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La traduction sous la loupe

Lectures critiques de textes traduits

de Muguras Constantinescu (Auteur)
Monographies 232 Pages

Résumé

Cet ouvrage propose une « lecture critique des traductions » comme une forme plus souple et plus libre de critique des textes traduits. Cette lecture a pour mission de distinguer la traduction du texte original et de conduire à la reconnaissance de son statut propre. Elle suppose une analyse comparative de l’original et de ses versions, à travers un examen approfondi visant autant le micro-texte que le macro-texte et surtout la relation entre les deux. Plusieurs problématiques sont abordées, comme la traduction du conte merveilleux, des textes gastronomiques, ironiques, aphoristiques ou poétiques. L’auteur compare des traductions canoniques et des retraductions, découvre une autotraduction cachée sous l’apparence d’une traduction et réfléchit sur la voix et la conscience des traducteurs, telles qu’elles apparaissent dans le paratexte.
Le corpus comprend des textes traduits de Flaubert, Maupassant, Brillat-Savarin, Grimm, Perrault, Voronca, Fondane, Bruckner, Jean, Cioran, Aubert de Gaspé, considérés dans le contexte de leur production, selon la mentalité traductive de leur époque.

« […] il nous arrive parfois d’avoir le bonheur de découvrir un regard nouveau sur le phénomène de la traduction : c’est précisément la vertu du présent ouvrage.
Ce livre érudit révèle aux lecteurs […] une recherche passionnante et approfondie. Il expose également les réflexions d’une traductologue émerveillée par des « solutions » de traduction qu’elle découvre au fil de ses lectures mais toujours soucieuse de mieux faire. (Lance Hewson) »

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface (Lance Hewson)
  • Introduction
  • Chapitre 1. Les contes des frères Grimm adaptés et traduits pour les enfants
  • Chapitre 2. La traduction face à la gastronomie
  • Chapitre 3. Paratexte, traduction canonique et retraduction de Madame Bovary
  • Chapitre 4. Maupassant – traduit par des écrivains
  • Chapitre 5. Traduction/autotraduction poétique et réaction solidaire
  • Chapitre 6. Traduire un texte ironique contemporain
  • Chapitre 7. L’autotraduction cachée chez Cioran
  • Chapitre 8. Les Anciens Canadiens en traduction roumaine
  • Chapitre 9. Écritures et réflexions des traducteurs roumains
  • Bibliographie
  • Index des notions
  • Index des noms
  • Titres de la collection

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Préface

Lance HEWSON

Faculté de traduction et d’interprétation, Université de Genève, Suisse

La traductologie est victime de son propre succès. De plus en plus de chercheurs s’intéressent à des problématiques traductologiques ; le nombre de colloques internationaux est en constante augmentation. Aujourd’hui, la production écrite est tellement importante qu’il est devenu normal d’y trouver et retrouver les mêmes problématiques, les mêmes analyses. Cependant, dans toute cette production, il nous arrive parfois d’avoir le bonheur de découvrir un regard nouveau sur le phénomène de la traduction : c’est précisément la vertu du présent ouvrage. Muguraş Constantinescu propose à ses lecteurs un parcours intellectuel dont les maîtres mots sont curiosité et passion. Curiosité veut dire, en l’occurrence, deux choses : tout d’abord la volonté de ne jamais s’arrêter à la lecture superficielle d’une traduction, même si celle-ci est faite selon les « règles de l’art » ; puis ce désir d’aller au-delà, d’interroger le texte traduit à partir d’une vision large, qui vise à dégager ce qui, au seul niveau micro-structurel, reste celé ou mal compris. La passion, quant à elle, est l’autre versant de la curiosité : elle aiguillonne la chercheuse dans sa volonté de décrire ces facettes peu connues de l’activité traduisante et de la réflexion traductologique dans sa Roumanie natale.

Sous la loupe : on aurait pu penser, à la lecture de ce joli titre, que Muguraş Constantinescu se contente de poser un regard critique sur des traductions. Son ambition, en réalité, est beaucoup plus grande. En effet, il est rare de trouver des sujets de réflexion si variés. Après un chapitre consacré aux contes des Frères Grimm adaptés et traduits pour les enfants, le lecteur trouve, pour son plus grand bonheur, un deuxième chapitre où figure « la traduction face à la gastronomie », qui s’intéresse à des contes et à l’atypique Physiologie du goût de Brillat-Savarin (on appréciera en particulier la partie intitulée « Lire, savourer et traduire Brillat-Savarin »…). Des difficultés de traduction très particulières y sont finement analysées. Le chapitre suivant est consacré à la traduction et aux retraductions de Madame Bovary. C’est un chapitre important à plusieurs égards. Le lecteur comprend pourquoi, au XIXe siècle, ← 9 | 10 → aucune traduction du chef-d’œuvre de Flaubert n’a vu le jour en dépit d’une activité traduisante très fournie à partir du français comme langue source, puisant parmi des auteurs qui restent renommés, autant que des écrivains considérés aujourd’hui comme mineurs. La situation évolue au XXe siècle : une première traduction intégrale du roman, parue en 1909 et due à Ludovic Dauş, cède la place en 1940 à une nouvelle traduction, signée par Lascăr Sebastian. Celle-ci, explique la chercheuse de Suceava, ne connaît pas un grand succès : elle sera occultée par la Deuxième Guerre mondiale et quatre décennies de communisme, dont les effets néfastes sont soulignés ici comme dans d’autres chapitres de l’ouvrage. Muguraş Constantinescu note que la version suivante, publiée en 1956 et signée par Demostene Botez, devient la traduction canonique de Madame Bovary. Elle en profite pour explorer deux notions, celle – justement – de « traduction canonique », souvent évoquée par les traductologues mais rarement explicitée, et celle de « retraduction », afin d’envisager l’émergence d’une « nouvelle traduction canonique ». Elle souligne, à ce propos, l’importance d’une lecture critique des traductions : c’est d’ailleurs la démarche que proposent plusieurs traducteurs à la fin de la dictature communiste, qui publient de nouvelles traductions assorties d’un appareil paratextuel. La chercheuse roumaine en compare plusieurs, puis esquisse un portrait plus général de toutes les traductions du roman. Il est intéressant de noter que la première traduction de Dauş trouve grâce à ses yeux : avec le recul, sa tendance littéraliste est vue comme bénéfique, dans la mesure où elle permet une proximité avec l’original (à l’instar de la première traduction anglaise du chef-d’œuvre de Flaubert, due à Eleanor Marx-Aveling). Toutefois, Muguraş Constantinescu insiste sur les qualités de la traduction d’Irina Mavrodin, qui pourrait, à ses yeux, devenir la nouvelle traduction canonique du roman de Flaubert.

D’autres chapitres suivent cette présentation des traductions de Flaubert. Après une analyse fouillée de Maupassant traduit par des écrivains, on découvre des chapitres traitant successivement de « Traduction poétique et réaction solidaire – la poésie d’avant-garde », de la traduction de l’ironie chez Raymond Jean et Pascal Bruckner, et de l’autotraduction cachée chez Cioran. Les deux dernières parties de l’ouvrage sont consacrées à une étude des Anciens Canadiens en traduction roumaine et, enfin, aux écrits et réflexions des traducteurs. Ce dernier chapitre prend la forme d’une méditation autour de l’évolution du discours sur la traduction qui, au fil des années, devient un discours traductologique. Les premiers textes, nous explique la traductologue, accompagnent des traductions du XVIe siècle. Ils « déplorent le décalage entre la culture roumaine et d’autres cultures en matière de traduction ». La langue littéraire roumaine est à faire et à parfaire, et la traduction permet des avancées considérables. C’est au XIXe siècle que la traduction prend véritablement son envol, accompagnée parfois d’importants textes qui plaident en faveur de cet art ou donnent maints ← 10 | 11 → conseils utiles sur la manière de traduire, toujours dans l’optique d’enrichir la langue cible. Le XXe siècle voit l’évolution vers une pensée que l’on peut qualifier aujourd’hui de traductologique, d’abord avec les travaux de Ştefan Augustin Doinaş, puis surtout grâce à la longue et féconde carrière d’Irina Mavrodin. Muguraş Constantinescu consacre des pages passionnantes à ces deux figures incontournables du paysage traductif roumain. Elle souligne en particulier l’immense pratique de la professeure Mavrodin, qui, entre autres, a traduit À la recherche du temps perdu en roumain. Son activité traduisante s’accompagne d’une réflexion théorique de plus en plus poussée, en particulier sur la tâche titanesque que constitue la traduction de Proust. La dernière partie de ce chapitre porte sur la chercheuse contemporaine Georgiana Lungu-Badea, traductrice littéraire et scientifique, historienne des traductions et traductologue spécialisée dans le domaine des culturèmes.

Je conclurai en soulignant deux mérites fondamentaux de cet ouvrage. Ce livre érudit révèle aux lecteurs qui n’ont pas le bonheur de maîtriser le roumain une recherche passionnante et approfondie. Il expose également les réflexions d’une traductologue émerveillée par des « solutions » de traduction qu’elle découvre au fil de ses lectures, mais toujours soucieuse de mieux faire. En effet, consciente de la fragilité de toute entreprise de traduction, Muguraş Constantinescu nous invite à ne jamais baisser les bras : à travers ses lectures critiques, elle veut nous rendre sensibles aux conséquences souvent invisibles des choix traductifs. La retraduction à venir, effectivement, est porteuse d’espoir : elle nous invite à y réfléchir. ← 11 | 12 →

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Introduction

L’ouvrage La traduction sous la loupe – lectures critiques de textes traduits1 se veut être une suite à nos ouvrages, Pour une lecture critique des traductions – réflexions et pratiques et Lire et traduire la littérature de jeunesse – des contes de Perrault aux textes ludiques contemporains, parus l’un chez L’Harmattan en 2013, l’autre chez Peter Lang, la même année. Dans ces ouvrages nous avions proposé et pratiqué une forme plus souple et plus libre de critique des textes traduits, nommée par nous « lecture critique des traductions ». Le but en était simple et il est toujours valable : distinguer nettement entre le texte dans sa forme originale et sa version dans une autre langue, en assurant à la dernière un examen et une évaluation, dont l’original jouit depuis que la critique littéraire existe.

Pourquoi « la traduction sous la loupe » ?

Pour dire que la traduction en tant que texte traduit mérite autant d’attention que l’œuvre originale. Pour annoncer l’idée d’investigation et d’exploration. Pour suggérer un examen visant autant le micro-texte que le macro-texte et surtout la relation entre les deux. Pour évoquer la quête, l’enquête et non pas le jugement et le verdict. Pour affirmer que la traduction appelle un examen attentif en tant que produit publié dans une nouvelle culture, sur un nouveau marché éditorial et adressé à un nouveau public. Pour parler non pas d’une lecture critique « à la loupe », « au microscope » avec une attention particulière pour le détail, mais d’un examen global, où le détail, en l’occurrence, la solution ponctuelle, est toujours vu dans son rapport avec l’ensemble, avec la stratégie globale de traduction.

Pour signifier un regard investigateur qui étudie le texte traduit de façon plus ou moins approfondie, selon qu’il s’agit d’un compte rendu ou d’une étude, mais aussi un regard explorateur qui cherche des solutions aptes à améliorer une traduction en vue d’une retraduction. Pour alerter sur l’importance et l’urgence d’une telle entreprise. Pour avouer notre dessein de contribuer à l’épanouissement et à la reconnaissance de ce genre à part entière.

Pour proposer des lectures critiques sur des textes traduits variés, avec des problématiques différentes et qui sollicitent des stratégies et des techniques de traductions spécifiques. ← 13 | 14 →

Tout en reconnaissant le grand mérite d’Antoine Berman (1995) et de sa construction solide d’une critique des textes traduits, nous avons estimé qu’elle n’est pas praticable de façon courante pour permettre un accueil et une évaluation de la traduction en tant que telle.

Un premier pas à faire, reconnu par de nombreux traductologues et traducteurs comme nécessaire, est de prendre pour l’objet d’une telle lecture critique la traduction en tant que produit et, implicitement, comme processus. Même si on n’arrive pas à considérer une traduction dans toute sa complexité, même si l’on ne parcourt pas toutes les étapes, bien articulées et pertinentes conçues par Berman, cette prise d’objet et de position signifie déjà la reconnaissance de la traduction en tant que telle et dissipe toute identification avec l’original.

On l’a déjà remarqué, dans les chroniques et les comptes rendus le texte traduit dans une autre langue est trop souvent confondu avec l’original et le regard critique ne porte presque jamais sur la manière dont un texte a été rendu dans une autre langue et dans une autre culture. Irina Mavrodin attire l’attention sur une fausse « chronique des traductions » dans les journaux littéraires, écrite, en général par des gens de lettres :

Le commentaire concerne seul l’auteur traduit, le livre traduit (en vérité, il porte sur ce que ce dernier représente dans la version originale) mais non sur ce que le traducteur a fait, de façon réussie ou moins réussie, avec des exemples à l’appui.

Le commentaire libre remplace ainsi l’analyse de la traduction, un commentaire libre sur le livre et sur son auteur […]. Il est évident que dans un tel cas le signataire de la chronique a lu le livre seulement en traduction roumaine mais sans essayer de faire une confrontation avec le texte original (Mavrodin, 2009b : 200, c’est nous qui soulignons, c’est nous qui traduisons).

Venant d’un autre horizon culturel et considérant la traduction dans son rapport avec le public et non pas avec la critique littéraire, Lance Hewson constate le même phénomène de confusion entre original et traduction :

Notes biographiques

Muguras Constantinescu (Auteur)

Muguraş Constantinescu est professeur, HDR, à l’Université Ştefan cel Mare de Suceava où elle enseigne la traductologie et dirige la revue Atelier de traduction et la collection « Studia doctoralia – Francophonie. Traductologie ». Elle a publié des articles et des ouvrages de traductologie et de nombreuses traductions.

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Titre: La traduction sous la loupe