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Identitätsbildung und Partizipation im 19. und 20. Jahrhundert

Luxemburg im europäischen Kontext

Series:

Edited By Norbert Franz, Thorsten Fuchshuber, Sonja Kmec, Jean-Paul Lehners and Renée Wagener

Gesellschaften mit starker Einwanderung kennzeichnen vielfältige Formen von Identitätsbildung und das Ringen um politische und zivilgesellschaftliche Partizipation. Dies gilt in besonderer Weise für Luxemburg im 19. und 20. Jahrhundert. Hier entstand in einem Kleinstaat eine der jüngeren Nationen Europas und zugleich eine besonders offene, plurikulturelle Einwanderungsgesellschaft. Ziel dieses Bandes ist es, die Entstehung dieser Mehr-Kulturen-Gesellschaft im europäischen Zusammenhang zu verstehen. Die einzelnen Beiträge analysieren mit Hilfe unterschiedlicher sozial- und kulturwissenschaftlicher Annäherungen exemplarische Konfliktlinien der Identitätsbildung und des Kampfes um Partizipation.

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Anarchisme(s) au Luxembourg dans l’entre-deux-guerres. Contre le fascisme, le communisme… et la démocratie parlementaire (Frédéric Krier)

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Frédéric Krier

Anarchisme(s) au Luxembourg dans l’entre-deux-guerres. Contre le fascisme, le communisme… et la démocratie parlementaire

1.  Introduction

L’événement que l’on associe le plus à l’anarchisme1 au Luxembourg – en fait la manifestation la plus « visible » de la mouvance anarchiste dans l’histoire sociale du pays – est la grève sanglante des ouvriers italiens à Differdange en 1912, seule grève au Luxembourg ayant entraîné la mort de personnes et dont les meneurs ont été identifiés comme des militants anarchistes2. Cette grève est aujourd’hui assez bien connue grâce aux travaux de Christian Calmes3 et, plus récemment, de Denis Scuto, Armand Logelin-Simon et Robert Fleischhauer4. A côté de cette grève, peut-être « davantage présente dans l’histoire nationale parce qu’il y a eu des morts » comme le fait remarquer Denis Scuto5, l’anarchisme fait tout au plus des apparitions épisodiques, liées à certains personnages, dont le pionnier du syndicalisme luxembourgeois Georges Droessaert, mais aussi à certains artistes avant-gardistes ou encore à des personnes moins connues, expulsées pour agitations et qualifiées d’« anarchistes ». ← 277 | 278 →

L’histoire de l’anarchisme luxembourgeois reste donc largement à écrire. La présente contribution veut revenir sur la présence d’une mouvance pouvant être qualifiée d’anarchiste au Luxembourg avant la Deuxième Guerre mondiale, observer ses caractéristiques, ses liens avec les différentes tendances anarchistes à l’étranger, son homogénéité ou hétérogénéité interne ainsi que la place de ce mouvement sur l’échiquier politico-idéologique de l’entre-deux-guerres, qui fut marqué par l’opposition entre le principe démocratique et l’option autoritaire.

Dans un premier temps, nous allons revenir sur plusieurs personnes qui ont été qualifiées d’anarchistes et vérifier si ce terme est véritablement approprié. Ensuite, nous analyserons plus en détail la présence d’anarchistes italiens dans le bassin minier dans l’entre-deux-guerres, mais aussi l’orientation du journal « Der arme Teufel » dans les années 1920.

2.  L’« anarchiste » : une figure fantomatique

Georges Droessaert, un Differdangeois directement impliqué dans les événements de 1912, incarnerait, selon Quiqueret, le « courant anarchiste national »6 et « Freiheit », le journal éphémère que Droessaert publia en 1910, a de même été décrit comme un journal anarchiste7. Notons cependant que dans le numéro 1 (le seul paru ?8), le journal se définit comme socialiste révolutionnaire, antipatriotique, antimilitariste, syndicaliste et libre-penseur, mais non comme anarchiste ou libertaire, et va même jusqu’à s’offusquer que la « Luxemburger Zeitung », Organ des Kapitals hierzuland, qualifie d’anarchiste la CGT (« Confédération générale du travail ») française! De même, Janine Wehenkel-Frisch note qu’en 1905, « c’est pourtant Droessaert qui s’est appliqué à réfuter les anarchistes qui ont assisté à une réunion syndicale à Dudelange »9. Droessaert apparaît donc davantage comme un syndicaliste révolutionnaire, sympathisant de la CGT de la Charte d’Amiens, à l’extrême-gauche du mouvement ouvrier luxembourgeois, mais non comme un anarchiste à strictement parler – ce qui ne l’empêche cependant pas de faire des références positives à Sébastien Faure dans la « Freiheit » et à suggérer comme ← 278 | 279 → lecture la « Guerre sociale » de Gustave Hervé, les « Hommes du jour » de Victor Méric et « L’Humanité » de Jean Jaurès.

De même, les jeunes intellectuels de l’« avant-garde luxembourgeoise » décrite par Gast Mannes10 peuvent être qualifiés, malgré leurs contacts avec un auteur anarchiste comme Ret Marut alias B. Traven11, tout au plus comme « anarchisants ». Ils sont en fait plus proches de la gauche communiste (marxiste) allemande autour du KAPD (Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands), de l’AAUE (« Allgemeine Arbeiter-Union –Einheitsorganisation ») et de la revue « Die Aktion » de Franz Pfemfert que de l’anarchisme organisé de l’époque. Si des références à l’anarchisme, surtout à Proudhon et à l’anarchosyndicalisme, ne font pas défaut, elles s’intègrent dans une sorte d’amalgame avec le bolchévisme et le syndicalisme – en bref tout ce qui s’oppose au bourgeois, au juste-milieu, au Luxembourg perçu comme pays clérical et arriéré. L’anarchiste comme « Bürgerschreck » reflète tout à fait l’image de l’anarchisme dans la presse de l’époque, où il apparaît tantôt comme un mouvement mystérieux, fantomatique, mais dangereux et violent, tantôt comme un simple appendice du bolchévisme.

Le fait que le mouvement anarchiste international ait pris ses distances avec les pratiques terroristes de la fin du XIXe siècle est généralement ignoré par la presse, qui continue à mettre en avant le péril anarchiste. Un exemple de cette image prévalente de l’anarchiste est le traitement, par l’« Escher Tageblatt »12, de la possible implication de l’intellectuel anarchiste Camillo Berneri dans l’assassinat de l’informateur fasciste Savorelli et dans un plan d’attentat sur le ministre de la Justice italien Rocco13. Le professeur de philosophie est présenté comme un ouvrier italien quelque peu simplet (nicht gerade als intelligent zu bezeichnen), qui se serait fait avoir par les fascistes (sich allzuleicht zu der ihm von den Faszisten zugedachten Rolle mißbrauchen ließ), mais dont l’arme incriminée n’aurait été de toute façon qu’un jouet (völlig unbrauchbar, ein richtiges Spielzeug). ← 279 | 280 →

La même vue semble également prédominer chez les autorités publiques, comme le montrent les fonds des Archives nationales du Luxembourg sur le mouvement anarchiste. On y retrouve pour l’avant-guerre des indications sur un prétendu plan d’attentat d’un groupe d’anarchistes italiens sur la personne du Grand-Duc Guillaume IV14, des informations sur des anarchistes (ou des personnes prétendues telles) expulsés de France, de Belgique, de Suisse, dont deux nationaux luxembourgeois : un certain David Schneider, né en 1846 à Hamm, expulsé de France en 189515 et un certain Alphonse Aubert, fils d’un douanier de Kleinbettingen, expulsé de Belgique en 1908 et qualifié à la fois d’ anarchiste dangereux, mais également de correspondant de « L’Humanité »16 ! Toute une série de documents17 concerne un congrès anarchiste international, apparemment prévu au Luxembourg en 1907, pour lequel auraient été attendues, selon la « Luxemburger Zeitung »18, des figures marquantes du mouvement telles que Pierre Monatte, Pierre Ramus, Gustav Landauer ou Errico Malatesta. Finalement, un congrès anarchiste international eut bien lieu en 1907, mais à Amsterdam.

3.  Le groupe anarchiste italien d’Esch

Après la Première Guerre mondiale, la peur du danger anarchiste réapparaît au Luxembourg, notamment lors du mouvement de protestation en 1927 en faveur de Sacco et Vanzetti, deux ouvriers anarchistes italiens condamnés à mort en 1921 aux Etats-Unis et dont l’exécution approchait. Aux yeux des forces de l’ordre luxembourgeoises, la menace anarchiste était alors devenue plus grave, car elle était désormais presqu’interchangeable avec le nouvel ennemi communiste. En effet, le fait qu’anarchistes et communistes s’allient dans le cadre de cette campagne et appellent ensemble (d’une part l’« Anarchistischer Ausschuss für Sacco und Vanzetti/ Comitato anarchico pro Sacco e Vanzetti », d’autre part l’« Internationale Rote Hilfe ») à une manifestation de soutien à Sacco et Vanzetti à Esch-sur-Alzette le 19 juin 1927, contribua à renforcer cet amalgame. Selon le rapport de la gendarmerie19, plus de 1.000 personnes participèrent à cette manifestation, principalement des Italiens et des Polonais, ainsi qu’une trentaine de Luxembourgeois. Le gendarme-rapporteur ← 280 | 281 → s’indigne de ce que les anarchistes y recueillent des dons sans autorisation du conseil communal. Il décrit quatre orateurs, le Luxembourgeois Nicolas Stammet et le Français Karik Josef Vioud de la « Rote Hilfe », ainsi que les deux Italiens, Vittorio Cantarelli (venu de Bruxelles) et Giordano Pratolongo20, décrits plus en détail et de manière quelque peu pittoresque : Cantarelli serait un Schuster, hat aber nebenbei bemerkt keine Arbeits- sondern wohlgepflegte Hände & Fingernägel21 tandis que Pratolongo, résident du café Rossi dans la rue du Brill, est décrit comme schreiend & in echt südländischer Pose. Pratolongo, qui était membre de la Jeunesse communiste italienne, et non anarchiste comme le sous-entend le rapport du gendarme, aurait terminé son discours par un appel à la vendetta contre la bourgeoisie de tous les pays en cas d’exécution des deux anarchistes.

Malgré de telles caractérisations, les rapports de la gendarmerie, qu’ils soient basés sur des observations individuelles de gendarmes ou sur des informations de tierces personnes non identifiées, donnent de nombreux détails sur le groupe anarchiste italien d’Esch dont nous ne disposerions pas sans eux. Le groupe a été repéré pour la première fois par la gendarmerie en novembre 1926. Il gravite autour du café-hôtel22 Solazzi (qualifié comme Kommunistenschenke)23 dans l’actuelle rue J.P. Bausch à Esch-Grenz24, où réside depuis septembre 1926 Angelo Bruschi25. Selon le ← 281 | 282 → Wachtmeister Schons26, le groupe se réunirait tous les dimanches à 16h00 pour une Scheinsitzung [sic] dans l’appartement d’un certain Antonio Gaudina, situé dans la même rue. Le groupe distribue deux journaux anarchistes étrangers27 : l’hebdomadaire « Il Monito », publié à Paris en langue italienne par l’anarchiste individualiste Raffaele Schiavina et le périodique belge « Le combat », publié par Hem Day, à ce moment secrétaire du « Comité international de défense anarchiste » et, par ailleurs, une connaissance de Bruschi à Bruxelles.

Le 8 août 1927, à 14 jours de l’exécution de Sacco et de Vanzetti, les anarchistes italiens poursuivent le mouvement en organisant des grèves sauvages dans quatre entreprises italiennes du bâtiment (Caffaro, Bregoli, Moia et Crolla). La gendarmerie d’Esch note28 que seulement 40 ouvriers sur 200 travaillent et que les anarchistes (15 en tout) passent de chantier à chantier, par groupes de 3 à 6, pour mobiliser les maçons. Une délégation anarchiste, reconnaissable à ses anarchistische Abzeichen29, dont faisait partie un Luxembourgeois d’Esch nommé Sylvester Scholtes, participe à la grande manifestation des communistes dans la soirée.

Dès avant cette grève, la « Ligue des droits de l’homme » s’était adressée au ministre de la Justice pour protester contre les nombreuses mesures d’expulsion prises suite à la manifestation du 19 juin30. Un rapport de gendarmerie en cite 17 pour les seuls mois de juillet et d’août 1927, au moment où l’affaire Sacco et Vanzetti battait son plein. Les expulsions reprendront, de façon plus massive, après le seul attentat anarchiste sur le sol luxembourgeois : l’assassinat, survenu le 30 avril 1929, du chancelier de l’ambassade italienne Alfonso Arena par l’anarchiste, individualiste et antifasciste31 Gino d’Ascanio. Il faut noter que cette affaire n’a pas fait trop de remous au Luxembourg32 et n’est pas restée ancrée dans la mémoire ← 282 | 283 → collective nationale. Le cordonnier D’Ascanio33, qui résidait à Pétange, avait été en contact avec le groupe anarchiste d’Esch34. Lors de son procès, où il fut défendu par René Blum, il expliqua avoir agi dans la colère et que sa véritable cible aurait été l’attaché Attilio Colombo, pour motif que ce dernier lui aurait refusé la délivrance d’un passeport35. Dans une deuxième version, D’Ascanio aurait voulu venger la mort de son frère (en fait son beau-frère) causée par des squadristes. Un avis psychologique du Dr. Welter d’Echternach le décrit comme sicherlich kein normaler Mensch; […] ein nicht alltäglicher Degenerierter36. Après avoir été condamné à 15 ans de prison, D’Ascanio se pend dans sa cellule le 11 septembre 193037.

Camillo Berneri, probablement le théoricien anarchiste italien le plus connu à cette époque après Malatesta, fait directement les frais de la politique d’expulsion à la suite de l’attentat de D’Ascanio. Dans un écrit autobiographique38, Berneri rapporte que lorsqu’il essaya de s’installer à Belvaux en 193039, il fut reconduit manu militari en France par la gendarmerie et ce après seulement 20 jours de présence sur le territoire luxembourgeois. A noter que Berneri mentionne l’intervention d’un député d’Esch40, qui demande des éclaircissements sur son cas auprès de la gendarmerie française : s’agit-il de nouveau de René Blum ?

On retrouvera Berneri dans les rangs de la Colonne Ascaso lors de la Guerre civile en Espagne aux côtés d’autres anarchistes italiens, eux aussi passés par le Luxembourg et pour la plupart expulsés à la fin des années 1920 ou au début des années 1930. En utilisant le « Dictionnaire des militants anarchistes » en ligne et le ← 283 | 284 → « Dizionario biografico degli anarchici italiani », j’ai pu identifier 13 combattants de la Colonne Ascaso ayant vécu temporairement au Luxembourg41, auxquels il faut ajouter Gaetano Trigari, qui combattit sur le front d’Aragon dans la Colonne Roja y Negra, ainsi que, dans la Colonne Durutti, Gino Sette, parti en 1935 pour l’Espagne. Ceci permet de compléter en quelque sorte la liste dressée par Wehenkel des volontaires de la Guerre d’Espagne partis du Luxembourg. Wehenkel a identifié parmi les volontaires anarchistes « quatre italiens, dont trois rejoignent les brigades internationales42 et un la Colonne Durutti, ensuite le groupe anarchiste de Differdange, composé de deux Allemands et de deux Luxembourgeois »43. S’ajoutent encore le non-anarchiste Albert Santer, enrôlé « malgré lui » dans la Colonne Ascaso, dont il critique l’inefficacité au combat, les discussions éternelles et les exactions anticléricales, et le cas un peu particulier de Gordian Troeller, qui décrit dans son autobiographie44 sa conversion à l’anarchisme en 1938 à Barcelone. Dans un récent mémoire, Christian Steinbach émet cependant de forts doutes sur la véracité du récit de Troeller45. Trois des Italiens perdirent la vie en Espagne : Gino Sette, mort le 22 juillet 1936 sur le front d’Aragon ; Bruno Gualandi, mort le 24 octobre 1936 sur le front de Huesca ; enfin, Berneri lui-même, fusillé le 5 mai 1937 à Barcelone, après avoir été arrêté comme « contre-révolutionnaire » par des policiers républicains.

Plusieurs des anarchistes italiens de la Colonne Ascaso (Serra, Ballarin, Bruschi) ont également eu, à l’instar de Berneri, des contacts avec le mouvement libéral-socialiste « Giustizià e libertà » de Carlo Roselli46. Wehenkel cite en ce sens un rapport de police selon lequel l’anarchiste Oreste Tommasini, fondateur de la section de la “Ligue des droits de l’homme” à Dudelange, était abonné au ← 284 | 285 → journal de Roselli47. Il semble donc qu’au moins une partie des petits cercles anarchistes italiens au Luxembourg fût proche de la ligne non conformiste, voire « révisionniste » de Berneri, qui remettait en cause des dogmes anarchistes bien ancrés, fustigeant par exemple le crétinisme abstentionniste48, et renvoyait dos à dos fascisme et communisme soviétique, tout en recherchant des alliances avec des réformateurs et libéraux de gauche.

4.  « Der arme Teufel » : un journal anarchisant ?

A côté des cercles italiens, le seul périodique au Luxembourg dans l’entre-deux-guerres qui avait une attitude favorable à l’anarchisme était « Der arme Teufel » (désormais : « AT ») édité par le tailleur et conseiller communal eschois (et éphémère député social-démocrate en 1918–1919) Jean Schaack-Wirth dans les années 1920. Dans sa monographie publiée en 1978, Janine Wehenkel-Frisch ne traite que brièvement cette période du journal, mettant l’accent sur les premières années du « AT » et l’expérience du parti ouvrier social-démocrate de 1904–1912. Elle caractérise cependant la ligne du journal, à partir de 1920–1921 (donc après la rupture définitive de Schaack-Wirth avec le parti socialiste), comme rattachée « sur le plan intérieur au radicalisme qui forme l’aile gauche du libéralisme » et « sur le plan international à l’anarchisme »49.

En effet, malgré la présence de plus en plus importante d’articles ouvertement anarchistes dans l’« AT » repris la plupart du temps, comme le note Wehenkel- Frisch, de l’hebdomadaire viennois « Erkenntnis und Befreiung. Organ des herrschaftslosen Sozialismus » (désormais : « E. und B ».), Schaack-Wirth n’abandonne pas ses activités politiques aux côtés de son « maître à penser »50 Aloyse Kayser, que l’on peut placer sur l’aile gauche du libéralisme. Il figure d’ailleurs comme candidat de la liste « libérale-démocrate » aux élections communales de 1924 et du Parti radical aux élections législatives et communales de 1928. En conséquence, un appel à voter libéral-démocrate dans le numéro 829 (11 octobre 1924) est suivi dans le numéro 830 (25 octobre 1924) d’un article de Pierre Kropotkine (Ordnung-Unordnung) vraisemblablement tiré d’« E. und B. », ainsi que d’un autre article du même journal sans indication d’auteur (Imperialismus und Arbeiterregierung, contre le gouvernement Labour au Royaume-Uni). En parallèle, l’« AT », ← 285 | 286 → qui ne se revendique ni comme anarchiste, ni comme libéral, continue à se définir comme « organe socialiste-républicain » et ne cesse d’ailleurs de reprendre des articles d’autres organes socialistes non-libertaires, par exemple de la « Freiheit » de l’USPD (Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands).

Une définition de la ligne politique de l’« AT » semble donc à première vue difficile, et nous pouvons nous demander si Schaack-Wirth – qui apparaît dans le mémoire de Wehenkel-Frisch comme une sorte de poltron, « individualiste petit-bourgeois »51, un « personnage pittoresque, plein de bonhomie »52, intégré dans le « folklore local »53 d’Esch, mais certainement « pas un théoricien »54 – se rendait vraiment compte de ses contradictions. A moins que l’on considère la reprise constante d’articles d’« E. und B. » et, plus rarement, d’autres périodiques anarchistes (« Die schwarze Fahne »55, « Der Syndikalist »56 et « Der freie Arbeiter »57 ; les articles du « Libertaire »58 publiés en allemand étant vraisemblablement tous des reprises d’« E. und B. ») comme devant principalement servir à remplir les pages du journal ! Il me semble cependant que, même si Schaack-Wirth admet parfois les différences du point de vue ‘national’ et ‘international’59, le choix des articles repris n’a pas été sans lien avec les développements politiques au Luxembourg et avec le parcours politique de Schaack-Wirth. Ainsi, ce n’est certainement pas un hasard si le premier article d’« E. und B. » paraît dans l’« AT » au moment où Schaack-Wirth vient de rompre avec le parti socialiste. Dans le numéro 730, l’éditeur avait attaqué les Heißsporne, ein Dutzend Draufgänger de l’aile gauche du parti socialiste, qui l’auraient dénoncé comme Renegat, Verräter en raison de son soutien aux bourgmestres (socialistes !) Nic. Biever et Jean-Pierre Pierrard. De même, ils auraient insulté (vernannt) Jean Schortgen de Kapitalistenknecht und Verräter60. Une semaine plus tard, dans le numéro 731, ← 286 | 287 → paraît en première page un article d’« E. und B. » contre le régime bolchévique en Russie, intitulé Im Namen der Menschlichkeit !61. Il attaque de manière virulente la russische Sowjetdiktatur, la Parteidiktatur des Marxismus, et qualifie le régime bolchévique de staatsmonopolistisch et staatskapitalistisch aussi infâme que le régime tsariste. L’article déplore la dégradation des conditions matérielles du prolétariat et les mesures répressives contre le mouvement anarchiste, notamment contre le vieux Kropotkine, alors âgé de 78 ans : […] er leidet entsetzlichen Mangel an Lebensmitteln und Kleidern. Während die bolschewistischen Herren im Kreml sich vom Schweiß und Blut des Volkes mästen und Bankette und Festivitäten geben, durch die sie jeden Besucher Rußlands zu korrumpieren trachten, lassen sie einen Kropotkin untergehen. Dans le numéro suivant, Schaack reprend un autre article d’« E. und B. » sur la vie en Russie soviétique, Bauerntum und Staatsbürokratie im bolschewistischen Rußland62. Le premier point d’intérêt de Schaack-Wirth pour « E. und B. » et son éditeur Pierre Ramus63 est donc l’antibolchévisme. Ce ne sera pas le seul. Parmi les nombreux articles que Schaack-Wirth reprendra, les thèmes centraux seront notamment la critique du parlementarisme et du réformisme, le pacifisme tolstoïen, la pédagogie de Francisco Ferrer, le néo-malthusianisme, l’anti-alcoolisme64, la mise en place de communes agraires (lié à l’intérêt que Schaack-Wirth portait à l’expérience sioniste en Palestine65), la propagation de la ← 287 | 288 → langue universelle Ido66, etc. En même temps, il est clair que Schaack-Wirth était très loin de l’orthodoxie anarchiste d’un Ramus, Gralshüter der anarchistischen Prinzipien selon Erich Mühsam67.

Il faut en même temps se demander si l’intérêt des rédacteurs de l’« AT » pour l’anarchisme n’était pas présent en arrière-fonds dès ses débuts. Après tout, le nom même du journal reprend à la fois celui d’un périodique édité de 1884 à 1898 aux Etats-Unis par le pasteur calviniste défroqué Robert Reitzel68, qui était pour le moins anarchisant, ainsi que celui d’un autre journal publié par Erich Mühsam de 1902 à 1904. Un extrait des mémoires de Kropotkine figure dans les pages du « AT » dès 190869 et deux articles de Domela Nieuwenhuis, ancien dirigeant social-démocrate néerlandais passé dans le camp anarchiste, sont parus en 190670.

A cet égard, il faut évidemment mentionner l’influence d’Aloyse Kayser, identifié par Schaack-Wirth comme cofondateur de l’« AT » après sa mort71. Quant à Lucien Cahen (ancien collaborateur de l’« AT » et militant de la « Libre Pensée »), il le décrit dans un entretien pour la monographie de Jeanine Wehenkel-Frisch, comme un anarchiste qui se prétendait libéral tout en propageant la lecture de Proudhon, Bakounine et Kropotkine72. Cela semble à peine croyable, vu l’importance de Kayser dans la vie politique et sociale luxembourgeoise de l’époque. Kayser était en effet un cofondateur de la « Libre Pensée », un pionnier du scoutisme, de l’éducation populaire, des clubs de gymnastique, le président de la Fédération ← 288 | 289 → nationale des cheminots, un haut-grade de la franc-maçonnerie, et même président du parti radical-socialiste ! Henri Wehenkel, en s’appuyant également sur le témoignage de Cahen, a décrit Kayser comme une sorte d’« anarcho-syndicaliste » qui aurait soumis son engagement politique à l’action plus globale d’émancipation sociale, sans être libre de contradictions73. Plutôt que de vaciller entre libéralisme et socialisme, Kayser aurait été en même temps « liberaler als die Liberalen und sozialistischer als die Sozialisten »74.

5.  Conclusions

Si nous prenons en considération que Rudolf Rocker, le principal théoricien de l’anarcho-syndicalisme de l’entre-deux-guerres, a défini l’anarchisme comme une synthèse du libéralisme et du socialisme portant au paroxysme les idées respectives des deux mouvements75, l’intérêt d’un libéral socialiste comme Kayser pour la doctrine anarchiste devient moins étonnant. Contrairement au néo-anarchisme d’après 1968, qui se veut plutôt comme représentant une perception plus radicale et intransigeante de la démocratie (directe), les franges étudiées ici de l’anarchisme de l’entre-deux-guerres ne se sont pas entièrement défaites de leurs racines libérales, du moins d’un libéralisme social n’ayant pas perdu de vue l’émancipation de la classe ouvrière – ce qui ne les empêche pas d’être en même temps antiparlementaires, voire – à l’instar de Rocker qui oppose libéralisme et démocratie76 – antidémocratiques. Notons par ailleurs que Schaack-Wirth, tout comme la plupart des anarchistes italiens mentionnés, travaillent dans l’artisanat et semblent plus épris de liberté individuelle (les marxistes diraient : d’une mentalité petite-bourgeoise) que les ouvriers de l’industrie, davantage orientés vers le socialisme réformiste ou le bolchévisme.

Il est donc un peu rapide de classer les anarchistes parmi les mouvements antilibéraux et autoritaires, à l’instar de Riccardo Bavaj dans son étude sur l’anti­parlementarisme de gauche dans la République de Weimar77, qui les identifie pour ← 289 | 290 → l’essentiel aux communistes conseillistes. Les anarchistes affichent plutôt un antiparlementarisme libéral, au sens où ils mettent la souveraineté individuelle et la coopération solidaire des individus associés au-dessus des combines politiques et du jeu des majorités politiques. Il reste par ailleurs vrai, malgré son refus théorique du terrorisme individualiste du 19e siècle, que par son volontarisme marqué, l’anarchisme de l’entre-deux-guerres n’est pas à l’abri de relents autoritaires et de la tentation de recourir à la violence politique.

Malgré cette orientation idéologique commune aux deux groupes étudiés, il n’est pas possible de parler d’un mouvement anarchiste homogène au Luxembourg. En effet, sans qu’on puisse les exclure, il ne semble pas qu’il y ait eu beaucoup de contacts entre le groupe de « Der arme Teufel » et les anarchistes italiens. Ainsi, si l’« AT » s’émeut du sort de Sacco et Vanzetti, il ne se prononce pas sur les mouvements de protestation en leur faveur au Luxembourg. Schaack-Wirth semble par ailleurs nourrir des relents xénophobes. Il reprend par exemple en 1922, sans la moindre critique, un article du « Luxemburger Wort » rendant l’immigration de masse responsable du renchérissement du logement et prônant la préférence nationale au niveau du recrutement des travailleurs78. En même temps, il qualifie l’expulsion des étrangers en 1929 de mesure fasciste79. On peut également s’attendre à ce que – comme Droessaert en 191080 – Berneri n’ait guère apprécié l’anticléricalisme virulent de l’« AT », qui lui aurait rappelé l’ignorance, la stupidité et l’intolérance des journaux anticléricaux italiens81. Berneri fustigeait d’ailleurs l’influence grandissante des prêtres de la libre-pensée au sein de l’anarchisme, qui serait l’œuvre de sectaires maçonniques encombrés de vains préjugés, de vaines cérémonies et de bibelots encore plus ridicules que ceux du clergé82. ← 290 | 291 →

Nous pouvons donc parler de deux mouvances anarchistes parallèles dans le Luxembourg de l’entre-deux-guerres, qui se sont pour l’essentiel ignorées. Le petit groupe anarchiste italien a constitué un milieu dans lequel pouvaient se retrouver des réfugiés politiques italiens, souvent issus des mêmes milieux sociaux et professionnels et ayant connu des parcours similaires. Cette capacité inclusive reste largement limitée à ce petit groupe d’anarchistes italiens. Par ailleurs, les liens qui existent entre les groupes anarchistes italiens établis dans différents pays démocratiques en Europe et en Amérique sont plus intenses que ceux qu'ils tissent avec leurs camarades d’autres origines nationales, ethniques ou linguistiques. Cela est d’autant plus vrai que le passage au Luxembourg ne fut qu’une étape pour la plupart des personnes évoquées dans cet article.

Si, pour l’opinion publique luxembourgeoise, l’anarchiste italien peut apparaître comme un inconnu menaçant et qu’il est situé en tout cas en dehors de la communauté nationale, il semble qu’il reste également un étranger pour les auteurs anarchisants autochtones, malgré leur internationalisme et cosmopolitisme affiché.

Cette méconnaissance de l’autre, cette ignorance mutuelle est cependant caractéristique en quelque sorte de l’anarchisme au Luxembourg en général : il n’y a jamais eu de mouvement organisé continu et unitaire au Luxembourg, qui aurait pu développer une mémoire et un narratif historique commun. Après la Seconde Guerre mondiale, chaque nouvelle tentative pour créer un mouvement anarchiste a fait recours à des modèles étrangers plutôt qu’aux modèles précédents. Ceci contribue à expliquer – outre le caractère relativement éphémère et marginal de ces mouvements – pourquoi l’histoire de l’anarchisme au Luxembourg n’a jusqu’ici guère été étudiée. ← 291 | 292 →


1 Par anarchisme, nous comprenons tout mouvement politique s’auto-définissant comme anarchiste ou comme libertaire, œuvrant pour un ordre social sans exploitation ni domination de l’homme par l’homme, et par conséquent sans État, basé sur la libre association des individus.

2 Cf. Scuto, Denis, Les victimes de la grève des ouvriers italiens de l’usine de Differdange en janvier 1912, in : Reuter, Antoinette / Ruiz, Jean Philippe (dir.), Retour de Babel. Itinéraires, mémoires et citoyenneté, Gasperich : Ed. Retour de Babel, 2007, 3 vols., ici : vol. 3, p. 38–43.

3 Calmes, Christian, Déi bluddeg Grève zu Déifferdang vum 26. Januar 1912 (Text fir eng Radioemissioun geschriwen, déi den 1. Juli an den 26. August 1975 gelaf ass), Differdange : Déifferdanger Volleksbildungsveräin, 1976.

4 Voir en particulier le dossier en trois parties paru dans Galerie. Revue culturelle et pédagogique 29/3 (2011), 29/4 (2011), 30/1 (2012), notamment la bibliographie établie par Denis Scuto dans le numéro 30/1, p. 39–43.

5 Cité par Quiqueret, Jérôme, Cent ans de marginalisation. La mémoire revisitée d’une grève anarchiste, in : Le Jeudi, 26 janvier 2012.

6 Quiqueret, Cent ans de marginalisation (note 5).

7 Wehenkel, Henri, Freiheit, das Anarchistenblatt aus Differdingen, in : Lëtzebuerger Land, 14 janvier 2009.

8 En tout cas, les Archives nationales ne disposent que de la seule édition du 18 décembre 1910. Archives nationales du Luxembourg (ANLux), Fonds des journaux morts (JXM) 109.

9 Wehenkel-Frisch, Janine, Der arme Teufel. Sozialdemokratische Zeitung. Monographie d’un journal socialiste luxembourgeois (1903–1929), 2e édition, s.l. 1978, p. 179.

10 Mannes, Gast, Luxemburgische Avantgarde. Zum europäischen Kulturtransfer im Spannungsfeld von Literatur, Politik und Kunst zwischen 1916 und 1922, Esch-sur-Alzette : Ed. Phi ; [Mersch] : Centre national de littérature, 2007.

11 Mannes, Gast, Die Luxemburg Connection. Ret Marut/B. Traven, Pol Michels und Gust. van Werveke. Wer ist B. Traven? Versuche einer Antwort, Mersch : Centre national de littérature, 2013.

12 Anon., Das Komplott Menapace, Berneri & Cie., in : Escher Tageblatt, 14 janvier 1930.

13 Sur le rôle effectivement peu glorieux de Berneri dans ces deux affaires : Sapori, Julien, Le soupçon. Fascistes et antifascistes en France : l’affaire Pavan-Savorelli, 1928, Paris : Mens sana, 2011, en particulier p. 171–175.

14 ANLux, Fonds des Affaires Étrangères (AE) 2040/008.

15 ANLux, AE 2040/0046.

16 ANLux, AE 2041/001 et 002 : Je n’ai pas trouvé de correspondances signées Aubert dans « L’Humanité » de cette période.

17 ANLux, AE 2041/003–0013.

18 Article paru le 7 juin 1907 (ANLux, AE 2041/007).

19 ANLux, Fonds du Ministère de la Justice (J) 76/9/0030.

20 Pratolongo (1905–1953) sera expulsé du Luxembourg en 1928. Il est arrêté en 1931 à Bologne, puis sera nommé commissaire des syndicats ouvriers de la province de Trieste par le gouvernement Badoglio en 1943. Après la guerre, il est député et membre du comité central du Parti communiste italien, ainsi que directeur de l’hebdomadaire « L’informatore del Popolo », URL : http://www.anpi.it/donne-e-uomini/giordano-pratolongo/ [dernier accès le 10 juillet 2016].

21 Une biographie de Cantarelli (1882–1957), qui le décrit effectivement comme « calzolaio » (cordonnier), se trouve dans le Dizionario biografico degli anarchici italiani, éd. par Maurizio Antonioli et al., 2 vols. Pisa : BFS, 2003, ici : vol. 1, p. 307–308.

22 La dénomination « café-hôtel » suit la notice biographique sur Luigi Ballarin du Dictionnaire des militants anarchistes, URL : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article7598 [dernier accès le 10 juillet 2016].

23 ANLux, J 76/9/0004.

24 Alors « rue de la Höhl ».

25 Ecrit « Bruski » dans les rapports de la gendarmerie ; ANLux, J 76/9/0004 et J 76/10/0047. A noter que selon la gendarmerie, Bruschi a été expulsé en raison de la distribution d’une brochure sur Sacco et Vanzetti en juin 1927. La biographie d’Angelo (ou Angiolo) Bruschi est un peu confuse, probablement à cause des fréquents changements de résidence imposés : selon le Dictionnaire des militants anarchistes (note 22), qui le décrit comme « l’un des animateurs du groupe anarchiste d’Esch-sur-Alzette », il résidait « entre Bruxelles et Luxembourg » de 1927 à 1929. Suivant sa notice biographique dans le Dizionario biografico (note 21), vol. 1, p. 262–263, il ne serait arrivé au Luxembourg qu’en 1932, après avoir été condamné pour port illicite d’arme par le tribunal de Mons. On retrouvera Bruschi dans la colonne Ascaso pendant la guerre d’Espagne. Le Dizionario biografico le fait mourir à Bir-el-Hakeim en 1942. Selon le Dictionnaire des militants anarchistes, il est décédé à Paris le 8 août 1986.

26 ANLux, J 76/9/0030.

27 La gendarmerie parle même d’une grosse Verbreitung ; cf. ANLux J 76/10/0047.

28 ANLux, J 76/10/0060 et J 76/10/0063 : Rapports de la gendarmerie d’Esch du 8 août 1927.

29 ANLux, J 76/10/0063.

30 ANLux J 76/10 : Lettre de la Ligue luxembourgeoise de la défense des droits de l’homme au directeur général de la Justice Norbert Dumont du 19 juillet 1927.

31 Selon le rapport du Luxemburger Wort du procès d’Ascanio, édition du 6 mai 1930.

32 Pourtant le procès a été couvert en détail par le Luxemburger Wort dans la rubrique « Gerichts-Zeitung », éditions du 5, 6, 7 et 8 mai 1930 ; cf. aussi Escher Tageblatt, 6, 7 et 8 mai 1930.

33 Dizionario biografico (note 21), vol. 1, p. 491–492.

34 Luxemburger Wort, 7 mai 1930.

35 Luxemburger Wort, 6 mai 1930.

36 Ibidem.

37 Luxemburger Wort, 12 septembre 1930.

38 Berneri, Camillo, Berlin 1930, in : Ecrits choisis (titre de couverture : Œuvres choisies), Paris : Éditions du Monde libertaire, 1988, p. 97–105. L’épisode luxembourgeois est décrit p. 103–104. D’Errico cite une notice de Berneri, qui date son expulsion au 22 juin 1930 ; cf. D’Errico, Stefano, Anarchismo e politica. Nel problemismo e nella critica all’anarchismo del ventesimo secolo, il « programma minimo » dei libertari del terzo millenio. Rilettura antologica e biografica di Camillo Berneri, Milan : Mimesis, 2007, p. 563. Or, Berneri ne s’est présenté à la légation italienne que le 7 juillet 1930, et la date avancée par De Maria du 12 juillet 1930 semble être la date correcte de l’expulsion ; cf. De Maria, Carlo, Camillo Berneri. Tra anarchismo e liberalismo, Milan : Franco Angeli, 2004, p. 69.

39 Selon la légation italienne, il résidait auprès du « noto anarchico » Giuseppe Frosini ; cf. De Maria, Camillo Berneri (note 38), p. 69, note 226.

40 Berneri, Ecrits choisis (note 38), p. 104.

41 Luigi Ballarin, Camillo Berneri, Angiolo Bruschi, Giovanni Calderara, Tomaso Serra, Renato Castagnoli, Armando Malaguti, Carlo Castagna, Renzo Cavani, Franceso Gasperini, Bruno Gualandi, Gino Balestri, Alfredo Perissino [probable].

42 Dont Libertario Tassi, cf. Wehenkel, Henri, Libertario Tassi, anarchiste garibaldien et interbrigadiste, in : Reuter / Ruiz (dir.), Retour de Babel (note 2), vol. 1, p. 178–181.

43 Wehenkel, Henri, D’Spueniekämpfer – volontaires de la Guerre d’Espagne partis du Luxembourg, Dudelange : Centre de documentation sur les migrations humaines, 1997, p. 20.

44 Troeller, Gordian, Antifaschist. Anarchist. Journalist. Gordian Troeller berichtet. Eine Autobiographie, Berlin : Pro Business, 2009, p. 15–16.

45 Steinbach, Christian, El impacto sociocultural de la Guerra civil española en Luxemburgo, mémoire de maîtrise, Université d’Aix-Marseille 2014, p. 41–42 (disponible sur http://www.theokerg.com/files/steinbach_christian_memoire.pdf, dernier accès le 11 octobre 2014).

46 Sur ces contacts, voir notamment l’ouvrage de De Maria, Camillo Berneri (note 38), ainsi que les notices biographiques des concernés dans le Dizionario biografico (note 21).

47 Wehenkel, D’Spueniekämpfer (note 44), p. 31.

48 Berneri, La question électorale. Le crétinisme abstentionniste, in : Ecrits choisis (note 38), p.151–157.

49 Wehenkel-Frisch, Der arme Teufel (note 9), p. 136.

50 Ibidem, p. 173.

51 Ibidem, p. 136.

52 Ibidem, p. 176.

53 Ibidem, p. 175.

54 Ibidem, p. 172.

55 Hebdomadaire paraissant à Berlin et édité par l’antimilitariste Ernst Friedrich.

56 Journal de la « Freie Arbeiter-Union », anarchosyndicaliste.

57 Journal de la « Föderation kommunistischer Anarchisten Deutschlands ».

58 Le principal journal anarchiste français, fondé par Sébastien Faure en 1895.

59 Ainsi, l’éditeur note que l’article Der sterbende Parlamentarismus repris d’« E. und B. » contient bittere Wahrheiten, mais laisse aux lecteurs de juger sa validité dans le contexte luxembourgeois : Ob er auf unsere Landesverhältnisse paßt, mögen die werten Teufelsleserinnen und Teufelsleser selbst beurteilen. (AT 795, 28 avril 1923)

60 AT 730, 30 octobre 1920. Selon Wehenkel-Frisch, Der arme Teufel (note 9), p. 131–132, ces attaques, notamment de la part du socialiste Jacques Thilmany et du dirigeant syndical Jos. Kieffer (qui s’opposeront pourtant tous les deux à l’adhésion à la 3e Internationale en décembre 1920 ; cf. Ben Fayot, Sozialismus in Luxemburg. Vol. 1 : Von den Anfängen bis 1940, Luxembourg : Centre de recherche et d’études socialistes, 1979, p. 223–224), font suite aux critiques ouvertes de Schaack-Wirth à l’encontre de la révolution russe.

61 AT 731, 6 novembre 1920.

62 AT 732, 20 novembre 1920.

63 Pour un aperçu de la biographie et de la doctrine de Pierre Ramus (pseudonyme de Rudolf Großmann), voir Schepperle, Ilse, Pierre Ramus : Marxismuskritik und Sozialismuskonzeption (tuduv-Studien. Reihe Politikwissenschaften, 19), Munich : tuduv, 1988.

64 Schaack étant, malgré ses relents libertaires, un ardent défenseur de la prohibition aux Etats-Unis ; voir par exemple Schaack-Wirth, Sozialistisch-Proletarische Freidenker meidet den Alkohol, in : AT 777, 28 juillet 1922.

65 Voir notamment les articles suivants: Ein Erfolg der Zionisten, in : AT 728, 9 octobre 1920 ; Die Wiedergeburt Palästinas, in : AT 810, 22 décembre 1923 ; Rappoport, Sarah, Soziales Leben und Werden aus dem jüdisch-zionostischen Staat Palestina. Die Freikommunen in Palästina, in : AT 871, 1er septembre 1926. Cette attitude favorable au sionisme contraste quelque peu avec l’évocation des polnische und galizische Juden dans le contexte d’un pogrom contre des commerçants à Esch ; AT 673, 29 septembre 1918 et 68[3], 16 février 1919 ; cf. Wagener, Renée, Jüdische Emanzipation (3/6). ‘Hyänen’ und ‘Parasiten’, in : woxx 1276, 18 juillet 2014, URL : http://www.woxx.lu/tag/geschicht_juedische_minderheit/ [dernier accès le 10 juillet 2016].

66 Sur la propagation de l’Ido par « Der arme Teufel », voir Hilgert, Romain, Katholiken sprechen Volapük, Sozialisten Ido, in : Lëtzebuerger Land, 22 août 2014.

67 Cité d’après Schepperle, Pierre Ramus (note 63), p. 47. Ramus reprochait à Mühsam son rapprochement avec le bolchévisme en 1919.

68 Un article de Reitzel, Das Weib spricht, est repris dans AT 803, 28 août 1923.

69 Kropotkine, Pierre, Die Wirkungen der Gefängnisstrafe, in : AT 232, 10 mai 1908. Précédemment, des sympathies pour Kropotkine et pour Johann Most avaient été exprimées dans l’article Allerhand Schwarzwild im Kanton Mersch, de la plume de « roter Schneider » (tailleur rouge), peut-être un pseudonyme de Schaack-Wirth, in : AT 217, 26 janvier 1908.

70 Nieuwenhuis, Domela, Die Fabel vom morschen Gebäude, in : AT 153, 4 novembre 1906 ; Idem, Die Justiz, in : AT 159, 16 décembre 1906.

71 Schaack-Wirth, Aloys Kayser †, in : AT 861, 15 mars 1926.

72 Er war kein Liberaler, er gab sich nur als solcher aus. […] Er war ein Edelanarchist. Aloyse Kayser brachte mir die Theorie des Anarchismus bei. Er empfahl mir die Werke von Kropotkine, Proudhon, Bakounine, cité par Wehenkel-Frisch, Der arme Teufel (note 9), p. 204.

73 Wehenkel, Henri, Aloyse Kayser, in : Verbandsleitung der FNCTTFEL (dir.), 1909–1984. 75 Joer Landesverband, Luxembourg 1984, p. 209–232.

74 Ibidem, p. 230.

75 Cf. Rocker, Rudolf, Die Entscheidung des Abendlandes, Hambourg: Oetinger, 1949, 2 vols., ici: vol. 1, p. 316.

76 Ibidem, chapitre « Liberalismus und Demokratie », p. 208–239.

77 Bavaj, Riccardo, Von links gegen Weimar. Linkes antiparlamentarisches Denken in der Weimarer Republik (Historisches Forschungszentrum der Friedrich-Ebert-Stiftung. Reihe Politik- und Gesellschaftsgeschichte, 67), Bonn: Verlag J.H.W. Dietz Nachf., 2005. Les anarchistes y sont traités p. 174–182 (FAUD, « Freie Arbeiter-Union Deutschlands ») et p. 342–377 (Landauer, Mühsam, Traven).

78 Schaack-Wirth, Die Ausländerfrage, die Arbeitslosigkeit u. die Selbsthilfe, in : AT 782, 7 octobre 1922.

79 Idem, Nur einige Worte, in : AT 902, avril 1929.

80 Auf philosophischem Gebiet sind wir religionslos, Freidenker. Aber den antiklerikalen Rummel sowie den religiösen Mückenkampf machen wir nicht mit. […] Die „Freiheit“ ist auch keine Kloake und darum wird dieselbe sich prinzipiell nicht mit Pfaffen- und andern Schmutzgeschichten abgeben, citation de Droessaert, Georges, Unser Programm, in : Freiheit. Sozialistisches Organ für die Interessen des werktätigen Volkes 1, 18 décembre 1910.

81 Berneri, Le prolétariat ne se nourrit pas de curés, in : Ecrits choisis (note 38), p. 144–150. Berneri qualifie d’ailleurs l’anticléricalisme des anarchistes espagnols comme non anarchiste, borné et fou, voire comme fasciste ; ibidem, p.145, 146.

82 Ibidem, p. 147. Berneri cite ici en fait l’antisémite Urbain Gohier !