L'approche variationnelle dans la terminologie et la traduction juridiques
Résumé
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page de droits d’auteur
- Table des matières
- Liste des figures
- Liste des tableaux
- Préface
- Juritraductologie et variation linguistique
- La juritraductologie et les variations linguistico-juridiques (Sylvie Monjean-Decaudin)
- 1. Introduction
- 2. Variations juridico-linguistiques et traduction du concept juridique
- 2.1. Premier exemple : traduire « sans profession » du français vers l’espagnol au regard des variations linguistiques
- 2.1.1. Variation diatopique de la traduction de « sans profession »
- 2.1.2. Variation diachronique de la traduction de « sans profession »
- 2.2. Deuxième exemple : traduire « association de malfaiteurs » du français vers l’espagnol au regard des variations linguistiques
- 3. Variations juridico-linguistiques et traduction du texte juridique
- 3.1. Typologie du texte juridique en droit et asymétrie selon les systèmes juridiques
- 3.2. Exemples d’asymétrie des actes juridiques espagnol et français
- 4. Conclusion
- Bibliographie
- Webographie
- Des phénomènes croisés de variation jurilinguistique : les infractions en France, Belgique, Espagne et Colombie (Jorge Valdenebro Sánchez)
- 1. Introduction
- 2. Droit pénal en France, Belgique, Espagne et Colombie : entre convergences et anisomorphismes culturels
- 3. La variation ou les variations jurilinguistiques ?
- 4. Analyse juritraductologique : les infractions en France, Belgique, Espagne et Colombie
- 4.1. Organisation et classification des infractions en France, Belgique, Espagne et Colombie
- 4.1.1. La variation croisée dans les infractions (France-Belgique)
- 4.1.2. La variation croisée dans les infractions (Espagne-Colombie)
- 4.1.3. À titre de comparaison (France, Belgique, Espagne, Colombie)
- 5. Conclusions
- Bibliographie
- Références législatives
- Comment dire « code » en arabe ? Un cas d’onomasiologie (Nejmeddine Khalfallah)
- 1. Introduction
- 2. Contexte Historique Du Concept
- 2.1. Depuis le Moyen Âge
- 2.2. Rupture : découverte des Codes napoléoniens
- 3. Une même notion : plusieurs variations terminologiques
- 3.1. Mağalla
- 3.2. Qānūn
- 3.3. Mudawwana
- 3.4. Niẓām asāsī
- 3.5. Misṭra
- 3.6. Équivalents écartés
- 4. Vers une symétrie conceptuelle
- 4.1. S’agit-il de la même chose ? Du même concept ?
- 4.2. Acteurs sociaux
- 5. Conclusion
- Bibliographie
- Variations traductologiques dans un texte juridique à vocation nationale : le cas de la Constitution algérienne (Hanaa Beldjerd)
- 1. Introduction
- 2. La signification de la liberté en arabe
- 3. La traduction de la liberté figurant dans la constitution algérienne de 2020
- 4. Résultat(s) et discussion(s)
- 5. Conclusion
- Bibliographie
- Variation diachronique et jurilinguistique
- Variations diachronique et jurilinguistique du terme famiglia : le cas du droit italien de l’entreprise (Enrica Bracchi, Manuela Tola)
- 1. Introduction
- 2. Famille ou familles ?
- 3. Variation du terme famiglia et son impact sur le système juridique
- 4. Famille, liens familiaux et droit de l’entreprise
- 5. Le terme famiglia dans le droit italien de l’entreprise : le cas spécifique du piccolo imprenditore
- 6. Le renvoi à des statuts familiaux spécifiques
- 7. Les retombées en termes d’interprétation de la loi n° 76 de 2016
- 8. Réflexions conclusives
- Bibliographie
- Jurisprudence
- Législation
- La variation diachronique de la terminologie juridique dans une perspective de la traduction (Zuzana Honová)
- 1. Introduction
- 2. La variation et la terminologie juridique
- 3. La variation et la traduction juridique
- 3.1. La variation et les stratégies de la traduction
- 4. Typologie des variantes des termes juridiques dans la perspective diachronique et de leurs équivalents
- 4.1. Variation portant sur la dénomination du terme
- 4.2. Variation portant sur le concept juridique
- 4.3. Variation portant sur la dénomination et le concept juridique
- 4.4. Disparité dans l’évolution des systèmes juridiques
- 5. Conclusions
- Bibliographie
- Variations jurilinguistiques en droit civil tchèque et leur traitement dans la base de données LegTerm (Ivo Petrů)
- 1. Introduction
- 1.1. Structure
- 1.2. Méthodologie et objectifs
- 2. Remarques liminaires
- 3. Analyse de la recodification : techniques et exemples
- 3.1. Techniques touchant la forme
- 3.2. Techniques touchant le fond
- 3.2.1. Approche « lexicologique »
- 3.2.2. Approche « puriste »
- 3.2.3. Approche « idéologique »
- 4. Effets de la recodification : variations jurilinguistiques
- 4.1. Variations conceptuelles et terminologiques
- 4.2. Variations diachroniques
- 4.3. Variations hiérarchiques
- 5. Traitement des variations jurilinguistiques dans LegTerm
- 5.1. Présentation de LegTerm
- 5.2. Concepts et leur statut de validité
- 5.3. Termes et leur statut d’acceptabilité
- 6. Conclusion
- Bibliographie
- Variations jurilinguistiques en roumain : une langue sous influence (Corina Veleanu)
- 1. Introduction
- 2. Le roumain juridique et le français
- 2.1. Le XVIIIe siècle, l’époque phanariote et le début de l’influence française
- 2.2. Le XIXe siècle et la modernisation du roumain juridique sous l’influence française
- 2.3. L’influence française sur le roumain juridique d’aujourd’hui : fluctuat nec mergitur
- 3. Le roumain juridique et l’anglais : une relation certaine depuis 1990
- 4. Conclusion
- Bibliographie
- Terminologie et phraséologie juridiques et variation
- La variación lingüística entre el metalenguaje y el lenguaje objeto del derecho (español-francés) (Elena Macías Otón)
- 1. Introducción
- 2. La variación lingüística en el lenguaje del derecho
- 3. Variación lingüística entre los dos planos del lenguaje del derecho
- 3.1. La variación lingüística en el lenguaje objeto
- 3.2. La variación lingüística en el metalenguaje
- 3.3. Implicaciones traductológicas de la variación entre el lenguaje objeto y el metalenguaje
- 4. Conclusiones
- Bibliografía
- Referencias legislativas y jurisprudenciales
- La variation traductologique et terminologique dans le corpus TACATrad : l’exemple de la terminologie de l’organisation territoriale des pays hispanophones (Florence Serrano)
- 1. Introduction
- 2. La variation traductologique liée au skopos
- 3. La variation traductologique en traduction ES<>FR et le recours aux calques
- 4. Variation terminologique liée à la diatopie : l’exemple des dénominations du premier niveau de l’organisation territoriale dans les pays hispanophones
- 5. Variation traductologique liée à la diatopie : l’exemple des dénominations du premier niveau de l’organisation territoriale dans les pays hispanophones
- 6. Conclusion
- Bibliographie
- Intraéquivalences dans le droit comparé lusophone concernant les unions officiellement reconnues (Beatriz Curti-Contessoto)
- 1. Introduction
- 2. L’équivalence en terminologie et en traductologie
- 3. Équivalence juridique et variation terminologique
- 4. Les corpus juridiques lusophones
- 5. Les résultats
- 6. En guise de conclusion
- Bibliographie
- Le fait d’école : les variantes parasynonymiques du terme « consommation du mariage » et ses dérivés dans les codes de statut personnel arabes (Abdulmalek Al-Zaum)
- 1. Introduction
- 2. Les démarches de la recherche
- 2.1. De quoi parle-t-on, des synonymes ou des parasynonymes ?
- 2.2. Le corpus
- 2.3. L’approche
- 2.4. Exposé des résultats
- 2.4.1. La traduction du terme « consommation » dans le jurilecte du Machreq
- 2.4.2. Le cas du jurilecte maghrébin
- 3. Le fait d’école juridique sur le jurilecte arabe
- 3.1. Aux origines des variantes parasynonymiques en droit musulman
- 3.1.1. Les termes métonymiques
- 3.1.1.1. Le terme « ad-Duḫul »
- 3.1.1.2. Le terme « al-Bināʾ »
- 3.1.2. Une terminologie juridique de l’explicitement
- 4. Conclusion
- Bibliographie
- Codes et rapports
- La traduction des asymétries culturelles dans les textes juridiques : le mariage dans le code de la famille marocain (Roudouan El Attari)
- 1. Introduction
- 2. L’institution matrimoniale : confrontation entre le référentiel religieux dans le droit de la famille marocain et le prisme laïc du droit français
- 3. Les variations terminologiques du mariage en langue arabe et son champ lexical diversifié
- 4. Traduction des asymétries culturelles et enjeux de qualification juridique des concepts matrimoniaux dans le code de la famille marocain
- 5. Conclusion
- Bibliographie
- Variation diatopique en traduction juridique
- Les variations terminologiques diatopiques dans la formation des traducteurs juridiques : un exemple d’activité d’apprentissage (Montserrat Cunillera Domènech)
- 1. Introduction
- 2. Les variations terminologiques diatopiques
- 3. La méthodologie du droit comparé
- 4. La compétence en traduction
- 5. Une activité d’apprentissage intégrant la terminologie diatopique à l’analyse conceptuelle contrastive
- 5.1. Première étape : compréhension du terme source
- 5.2. Deuxième étape : des équivalences dans les dictionnaires bilingues
- 5.3. Troisième étape : compréhension des termes cibles
- 5.4. Quatrième étape : à la recherche des variations terminologiques
- 5.5. Cinquième étape : identification du degré d’équivalence entre deux termes cibles
- 5.6. Sixième étape : extraction de conclusions
- 6. Conclusion
- Bibliographie
- Annexes
- La sentencia de divorcio como subgénero jurídico. La variación diatópica en las fórmulas rituales (México y Chile) (María Isabel Mula López)
- 1. Introducción
- 2. El divorcio en los ordenamientos jurídicos de México y Chile
- 3. La sentencia de divorcio como subgénero jurídico y su relevancia en el ámbito de la traducción
- 3.1. Análisis macro y microestructural de la sentencia de divorcio mexicana y chilena
- 3.1.1. Reflexiones sobre la sentencia de divorcio mexicana y la chilena
- 4. La variación diatópica fraseológica del español en el ámbito jurídico
- 4.1. Análisis de la variación de los enunciados fraseológicos y de los marcos (macro)textuales
- 5. Conclusiones
- Bibliografía
- Intralinguistic and extralinguistic comparative analysis of householder application forms (French < > English < > Spanish). Specialised legal translation within European and overseas territories (Francisco Godoy Tena)
- 1. Introduction
- 2. Corpus and methodology
- 3. Macrostructure and phraseology
- 3.1. Phraseology in France
- 3.2. Phraseology in French Overseas Territories
- 3.3. Phraseology in the United Kingdom: England and Scotland
- 3.4. Phraseology in English Overseas Territories
- 4. The Spanish case: comparison with Spanish documents
- 5. Interlingual and extralingual phraseology in translation
- 6. Concluding remarks
- Bibliography
Liste des figures
Valdenebro Sanchez
Figure 1 : Exemple d’entrecroisement des phénomènes de variation en traduction juridique
Curti-Contessoto
Image 1 : Un extrait des concordances du mot clé ciblé « família » dans le LBCorpus
Liste des tableaux
Monjean-Decaudin
Tableau 1 : Variations diatopique et diachronique de la traduction du terme « sans profession »
Tableau 2 : Variations diatopiques de la traduction du terme « association de malfaiteurs »
Tableau 3 : Variations juridiques par asymétrie dans la forme des actes juridiques
Tableau 4 : Exemples d’asymétrie des actes juridiques dans la pratique
Valdenebro Sánchez
Tableau 1 : Classification des infractions en France, Belgique, Espagne et Colombie
Khalfallah
Tableau 1 : Variations géographiques
Beldjerd
Tableau 1 : Article 34 du chapitre premier des droits fondamentaux et des libertés publiques figurant dans la Constitution algérienne de 2020
Petrů
Tableau 1 : Architecture de LegTerm
Tableau 2 : Concepts dans LegTerm
Tableau 3 : Termes dans LegTerm
Macías Otón
Tabla 1 : Características sintácticas, pragmáticas y semánticas del metalenguaje y del lenguaje objeto
Tabla 2 : Ejemplos de variación entre el metalenguaje y del lenguaje objeto como consecuencia de cambios en la técnica legislativa
Serrano
Tableau 1 : Terminologie du premier niveau de l’organisation territoriale dans les pays hispaniques
Tableau 2 : Possibilité de traduction sourcière (calque, perspective diatopique) et cibliste (équivalent pour le français de France)
Curti-Contessoto
Tableau 1 : Les corpus représentatifs du discours juridique normatif en matière des unions officiellement reconnues dans les systèmes juridiques lusophones considérés
Tableau 2 : La liste des termes nommant les mariages dans les corpus normatifs de cette étude
Cunillera Domènech
Tableau 1 : Exemple de mandat de traduction [élaboré par nos soins]
Tableau 2 : Caractéristiques du terme officier de l’état civil [élaboré par nos soins]
Tableau 3 : Caractéristiques du terme encargado del registro civil [élaboré par nos soins]
Tableau 4 : Les termes encargado del registro civil et registrador del estado civil [élaboré par nos soins]
Mula López
Tabla 1 : Análisis macro y microestructural del encabezado
Tabla 2 : Análisis macro y microestructural de los resultandos
Tabla 3 : Análisis macro y microestructural de los considerandos
Tabla 4 : Análisis macro y microestructural de los resolutivos
Tabla 5 : Análisis macro y microestructural del pie de la sentencia
Tabla 6 : Marcos (macro)textuales
Tabla 7 : Enunciados fraseológicos
Godoy Tena
Table 1 : British overseas territories. Phraseology
Table 2 : Main Multilingual Phraseology
Préface
Ce volume surgit comme une réflexion issue des travaux présentés lors du Colloque international Les variations terminologiques et traductologiques dans le domaine juridique, tenu les 11 et 12 avril 2024 à l’Université de Lorraine (Nancy). Il s’inscrit dans un cadre théorique où le droit est envisagé comme une construction fondamentalement nationale plutôt que linguistique (hormis le cas particulier du droit international), ce qui implique que chaque culture juridique découpe la réalité normative selon ses propres besoins, son histoire et ses traditions institutionnelles. Cette perspective, développée entre autres par Alaoui Moretti (2002)1, Gémar (2002, 2011)2, Terral (2004)3, Monjean-Decaudin (2022)4 ou encore Valdenebro Sánchez (2023)5, rappelle combien le langage du droit est marqué culturellement et combien les catégories juridiques sont le reflet direct de la vision du monde propre à chaque communauté politique.
La variation, entendue comme le phénomène par lequel une langue modifie ses formes, ses usages et ses dénominations en fonction des lieux, des époques, des registres ou des pratiques professionnelles, est inhérente à toute langue et affecte donc nécessairement le domaine du droit. Celui-ci, étroitement lié à une culture juridique donnée, se trouve traversé par ces dynamiques non seulement évolutives mais aussi géographiques, sociales et discursives. En effet, comme l’ont montré Halliday, McIntosh et Strevens (1964)6, la variation peut toucher à la fois l’usage (selon le champ, le mode ou le degré de formalité) et les usagers (selon la région, l’époque, le groupe social, le caractère standard ou non standard de la langue ou encore les idiolectes). Appliqués au domaine juridique, ces phénomènes donnent lieu à des écarts conceptuels, terminologiques et phraséologiques : un même terme peut renvoyer à plusieurs notions, une même notion peut recevoir des dénominations différentes, et les concepts se reconfigurent d’une époque à l’autre ou d’un territoire à l’autre.
Les anisomorphismes culturels qui en découlent constituent l’un des défis majeurs de la traduction juridique. Le traducteur doit rechercher le vouloir-dire de l’auteur, interpréter les catégories sous-jacentes et les reformuler de manière à préserver, dans la langue d’arrivée, les effets juridiques produits dans le texte source. Cette exigence de précision se complexifie encore lorsque l’on considère que les variations ne se manifestent pas seulement entre langues différentes, mais également au sein d’une même langue juridique. L’espagnol, par exemple, connaît des traditions juridiques divergentes entre l’Espagne et le Mexique ; de même, le français présente des variétés nationales distinctes en France, en Belgique, au Québec ou au Maroc. Une langue n’est jamais uniforme, elle varie déjà en elle-même, et varie différemment encore lorsque ses formes sont inscrites dans des cultures juridiques variées. Le droit s’exprime ainsi de multiples façons au sein d’une même langue, et les variations terminologiques, conceptuelles et discursives doivent toujours être anticipées et prises en compte dans le processus traductif.
Cette réalité se manifeste avec une acuité particulière en traduction et interprétation assermentées. La désignation des professionnels par paires de langues, et non par paires de systèmes juridiques, occulte le fait que chaque combinaison mobilise en réalité une pluralité de cultures juridiques, elles-mêmes traversées par des variations internes : évolutions diachroniques, usages liés aux dialectes sociaux, alternance entre registres standard et non standard, pratiques institutionnelles différenciées ou encore spécificités idiolectales de certains auteurs ou juridictions. Travailler entre le français et l’espagnol, par exemple, ne signifie jamais traiter une seule paire linguistique, mais revient à naviguer entre plusieurs systèmes normatifs, chacun doté de ses propres structures et de ses logiques discursives.
Si la sociolinguistique a étudié depuis longtemps le phénomène de la variation, la terminologie, la traductologie et, plus spécifiquement, la juritraductologie n’ont commencé que récemment à l’intégrer de manière systématique. Certaines contributions pionnières ont ouvert la voie, comme l’ouvrage coordonné par Caprara, Ortega Arjonilla et Villena Ponsada (2016)7, consacré à la variation linguistique et culturelle, ou la thèse précurseure de Mayoral Asensio (1999)8 sur la traduction de la variation linguistique. Dans le domaine juridique, la thèse d’El Krirh (2015)9 a montré l’importance des phénomènes variationnels dans la terminologie du droit pénal et processuel pénal en espagnol, français et arabe, démontrant que la comparaison de systèmes juridiques occidentaux et arabes révèle des divergences conceptuelles et dénominatives d’une grande portée traductologique.
Malgré ces avancées, les travaux explicitement consacrés à la variation appliquée à la traduction juridique restent rares. C’est précisément pour combler cette lacune que le présent volume, L’approche variationnelle dans la terminologie et la traduction juridiques, entend approfondir et actualiser cette perspective, en proposant un ensemble de contributions qui considèrent la variation comme une composante constitutive des discours juridiques et des opérations traductives qui les relient.
L’ouvrage se compose de quatre blocs thématiques, qui reflètent les principaux axes contemporains de la recherche en variation jurilinguistique et traductologique.
Le premier bloc, Juritraductologie et variation linguistique, est consacré aux relations entre juritraductologie et variation linguistique et réunit quatre chapitres qui abordent la manière dont les différences conceptuelles, terminologiques et institutionnelles influencent la traduction juridique. Il s’ouvre avec l’étude de Sylvie MONJEAN-DECAUDIN (Sorbonne Université), qui examine les variations linguistico-juridiques dans une double perspective. D’un côté, l’auteure analyse les phénomènes diatopiques et diachroniques observés dans les traditions hispanophones, en montrant comment les usages des juristes d’Espagne et d’Amérique latine engendrent des écarts terminologiques et conceptuels importants. De l’autre, elle met en lumière des variations d’ordre juridique, liées notamment au formalisme propre aux actes authentiques et sous seing privé en France et en Espagne, révélant leurs conséquences juritraductologiques. L’article démontre que ces variations, qu’elles soient linguistiques ou juridiques, influencent directement le transfert du sens et les effets juridiques du texte traduit.
Dans le deuxième chapitre, Jorge VALDENEBRO SÁNCHEZ (Université de Lorraine) aborde la variation à partir de l’analyse du macroconcept d’infraction dans les systèmes juridiques français, belge, espagnol et colombien. L’auteur rappelle que la traduction et l’interprétation assermentées reposent sur des combinaisons linguistiques qui ne reflètent pas la pluralité des systèmes juridiques sous-jacents : une même langue peut renvoyer à plusieurs systèmes juridiques différents. À travers son étude comparative, il montre comment les variations jurilinguistiques peuvent s’entrecroiser et produire des anisomorphismes culturels susceptibles d’influencer les choix traductifs. L’analyse met également en évidence le rôle des cultures juridiques dominantes internalisées par le traducteur, lesquelles peuvent faciliter ou biaiser l’interprétation.
Le troisième chapitre, de Nejmeddine KHALFALLAH (Université Jean Moulin Lyon 3), s’intéresse à la manière de nommer le code dans le monde arabe, à travers une enquête onomasiologique qui révèle bien plus que des choix lexicaux. L’auteur montre que la diversité terminologique n’est pas seulement linguistique ; elle traduit aussi des positionnements idéologiques divergents quant au rapport entre droit, religion, modernité et sécularisation. Le terme choisi pour désigner le code devient ainsi un marqueur de l’histoire juridique nationale, révélateur de la manière dont les sociétés arabes ont intégré ou adapté les modèles issus des codifications napoléoniennes.
Enfin, ce bloc se clôt avec le chapitre de Hanaa BELDJERD (Université de Lille), consacré aux variations traductologiques observées dans la Constitution algérienne de 2020. À partir de la traduction du concept de liberté issu de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’auteure montre les écarts qui surgissent entre langue source onusienne et langue-culture cible arabe. La traduction constitutionnelle apparaît comme un processus en constante reconfiguration, où se négocient des équivalences juridiques, des choix politiques et des héritages culturels complexes dans la construction du droit national.
Le deuxième bloc du volume, Variation diachronique et jurilinguistique, explore les effets de la variation diachronique sur les systèmes conceptuels et terminologiques du droit. Il s’ouvre avec le travail d’Enrica BRACCHI (Nantes Université) et Manuela TOLA (Università degli Studi di Cagliari). Cette étude s’intéresse à l’évolution du terme famiglia dans le droit italien. Les auteures montrent que cette notion, profondément transformée par les réformes récentes (notamment celles de 2016), oscille entre une conception traditionnelle fondée sur le mariage et des formes familiales élargies comme les unioni civili et convivenze di fatto. Cette évolution entraîne des difficultés d’interprétation dans divers domaines du droit de l’entreprise, où la terminologie oscille entre référence au « conjoint » et aux « parents », ou à des liens familiaux plus souples. Les auteures démontrent que le traducteur doit naviguer entre ces interprétations concurrentes.
Dans le chapitre suivant, Zuzana HONOVÁ (Université d’Ostrava) s’interroge sur les changements diachroniques affectant la terminologie juridique en français et en tchèque. En s’appuyant sur des exemples concrets, elle montre que les variations peuvent concerner la dénomination d’un terme (remplacement d’un terme obsolète), son concept sous-jacent (évolution des sociétés), ou les deux simultanément. L’article propose une typologie de ces phénomènes et suggère plusieurs stratégies traductives visant à refléter ces transformations dans la langue cible sans altérer la précision juridique.
Le travail d’Ivo PETRů (Université de Bohême du Sud), pour sa part, analyse l’impact de la recodification du droit civil tchèque en 2012, qui a introduit d’importantes modifications conceptuelles et terminologiques afin de rompre avec l’héritage socialiste. L’auteur étudie la manière dont ces variations sont traitées dans la base terminologique multilingue LegTerm, conçue pour faciliter la traduction entre le tchèque et des systèmes de droit romains tels que le droit français. L’article souligne les difficultés que pose un langage juridique en transition, où les termes anciens et nouveaux coexistent et peuvent prêter à confusion en traduction.
Ce bloc se termine avec l’étude de Corina VELEANU (Université Lumière Lyon 2), qui examine l’évolution du roumain juridique, langue marquée par une forte influence française au XIXe siècle, aujourd’hui concurrencée par l’anglais. L’auteure montre que chaque emprunt terminologique reflète un moment de l’histoire culturelle, et que l’intégration des néologismes juridiques suscite des tensions entre innovation sociale et conservatisme normatif. Le chapitre met en lumière la dynamique permanente du discours juridique et ses implications pour la traduction.
Le troisième bloc, Terminologie et phraséologie juridiques et variation, explore la variation entre métalangage doctrinal et langage-objet normatif, ainsi que les divergences terminologiques et phraséologiques liées aux traditions juridiques.
Il s’ouvre avec l’étude d’Elena MACÍAS OTÓN (Universidad de Murcia), qui examine les causes de la variation dans les textes législatifs et judiciaires en s’appuyant sur la distinction de Kalinowski entre métalangage des juristes et langage du législateur. L’auteure montre que des variations peuvent se produire dans les deux plans, selon les usages doctrinaux ou les nécessités normatives, et analyse les répercussions que ces variations engendrent pour la traduction entre le français et l’espagnol. Son étude met en évidence les unités linguistiques les plus sujettes à variation et les défis qu’elles posent au traducteur.
Le chapitre suivant, de Florence SERRANO (Université Lumière Lyon 2), s’inscrit dans le cadre du projet ANR TACATrad et s’intéresse aux variations terminologiques liées à l’organisation territoriale des pays hispanophones. À partir de son expérience de traductrice assermentée, l’auteure met en lumière la tension entre variation intralinguistique (entre différents pays hispanophones) et variation interlinguistique (dans la traduction certifiée vers le français). En se concentrant sur un exemple particulièrement problématique (les niveaux d’organisation territoriale), elle montre comment les calques non équivalents et les divergences institutionnelles complexifient la tâche du traducteur.
Beatriz CURTI-CONTESSOTO (Université Lumière Lyon 2), quant à elle, examine dans son étude l’équivalence intralinguistique dans le droit comparé lusophone, en particulier dans le domaine des unions officiellement reconnues. L’étude montre que des termes apparemment identiques, comme casamento civil, recouvrent des réalités juridiques distinctes selon les pays, tandis que d’autres concepts, comme le casamento barlaqueado monogâmico du Timor oriental, n’ont pas d’équivalent ailleurs. L’autrice propose une classification des degrés d’équivalence intralinguistique et met en évidence les conséquences traductologiques de ces divergences.
Le chapitre d’Abdulmalek AL-ZAUM (ISIT – Panthéon-Assas Université) se penche sur les variantes parasynonymiques du terme « consommation du mariage » dans les codes de statut personnel arabes. Bien que le jurilecte arabe soit fondé sur une langue standard, l’auteur révèle une hétéroglossie terminologique importante, héritée des différentes écoles juridiques islamiques. À travers une étude terminologique détaillée, il démontre que les divergences doctrinales historiques continuent de façonner le lexique du droit contemporain, avec des implications directes pour la traduction.
Enfin, Roudouan EL ATTARI (Université de Lorraine) analyse les asymétries culturelles dans la traduction des textes juridiques, à partir de l’exemple du mariage dans le code de la famille marocain. L’auteur montre comment les représentations culturelles et religieuses façonnent la notion de mariage et comment une traduction vers le français doit concilier la rigueur juridique avec la sensibilité culturelle. Le chapitre insiste sur la nécessité d’une approche traductive informée, capable de restituer les nuances culturelles tout en préservant la cohérence juridique.
Résumé des informations
- Pages
- XXIV, 368
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783631920558
- ISBN (ePUB)
- 9783631920565
- ISBN (Relié)
- 9783631920541
- DOI
- 10.3726/b23602
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Août)
- Mots Clés (Keywords)
- traduction juridique variation linguistique juritraductologie terminologie juridique droit comparé asymétries culturelles phraséologie juridique variation diatopique variation diachronique
- Publié
- Berlin, Bruxelles, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xxiv, 368 p., 4 ill. n/b, 29 tabl.
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