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Lire des textes réputés littéraires : disciplination et sédimentation

Enquête au fil des degrés scolaires en Suisse romande

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Bernard Schneuwly and Christophe Ronveaux

Mesure-t-on assez ce qu’il y a d’étrange au projet d’émancipation d’enseigner la littérature à tous ? Ce livre documente cette singularité en décrivant ce qui s’enseigne effectivement dans les classes au primaire, au cycle d’orientation et au gymnase. Il vise à comprendre comment se transforme l’objet d’enseignement, la littérature, pour une génération d’élèves. Notre dispositif de recherche quasi expérimental a fait passer auprès de trente enseignant·e·s deux mêmes textes contrastés. L’un, classique, Le loup et l’agneau de La Fontaine, est bien connu des enseignant·e·s et bardé d’apprêts pédagogiques et didactiques. L’autre, inconnu, tiré de la littérature romande, La négresse et le chef des avalanches de Lovay, ne fait l’objet d’aucun accompagnement préalable. Les enseignant·e·s s’y prennent-ils différemment pour enseigner un texte classique et un texte contemporain ? Quelles variations constate-t-on d’un degré à l’autre ? Qu’est-ce qui se construit graduellement pour des élèves de 11 à 17 ans ?

Au départ des soixante séquences d’enseignement qui ont été rassemblées, le livre envisage tour à tour trois focales : un grand angle pour les séquences d’enseignement, un angle moyen pour les instruments de l’enseignant·e et un angle micro-analytique pour les activités langagières. Deux processus sont mis en évidence : les élèves transforment leur rapport au texte à travers une « disciplination » croissante suivant leur scolarité ; dans leurs pratiques, les enseignant·e·s disposent d’une large panoplie d’instruments et des dispositifs issus par « sédimentation » d’une histoire parfois lointaine, plus récente ou contemporaine.

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Chapitre 20. Mémoire didactique : ce qui est rappelé et anticipé (Bruno Védrines / Bernard Schneuwly)

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CHAPITRE 20

Mémoire didactique : ce qui est rappelé et anticipé

Bruno VÉDRINES & Bernard SCHNEUWLY

Comme l’outil, la mémoire de l’homme est extérieure et son contenant est la collectivité.

– André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, tome 2, Paris, Albin Michel, 1964, p. 64.

Le rappel : révélateur d’objets d’enseignement essentiels, puisque rendus visibles

Les 80 heures de transcription sont en fait autant d’heures de mémoire : remémorations, anticipations, évocations, réactivations, mises en mémoire. Le présent fugitif de la classe et de ses acteurs s’inscrit dans le temps de l’avant et de l’après. Rien n’y échappe, nul n’en réchappe. « On pourrait traiter toute la didactique sous ce terme de mémoire » dit à juste titre Centeno (1995, p. 196). Tous les phénomènes considérés dans cet ouvrage exhibent la mémoire, et cela aussi bien du point de vue des stratégies mises en place pour faire mémoriser, c’est-à-dire pour mettre en mémoire, que du point de vue des stratégies de réactivation de ce qui a été mis en mémoire. C’est à dessein que nous terminons le présent ouvrage par le geste de création d’une mémoire didactique afin d’essayer de comprendre d’une autre manière encore ce qui s’enseigne quand on travaille en classe des textes réputés littéraires dans l’enseignement...

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