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Lire des textes réputés littéraires : disciplination et sédimentation

Enquête au fil des degrés scolaires en Suisse romande

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Bernard Schneuwly and Christophe Ronveaux

Mesure-t-on assez ce qu’il y a d’étrange au projet d’émancipation d’enseigner la littérature à tous ? Ce livre documente cette singularité en décrivant ce qui s’enseigne effectivement dans les classes au primaire, au cycle d’orientation et au gymnase. Il vise à comprendre comment se transforme l’objet d’enseignement, la littérature, pour une génération d’élèves. Notre dispositif de recherche quasi expérimental a fait passer auprès de trente enseignant·e·s deux mêmes textes contrastés. L’un, classique, Le loup et l’agneau de La Fontaine, est bien connu des enseignant·e·s et bardé d’apprêts pédagogiques et didactiques. L’autre, inconnu, tiré de la littérature romande, La négresse et le chef des avalanches de Lovay, ne fait l’objet d’aucun accompagnement préalable. Les enseignant·e·s s’y prennent-ils différemment pour enseigner un texte classique et un texte contemporain ? Quelles variations constate-t-on d’un degré à l’autre ? Qu’est-ce qui se construit graduellement pour des élèves de 11 à 17 ans ?

Au départ des soixante séquences d’enseignement qui ont été rassemblées, le livre envisage tour à tour trois focales : un grand angle pour les séquences d’enseignement, un angle moyen pour les instruments de l’enseignant·e et un angle micro-analytique pour les activités langagières. Deux processus sont mis en évidence : les élèves transforment leur rapport au texte à travers une « disciplination » croissante suivant leur scolarité ; dans leurs pratiques, les enseignant·e·s disposent d’une large panoplie d’instruments et des dispositifs issus par « sédimentation » d’une histoire parfois lointaine, plus récente ou contemporaine.

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Chapitre 10. Pour finir, sortir du texte ou s’en sortir ? (Christophe Ronveaux)

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CHAPITRE 10

Pour finir, sortir du texte ou s’en sortir ?

Christophe RONVEAUX

De profundis clamavi ad te, Domine

– Psaume 130

« Nouer la gerbe » ou prolonger une histoire ?

Comment les enseignants finissent-ils une séquence de lecture de textes réputés littéraires ? Une certaine perplexité s’empare du chercheur qui, parcourant la collection des séquences, constate une grande variété de manières de faire. Entre l’enseignant qui répond strictement à la demande du chercheur de lire les deux textes et celui qui travaille cette lecture à l’aune d’un objet d’enseignement englobant et rapporte la séance de lecture à une séquence élargie, se déclinent des séquences aux structures variables. Le chercheur en vient à douter de pouvoir décrire des tendances qui témoigneraient d’une forme générique de fin, d’un geste professionnel de clôture. S’il distingue la situation d’enseignement du temps de la lecture, cependant, et la place qu’y prend la question du sens, il peut clarifier l’angle de vue et espérer dégager des régularités. Depuis l’angle de vue de sa structure, une séquence se termine quand un enseignement finit, comme le chapitre d’un roman, comme le tableau d’une pièce de théâtre. Terminer un enseignement dans une séquence n’implique pas forcément finir la lecture du texte et l’avoir compris. Une séquence peut se prolonger bien au-delà du temps de...

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