste des auteurs

Figures

Figure 1 : Cortés, Malintzin et les Tlaxcaltèques voguant sur les eaux douces et salées du lac (Lienzo de Tlaxcala, pl. 45, détail). Copie de 1773. Domaine public

Figure 2 : L’eau douce (Codex Borgia. Ms. de la Bibliothèque apostolique vaticane, pl. 65). Fac-similé 1898

Figure 3 : L’eau salée (Codex Borgia. Ms. de la Bibliothèque apostolique vaticane, pl. 20). Fac-similé 1898

Figure 4 : La spirale bleue de l’eau douce et la grecque rouge de l’eau salée (Historia Tolteca Chichimeca. Ms. de la Bibliothèque nationale de France, fol. 16v)

Figure 5 : Les derniers combats sur l’eau (Lienzo de Tlaxcala, pl. 42, détail). Copie de 1773. Domaine public

Figure 6 : Aztlan (Codex Boturini. Ms. du Museo de Antropología e Historia de México, pl. I). Domaine public

Figure 7 : La convergence des diagonales liquides dans un carré d’eau (Codex Mendoza, fol. 2r). Avec l’aimable autorisation de The Bodleian Libraries, University of Oxford, MS. Arch. Selden. A. 1

Figure 8 : Le changement vestimentaire (Códice Matritense. Ms. de la Real Academia de la Historia, fol. 51r)

Figure 9 : Chimalpopoca et le glyphe gentilice stylisé des Mexicas (Codex Xólotl. Ms. de la Bibliothèque nationale de France, pl. 7, détail)

Figure 10 : Xolotl sacrifié dans le point d’eau et Tlalloc (Codex Borgia. Ms. de la Bibliothèque apostolique vaticane, pl. 38). Fac-similé 1898

Figure 11 : Le soleil couchant et Xolotl sous les traits de Tlalloc (Tonalamatl de Aubin, pl. 16)

Figure 12 : Tlalloc

Figure 13 : Axolotl

Figure 14 : Motecuhzoma Xocoyotzin rejoint le Tlachtonco ou le Cincalco dans un bateau, accompagné par trois bossus (Atlas Durán, fol. 192r). Dessin de l’auteure

Figure 15 : Carte de la vallée de Mexico en 1519 avec les espaces mentionnés dans le texte (Dessin de l’auteure à partir de Esther Pasztory, Aztec Art, New York, Harry N. Abrams, 1983)

Figure 16 : El águila sobre el nopal que señala el lugar para la fundación de Tenochtitlan (Códice Tovar, fol. 91v). Avec l’aimable autorisation de la John Carter Brown Library

Figura 17 : La entronización de Acamapichtli en Tenochtitlan por orden de Tezozomoc de Azcapotzalco (Codex Azcatitlan. Ms. de la Bibliothèque nationale de France, lámina XIII)

Figure 18 : Plan de Cortés. Avec l’aimable autorisation de la John Carter Brown Library

Figure 19 : Centre cultuel de Tenochtitlan (Fray Bernardino de Sahagún, Primeros memoriales, liv. VI, fol. 269 r)

Figure 20 : Pierre des sacrifices (Codex Durán, fol. 70v)

Figure 21 : Pierre de Tizoc. Dessin à la plume et au lavis Luciano Castañeda du relief de la partie supérieure et d’un fragment du relief latéral. Domaine public

Figure 22 : Jean-Frédéric Maximilien de Waldeck (1766-1875), Reconstrucción ideal de una ceremonia prehispánica. Ideal Reconstruction of a Pre-Hispanic Ceremony c 1826-1836. Provenance: collection particulière. Colección Museo Soumaya. Fundación Carlos Slim, Ciudad de México, Mexique

Figure 23 : La Pierre du Soleil. Relief en basalte (Alexandre de Humboldt, Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènes de l’Amérique, Paris, F. Schoell, 1810, pl. XXIII, p. 125)

Figure 24 : Coatlicue (Antonio de León y Gama, Descripción histórica y cronológica de las dos piedras. 2e éd., Mexico, Imprenta del Ciudadano Alejandro Valdes, 1832)

Figure 25 : L’exposition de William Bullock. Domaine public

Figure 26 : Saturnino Herrán, Nuestros dioses antiguos, n° 1 ; Coatlicue, 1914. Crayon et aquarelle (Collection INBA, Museo de Aguascalientes). Avec l’aimable autorisation de la Fundación Cultural Saturnino Herrán A.C

Figure 27 : Mexico-Tenochtitlan à la veille de la conquête

Figure 28 : Les quatre quartiers de Mexico (Codex Osuna, fol. 8v, vers 1565)

Figure 29 : Diego Valadés, Rhetorica christiana, Pérouse, Apud Petrumiacobum Petrutium, 1579, p. 207

Figure 30 : Les dieux du Templo Mayor (Codex de Florence. Ms. 218-220 de la collection Palatina de la Biblioteca Medicea Laurenziana, liv. XI, fol 240v). Dessin ER

Figure 31 : « De la manière dont on sacrifiait les hommes » (Codex Durán, fol. 238)

Figure 32 : Le Diable, maître des Amériques (détail), par Théodore de Bry (Frontispice de l’Americae par quarta. Sive, insignis e admiranda historia de reperta primúm Occidentali India á Christophoro Columbo anno M. CCCCXCII scripta ab Hieronymo Bezono Mediolanense…. Francfort, 1594)

Figure 33 : « Des horribles sacrifices humains que les Mexicains pratiquèrent », par Théodore de Bry (Novis orbis pars duodecima, Francfort, 1624, fol. 111v)

Figure 34 : « D’une autre sorte de sacrifices humains que les Mexicains pratiquaient », par Théodore de Bry (Novis orbis pars duodecima, Francfort, 1624, fol. 116v)

Figure 35 : Sacrifice gladiatorial (Codex de Florence. Ms. 218-220 de la collection Palatina de la Biblioteca Medicea Laurenziana, liv. IX, fol. 7r). Dessin ER

Figure 36 : L’ixiptla de Tezcatlipoca (Codex de Florence. Ms. 218-220 de la collection Palatina de la Biblioteca Medicea Laurenziana, liv. II, fol. 30v). Dessin ER

Figure 37 : Huitzilopochtli d’après Jacob van Meurs (Pub. dans Arnoldus Montanus, De Nieuwe en Onbekende Weereld, Amsterdam, Jacob van Meurs, 1671, entre les p. 220 et 221). Domaine public

Figure 38 : Huitzilopochtli (Codex Tovar, fol. 120). Avec l’aimable autorisation de la John Carter Brown Library

Figure 39 : Tezcatlipoca d’après Jacob van Meurs (Pub. dans Arnoldus Montanus, De Nieuwe en Onbekende Weereld. Amsterdam, Jacob van Meurs, 1671, p. 223). Domaine public

Figure 40 : Tezcatlipoca (Codex Tovar, fol. 124v). Avec l’aimable autorisation de la John Carter Brown Library

Figure 41 : Sacrifice des captifs, par Bernard Picart (Pub. dans Jean-Frédéric Bernard, Antoine Augustin Bruzen de La Martinière, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde. Nouvelle édition, Amsterdam/Paris, Laporte, vol. 2, 1783, pl. 89)

Figure 42 : Tezcatlipoca, par Bernard Picart (Pub. dans Jean-Frédéric Bernard, Antoine Augustin Bruzen de La Martinière, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde. Nouvelle édition, Amsterdam/Paris, Laporte, vol. 2, 1783, pl. 87)

INTRODUCTION Tenochtitlan, un mythe, une histoire

Éric Roulet

Université Littoral Côte d’Opale

« Lorsqu’on posa les premiers fondements de cette ville, ce fut près d’une grosse pierre ou d’un rocher qui était au milieu du lac, et au pied de ce rocher il y avait un de ces arbres de nopal, d’où vient que Mexique a pour armes un arbre de nopal qui sort du pied d’un rocher, suivant l’étymologie du premier nom de la ville Tenochtitlan », raconte le dominicain anglais Thomas Gage1.

C’est en 1325, si l’on suit la tradition, qu’un groupe de gens venant de la lointaine Aztlan, leur patrie au nord du Mexique actuel, et guidé par leur dieu tutélaire Huitzilopochtli « le colibri de la gauche », arrive après une longue pérégrination sur les bords de la lagune et fondent Tenochtitlan, marquant ainsi le territoire de leur empreinte2. La ville a un caractère unique entre terre et eau. Elle grandit progressivement et s’embellit au fur et à mesure de l’affirmation des Aztèques ou plutôt des Mexicas comme ils se définissaient eux-mêmes. Cela ne se fait pas sans heurts. Car il leur faudra s’imposer dans un monde très concurrentiel dans lequel les cités-États rivalisent pour imposer leur domination sur tout le Mexique central. Les débuts sont rudes. Derniers arrivés, ils sont tour à tour soumis aux uns et aux autres. Ils donnent des guerriers aux seigneurs locaux, dont ils représentent une force d’appoint. Mais leurs prétentions et leurs appétits s’affinent. Au XVe siècle, les Mexicas s’affranchissent des liens qui les soumettaient et entreprennent grâce à des alliances choisies des conquêtes afin d’étendre leur emprise sur toute l’Amérique moyenne au milieu du siècle. La première partie du Codex Mendoza confectionné au XVIe siècle à la demande du vice-roi Antonio de Mendoza pour l’empereur Charles Quint, raconte les nombreuses villes prises depuis le souverain Acamapichtli3. Itzcoatl et Motecuhzoma Ilhuicamina affirment la puissance de l’État. Leurs successeurs poursuivent leur volonté d’expansion et de domination, tout en prenant le soin de s’accorder avec ceux de Texcoco et de Tlacopan pour former une alliance dont ils assurent cependant la réelle conduite4. Les registres du tribut montrent l’extraordinaire diversité des produits versés par les peuples et les cités soumise qui arrivent tous à Tenochtitlan. C’est un vaste entrepôt à ciel ouvert où tous les produits de la Mésoamérique arrivent pour être échangés. Mais les Mexicas dans leur soif d’expansion se heurtent dans l’ouest à la résistance des Tarasques du Michoacan et dans le nord les tribus chichimèques semi-nomades contrarient leur progression.

Les chants anciens célèbrent la force de la cité. Un chant de guerre ou yaocuicatl dit ainsi :

La ville s’étend par cercles d’émeraudes :

Éblouissante Mexico, pareille au plumage du quetzal !

Partout passent en barque les guerriers,

Comme une brume fleurie sur la nation5.

Tenochtitlan compte probablement 250/350 000 habitants au début du XVIe siècle et figure comme l’une des plus grandes métropoles du monde. L’autorité du souverain Motecuhzoma Xocoyotzin, qui monte sur le trône en 1502, s’exerce sur un vaste territoire de près de 400 000 km2 de l’Atlantique au Pacifique, du haut plateau central à l’isthme de Tehuantepec, pour accueillir, peut-être, d’après les estimations hautes une population d’une vingtaine de millions d’habitants. La renommée de Tenochtitlan dépasse le Mexique central. Les relations avec les cités mayas sont attestées6. Il existe à cette époque tout un circuit de circulation des objets. Ils voyagent, certains sont même retrouvés très loin de leur lieu de production. Tenochtitlan est alors au sommet de sa puissance. Mais nous pourrions philosopher avec Thomas Gage quand il poursuit : « l’on peut remarquer, que lorsque les royaumes fleurissent le plus, c’est lorsqu’ils sont près de leur ruine, ou du moins de changer de seigneur, comme il parait par l’histoire de Motecuhzoma, dont la gloire et la magnificence présagèrent la ruine de cette ville et de ses habitants »7. De bien sombres nuages s’amoncellent en effet dans le ciel.

La richesse de Tenochtitlan est bien connue de ses voisins avec qui elle entretient des relations. Et quand les Espagnols de l’expédition de Juan de Grijalva entrent au Tabasco en 1518, ils en entendent parler pour la première fois. Bernal Díaz del Castillo rapporte ainsi, en prétendant avoir participé à cette expédition, que les Indiens rencontrés leur disaient « que plus loin, dans la direction du soleil couchant, il en existait beaucoup ; et ils ajoutaient : “Culua, Culua, Mexico, Mexico”, sans que nous sussions encore ce qu’était Culua ni même Mexico »8. Les entreprises de conquête des Espagnols trouvent leur inspiration dans ces quelques mots. Des promesses. Des espoirs.

Pour nous faire une idée de l’éclat incomparable de cette ville, il faut relire les témoignages des conquistadores qui entrent dans Tenochtitlan le 8 ou le 9 novembre 1519, Hernán Cortés en tête, quelques mois après leur débarquement sur la place de Chalchiuhquayecan sur la côte du golfe du Mexique. Ils donnent à voir au monde la splendeur de la civilisation des Mexicas. Ils sont éblouis. Ils ne s’attendaient pas à pareille merveille. Et Cortés ne peut en dire toute l’étendue :

pour rendre compte […] de la grandeur des choses extraordinaires et superbes de cette grande ville de Tenochtitlan et de la magnificence du service de Moctezuma, son souverain, et des rites et cérémonies de cette nation, de l’ordre qui règne dans le gouvernement de cette capitale, aussi bien que dans les autres villes qui en dépendent, il faudrait un temps infini et plusieurs écrivains habiles9.

Details

Pages
XII, 316
Publication Year
2026
ISBN (PDF)
9783034348713
ISBN (ePUB)
9783034348720
ISBN (Softcover)
9783034348706
DOI
10.3726/b22916
Language
French
Publication date
2026 (September)
Keywords
Aztèque Mexico Tenochtitlan Motecuhzoma
Published
Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xii, 316 p., 20 ill. en couleurs, 22 ill. n/b.
Product Safety
Peter Lang Group AG

Biographical notes

Éric Roulet (Volume editor)

Éric Roulet est Professeur des Universités en histoire moderne à l’Université Littoral-Côte-d’Opale (ULCO). Ses travaux portent sur la genèse des sociétés coloniales en Amérique moyenne et caraïbe aux XVIe et XVIIe siècles. Ils interrogent le développement des modèles européens en Amérique dans leur composante sociale et culturelle (évangélisation, métissage, acculturation) et la réorganisation de l’espace et des circuits d’échanges.

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Title: Grandeur et splendeur de Tenochtitlan avant la conquête espagnole