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Aux sources de l’esprit français : la liberté de traduire

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François Morvan

Peut-on aller jusqu'à faire de la traduction vers la langue française la clé de voûte de l'émergence politique et culturelle de la civilisation française ? C'est ce que tente de démontrer cet ouvrage, qui part de l'hypothèse que le traducteur est un créateur à part entière, construisant son époque en empruntant à l'œuvre-source, sans se placer sous son joug.

Partant de là, l'histoire se divise en quatre grandes périodes : la fondation latine et grecque ; la politique d'État de l'imperium français ; l'apogée de la littérature au XIXe siècle ; l'intégration dans une république mondiale des Lettres. La traduction sert tour à tour de ciment politique, d’outil de conquête et de terreau fertile d’un développement esthétique ou scientifique de la langue. Elle manifeste à chacune de ces époques l'essence même de « l'esprit français » : la quête d'universalisme.

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Chapitre III. La traduction, essence et vecteur de l’universalisme

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Chapitre III

La traduction, essence et vecteur de l’universalisme

La Révolution fait de la France, au XIXe siècle, un modèle dominant à l’influence planétaire. Elle participe à l’expansion de la société européenne qui étend elle aussi sa présence à travers le monde entier. L’Europe domine par son impérialisme culturel, sa science et sa technologie. Cette Europe est une société « farouchement ethnocentrique », observe Alain Corbellari1.

Malgré la relativisation du poids culturel, politique, scientifique de la France, le regard porté par ses élites sur leur propre pays n’entame pas la pérennité d’un sentiment de supériorité culturelle. C’est notamment grâce à la Révolution qui suscite une fascination telle dans le monde entier qu’elle est perçue par nombre de ses habitants comme un hapax, c’est-à-dire un évènement unique dans le passé. Le rayonnement de la France à la suite de ces évènements est considérable, au point qu’il donne sens à des histoires nationales et à des cultures politiques du monde entier. La traduction y contribue beaucoup. La France est le pays de la liberté d’expression et de la libre interprétation des textes. Alain Besançon note justement : « La bonne santé intellectuelle d’un pays se mesure autant à ce qu’il est capable de recevoir qu’à ce qu’il est capable de donner. Autrement dit : autant aux traductions qu’au rayonnement. » Or, le XIXe siècle est marqué par une prospérité éditoriale jamais atteinte. En outre, le nombre de titres...

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