Show Less
Open access

Internationalismes éducatifs entre débats et combats (fin du 19e - premier 20e siècle)

Series:

Edited By Joëlle Droux and Rita Hofstetter

Internationaliser les questions relatives à l’éducation et l’enfance pour les résoudre à l’échelle globale afin de préserver l’avenir de la planète : tel est le dessein d’une myriade de mouvements et d’organismes pédagogiques, intellectuels, ouvriers, syndicaux, religieux, féministes, pacifistes durant les décennies marquées par l’émergence et les activités de la Société des Nations (SDN). Tout comme celle-ci, traversée de tensions et de conflits, l’internationalisation du champ éducatif a donné lieu à de multiples interprétations et incarnations, parfois convergentes, souvent contrastées, voire contradictoires. Les contributions réunies dans ce volume illustrent la variété des objets et des réseaux à travers lesquels se sont construits, partagés et diffusés ces internationalismes éducatifs. Protection des plus vulnérables, accès à la scolarité, éducation à la compréhension mondiale, conscientisation des classes laborieuses, émancipation des femmes, aide intellectuelle aux prisonniers de guerre : comment penser le rôle des échanges transnationaux dans la façon dont ces causes éducatives sont traitées, négociées, conceptualisées, réappropriées sur les terrains locaux et nationaux ?

L’ouvrage enrichit ici notre connaissance, en postulant que le changement d’échelle d’analyse, alternant espaces circonscrits et échelles plus globalisantes, peut mettre en lumière des facteurs d’évolution susceptibles de renouveler notre vision de cette période, et de son paysage éducatif.

Show Summary Details
Open access

Chapitre 8. Le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre du Bureau international d’éducation (1939–1945) (Cécile Boss et Émeline Brylinski)

←242 | 243→

Chapitre 8

Le Service d’aide intellectuelle aux

prisonniers de guerre du Bureau

international d’éducation (1939–1945)

Cécile Boss et Émeline Brylinski

Résumé Le Bureau international d’éducation (BIE), fondé en 1925 pour promouvoir la paix par la science et l’éducation et fédérer les autres agences internationales qui s’y emploient, devient en 1929 une organisation intergouvernementale pionnière en éducation et collabore activement avec l’UNESCO dès 1948. Tandis que l’on assiste à une exacerbation des nationalismes dans les années 30, le nombre de pays rejoignant le conseil du BIE ne cesse de s’accroitre. Si la Seconde Guerre mondiale impose la fermeture des frontières, le BIE reste actif notamment via le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (SAIP). Comment, dans ce contexte de crise particulièrement restrictif, le BIE parvient-il à maintenir la mission éducative qu’il se donne et son positionnement internationaliste ? Ce chapitre décrit la «  naissance  », la mise en place et le fonctionnement du SAIP, puis problématise les défis face auxquels le bureau se trouve confronté. Nous démontrons que la mise en œuvre de ce projet n’est pas sans tensions, confrontée à certaines limites des pratiques intergouvernementales, résultant en traitement différencié en fonction de la nationalité des bénéficiaires.

Mots-clés : Bureau international d’éducation (BIE), Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (SAIP), coopération internationale, censure, neutralité

Abstract The International Bureau of Education (IBE) was founded in 1925 to promote peace through science and education, and to federate other international agencies working towards similar goals. In 1929 it became a pioneering intergovernmental organisation in education, actively collaborating with the UNESCO since 1948. Despite exacerbated nationalisms throughout the 1930s, the number of countries that joined the IBE’s council steadily grew. ←243 | 244→Notwithstanding border closures enforced during the Second World War, the IBE remained active, particularly via the Service of intellectual assistance to prisoners of war (SIAP). Within this crisis context of a particularly restrictive nature, how did the IBE sustain its educational mission and its internationalist posture ? This chapter describes the SIAP’s « birth », implementation, and operation, then proceeds to problematise the challenges to which the Bureau is confronted. We make the case that the project’s implementation is not without tension, as it faces off with certain limits of intergovernmental practices, resulting in differentiated treatment depending on beneficiaries’ nationalities.

Keywords: International Bureau of Education (IBE), Service of intellectual assistance to prisoners of war (SIAP), international cooperation, censorship, neutrality

Fondé en 1925 à l’initiative de l’Institut Rousseau pour promouvoir la paix par la science et l’éducation et fédérer les autres agences internationales qui s’y emploient, le Bureau international d’éducation (BIE) devient en 1929, la première organisation intergouvernementale en éducation et collabore activement avec l’Unesco à partir de 1948 jusqu’à son rattachement complet à l’organisation en 1969. Dès sa création, ce Bureau se positionne en tant que plateforme de l’internationalisme éducatif (Hofstetter & Droux, 2015, 2016) et, tandis que l’on assiste à une exacerbation des nationalismes, le nombre de pays rejoignant le conseil du BIE ne cesse de s’accroitre (Hofstetter & Schneuwly, 2013). Pendant la Seconde Guerre mondiale malgré la fermeture des frontières, le BIE reste actif, en particulier via le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (SAIP) alors mis sur pied. C’est près de 600 000 livres qui circuleront vers les camps dès 1940 jusqu’à la sortie de la guerre, dans le but d’offrir des opportunités de formation aux enseignants et les étudiants en captivité.

Comment le BIE, malgré ce contexte de crise, particulièrement restrictif, parvient-il à maintenir la mission éducative qu’il se donne et son positionnement internationaliste ? Tirant profit des riches archives du BIE, la présente contribution1 rend compte de la mise en place de ce service par le Bureau et des enjeux auxquels doivent faire face les acteurs ←244 | 245→porteurs de ce projet. Ce chapitre s’appuie sur une lecture croisée des archives du SAIP qui contiennent de nombreux documents de communications, des correspondances et des procès-verbaux de réunions datant de la période 1939–19472. Nos recherches sont complétées par l’analyse des procès-verbaux du bureau du Comité de gestion3 et d’un rapport rédigé en 1951 par le Comité consultatif pour la lecture pour les prisonniers et internés de guerre4. Nous avons également utilisé un témoignage d’André Vulliet du Young Men’s Christian Association (YMCA), qui apporte des éléments clés sur l’aide aux prisonniers de guerre de l’époque5.

Ce chapitre décrit la « naissance », la mise en place et le fonctionnement du SAIP, puis problématise les défis face auxquels le Bureau se trouve confronté. Enfin, nous démontrons que la mise en œuvre de ce projet n’est pas sans tensions, confrontée à certaines limites des pratiques intergouvernementales, résultant en traitement différencié en fonction de la nationalité des bénéficiaires.

Le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (SAIP) : mise en place et mission

Quelques jours après l’annonce de l’entrée en guerre, le Bulletin du BIE annonce la création du SAIP et déclare que « face au fléau destructeur de la guerre, l’institution [le BIE] se donne une mission d’ordre humanitaire » et que « l’éducation demeure la force positive qui, pendant comme après les hostilités, contribuera à relever les ruines morales accumulées »6. S’inspirant de diverses initiatives mises en place lors de la ←245 | 246→Première Guerre mondiale, autrement dit munis de l’expérience genevoise, qui constitue « un précieux savoir-faire humanitaire » (Herrmann, 2012), notamment au travers du Comité international de la Croix-Rouge internationale (CICR), les acteurs du BIE vont exploiter des liens déjà mis en place lors de la précédente guerre7. Il s’agit pour le BIE de collaborer étroitement avec l’Agence centrale des prisonniers de guerre, organe dirigé par le CICR et légitimé à centraliser à Genève une grande partie des informations concernant les prisonniers pendant la guerre. Au départ, c’est en participant au Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre que les protagonistes du BIE vont asseoir l’idée de la création d’un SAIP. Parallèlement, le Bureau se reconfigure afin de respecter les diverses déclarations, notamment celle concernant le principe de neutralité, principe incontournable pour assurer la mise en place du service.

Création du Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre

À l’annonce de la guerre, les différents organismes qui désirent mettre en place des activités humanitaires tentent de s’organiser ensemble afin d’éviter le dédoublement d’activités similaires, par crainte d’un gaspillage de ressources économiques et humaines. C’est ainsi que, le 30 septembre 1939, la Fédération des Institutions Internationales8 envoie un questionnaire à 40 associations membres privées et semi-privées afin ←246 | 247→de faire un état des lieux des activités prévues pour les prisonniers de guerre9. Parmi les 28 associations qui répondent à l’enquête, 11 d’entre elles sont mobilisées pour collaborer sous l’égide du CICR. Ces associations se réunissent pour faire connaître leurs intentions afin d’assurer la répartition des tâches, de renforcer les collaborations et la bonne ←247 | 248→coordination des différents services proposés, et ce, pour alléger le travail du CICR10.

Figure 1. Questionnaire rédigé par la Fédération des institutions internationales, 30 septembre 1939. Dossier A.9.2.853, Boîte 81, A-BIE, Genève.

Se décide alors la mise en place d’un Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre, placée sous l’égide du CICR, composé du BIE, de l’Alliance universelle des Unions chrétiennes des jeunes gens (UCJG), du Conseil œcuménique des églises (COE) pour l’aide spirituelle aux Prisonniers de Guerre11, de la Fédération internationale des Associations de Bibliothèques (FIAB), de l’Entr’aide universitaire internationale (EAUI), de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE), de Pax Romana12 et de la Mission catholique suisse en faveur des prisonniers de guerre. Chaque association membre du Comité pour la lecture agit selon ses compétences. À titre d’exemple, tandis que le BIE s’occupe principalement de l’envoi de livres d’études, d’ouvrages techniques et manuels de formation professionnelle, la FIAB fournit les demandes de créations de bibliothèques et renseignements bibliographiques, Pax Romana procure des livres uniquement aux prisonniers catholiques, le COE et la FUACE envoient des livres religieux aux croyants et non-croyants. Chaque institution développe donc une activité spécifique pour un public prédéfini et préalablement « visé » par ces organismes13. Dans cette logique, le BIE se voit confier la coordination du SAIP sous la supervision du CICR14. Le mandat spécifique du BIE en cette période est ainsi défini collectivement et s’inscrit dans un réseau d’actions de secours humanitaires siégeant pour la plupart à Genève. Il convient donc de respecter les principes ←248 | 249→de neutralité, à la fois exigés par la Suisse, mais également réitérés par le Président du CICR lorsqu’il confie la gestion et la mission du SAIP au BIE15.

Reconfiguration du BIE : un comité de gestion pour composer avec le principe de neutralité

Dès le 31 août 1939, le Conseil Fédéral suisse déclare sa neutralité16 exigeant l’impartialité de tous les organismes qui mènent des activités à but humanitaire depuis le sol suisse. Tandis que le BIE compte 10 ans d’efforts depuis la signature de ses statuts par les États membres fondateurs pour instaurer et institutionnaliser la coopération intergouvernementale dans les affaires éducatives, l’annonce du conflit contraint le Bureau à se réorganiser. Par conséquent, les pouvoirs des deux organes principaux du BIE, le Conseil et le Comité exécutif, composés des États membres du BIE, sont dorénavant confiés à un Comité de gestion composé uniquement de représentants des États membres non belligérants.

Ce Comité de gestion a pour objectif non pas de marquer une rupture dans les activités, mais, au contraire, de procéder à une transition pour mener à bien la coopération intergouvernementale et répondre aux injonctions du Conseil fédéral suisse. Lors de sa première réunion le 16 décembre 1939, le Comité décide d’élire Adrien Lachenal, délégué de la Suisse (présidence), et le Dr. Jesús María Yepes, délégué de la Colombie (vice-présidence), comme les années précédentes. La composition du Comité de gestion reste similaire au Comité exécutif, comptant sur la présence régulière des délégués de l’Argentine, la Colombie, l’Égypte, l’Équateur, l’Espagne, l’Iran, le Portugal, la Roumanie et la Suisse. Et, dans la continuité des précédentes activités du BIE, l’Institut universitaire des Sciences de l’éducation, représenté par Robert Dottrens, est présent à chaque Comité et siège aux côtés des répondants pour le ←249 | 250→secrétariat du BIE, toujours formé par Jean Piaget, directeur du BIE et Pedro Rosselló, directeur adjoint17.

La Société des Nations (SDN) et l’Organisation de la coopération intellectuelle (OCI) qui sont habituellement présentes dans les réunions du BIE ne sont plus représentées. Car si l’OCI ne se réunit plus à compter de juillet 1939 (Renoliet, 1999), la SDN, quant à elle, est en situation d’échec depuis 1936. Elle se marginalise des affaires internationales, jusqu’à perdre de nombreux États membres en 1939, plongeant l’institution dans une crise budgétaire contraignant à réduire le personnel et ses activités (Edwards, 2013 ; Fleury, 2015 ; Pedersen, 2007, 2015).

La France, l’Allemagne et la Pologne ne siègent plus au Comité de gestion, tandis que l’Italie, la Hongrie, la Belgique et la Roumanie participent seulement aux premières réunions de ce Comité. Cependant, il faut noter que si les acteurs du BIE se positionnent et agissent en accord avec les principes de neutralité, dans les faits, ils n’excluent pas pour autant les États membres belligérants des affaires du BIE, voire, au contraire, composent avec ces principes. Les pays membres sont tenus au courant des activités du Bureau et reçoivent les procès-verbaux des réunions officielles. Ils sont également invités à rencontrer les membres du bureau du Comité de gestion en amont de la réunion décisionnelle. Piaget justifie ces pratiques, précisant dans un mémento à l’attention de l’État de Genève que le Comité de gestion s’engage à « défendre les intérêts des membres belligérants absents, de maintenir en un mot le statu quo18 juridique jusqu’à la fin de la guerre où tous les représentants des Gouvernements pourront s’asseoir à nouveau autour de la table du Conseil »19. De plus, le Comité de gestion charge le bureau de ce même Comité de s’entretenir avec les pays belligérants intéressés afin de les informer des activités du SAIP et d’assurer la réussite de l’initiative20. Seuls le président, Lachenal, le vice-président, le Dr Yepes, ainsi que ←250 | 251→Piaget et Rosselló (en qualité de secrétaires) participent aux réunions du bureau du Comité de gestion, où sont invités les délégués de pays belligérants. Le bureau du Comité s’entretient, entre autres, le 19 décembre 1939 et le 30 avril 1940 avec Paul Barrier, représentant du gouvernement français, le 16 avril 1940 avec M. Metternich, Consul général d’Allemagne, et le 19 février 1941 avec M. Henry Brockholst Livingston, Consul de la Grande-Bretagne21. Ces réunions du bureau du Comité n’ont pas le même statut que les réunions du Comité de gestion qui se chargent de l’adoption des résolutions. Cependant, de nombreuses modalités de coopérations sont discutées en amont avec les États concernés, notamment pour faciliter l’accès du SAIP aux prisonniers. Piaget agit avec transparence sur cette question lorsqu’il informe l’ensemble des membres officiels du Comité :

Je tiens à rappeler enfin que le bureau du Comité de gestion s’est réuni tantôt en présence de M. Metternich, délégué par M. le Consul général Krauel, membre du Conseil, tantôt avec M. l’Inspecteur général Barrier, membre du Conseil, pour mettre au point la collaboration de leurs pays respectifs (Rapport du président du Comité de gestion, 3e réunion du Comité de gestion. Boîte 66, A.3.2.860, A-BIE).

Si le statut de « belligérant » ne permet pas au délégué de l’Allemagne de participer officiellement aux réunions du Comité de gestion, les acteurs du BIE, présents lors de ces réunions, ne font pas l’impasse sur la mention de « membre du Conseil », rappelant ainsi son statut et attachement aux affaires du BIE d’avant la guerre. Et, lorsque l’Allemagne accorde sa subvention pour le SAIP, cet État est gracieusement remercié lors de la réunion du Comité de gestion. Également, ces réunions en amont peuvent influencer la nature des activités du BIE, par exemple une proposition d’enquête sur la gratuité du matériel scolaire est adoptée suite à « une demande d’information formulée par le gouvernement allemand »22. Ainsi, les rencontres organisées lors des réunions du bureau du Comité permettent au BIE d’« intensifier son action auprès des représentants des deux pays membres du Bureau qui détiennent actuellement ←251 | 252→des prisonniers »23 et aux délégués de prendre en compte le point de vue de ces États, de reconnaître leur implication, et ce, malgré leur absence officielle dans les réunions du Comité de gestion. Est-ce un moyen de composer avec le principe de neutralité (voire de le détourner) ? Grâce à ce « consensus »24 permettant de faire fructifier les relations du BIE avec les pays belligérants et d’entretenir de bonnes relations avec tous ses membres, explique Piaget a posteriori, l’institution intergouvernementale a limité d’éventuelles démissions de la part de gouvernements25 et, de ce fait, maintenir ses activités dans le domaine éducatif à l’échelle internationale.

Le SAIP, une mission avant tout éducative

Lors de la définition de la mission du SAIP, et forts des expériences acquises par le passé, les acteurs du BIE utilisent comme cadre de référence la Convention de Genève adoptée le 27 juillet 1929, relative au traitement des prisonniers de guerre26. L’article 17 se prête spécifiquement à leurs activités : « Les belligérants encourageront le plus possible les distractions intellectuelles et sportives organisées par les prisonniers de guerre ». Et l’article 39 légitime l’action : « Les prisonniers de guerre seront autorisés à recevoir individuellement des envois de livres, qui pourront être soumis à la censure », permettant ainsi aux acteurs de justifier et légitimer leur démarche auprès des États belligérants, tels que décrit dans la section précédente, et ce, afin d’obtenir une coopération ←252 | 253→de leur part27. En conformité avec les principes de neutralité28, le BIE se donne alors pour mission de mener une activité qui s’adresse aux prisonniers des États belligérants des deux camps.

Dès 1939, le Bulletin du BIE annonce que le SAIP a pour ambition d’« être utile à tous ceux qui auront le devoir de transmettre la culture à la génération de demain et qui pourront utiliser les loisirs forcés de la captivité pour se préparer à leurs tâches futures ou pour se perfectionner »29. Cette phrase résonne avec l’idéal du BIE d’avant-guerre  : soit, promouvoir la paix par l’éducation (Hofstetter & Droux, 2016 ; Hofstetter & Schneuwly, 2013 ; Magnin, 2002 ; Suchodolski et al., 1979). Pour ce faire, la formation s’adresse avant tout à des professeurs d’université, des maîtres du secondaire et du primaire ou des « étudiants en pédagogie »30, mais également à tous les autres prisonniers désireux de parfaire leur culture intellectuelle ou leur formation professionnelle31. Cet objectif permet au BIE de trouver sa légitimité à mener ses actions en tant que spécialiste de l’éducation, surtout au moment sensible de la mise en place du service.

Les actions du Bureau consistent principalement à préparer des colis de livres envoyés aux camps par l’intermédiaire de représentants des Croix-Rouges nationales, eux-mêmes en lien étroit avec des « hommes de confiance » et des directeurs de centre d’études choisis parmi les hommes internés et prisonniers. Ces colis sont confectionnés soit pour répondre à des demandes individuelles exprimées par les prisonniers puis relayées par les différentes Croix-Rouges nationales, leur gouvernement ou encore directement au BIE, soit pour créer ou alimenter les bibliothèques au sein des camps de prisonniers. Le 13 janvier 1940, le SAIP fait son premier envoi32.

←253 | 254→

Si le directeur du BIE, Piaget et le directeur adjoint, Rosselló sont reconnus pour la mise en œuvre de cette activité, Anne Archinard et Mad Gysin, secrétaires et responsables de section sont chargées des envois du SAIP33, et Marie Butts, secrétaire générale du BIE entre 1925 et 1949, œuvre pour la coordination du Service depuis l’Angleterre (Hofstetter, 2015, pp. 162–163). Le BIE doit très vite augmenter son personnel durant cette période, collaborant avec de nombreuses femmes stagiaires et secrétaires qui fournissent un important travail parfois à titre bénévole34.

Figure 2. Photographie prise pendant les activités du SAIP, s.d. Boîte 276, A-BIE, Genève.

←254 | 255→

La principale tâche est l’acheminement de livres et matériel éducatif. D’autres initiatives sont menées telles l’envoi de colis par des proches passants par le SAIP, l’approvisionnement en ouvrages et la mise en place de bibliothèques communes, mais également l’organisation de « concours de la captivité », d’« universités de captivité » (encadré 1) et de cours par correspondance35. Ces activités permettent ainsi aux acteurs du BIE de continuer à disséminer leurs valeurs et causes, et, par conséquent, de démontrer leur volonté à poursuivre la mission éducative initiale du Bureau dans un contexte tout particulièrement hostile.

Encadré 1 : Les universités de captivités

Dans le cadre du SAIP, le BIE collabore avec d’autres organismes dont l’Aide aux prisonniers de guerre des Unions chrétiennes de jeunes gens (YMCA) et le Fonds européen de secours aux étudiants (FESE), pour mettre en place des « Universités de captivité », soit un ensemble de cours organisés pour les prisonniers. Ces universités éphémères ont une valeur culturelle et scientifique pour le BIE et permettent d’assurer l’accès à la formation, valeur principalement portée par le BIE. Lors des leçons données dans les universités de captivité auxquelles le BIE apporte sa contribution à distance, des enseignements de tous types sont proposés. Le BIE s’engage tout particulièrement dans l’organisation de cours qui ont trait à des thématiques éducatives et pédagogiques. Les enseignements mettent en avant les pédagogies nouvelles, la psychologie et le développement de l’enfant, l’éducation physique et l’école en plein air, les méthodes de l’imprimerie à l’école, du scoutisme et du théâtre scout, et de l’hébertisme. La question des réformes scolaires et de la formation des enseignants tient aussi une place importante dans les programmes avec des cours sur la définition de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, sur la formation pédagogique du maître primaire, l’action morale et sociale du professeur de l’enseignement supérieur ainsi que sur les réformes de l’enseignement dans le monde. Les programmes des cours proposés attestent ainsi des « causes » Saunier, 2012) dont le BIE se fait depuis longtemps le promoteur. Est-ce à nouveau un moyen pour les « pédagogues de Genève » de défendre et porter à l’échelle internationale les valeurs et la mission éducative qu’ils se donnent ? *

*Pour de plus amples informations sur les liens entre Éducation nouvelle et BIE ainsi que la diffusion à l’échelle internationale du mouvement  : se reporter aux travaux de Laurent Gutierrez, Daniel Hameline, Rita Hofstetter et ceux de l’équipe Erhise (notamment Hofstetter & Mole, 2018).

←255 | 256→

Le SAIP mis à l’œuvre, mis à l’épreuve ?

Au 1er juillet 1940, c’est près d’un millier de volumes qui sont envoyés, tandis qu’un an plus tard le Bureau cumule près de 50 000 envois, dont un tiers en réponse à des demandes individuelles. Ce chiffre quadruple en 1942 atteignant 200 000 ouvrages. À la fin de la guerre, le SAIP évalue un total cumulé de 587 020 livres qui auraient circulé dans des camps. Les listes de livres comptent une grande diversité de sujets, touchant aux domaines traditionnellement enseignés dans les écoles et universités occidentales. Également, les listes attestent de nombreux ouvrages sur l’enseignement des méthodes éducatives progressistes telles que l’Éducation nouvelle et les méthodes actives36. Ces envois témoignent d’une circulation de savoirs propres aux thèmes éducatifs alors fer-de-lance du BIE et de l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université de Genève37.

Mobiliser la coopération internationale ? Le financement du SAIP

Comment une telle entreprise, qui s’effectue à l’échelle internationale, se met-elle en place pour répondre à la demande ? Sur quel financement le BIE compte-t-il ? Dès la création du SAIP, les États et leurs ministères de l’Instruction publique sont démarchés par le BIE pour contribuer de « façon exceptionnelle », c’est-à-dire en plus de leur cotisation, au SAIP. Dans les faits, nombre d’États non membres du BIE ont également été démarchés sur le principe de « la solidarité internationale »38.

Au départ, c’est grâce à un don national de 10 000 CHF de la Suisse que le service se met en place. Par la suite, le Luxembourg, la France, l’Italie et l’Allemagne vont contribuer à financer le projet et le gouvernement roumain octroie une partie des bénéfices de ses timbres au SAIP39. ←256 | 257→La Suisse est le financeur le plus régulier et stable avec un versement de 10 000 CHF quasi annuel. Les gouvernements de la France et de la Pologne accordent plusieurs dons importants (tableau 1) et l’Allemagne finance 17 000 CHF en 194240. Vont également se joindre aux États pour assurer le financement de cette action, les Croix-Rouges polonaise, anglaise et française. Ainsi les sources de financement sont diverses, mais sont principalement attribuées par des États belligérants, et leurs Croix-Rouges nationales, une réalité avec laquelle le BIE compose tandis qu’il tend à inviter « les Ministères de l’Instruction publique des pays non belligérants à contribuer à l’œuvre humanitaire entreprise par le BIE »41.

Tableau 1 : Dons accordés par les gouvernements pour le SAIPa.

Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses15 avril 1940
Gouvernement du Luxembourg3 000 Francs luxembourgeois15 avril 1940
Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses28 mai 1941
Gouvernement de la France100 000 Anciens francs français28 mai 1941
Ministère de l’Éducation nationale de Roumanie20 000 Lei roumains28 mai 1941
Croix-Rouge britannique100 Livres sterling26 mai 1941
Gouvernement du Reich17 000 Francs suisses28 février 1942
American Library Association400 Dollars28 février 1942
Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses10 juillet 1942
Croix-Rouge française50 000 Anciens francs français10 juillet 1942
Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses10 juillet 1942
Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses30 juin 1943
Gouvernement de la Pologne10 000 Francs suisses18 décembre 1943
Gouvernement de la Suisse10 000 Francs suisses6 juillet 1944
Source : état des dons reconstitué à partir des rapports et procès-verbaux des réunions du bureau du Comité de gestion, Boîte 66 Réunion du Comité de gestion A.3.2.839–982, A-BIEb.
a Divers fonds d’archives témoignent d’autres traces de financement, ici ne sont retenus que les montants reconnus lors des réunions du Comité de gestion et le rapport du SAIP rédigé à cette occasion. Par exemple, Lachenal indique dans une lettre au Conseiller fédéral suisse, M. Marcel Pilet-Golaz, que le SAIP a reçu un soutien de 30 000 lires du Ministère de l’Éducation d’Italie. (26 mars 1943, Fond DIP, cote 1985 va 5 carton 5.3.436, [A-AEG]).

b Ce tableau résume les dons mentionnés dans les rapports du SAIP et procès-verbaux du Comité de gestion. Les adhésions annuelles des États ne sont pas reportées ici, bien que nous souhaitions émettre une réserve sur cette distinction : il est fort possible que l’adhésion annuelle d’un État au BIE soit attribuée au SAIP, comme le suggère les sommes versées annuellement par la Suisse et la Pologne en 1943. Ce tableau n’inclut par la vente de timbres par le gouvernement roumain qui en dédie une partie pour le SAIP (soit l’équivalent de 68 696,93 CHF) ainsi que la donation de 18 000 timbres et 1 500 blocs d’une valeur de 960 000 lei. N’ayant pas d’information sur le budget dédié au départ à la production de ce timbre, cette somme symbolique ne peut être comparée aux donations monétaires pour le SAIP.

D’autres États, tels que le Costa Rica, les États-Unis, le Venezuela, l’Équateur, la Belgique, et l’Iran refusent de participer. La raison principale évoquée est le manque de ressources budgétaires pouvant être allouées à ce type d’activité. La république du Costa Rica, par exemple, explicite que ce manque fait suite aux conséquences économiques infligées par « la guerre Européenne »42. L’Iran et les États-Unis, quant à eux, évoquent brièvement des enjeux politiques faisant référence soit à des faits concrets tels que la loi sur la restriction des devises43, soit au climat général  : « with the present temper of our National Congress, I think it is doubtful that any funds can be approriated for the purpose »44, précisant que le contexte « n’est pas favorable » pour prendre cet engagement45. ←257 | 258→ ←258 | 259→Enfin, un certain nombre de pays n’ont pas répondu à la demande de financement. Archives égarées ou impossibilité de formuler un refus ? Cela ne les empêche pas d’être actifs pour la mobilisation de livres dans différentes langues et le renforcement de liens avec les commissions nationales de la Croix-Rouge. Car si les commissions nationales de la Croix-Rouge contribuent financièrement, elles agissent également en tant qu’intermédiaires, garantes de la bonne communication des besoins nationaux au Bureau, de la coordination du projet et, par conséquent de la circulation des livres.

Enfin, ces financements sont complétés grâce à des dons individuels philanthropiques monétaires et de livres collectés. Pour encourager les dons individuels, le Bureau crée le timbre Pestalozzi. Ce timbre vise à attirer les collectionneurs de timbres pour obtenir davantage de donations individuelles. Il sert également à faire connaître le BIE, et à démontrer la continuité des activités du Bureau (Suchodolski et al., 1979, pp. 80–81). L’usage de ce timbre est donc utilisé à la fois comme une technique de récolte de fonds, mais aussi de communication, rendant le BIE visible dans son action sur la scène internationale.

Ainsi le BIE tente de mobiliser la coopération intergouvernementale, mais nous pouvons questionner comment le BIE maintient son approche internationale ancrée dans la neutralité si une majorité des financeurs sont impliqués dans le conflit. Malgré cela, le service se met en place et le nombre de livres envoyés paraît particulièrement important en comparaison du nombre d’employés alors dédiés à cette tâche, et ce, malgré le système de censure et de contrôle mis en place par les autorités du Reich.

La censure des livres imposée par les autorités du Reich

La censure pendant la guerre peut être pratiquée par l’ensemble des pays belligérants, comme le définit la Convention de 1929. Néanmoins, les archives témoignent de nombreux échanges entre le SAIP, le Comité pour la lecture et l’OKW de Berlin (Haut Commandement des Forces armées allemandes)46. Les documents que nous avons à disposition concernent des échanges avec les autorités du Reich et visent à une censure des livres lus dans les camps allemands, c’est-à-dire par des ←259 | 260→détenus faits prisonniers par l’armée allemande. Tout cela n’exclut pas des mesures de censure dans les camps adverses, même si toutefois les archives à disposition ne témoignent pas que le SAIP est confronté à cette difficulté.

Six années après la fin de la guerre, en 1951, le Comité pour la lecture, comptant le BIE et d’autres organismes rattachés susmentionnés, publie un rapport47 sur les activités menées pendant la guerre. Dans ce rapport, le Comité pour la lecture déclare que la censure un travail de recensement considérable et que les contraintes imposées étaient en opposition aux Conventions de Genève. Le rapport cite pour exemple la limitation des envois de toute nature à deux par mois pour les prisonniers de guerre polonais, contraignant ces derniers à choisir entre des colis de secours divers et des colis de livres48. Il est fort probable que durant les hostilités, une critique forte à l’égard de la censure peut péjorer les possibilités d’actions et aller à l’encontre de la neutralité postulée par les organisations. Ainsi cette critique de la censure établie a posteriori se formule plus aisément après les hostilités. D’ailleurs durant tout le conflit le BIE doit composer avec la censure allemande et adopte un discours lissé, comme en témoignent les échanges de courriers49.

Ce contrôle de la censure au début des hostilités s’effectue au moyen de listes d’auteurs autorisés, régulièrement mises à jour. Celles-ci permettent de tenir informés les différents services des livres qu’ils sont autorisés à transmettre. Pour mettre en place cette administration de la censure, Genève reçoit un fonctionnaire de la censure allemande délégué par l’Allemagne. Très vite de nombreuses listes d’auteurs interdits vont finalement être mises en place afin de « simplifier » le travail depuis Genève50.

Si les archives du SAIP ne rendent compte de la manière dont sont constituées ces listes, et à quel degré celles-ci sont respectées, quelques directives sont explicitées. Parfois, les ouvrages sont interdits en fonction ←260 | 261→de l’identité de l’auteur51  : par exemple, tout ouvrage rédigé par un auteur ou musicien juif est proscrit. Ce sont aussi des noms d’éditeurs ou des maisons d’édition entières comme les maisons Nelson, Simon, Gründ, les Livres modernes illustrés et le Livre de demain ainsi que des maisons d’édition américaine qui sont proscrits52.

La censure est également appliquée directement au contenu et interdit tout sujet d’actualité, toute critique du Reich, tout sujet traitant des pays alliés  : les ouvrages faisant allusion à des sujets politiques sur le conflit, contenant des allusions aux régimes politiques existants, de littérature de guerre ou d’histoire contemporaine sont bannis. Les ouvrages sur les services secrets ou l’espionnage, les traités de techniques aéronautiques, de radiophonie et de téléphonie, mais aussi les mots croisés, les cartes de géographie, et le papier carbone sont eux aussi interdits, car ils sont suspectés de menacer la « sécurité interne » des camps. Finalement, avec en première ligne Le capital de Karl Marx, les livres d’orientation socialo-marxistes sont régulièrement mentionnés dans les listes d’ouvrages interdits53. Les revues pédagogiques issues des mouvements internationaux du scoutisme n’échappent pas non plus à cette censure politique, cependant, des photographies prises dans les bureaux du BIE de colis prêts à l’envoi (figure 4) montrent que les employés au SAIP parviennent à envoyer des ouvrages outrepassant les principes de la censure.

D’après les travaux de Debons (2010, pp. 351–352), la mise en œuvre de la censure par l’Allemagne à l’égard de l’ensemble des organismes de l’Agence centrale était très forte au début, puis s’est relâchée. Ce relâchement n’est pas intentionnel, mais s’explique surtout par l’augmentation massive du nombre de prisonniers et les difficultés qui s’ensuivent de pouvoir contrôler l’ensemble des colis qui arrivent dans les camps de détenus. Pour le cas du SAIP, l’étude de l’ensemble des listes de livres commandés et envoyés depuis le Bureau indique que la majorité conviennent aux exigences de la censure : ces ouvrages d’ordre ←261 | 262→techniques et éducatifs ne contiennent pas de point de vue politique explicité. Toutefois on observe que certains font exceptions et sont contraires aux listes allemandes. Les ouvrages en question, ainsi que leurs auteurs, sont liés aux méthodes progressistes de l’Éducation nouvelle, et adoptent un ancrage internationaliste certain  : notamment, des ouvrages de pédagogues comme John Dewey, Ovide Decroly, Amélie Hamaïde, Adolphe Ferrière ou de psychologues, Jean Piaget, André Rey, Henri Wallon et Pierre Janet54. On trouve également des ouvrages d’histoire contemporaine ainsi que des livres de propagande du scoutisme.

Figure 3. Des livres et brochures sur les mouvements scouts prêts à être envoyés, s.d. Boîte 276, A-BIE. Imprimé sur les concours de la captivité, s.d., Boîte 82, A.8.984, A-BIE.

←262 | 263→

Entre pacifisme et neutralité : coopération informelle avec des réseaux de solidarité

Dans les archives consultées, nous ne trouvons aucune déclaration officielle du BIE qui mentionne une prise de position politique ou militante à l’encontre du conflit en cours. Ceci peut être attribué à un choix stratégique de l’organisation réitérant ainsi son rôle d’agence technique et sa neutralité assumée en faveur de la paix via la science et l’éducation. Cependant, malgré ce postulat, les acteurs du BIE montrent un engagement militant pacifiste dès la fondation du BIE en 1925 ; argument qui se voit renforcé lorsque l’on étudie la genèse du BIE ainsi que ses réseaux de sociabilités55.

Durant le conflit, cet engagement persiste, mais se lit davantage dans les coulisses de l’organisation, notamment dans les correspondances personnelles de Butts. Alors que cette dernière est contrainte de rester en Angleterre à cause de la fermeture des frontières, elle écrit quotidiennement au BIE ainsi qu’à de nombreuses relations pour prendre des nouvelles ou pour s’informer d’amis dispersés aux quatre coins de l’Europe à cause du conflit56. L’étude de ces correspondances permet de repérer que plusieurs relations affinitaires avec des pacifistes et féministes sont maintenues pendant la guerre. Certaines lettres de Butts au personnel du BIE, comme c’est le cas dans une lettre de Butts à l’attention de Rachel Gampert, alors responsable de section et en charge du secrétariat, attestent d’un point de vue critique sur la situation. L’engagement pacifiste et l’espoir porté à Genève sont soumis à large épreuve dès l’entrée en guerre et la désillusion se fait ressentir :

The old life is gone forever. Geneva will never be the same again even when the war is ended […] What you must have lived through when the German entered Paris, got Bellegarde, when France collapsed, when so many British ←263 | 264→friends left Geneva suddenly, I can imagine. […] How I wonder how Switzerland is faring as a tiny neutral island in the midst of totalitarian States. (Lettre de M. Butts à R. Gampert, 5 août 1940, Fond Hamori, Marie Butts, dossier 2008/3/A/4, AIJJR).

Malgré tout, des liens affinitaires sont maintenus entre le BIE et différents acteurs pacifistes et militants pendant toute la durée du conflit. C’est donc fort de cet engagement aussi que le BIE met en place l’aide aux prisonniers et collabore avec des organismes qui œuvrent dans le même esprit que lui57. Ces différents organismes prennent une part très active dans la contestation de la guerre et dans le secours aux prisonniers, qu’ils soient captifs de guerre, prisonniers civils ou réfugiés. Il a été montré également que parmi eux se sont constitués des réseaux majeurs de résistance et d’aide aux réfugiés en Suisse58. Du côté du BIE, c’est notamment par le biais de correspondances, rapports ou articles de journaux, que le secrétariat reçoit de la part de ces organismes ou de l’étude des correspondances entre les acteurs, qu’il est possible de mieux appréhender leurs liens réciproques.

Par exemple, le BIE est en lien étroit, pour organiser des actions de solidarité en faveur des étudiants, avec le Fonds européen de secours aux étudiants (FESE), par l’intermédiaire entre autres d’André de Blonay59. Parallèlement à ses activités officielles, le FESE est alors activement engagé pour aider un nombre important d’étudiants réfugiés, dont des ←264 | 265→étudiants juifs, et participe à dénoncer la situation, par le biais d’articles qui sont transmis au BIE60. Le BIE est également en lien avec des Suisses visiteurs de camps d’internement comme Rodolfo Olgiati61 qui, en tant que représentant du Service civil international au camp d’internement de Gurs, transmet au BIE un rapport « confidentiel », qui dénonce les terribles conditions dans le camp dès 1940 :

Si par un jour ensoleillé, un visiteur arrête son auto sur la belle route large, il contemplera avec admiration ce pays de montagnes. S’il n’a pas de bonnes chaussures — c’est-à-dire des bottes de caoutchouc — s’il est pressé et n’a ni l’autorisation, ni peut-être le courage de pénétrer dans les îlots ou dans les misérables huttes, il n’aura aucune idée de l’indescriptible misère des internés. (Visite au camp de Gurs. s.d., Boîte 80, A.9.0.700, A-BIE).

De même, le BIE entretient des liens étroits avec le YMCA, organisation majeure pour l’aide intellectuelle et matérielle aux prisonniers de guerre de cette période62. Les échanges sont encore plus resserrés avec l’UCJG, la section genevoise du YMCA. Leurs relations, en deçà de la coordination pour l’envoi de livre aux prisonniers, consistent également en des activités plus « officieuses » lorsque notamment le BIE prend part à des « séances privées » de l’UCJG où des visiteurs de camps échangent des informations sur la situation dans les camps en Allemagne63. Certaines des organisations jouent un rôle important au sein des camps, ayant des délégués qui peuvent y intervenir, ou étant en lien avec des ←265 | 266→infirmières de la Croix-Rouge suisse64, ce qui n’est pas le cas du BIE qui agit depuis Genève seulement. Mais en reconstituant certaines des correspondances, on constate que les liens entre eux dépassent le seul cadre d’une bonne coordination dans l’envoi de livres et que le BIE fait partie intégrante de ce large réseau. Bien qu’on n’en sache pas plus sur le cas du SAIP, nous relevons que l’engagement humanitaire en faveur des prisonniers de guerre est parfois pris en contradictions avec d’un côté un cadre défini par les conventions internationales et une exigence de neutralité et d’impartialité et de l’autre, l’engagement militant des uns et des autres65.

Tensions et limites des pratiques intergouvernementales au prisme de la Seconde Guerre mondiale  : différences de traitement et ciblage national

Après avoir étudié la mise en place du service et les différentes contraintes auxquelles il se voit confronté, la partie qui suit nous amène à questionner les limites du SAIP. Nous mettons ici l’accent sur deux tensions  : d’un côté, des différences de traitement entre prisonniers (notamment concernant l’accès aux camps et aux ressources matérielles et financières) découlent du projet et restreignent le champ d’action du SAIP. De l’autre, la distribution des ressources allouées par les donateurs, parce qu’elle s’effectue selon une logique de redistribution nationale, restreint les possibilités d’une aide qui suit une logique internationale, et sous-tend ainsi une logique de « ciblage national ».

←266 | 267→

Aider les prisonniers protégés par la Convention de Genève de 1929 : quelle place pour les civils ?

Tel que cela a été énoncé ci-dessus, l’action du SAIP s’inscrit dans le cadre plus large défini par la Convention de Genève de 1929, sous l’égide du CICR. Dans ce cadre, le SAIP peut collaborer et envoyer des livres dans les camps contrôlés par les gouvernements qui ont signé la Convention de Genève de 1929. Le CICR et ses « antennes » agissent donc en tant qu’intermédiaires légaux permettant ainsi à l’action du SAIP d’atteindre une partie des camps. De plus la dénomination de « prisonniers de guerre » ne comprend que les prisonniers protégés par le droit international humanitaire de l’époque concernée, soit « toutes les personnes appartenant aux forces armées des parties belligérantes »66. L’action du SAIP se limite donc aux militaires capturés ayant été reconnus par l’État détenteur et détenus dans des camps militaires. Ces prisonniers militaires, soldats, sous-officiers et officiers, sont internés dans différents types de camps  : les Stalags (camp ordinaire de soldats et sous-officiers) et les Oflags (camp d’officiers)67.

En 1939, le SAIP ne peut donc adresser de livres aux civils internés, car le CICR n’autorise pas l’Agence centrale à acheminer des colis à des civils internés68. Si la tâche principale de l’assistance aux prisonniers est bien de s’adresser à des prisonniers militaires, cependant, vers 1940, le cadre du CICR est précisé. Ce changement permet au BIE d’annoncer qu’il est dorénavant possible d’envoyer des colis de livres à des internés civils comme l’annonce le Bulletin d’information du Bureau : « Les familles peuvent dorénavant aider le service en transmettant des ouvrages à leurs proches par l’intermédiaire du SAIP »69. Ce changement s’explique par des tractations politiques en amont entre les pays belligérants détenteurs des camps et le CICR. Le 12 janvier 1940, Rosselló remercie le CICR pour avoir relayé l’information de l’existence du ←267 | 268→SAIP auprès des pays belligérants et demande à recevoir les listes de prisonniers pour les premiers envois de livres. Dans une lettre adressée à Monsieur le Ministre Barbey (France), Rosselló exprime sa satisfaction suite à l’accord prononcé par les États belligérants et requiert les adresses des camps de civils internés de guerres70. Bien que l’état des recherches actuelles ne permette d’estimer l’ampleur de ces démarches, la lecture croisée des archives du BIE comprenant les rapports du SAIP, de nombreuses lettres de remerciement écrites de la main de civils internés, et les listes de prisonniers, témoignent que le SAIP mène son action auprès des civils en accord avec l’action du CICR.

« Ciblage » national et différences de traitement

Les acteurs du SAIP auraient souhaité que le nombre de livres envoyés soit encore plus important, mais la difficulté de se procurer des ouvrages qui s’accentue avec la guerre ainsi que le nombre croissant de prisonniers limitent grandement leurs possibilités. Également, les correspondances entre le BIE et les États71 et les procès-verbaux du Comité de gestion72 attestent que, à l’exception de la Suisse, les fonds nationaux perçus par le SAIP sont conditionnés à être destinés spécifiquement pour les ressortissants du pays donateur. Par exemple, la Pologne finance pour servir les prisonniers polonais, la France en faveur des prisonniers français, les Italiens pour les ressortissants de l’Italie, le Gouvernement du Reich en faveur des Allemands. Ajouté au fait que la censure évoquée ci-dessus rend la tâche plus compliquée pour satisfaire de manière équitable les besoins de différentes nationalités, les contraintes formulées par les financeurs sur le public cible ne font qu’encourager une forme de ciblage national73. Enfin, afin de satisfaire la demande des financeurs, il faut ←268 | 269→prendre en compte la dimension « mondiale » de cette seconde guerre, soit la distance géographique de certains camps, source de difficultés pour l’acheminement des colis, comme nous le démontrons avec le cas de l’Italie (figure 4).

Figure 4. Demandes et envois de livres : le cas de l’Italie (1941).

Graphique élaboré par Émeline Brylinski à partir de données recueillies dans le dossier A.9.1.866, « Demande de livres pour les prisonniers italiens », 24 juin 1942, boîte 82, A-BIE. Les prisonniers italiens séjournent dans un premier temps dans des camps dits « de triage » avant d’être transférés dans des camps en Égypte, aux Indes, etc. (Lettre de Martin Bodmer, 25 février 1941, Boîte 81, A.9.2.853, [A-BIE]). Source : Demande de livres pour les prisonniers italiens (24.6.42), Boîte 82, A.9.1.866, A-BIE.

La figure 4, reconstituée à partir d’un rapport concernant les envois de livres pour les prisonniers italiens en 1941 permet de mettre en évidence les difficultés auxquelles se confronte le BIE. D’une part, la demande est plus grande que les moyens du BIE. Un certain nombre de demandes et d’envois sont enregistrés permettant aux prisonniers italiens internés dans des camps situés sur différents continents d’en bénéficier. Au total, la Croix-Rouge italienne recense 26 demandes qu’elle transmet aussitôt au BIE. Certaines demandes sont directement formulées auprès du Bureau, principalement des demandes individuelles utilisant leurs réseaux de connaissances, ainsi le BIE recense 5 demandes directement adressées. Au total, c’est 31 demandes sur une année qui sont comptabilisées, pour seulement 16 envois de colis.

←269 | 270→

La difficulté d’approvisionnement ou d’accès aux camps de prisonniers est centrale dans l’analyse des services d’aide pour les prisonniers de guerre entre 1939 et 1945, comme l’ont démontré de nombreux travaux74. La localisation géographique des camps, étendus aux quatre coins du monde, peut être à l’origine de différence de traitement entre les prisonniers. Ainsi c’est seulement certains Stalag et Oflag qui bénéficient de l’apport du SAIP, car certains camps sont peu accessibles ou ne peuvent être desservis par les agents des différents organismes actifs reconnus au sein de l’Agence internationale (CICR) (Dubois, 1989 ; Kovner, 2017 ; Mabon, 2011 ; Vulliet, 1947). De ce fait, lorsqu’il est difficile de pouvoir accéder à un camp pour ces agents, le SAIP peut s’en trouver directement affecté, car il dépend de ces autres organismes pour pouvoir assurer la communication. De plus, comme c’est le cas pour plusieurs pays, l’URSS n’a pas signé la Convention de Genève de 1929 relative aux prisonniers de guerre, par conséquent l’Agence internationale n’est pas reconnue et aucun délégué du CICR n’intervient dans les camps de prisonniers se situant dans le pays (Fayet, 2015, p. 65).

Les différences de traitement – voire l’impossibilité d’accès pour certaines régions du monde — qui en découlent ne sont pas seulement évidentes au travers de cette question de localisation géographique, mais également à cause du manque de ressources matérielles. Le cas des livres pour les prisonniers polonais figure un exemple intéressant. Parce que la censure allemande oblige les prisonniers à lire seulement dans leurs langues d’origine75, il est très difficile pour le SAIP de s’approvisionner en livre, particulièrement en ce qui concerne les livres en polonais. Pour pallier cette contrainte, le SAIP, comme d’autres organismes tel que le YMCA, s’organise pour la traduction de livre en polonais ou leurs réimpressions76. Les sources publiées a posteriori par le rapporteur du YMCA témoignent d’un problème similaire  : c’est davantage les prisonniers ←270 | 271→francophones, anglophones, et allemands qui ont accès à des envois de livres dans leurs langues et bénéficient des services de l’Agence centrale :

De tous les prisonniers, ceux qui eurent sans doute le plus à souffrir du manque de livres, dû à la difficulté ou à l’impossibilité de s’en procurer en dehors de leur pays natal, furent en premier lieu les Japonais. Je ne cite que pour mémoire les Sénégalais et autres troupes coloniales, les Kurdes, Azerbaïdjians [sic], irrémédiablement dépourvus de lecture sous des ciels inconnus d’eux ; puis les Serbes, les Polonais, les quelques milliers de Russes internés en Suisse ; puis les Italiens, constamment assoiffés de littérature, en Amérique du Nord, en Angleterre et aux quatre coins de l’Empire.  (Vulliet, 1947, pp. 331–332)77.

L’idéal du BIE de pouvoir apporter une aide intellectuelle à tous, quelle que soit la nationalité du prisonnier et la raison de son emprisonnement, atteint ses limites lorsque les conditions à la circulation internationale sont ainsi bouleversées. Dans ce sens, des périodes de crise de l’édition causées par la guerre, le manque de papier et de main-d’œuvre, les difficultés de moyens de communication entravent fortement les possibles. D’autant plus que le SAIP dépend de plusieurs maisons d’édition, en plus des dons d’Université et de dons privés. Et malgré le travail mené par les employés du BIE au SAIP, le manque de personnel, le manque de fond et la surcharge de travail se font ressentir78. Tout cela ne va pas sans influer sur les moyens de récolter les livres souhaités : les acteurs de l’époque sont alors confrontés à un décalage entre leurs envies et les moyens à disposition.

Ainsi, tandis que le BIE a su maintenir sa mission éducative et mobiliser son action dans une approche internationaliste, le Bureau doit cependant s’adapter aux contraintes imposées à la fois par la réalité de la ←271 | 272→guerre et de la réduction de ressources, mais également aux demandes formulées par les États membres. Cela génère des paradoxes significatifs des limites de leur action, paradoxes avec lesquels ils composent afin de maintenir le BIE en activité dans une période où d’autres organisations internationales ne peuvent agir79. Cet effort est mis en valeur lors de la Conférence des Ministres alliés de l’Éducation (CAME) (1942–1945), réunissant les fondateurs de la future Unesco (Mylonas, 1976), à laquelle le BIE se verra rattaché en 1969.

Conclusion

La richesse des archives du SAIP nous permet d’historiciser les grandes lignes de l’activité du BIE pendant la Seconde Guerre mondiale. Sous la coordination du Comité international de la Croix-Rouge, mais aussi dans la lignée de différents organismes œuvrant en faveur des victimes de la guerre, les acteurs du BIE tissent des relations avec différents gouvernements, et de nombreuses institutions, afin de pouvoir collecter et envoyer des livres aux prisonniers, et ce dans une logique de formation. Ainsi, le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre permet au BIE de maintenir ses activités et notamment son objectif de traiter les questions éducatives par une approche intergouvernementale, malgré un contexte particulièrement hostile à l’internationalisme.

Cette activité n’est pas sans faire face à de nombreux défis dans sa mise en place. Les acteurs porteurs du projet doivent composer avec les principes de neutralité, et les contraintes liées à la pratique de la censure. Rapidement, les stratégies déployées par les acteurs afin de parfaire leurs activités, révèlent certaines tensions, voire limites, de leur action. D’un côté, le service établit un discours cohérent par rapport aux idéaux portés par le BIE et ses acteurs, en visant à rendre accessible une aide intellectuelle à tous les prisonniers sans prise de parti et en accord avec le principe de neutralité fédérale. Cependant dans les faits, cet idéal est inévitablement confronté aux difficultés concrètes de ne pouvoir mener la tâche de façon égalitaire, contraintes imposées par le ←272 | 273→contexte restrictif et les modalités résidant dans la définition du SAIP. Notamment, les modalités d’accès aux camps, ainsi que les financements des donateurs, comptant des États belligérants parmi eux, contraignent et conditionnent le BIE à entrer dans une démarche de ciblage national. Cet effet s’avère paradoxal d’un mode d’action intergouvernementalqui, au travers des pratiques effectives, renforce les nationalismes et créait subséquemment une différence de traitement des prisonniers en fonction de leur nationalité. Le BIE a ainsi agi stratégiquement pour garder son autonomie et son statut d’organisation neutre et à but technique, au prix de certains paradoxes, pour garantir son action, s’assurer des bonnes relations avec tous les pays membres et, par-là, continuer à mener sa politique de coopération internationale pour permettre à tous les représentants des Gouvernements de « s’asseoir à nouveau autour de la table du Conseil » à la fin de la guerre.

Références

Sources

A-BIE : Archives du Bureau international d’éducation (Genève) : Boîtes n0 66, 72, 80, 81, 82, 83, 85, 276.

AEG : Archives État de Genève (Fond Département de l’Instruction publique)  : cote 1985 va 5.3.436.

Bulletins d’informations du Bureau international d’éducation (1939–1945). Genève : BIE.

Rapports du Directeur du BIE (1939–1945). Genève : BIE.

Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre (1951). Rapport sur son activité. Genève

« Convention relative au traitement des prisonniers de guerre, Genève, 27 juillet 1929 », repéré à https://www.icrc.org/fr/doc/resources/documents/misc/5fzezy.htm.

Suchodolski, B., Roller, S., Stock, R., Avanzini, G., Egger, E. & Darcy de Oliveira, R. (1979). Le Bureau international d’éducation au service du mouvement éducatif. Genève : UNESCO.

Vulliet, A. (1947). L’aide aux prisonniers de guerre des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens. International Review of the Red Cross, 29, 323–342.

←273 | 274→

Bibliographie

Debons, D. (2010). L’assistance spirituelle aux prisonniers de guerre : un aspect de l’action humanitaire durant la Deuxième Guerre mondiale (1939–1948) (Thèse de doctorat inédite). Université de Genève.

Droux, J. (2011). L’internationalisation de la protection de l’enfance : acteurs, concurrences et projets transnationaux (1900–1925). Critique internationale, 52(3), 17–33. doi:10.3917/crii.052.0017.

Droux, J. (2012). La tectonique des causes humanitaires  : concurrences et collaborations autour du Comité de protection de l’enfance de la Société des Nations (1880–1940). Relations internationales, 151, 77.

Droux, J. (2014). From Child Rescue to Child Welfare : The Save the Children International Union Facing World Warfare (1939–1947). Journal of Modern European History, 12(3), 377–397.

Dubois, C. (1989). Internés et prisonniers de guerre italiens dans les camps de l’empire français de 1940 à 1945. Guerres mondiales et conflits contemporains, 39, 53–71.

Edwards, E. M. (2013). The wartime experience of the League of Nations, 1939–47 (Thèse de doctorat en histoire). Université de Maynooth. Repéré à http://eprints.maynoothuniversity.ie/7687/

Engel, E., Kennedy, J. & Reynolds, J. (2018). Editorial – the theory and practice of ecumenism : Christian global governance and the search for world order, 1900–80. Journal of Global History, 13, 157–164.

Fayet, J.-F. (2015). Le CICR et la Russie : Un peu plus que de l’humanitaire. Connexe : les espaces postcommunistes en question (s), 1, 55–74.

Fivaz-Silbermann, R. (2017). La fuite en Suisse  : migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale. Université de Genève. Repéré à l’adresse https://archive-ouverte.unige.ch/unige:96640

Fleury, A. (2015). La Société des Nations in Dictionnaire historique de la Suisse en ligne. Repéré à http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F26468.php.

Grynberg, A. (1991). Les camps de la honte  : les internés juifs des camps français (1939–1944). Paris : La Découverte.

Haenggeli-Jenni, B. (2017). L’éducation nouvelle, entre science et militance : Débats et combats à travers la revue Pour l’ère nouvelle, 1920–1940. Berne : Peter Lang.

Herrmann, I. (2012). Décrypter la concurrence humanitaire : le conflit entre Croix-Rouge(s) après 1918. Relations internationales, 151, 91.

←274 | 275→

Herrmann, I. (2018). L’humanitaire en questions : réflexions autour de l’histoire du Comité international de la Croix-Rouge. Paris  : Les Éditions du Cerf.

Hofstetter, R. (2010). Genève  : creuset des sciences de l’éducation : (fin du XIXe siècle – première moitié du XXe siècle). Genève : Droz.

Hofstetter, R. (2015). Dans les coulisses du Bureau international d’éducation (1925–1946)  : relier le particulier et l’universel pour édifier un « Centre mondial d’éducation comparée ». In J. Droux & R. Hofstetter (Éds.), Globalisation des mondes de l’éducation  : circulations, connexions, réfractions . XIXe et XXe siècles (pp. 145–168). Rennes : Presses universitaires de Rennes.

Hofstetter, R. & Droux, J. (Éds.) (2015). Globalisation des mondes de l’éducation. Circulations, connexions, réfractions, XIXe et XXe siècles. Rennes : Presses universitaires de Rennes.

Hofstetter R. (requérante) & Droux, J. (co-requérante) (2016). « Le Bureau international d’éducation (BIE) : un laboratoire de l’internationalisme éducatif (1919–1952) », Subside FNS N° 100011_169747.

Hofstetter, R. & Mole, F. (2018). La neutralité revendiquée du Bureau international d’éducation. Vers une éducation nouvelle généralisée par la science piagétienne (1921–1934). In X. Riondet, R. Hofstetter & H.-L. Go (Éds.), Les acteurs de l’éducation nouvelle au xxe siècle. Itinéraires et connexions (pp. 195–223) Grenoble : Presses universitaires de Grenoble.

Hofstetter, R. & Schneuwly, B. (2013). The International Bureau of Education (1925–1968) : A Platform for Designing a ‘chart of World Aspirations for Education’. European Educational Research Journal, 12, 215–230.

Hofstetter, R. & ERHISE (à paraître). Le Bureau international d’éducation, matrice de l’internationalisme éducatif (premier 20e siècle). Bruxelles : Peter Lang.

Kovner, S. (2017). A War of Words : Allied Captivity and Swiss Neutrality in the Pacific, 1941–1945. Diplomatic History, 41, 719–746.

Mabon, A. (2011). Solidarité nationale et captivité coloniale. French Colonial History, 12, 193–207.

Magnin, C. (2002). Un survol de l’histoire du BIE, de sa fondation en 1925 jusqu’à aujourd’hui. Exposé présenté à Genève, 49e Session du Conseil du BIE. Genève.

Moorehead, C. (1993). Dunant’s dream : war, Switzerland and the history of the Red Cross. London: HarperCollins.

Mylonas, D. (1976). La Conférence des ministres alliés de l’éducation (Londres 1942–1945) : De la coopération éducative dans l’Europe en guerre à la création d’une organisation internationale. Bruxelles : E. Bruylant.

←275 | 276→

Palmieri, D. (2009). Une neutralité sous influence ? : Le CICR, Franco et les victimes. Revue suisse d’histoire, 59(3), 279–297.

Pedersen, S. (2007). Back to the League of Nations. The American Historical Review, 112(4), 1091–1117.

Pedersen, S. (2015). The Guardian. The League of Nations and the Crisis of Empire. Oxford : Oxford University Press.

Renoliet, J.-J. (1999). L’UNESO oubliée. La Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919–1946). Paris  : La Sorbonne.

Saunier, P.-Y. (2012). La secrétaire générale, l’ambassadeur et le docteur. Monde (s). Histoire, Espaces, Relations, 1, 29–47.

Schmidlin, A. (2009). Rodolfo Olgiati. In Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 08.09.2011. Repéré à https://beta.hls-dhs-dss.ch/Articles/009050/?language=fr.

Schmidlin, A. (2014). Elsbeth Kasser. In Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 08.09.2011. Repéré à https://beta.hls-dhs-dss.ch/Articles/032120/?language=fr.

Tate, H. (2017). Le Comité international de la Croix-Rouge comme architecte du droit international : vers le Code des prisonniers de guerre (1929). Monde(s), N° 12, 203–220.

Turcotte, J.-M. (2018). Comment traiter les « soldats d’Hitler » ? la détention des prisonniers de guerre allemands au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne (1939–1945) : divergences et enjeux dans les relations interalliées. Repéré à l’adresse : https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/31744


1 Ce chapitre est le résultat de recherches menées dans le cadre d’un projet de recherche d’ERHISE subventionné par le FNS (Hofstetter & Droux, 2016, N° 100011_169747). Pour de plus amples informations sur le projet : https://www.unige.ch/fapse/erhise/domaines-de-recherche/projets/. Voir aussi le chapitre 2 du présent ouvrage.

2 En particulier les boîtes 66, 80,81, 82,83, 276, A-BIE.

3 Boîte 66, A.3.2.839–982, A-BIE.

4 Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre (1951). Rapport sur son activité. Genève. Boîte 80, A.9.0.0846.b, A-BIE.

5 Le corpus que nous utilisons reste à ce jour encore peu exploité, cependant quelques travaux font état de l’histoire du SAIP, voir (Hofstetter, 2015 ; Debons, 2010 ; Suchodolski, Roller, Stock, Avanzini, Egger & Darcy de Oliveira, 1979).

6 Bulletin du Bureau international d’éducation, 53, 1939, p. 159.

7 Le BIE peut compter sur un réseau fortement ancré dans les milieux « humanitaires ». Élisabeth Rotten, directrice adjointe du BIE entre 1925 et 1928, est déjà engagée dans l’aide au prisonnier de la Première Guerre aux côtés d’Auguste Frédéric Ferrière, le Vice-président du CICR entre 1917–1922, qui s’avère être le père d’Adolphe Ferrière, directeur adjoint du BIE entre 1925 et 1929. Suzanne Ferrière, cousine d’A. Ferrière, profite également de l’héritage familial et devient membre du CICR à la suite de son oncle Auguste Frédéric. Elle est également investie au sein de l’UISE et du Service international d’aide aux émigrants pendant la Deuxième Guerre (Moorehead, 1993).

8 Créée en 1929, la Fédération des institutions internationales rassemble des organisations non gouvernementales internationales, des fondations et d’autres institutions à but non lucratif et semi-privées à Genève afin de faciliter une action coordonnée.

9 Dossier A.9.2.853, Boîte 81, A-BIE.

10 Relations du Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (S.A.I.P) avec le Comité international de la Croix Rouge, 1939–1947, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE.

11 L’UCJG est la frange francophone des YMCA et le Service d’aide est rattaché au COE.

12 L’EAUI, la FUACE et Pax Romana sont rassemblés sous l’égide du Fonds européen de secours aux étudiants (FESE). Le BIE est aussi en lien avec des organisations des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui sont actives dans des actions similaires.

13 Comité consultatif pour la lecture des prisonniers de guerre, 1940–1961, Boîte 82, A.2.6.859, A-BIE.

14 Lettre de Max Huber, Président du CICR à Monsieur le Président [sic] du Bureau international d’éducation, 6 octobre 1939, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE.

15 Lettre de Max Huber, Président du CICR à Monsieur le Président [sic] du Bureau international d’éducation, 6 octobre 1939, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE. La neutralité du CICR est « synonyme d’un apolitisme » (Palmieri, 2009, p. 2).

16 Conseil Fédéral, Procès-verbal de la séance du 31 août 1939/1653. Neutralitätserklärung. Repéré à : http://dodis.ch/46896

17 Procès-verbal du Comité de gestion du BIE, 16 décembre 1939, Fond DIP, cote 1985 va 5 carton 5.3.436, A-AEG.

18 Souligné dans le texte.

19 Note sur le Bureau international d’éducation, s.d. (vers 1942), Boîte 72, A.5.6.713, A-BIE.

20 Procès-verbal de la 1ère Réunion du bureau du Comité de gestion, 19 décembre 1939, Boîte 66, A.3.2.857, A-BIE.

21 1ère à 5e réunions du bureau du Comité de gestion, 1939–1941, Boîte 66, A.5.6.857, A-BIE.

22 Composition du comité, C. G. 35, Boîte 66, A.3.2.878, A-BIE.

23 Note sur l’organisation d’un Service d’Aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, s.d., Boîte 80, A.9.0.846.b, A-BIE.

24 Note sur le Bureau international d’éducation, s.d., Boîte 72, A.5.6.713, A-BIE].

25 « Mais il ne faudrait pas en conclure qu’aucun problème ne se soit posé et ue la Direction n’ait eu à aplanir une série de questions délicates. Et cela d’autant plus que l’augmentation du nombre des pays belligérants a accru au fur et à mesure la responsabilité de la Direction, ainsi que celle du représentant du Conseil fédéral qui préside le Comité de gestion. » (Note sur le Bureau international d’éducation, s.d. (vers 1942), Boîte 72, A.5.6.713, A-BIE).

26 Convention relative au traitement des prisonniers de guerre, Genève, 27 juillet 1929, repéré à https://www.icrc.org/fr/doc/resources/documents/misc/5fzezy.htm Pour l’histoire de sa mise en place, voir Tate (2017). Nous abrégeons pour la suite du texte Conventions de Genève (1929).

27 Note sur l’organisation d’un Service d’Aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, Boîte 80, A.9.0.846.b, A-BIE.

28 Lettre à Monsieur le Conseiller fédéral Motta, 26 septembre 1939, Fond DIP, cote 1985 va 5.3.436, A-AEG.

29 Bulletin du Bureau international d’éducation, no 53, 4e trimestre 1939, p. 159.

30 Fond DIP, cote 1985 vas 5.3.436, A-AEG.

31 Activités spécifiques des Organisations représentées auprès du Comité consultatif, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE.

32 Papillon sur les origines du service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, s.d., Boîte 80, A.9.0.846.b, A-BIE.

33 Procès-verbal de la 7e réunion du Comité de gestion, Boîte 66, A.3.2.890, A-BIE.

34 Dossiers du personnel, Boîte 73 et 74, A-BIE. Une partie des noms de ces femmes restent inconnus, hormis Archinard et Gysin ainsi que ce que les dossiers du personnel du BIE nous permettent de retracer.

35 Sujet à part entière, non traité dans le cadre de ce chapitre.

36 Sur l’Éducation nouvelle, se rapporter au chapitre suivant, de A. Nóvoa, qui met en lumière ses principes fondateurs (autonomie, liberté, internationalisme) et certaines des controverses qu’elles occasionnent.

37 Relations avec la Croix-Rouge, Boîte 80, A.9.0.700, [A-BIE]. Voir également Hofstetter (2015, p. 44).

38 Voir correspondances, Boîtes A.9.1.847–852, [A-BIE].

39 Procès-verbal de la 10e réunion du Comité de gestion, 30 juin 1943, Boîte 81, A.9.2.1.847.852, [A-BIE].

40 Procès-verbal de la 7e réunion du Comité de gestion, Boîte 66, A.3.2.890, [A-BIE].

41 Procès-verbal du Comité de gestion du BIE du samedi 16 décembre 1939, Fond DIP, cote 1985 va 5 carton 5.3.436, [A-AEG].

42 Lettre d A. Aguilar, Secretario de Educacion, à J. Piaget, directeur du BIE, le 26 février 1940, Boîte 81, A.9.1.852, A-BIE.

43 Lettre du Directeur de l’Office Scolaire de la Légation impériale de l’Iran au directeur du BIE, le 6 décembre 1939, Boîte 81, A.9.1.852, A-BIE.

44 Lettre du Federal Security Agency adressée à M. Piaget, directeur du BIE, le 20 mars 1940, Boîte 81, A.9.1.852, A-BIE.

45 Boîte 81, A.9.2.1.852, A-BIE. Vers la fin de la guerre, le BIE est en relation avec des fondations et organismes privés américains qui contribuent au SAIP par des apports matériels et financiers à destination des prisonniers américains (voir collaboration avec l’American Council on Education, Procès-verbal de la 12e réunion du Comité de gestion, 6 juillet 1944, Boîte 66, A.3.2.930, A-BIE).

46 L’Oberkommando der Wehrmacht (OKW) est l’organe qui est en charge entre autres de représenter l’Allemagne pour le contrôle et la censure des livres.

47 Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre (1951). Rapport sur son activité. Genève. Boîte 80, A.9.0.0846.b, A-BIE.

48 Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre (1951). Rapport sur son activité. Genève. Boîte 80, A.9.0.0846.b, A-BIE.

49 Dossier Relations avec le Gouvernement allemand, Boîte 81, A.9.1.848, A-BIE.

50 Lettre de J. Piaget au Consul Krauel, Lettre du 3 avril 1941, Boîte 81, A.9.1.848, A-BIE.

51 Listes de censure et lettres touchantes, Boîte 80, dossier A.9.0.701, A-BIE. Listes présentes dans le cahier recensant les livres envoyés, Boîte 80, A.9.0.704, A-BIE.

52 Lettre de J.H. Jungkunst à P. Rosselló du 24 octobre 1940, Boîte 81, dossier A.9.3.854, A-BIE.

53 Büchersperrliste 8, 8 mars 1941, Boîte 80, dossier A.9.0.701, A-BIE.

54 Cahier « Livres envoyés », Boîte 80, A.9.0.704, A-BIE.

55 Cf. travaux sur les entrelacements entre science et militance des réseaux de sociabilités genevois de l’époque ainsi que leur ancrage pacifiste (Hofstetter 2010, 2015 ; Haenggeli-Jenni, 2017) et les recherches sur les réseaux d’acteurs du BIE menées par Erhise (Hofstetter & ERHISE, à paraître).

56 En Angleterre au moment où la guerre éclate, son visa n’est plus renouvelé et elle ne peut rentrer à Genève. Voir travail de Hofstetter (2015) et l’ensemble des correspondances personnelles de Butts (Boîte 2008, dossier 2008/3/A/1–5, AIJJR).

57 Il s’agit des organisations membres du Comité pour la lecture ainsi que des associations « amie » du BIE, à savoir la Société des amis (quakers) ou l’Union internationale de secours aux enfants (UISE) (Lettre d’une secrétaire du BIE à M. Butts, 16 septembre 1940, Fond Hamori, Marie Butts, dossier 2008/3/A/4, AIJJR). Sur l’UISE, voir Droux (2012, 2014).

58 Cf. travaux sur l’engagement des organisations de ce type, sous l’angle d’un pacifisme à la croisée des mouvements œcuméniques et internationalistes (Engel, Kennedy & Reynolds, 2018). Concernant les organismes rattachés au Comité de Nîmes, dont l’UCJG, le YMCA et le FESE, voir Turcotte, 2018  ; Grynberg, 1999, pp. 194–197. Fivaz-Silbermann (2017), dans sa thèse sur l’aide aux réfugiés juifs à la frontière suisse pendant la guerre a montré l’engagement parfois semi-clandestin d’organisations en Suisses comme les quakers, le FESE, organisations alors en étroite proximité de pensée avec le BIE.

59 Courrier de J. Piaget à A. de Blonay, 10 juin 1942, Boîte 82, A.9.2.889, A-BIE.

60 Le FESE communique un appel de Grèce « Les universitaires de Salonique en danger » le 24 février 1943 qui dénonce les difficultés que connaissent les étudiants et professeurs grecs et réfugiés (Boîte 80, A.9.0.703, A-BIE) ainsi qu’un article : « En France les déportations de réfugiés et leurs répercussions sur l’action du F.E.S.E », 30 novembre 1942, paru dans Journaux – Intl Student Service, Boîte 80, A.9.0.703, A-BIE.

61 Olgiati est à cette période secrétaire du Service civil international (1935–1941) et du Cartel suisse de secours aux enfants victimes de la guerre (1940–1942) et secrétaire de la Croix-Rouge suisse (Schmidlin, 2009).

62 Lettre de Blanche Weber à Piaget 9 novembre 1940, Boîte 74, A.6.1.261, A-BIE. J. Goodman évoque aussi l’étendue des réseaux de l’YMCA déjà dans l’entre-deux-guerres (voir chapitre 3).

63 Lettre de Henri Johannot à P. Rosselló, 10 novembre 1943, Boîte 81, A.9.3.8.5.4, A-BIE.

64 Voir la notice sur la sœur Elsbeth Kasser (Schmidlin, 2014).

65 Une vaste littérature sur l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et l’intervention humanitaire dans les camps de prisonniers et concentrationnaires montre ces contradictions. Nous renvoyons aux travaux d’Irène Herrmann (2018) mais aussi de Jean-Claude Favez, Irène Herrmann, Hans-Ulrich Jost, Daniel Palmieri et Isabelle Vonèche Cardia.

66 Article premier, alinéa 2, Convention de Genève, 1929.

67 À l’exception, certains colis sont envoyés dans les Frontstalags et Dulags, camps de passage ou de transit des prisonniers (cf. Accords officiels entre le CICR, le BIE et l’Agence centrale, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE ; Tate, 2017 ; Debons, 2010.

68 Article de journal « Envoi postaux pour prisonniers de guerre et internés civils », 7 octobre 1939, Boîte 80, A.9.0.846.a, A-BIE]

69 Bulletin d’information du BIE, n0 56 du 3e trimestre 1940.

70 Lettre de P. Rosselló à Monsieur le Ministre Barbey, 12 janvier 1940, Boîte 81, A.9.2.853, A-BIE.

71 Relations du Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre (S.A.I.P), Boîte 81, A.9.1.847–852, A-BIE.

72 Procès-verbal de la 7e Réunion du Comité de gestion, 28 février 1942, Boîte 66, A.3.2.890  ; Procès-verbal de la 8e Réunion du Comité de gestion, 10 juillet 1942, Boîte 66, A.3.2.919, A-BIE.

73 X. Riondet (chapitre 5) montre lui aussi comment des initiatives internationalismes peuvent déboucher sur des logiques nationalistes et même être récupérées à de telles fins.

74 Voir l’état des lieux proposé par Kovner (2017) et les différents travaux qui montrent les inégalités de traitement subies par les prisonniers nord-africains et coloniaux français en comparaison des prisonniers issus de la France métropolitaine (Mabon, 2011).

75 Document constitutif du Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre, 1951, Boîte 80, A.9.0.846.b, A-BIE.

76 Document constitutif du Comité consultatif pour la lecture des prisonniers et internés de guerre, 1951, Boîte 80, A.9.0.846.b, A-BIE.

77 Le rapporteur du YMCA renforce ce propos en dénonçant des différences notables dans l’approvisionnement en livre d’après son expérience au sein du YMCA. Il explique « qu’à côté de camps en Allemagne, fiers de leurs bibliothèques comptant 40 000 ou 24 000 ou 15 000 volumes, d’autres camps et la majorité des petits camps ou détachement de travail dans tous les pays du monde, furent et demeurent réduits à la portion congrue » (Vulliet, 1947, p. 331).

78 Nos propos sur les difficultés matérielles et la surcharge de travail sont issus d’une une analyse des Rapports du directeur et des Bulletins d’informations du Bureau international d’éducation (1939 à 1945).

79 La configuration du SAIP en tant qu’action internationale, semble dans les faits davantage servir les causes nationales. Une approche similaire de « l’internationalisation » est employée par l’« Union internationale de secours aux enfants » (UISE) lors de la Première Guerre mondiale (Droux, 2011).